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dimanche 23 mai 2021

La République désunie

La pseudo-décentralisation continue, et de plus belle, comme si il n'y avait pas mieux à faire, comme si on voulait cacher la poussière sous le tapis pour se garder de régler les vrais problèmes. Et donc E. Macron, dans la lignée de ses prédécesseurs, veut réformer les collectivités territoriale et leurs rapports à l'Etat Central. Une énième loi dite de décentralisation qui, un peu comme les lois sur la sécurité, ne sert à rien tout en étant susceptible d'aggraver la situation. Mais cela nourrit le brouhaha politicien et électoraliste qui fait taire la réflexion et laisse le champ libre à l'élaboration de "réformes" inutiles. 

Déjà en 2011 il y eut la réorganisation de l'administration territoriale de l'Etat qui n'était que la version territoriale de la RGPP (Révision générale des politiques publiques), le but alors était de supprimer des postes de fonctionnaires, le plus possible pour répondre à l'exigence sarkozienne et celle de la droite, sociale-libérale ou non, de contenir les dépenses publiques.

Puis vint la fameuse et tout aussi dangereuse réforme territoriale, voulue par Hollande et Vals, qui redécoupait les régions pour les rendre plus grandes, le regard porté sur le modèle allemand, mais en oubliant que l'Allemagne n'est pas la France, n'a pas la même histoire. 

Alors que le but de cette réforme était prétendument de faire des économies, il est avéré aujourd'hui qu'elle aura coûté plus cher aux contribuables tout en distançant encore davantage l'exécutif régional des intérêts citoyens.

Aujourd'hui le gouvernement entend passer à la vitesse supérieure avec la Loi 3 D, étrange appellation pour donner un semblant de modernité à une politique territoriale archaïque. De quoi s'agit-il ?

Il s'agirait d'abord du "droit à la différenciation" (un des trois ou quatre D, décentralisation, déconcentration...) dont devrait se prévaloir chaque collectivité. Les missions de l'Etat seraient donc dépecées pour être données aux collectivités décentralisées : régions, départements, communes. Cela à première vue semble séduisant d'autant que cette redistribution de compétences se ferait, sous la houlette des préfets, d'abord à titre expérimental. Mais le projet lui-même n'est pas loin, plus ou moins caché en embuscade : il a déjà d'ailleurs été adopté par le Sénat l'année dernière. 

Le Sénat a-t-il bien mesuré le danger de rupture d'égalité entre les territoires que ce texte peut entraîner? D'une collectivité à l'autre, et donc d'un territoire à l'autre, les répartitions de compétences seraient différenciés selon tel ou tel endroit du territoire national. au risque de rompre l'égalité entre les citoyens. 

Le pouvoir réglementaire serait en partie transféré de l'Etat central aux collectivités locales, c'est-à-dire aux communes, départements, régions.  Le danger est grand de donner naissance à une république à plusieurs vitesses dans laquelle les lois et les règlements ne seraient plus les mêmes pour tous, et en oubliant la nécessité d'un aménagement harmonieux et égalitaire du territoire national.  

Le droit normatif serait donc élaboré par les autorités décentralisées comme cela existe aux Etats-Unis où les lois sont différentes selon que vous passiez du Texas au Nouveau-Mexique ou de l'Oregon à la Californie.

Nous n'en sommes pas là mais on voit bien le chemin dans lequel veut nous entraîner le pouvoir. Celui d'un désengagement de l'Etat sous couvert de cette loi dite 3 ou 4 D (on y ajouterait le D de la "décomplexication", croit-on rêver !), qui fait mine de donner des pouvoirs supplémentaires aux collectivités mais qui oublie de leur donner les moyens financiers, voire qui les leur reprend en leur interdisant une fiscalité juste et autonome.

Ainsi cette loi n'est pas de nature à vouloir sauvegarder ou maintenir les services publics locaux. Or  c'est le devoir d'un Etat responsable que de veiller d'abord à ce que les services publics soient également et puissamment répartis sur les territoires de la République. 

