dimanche 10 mai 2026

Nostalgie

Il y a quarante-cinq ans, jour pour jour, le 10 mai 1981, Mitterrand était élu président de la République. Cela est passé si vite, comme décor fugitif de notre histoire, voire un non-événement pour certains, mais qui pourtant entend nous imposer ses jalons. 

Il faut bien que l'histoire, — celle que l’on nous raconte autant que celle que nous nous racontons — il faut bien que cette histoire continue et se déroule dans un cadre qui autorise nos repères. En voilà donc un, la victoire d'une gauche devenue si rare et divisée qu'on se prend à douter de ce qu'elle est au fond. 

La victoire de Mitterrand n'aura-t-elle été qu'une parenthèse joyeuse ou une illusion portée jusqu'au pouvoir ? A moins qu'il ne s'agisse d'une victoire qui sert encore le présent, qui éclaire tant soit peu notre destin collectif, qui peut donc nous être utile pour envisager autre chose que le reniement ou un découragement coupable.


vendredi 20 mars 2026

Procès en antisémitisme : l’arme atomique du pauvre politicien

 Le parti socialiste ne se gêne pas pour accuser Mélenchon d’antisémitisme. Il en fait même un programme, ou au moins un cheval de bataille comme s’il avait compris ou craint que LFI était sur le point d’emporter définitivement la bataille du leadership au sein de la gauche. Et pour empêcher ce qui pour l’heure constitue pour lui une menace, tous les coups sont bons, y compris les plus retors.

Le problème pour eux c’est que Mélenchon n'est pas antisémite, et cela commence à se voir. Il est vrai que ses propos, comme ceux s’amusant de la prononciation des noms ou des pronoms, ont pu être perçus comme autant de bâtons pour se faire battre.

Lui-même, il est vrai, sans doute à son corps défendant, a pu alimenter la polémique, une polémique loufoque, absurde, disproportionnée qui se renforce au grès de commentaires malveillants ou assassins, comme ceux d’un Manuel Valls ou de l’actuel responsable du parti socialiste, rejoignant ainsi les coups ajustées de la droite…et, surprise !, de l’extrême-droite. A force de se faire traiter d'antisémite, on peut être tenté, par dépit, et par fatigue, d'en convoquer les codes, rire jaune, le rire du dépit ou de la provocation.

Merleau-Ponty disaient "nous sommes ce que les autres pensent de nous". Jeremy Corbyn, l’ancien chef de l’opposition travailliste en Grande-Bretagne, est devenu « antisémite » par la pensée accusatoire excellemment relayée de ses adversaires politiques. Ceux-ci se révélèrent si efficaces que Corbyn finit même par s’excuser d’un délit, l’antisémitisme, dont il n’était nullement coupable. Ses ennemis voulaient sa mort politique et ils y ont finalement, en tout ou partie, réussi.

Le mot antisémite a été vidé complètement de sa substance, il ne veut plus rien dire, sauf à servir d'ignoble accusation contre ceux qui précisément le combattent. Nous assistons à un véritable changement de paradigme, l'extrême droite désormais combattrait l'antisémitisme alors que la gauche s'en ferait le chantre. Cette idée est relayée par l’ensemble des media de presse écrite ou audiovisuelle. Il faut voir à qui cela profite. N'est-ce pas à la droite ou aux droites extrêmes qui ainsi, à bon compte, se font une virginité idéologique ?

L'antisémitisme réel, non imaginaire, se nourrit aujourd’hui du racisme anti-arabe et des conflits moyen-orientaux. Il s’alimente notamment de la violence imposée au peuple palestinien. C’est pourquoi ceux qui dénoncent le génocide actuellement en cours sont les premiers visés par cette accusation infamante.

Les vecteurs de l'antisémitisme ne sont-ils pas à chercher plutôt en Israël, et plus précisément au sein même du gouvernement, suprématiste et d’extrême-droite, de Netanyahou ?

lundi 16 février 2026

Acharnements

L'agression et la mort affligeantes du jeune Quentin Deranque n'ont pas même été élucidées qu'elles servent à discréditer "La France Insoumise", première formation politique de gauche. L'intention malveillante et propagandiste ne fait plus illusion. 

Dès les premiers instants, alors que la nouvelle venait de tomber, les media de Bolloré ( et d'autres bien en cour) se sont acharnés sans discontinuer sur Mélenchon sans même connaître les tenants et les aboutissants de cet événement dramatique. Celui-ci n'aurait jamais dû avoir lieu dans une "démocratie apaisée". Mais la paix manifestement n'est pas à l'ordre du jour de certains politiques. Au contraire ce drame instrumentalisé concourt à alimenter des conflits intérieurs violents qui minent la démocratie, et qui le plus souvent, chiffres à l'appui, sont le fait de l'extrême-droite. 

Ainsi le service d'ordre de LFI était-il mis en accusation sur les chaines d'information continue ; les commentateurs sur les plateaux de CNews tiraient à boulets rouges sur  "l'extrême-gauche". Et cela en quelque sorte tombait bien puisque LFI venait juste d'être classée, en vue des municipales, par le ministère de l'intérieur dans cette catégorie.

Pour la propagande, l'origine du crime était bien identifiée. La participation de Rima Hassan à un colloque qui se tenait non loin des lieux du drame entrait en résonnance parfaite avec ce terrible événement. Mélenchon, LFI, la jeune garde, Rima Hassan étaient désignés comme les grands responsables de cette rixe menant à la mort. Pour un peu on en oubliait la victime, seule importait l'accusation sans preuve et sans autre forme de procès, préfigurant l'atteinte à l'Etat de droit dont Retailleau a pu dire un jour, en un éclair obscurantiste, qu'il n'était ni intangible, ni sacré. 

Le ministre de l'intérieur pointait du doigt "l'ultra-gauche et la "jeune garde". La voix  de Glucksman se faisait entendre aussi en désignant "une responsabilité de tous les dirigeants politiques qui attisent la haine, y compris ceux de La France insoumise ». Joliment dit ! Attaquer LFI, la disqualifier sans en avoir l'air, tout dans le "y compris", puis l'estocade pour finir : "impensable que la gauche cultive le moindre doute sur une possible alliance avec la France Insoumise".

La justice doit faire son travail. N'en déplaise à Retailleau, l'Etat de droit est sacré, il est le fondement de la liberté et de la démocratie. Rima Hassan notamment a le droit de défendre son peuple sans qu'on l'accuse de tous les maux, sans qu'on empêche son expression juste et légitime. 

Par ailleurs la gauche dans son ensemble, dans sa nécessaire unité, ne devrait pas accepter que LFI soit constamment disqualifiée et ostracisée. On sait pourtant à qui profite cette diabolisation.

Une gauche digne de ce nom a le devoir de se montrer solidaire d'un mouvement qui, qu'on le veuille ou non, la sert, la compose et, aujourd'hui encore, contribue à la sauver du néant.

JMG