Ce projet, dans la mesure où il désorganise les principes territoriaux en vigueur aujourd'hui, devrait faire logiquement l'objet d'une révision constitutionnelle.

Le projet avance masqué sous des abus de vocabulaire technocratique qui se veulent séduisants. Ainsi la ministre  Jacqueline Gourault parlait-t-elle "d'un Etat de proximité, outillé et réunifié", dans ce genre de galimatias technocratique et mensonger, en vogue dans la Macronie, qui dit tout et son contraire. Car il apparait que l'Etat se dessaisit plutôt de ses devoirs et de ses prérogatives en matière d'aménagement du territoire au lieu de les assumer de manière souveraine et démocratique.

Ce projet de loi confirme que le pouvoir, depuis une trentaine d'années, instrumentalise la décentralisation comme outil idéologique et politique, sans réelle volonté de laisser aux collectivités la possibilité de s'émanciper au travers de moyens qui leur seraient donnés ou rendus.

Le contexte politique, à proximité des élections départementales et régionales et à la veille de l'élection présidentielle, ne permettra peut-être pas que cette loi voie le jour. Mais le gouvernement semble y tenir.

On a coutume, c'est même devenu un sport politique et médiatique, de dénoncer le fameux "mille-feuilles territorial" pour monter du doigt les complexités du système administratif et politique français. Il est curieux, presque amusant, de constater que cette complexité est nourrie et entretenue par le monde politique lui-même.

 Cette loi, si elle était définitivement votée,  rendrait plus complexe encore, et donc illisible, cette organisation que l'on prétend, à longueur de discours, rendre plus proche des citoyens. 

Plus grave, elle porterait un coup à la République qui gagne à rester une et indivisible, et mieux encore à devenir pleinement sociale.

JMG









 

dimanche 12 mai 2019

La "décentralisation" à la rescousse

"Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission" disait Clémenceau, "si vous voulez cacher une crise, faites voter une loi de décentralisation" pourraient dire les plus récents de nos présidents de la République.
C'est vrai que depuis les années quatre-vingts, où la première loi de décentralisation voyait le jour, les gouvernants n'ont cessé de légiférer sur l'organisation administrative de la France et sur les relations qu'entretiennent l'Etat d'une part, et les communes, départements, et régions d'autre part.

Il est bon que les collectivités s'affranchissent d'une dépendance trop grande vis à vis de l'Etat central  (ce qui en réalité n'est pas le cas puisque ce dernier les muselle financièrement) mais l'excès inverse n'est pas plus recommandable lorsque ces réformes ont un but idéologique qui joue contre l'intérêt général de la population et l’aménagement harmonieux du territoire.

E. Macron vient encore d'en faire la démonstration en annonçant le projet d'une énième loi de décentralisation, prétendant ainsi répondre, à l'issue du grand débat et sans les nommer, aux préoccupations des gilets jaunes. 
Les propos tenus le 25 avril dernier devant la presse restent flous  : ce qu'il a lui-même appelé "un nouvel acte de décentralisation" devrait concerner, comme il l'a annoncé, "transition écologique, logement, transports". 

A l'entendre, tout est simple, c'est pourquoi son propos demeure des plus idéologiques sans prise au réel, et en contradiction surtout avec la politique que lui et sa majorité ont mené jusqu'ici à l'endroit des collectivités : la suppression notamment de la taxe d'habitation qui tue leur autonomie financière sans réforme fiscale digne de ce nom qui garantisse un développement équitable et non concurrentiel des territoires. 

Rien de concret en matière de financement des collectivités, si ce n'est l'annonce d'une nouvelle et hypothétique réforme de la fiscalité en 2020. Par contre, Macron a l'intention d'ajouter d'autres compétences fondées, selon ses termes, sur "des principes simples devant garantir des décisions au plus près du terrain".

Des mots, des mots, mais de quoi craindre le pire, d'autant que Macron introduit le concept, étrange ou flou, de "différenciation territoriale" pour soit-disant "adapter les règles aux territoires". Cela signifierait-il que le loi ne s'appliquerait pas partout de la même façon ? Mystère, et surtout danger pour une République réputée indivisible.

Tout aussi inquiétante, cette promesse macronesque de supprimer les doublons entre l'Etat et les collectivités, une ancirengaine ancienne qui le plus souvent aura servi ou servira encore de prétexte à une diminution de la qualité et du nombre des services publics dans les territoires.

Donc pas de véritable décentralisation en perspective, car moins de démocratie au final, les communes, base de la démocratie locale, continueront d'être engluées et englouties dans des communautés d'agglo de plus en plus éloignées des citoyens.

Ce n'est pas le mille-feuille territorial que notre république "décentralisée" doit craindre mais bien l’empilement de réformes qui sont autant de raisons pour un gouvernement de rester muet et inactif sur les vrais enjeux de notre société.

JMG




samedi 24 octobre 2015

La réforme territoriale, une stratégie du choc à la française

Standard & Poors, l'agence de notation, s'intéresse aux régions qui vont passer, aux termes de la loi NOTRe (loi portant nouvelle organisation territoriale de la République), de vingt-deux à seulement treize.
Continue-t-on ainsi à vouloir imiter l’Allemagne ? Alors même que le poids budgétaire des régions françaises restera, malgré la réforme, ridiculement bien inférieur à celles d'outre-Rhin ?
Réforme phare, voire pharaonique, qui n'était pas prévue dans les soixante propositions du candidat Hollande, mais réforme qui présente l'avantage de faire oublier, peut-être !, le désastre de la politique économique actuellement menée. L'accroissement indéfectible d'un chômage de masse, on le sait, n'est pas l'effet du hasard, c'est bien le résultat d’une politique d'inspiration néo-libérale qui sape le moral de l'ensemble de la société.
Les souffrances qu'endurent les chômeurs, qui par ailleurs seront encore plus contrôlés, ne mériteraient-elles pas qu'on s'y attarde sérieusement ? A la place, comme pour cacher la misère au sens propre comme au figuré, le gouvernement propose cette réforme qui loin de rendre les régions plus efficaces les rendra certainement plus coûteuses. On nous avait pourtant vanté que cette loi révolutionnaire constituerait par-dessus tout une réelle et prodigieuse source d'économie d'échelle.

Et donc du point de vue du pouvoir, la plaie de notre société, c'était bien avant tout ce maudit mille-feuilles administratif qu'il fallait à tout prix remettre en cause ! Et voilà, c'est fait, comme une lettre à la poste, tant les citoyens n'y comprennent pas grand'chose, et surtout ont d'autres préoccupations, d'autres inquiétudes.
Sans parler ici des autres versants de la réforme territoriale ( suppression de la clause générale de compétences, métropoles, départements, fusion des communes …), la constitution des nouvelles régions est en train de déstabiliser l'ensemble du système administratif français comme si celui-ci avait besoin de ce chaos artificiel concocté par des politiciens en mal de stratégie politique.

Mais, alors que ce pouvoir comme ceux qui l'ont précédé font tout et n'importe quoi pour plaire aux marchés financiers, un de leur affidés, Standard & Poors, clame aujourd'hui que la fusion des régions ne sera la source d'aucune économie.

Cette agence, qui donne des notes aux institutions comme on un instituteur peut donner des bons ou des mauvais points à des élèves respectueux ou soumis, estime que la réforme territoriale, sous l'angle singulier de la fusion des régions, n'aurait aucun effet d'économie sur la Dépense Publique, grand Satan désignée de l'économie néo-libérale.

D'autant que Standard & Poors pointe aussi que les baisses des dotations de l'Etat, pour l'ensemble des collectivités locales, entraîneraient une diminution des investissements d'au moins trois milliards d'euros entre 2014 à 2016 (ce sera d’ailleurs probablement beaucoup plus élevé), sans que les impôts locaux baissent pour autant !
Et donc là aussi mauvais point pour Valls, Hollande, Macron, la réforme à cet égard ne servirait donc à rien, elle entraînerait même, dans un premier temps au moins, des surcoûts supplémentaires. Rappelons qu'à l'origine il avait été question, puisque le nombre des régions diminuait, de réduire d'autant le nombre des élus. Cette idée, sans doute pour ne décevoir personne, aura été bien vite abandonnée.

Nous ne sommes qu'au début de l'application concrète de la réforme. On entend déjà, et de plus en plus fort, les échos de la désorganisation des services déconcentrés de l'Etat qui eux aussi sont concernés comme ils l'ont été déjà à l'occasion des phases antérieures de cette prétendue "décentralisation".
Il faudra aussi compter les risques psycho-sociaux qui pèseront sur l'ensemble des agents publics, et s'attendre à la désorganisation de l'ensemble des services publics locaux.
N'est-pas là une sorte de stratégie du choc à la française ?

Quel en seront les effets ou les buts ultimes ? Le risque n’est-il pas au fond de désorganiser ces services publics pour les rendre encore plus vulnérables à des privatisations qui, elles, pourront bien plaire aux agences de notation et à tous ceux auxquels elles pourront profiter ?

JMG










samedi 6 décembre 2014

Méforme territoriale

La réforme territoriale, on l'a vu, est en passe de devenir la grande affaire du quinquennat, mais affaire qu'on n'attendait pas, affaire surprise d'un président en mal de popularité, à la recherche d'une marque qu'il voudrait absolument laisser à la postérité, faute d'autre mesure qui eût été plus utile à l'intérêt général.
Cette réforme désordonnée, encore en gestation, dont on a peine à trouver le sens, ne manquera pas cependant de laisser du désordre ou de faire des ravages dans des services publics déjà fragilisés par des politiques d'austérité visant à satisfaire une commission de Bruxelles à laquelle notre gouvernement se soumet activement.

Cette réforme n'est pas neutre, elle va bouleverser les conditions de travail des deux millions de fonctionnaires et agents publics qui œuvrent sur les territoires décentralisés de la République.

De cela les élus locaux, et encore moins les responsables gouvernementaux, ne parlent, comme si l'intendance allait suivre sans broncher, sans coup férir. De même se préoccupe-t-on assez peu des citoyens ou des usagers des services publics de proximité. Ceux-là devraient pourtant avoir leur mot à dire. Cette réforme, la énième en deux ou trois décennies, ne doit concerner ni les uns, ni les autres, circulez y'a rien à voir, la démocratie locale c'est bien mais à doses homéopathiques.

Ce sont donc les salariés qui la prendront d'abord de plein fouet  dans un contexte oppressant de diminution des dotations aux collectivités appliquée inégalement sur les territoires. Du côté des collectivités et de leurs agents il vaudra mieux être riche et en bonne santé financière qu'être pauvre et malade. Des élus locaux se sont empressés de le clamer : il sera nécessaire de tailler dans les effectifs, il s'agira même, et c'est une proposition de l'association des maires des villes moyennes, de détruire le statut de la fonction publique territoriale pour en produire autant qu'il y aura de collectivités. Alors que certains édiles voulaient la simplification du statut voire sa disparition, on pourrait assister à sa prolifération, sa multiplicité, sa variation, sources probables de complexité, de déséquilibres et d'inégalités.

Cette réforme, on le voit, ne se limite pas au tracés des frontières de nos anciennes provinces même si les grands media ne voient guère que cela.

Bien sûr l'intendance suivra, les fonctionnaires ont l'habitude des réformes inutiles et le plus souvent dispendieuses, ils feront dans l'ensemble là où on leur dit de faire, obligation de réserve ou d'obéissance obligent.

Mais le gâchis, si rien n'est fait, sera bien au rendez-vous, et on aura même un alibi tout trouvé, une excuse, des boucs émissaires :
si les services publics se révèlent moins performants ce sera de leur faute aux fonctionnaires ! de la faute de cette fonction publique dont on accentue périodiquement le démantèlement alors qu'elle est un des principaux fondements de la République.

JMG

samedi 7 juin 2014

Pourquoi faire simple quand on peut faire encore plus compliqué qu'avant ?

Le projet de loi sur la réforme territoriale a été portée cette semaine à la connaissance de la presse. On en retiendra que le redécoupage des régions, pourtant d'importance, n'est pas le sujet principal même s'il aura alimenté allègrement les conversations de café du commerce et les bavardages du monde médiatique.
Car on a voulu  amuser le bon peuple avec ces histoires : pour ma part je ne veux retenir que la Corse restera bien une île, et la Bretagne une péninsule, quoique, pour la Bretagne à force de"réformes" je n'en suis plus tout à fait sûr...

On entre dans le vif du sujet : le projet de loi en son article 9 dispose notamment que les routes deviendront compétence des régions, régions telles qu'elles auront donc été redessinées, à la hâte paraît-il, sur une table élyséenne. Idem pour les transports ( article 8) voire même, et ce n'est pas un détail, les collèges (article 12). Pour ce qui concerne la voirie (les routes) l'article 9 précise encore que le conseil régional pourra déléguer leur gestion aux communautés d'agglomération, communautés urbaines ou métropoles...Sauf pour la métropole de Lyon...et la métropole de Paris...

Franchement on se demande à quoi ça sert que Raffarin il s'est décarcassé en deux-mille-quatre pour simplifier le mille-feuille tout en le rendant encore plus compliqué. Son record pourrait être battu car cette nouvelle loi ne va pas arranger les choses en matière de clarté pour tous les citoyens que nous sommes.
Par ailleurs on peut prévoir, alors qu'on espère des "économies", une accroissement des dépenses nécessaires pour la mise en place, sur le terrain, de ces dispositions. Cela ne pourra se faire sans heurt, ni perte d'énergie : sans entrer ici dans la technique, ni l'intendance, on peut s'attendre à des déménagements, des transferts de personnel ou leur mise à disposition d'une collectivité à telle autre... Etrange réforme qui ne simplifie pas grand-chose, pour laquelle on va passer beaucoup de temps alors que d'autres apparaissait bien plus urgentes et utiles. Mais la modernité n'attend pas, passez pour modernes et vous serez pardonnés.

Il est une chose enfin qui me tarabuste : l'article 26 crée les « maisons de services au public » en remplacement des (actuelles) « maisons de services publics ». Contrairement aux apparences, c'est loin d'être un détail. "Destinées à améliorer l’accès des populations aux services, elles peuvent, je cite l'exposé des motifs, relever de l’Etat, d’EPCI à fiscalité propre ou d’organismes de droit privé chargés d’une mission de service public. Elles rassemblent, dans les conditions prévues par une convention cadre, des services publics et privés."
Le langage a son importance : "services au public" et "services publics" ce n'est pas du tout la même chose. Cela signe la véritable signification de cette loi, celle d'une privatisation rampante, avec le risque à terme de la rupture de l'égalité d'accès aux services publics. Elle reflète la tendance résolument libérale de ce gouvernement.

A suivre donc, et avec attention, pour ne pas laisser porter cette blessure à la République, fût-elle décentralisée.

JMG

samedi 10 mai 2014

Mille-feuilles,tartes à la crème, ou l'art des réformes territoriales inutiles (suite)

André Vallini, le secrétaire d’Etat qui sera en charge de le conduire la réforme territoriale tout récemment accélérée par les propos du chef de l’Etat, a déclaré que cette réforme pourrait conduire à une économie de 12 à 25 milliards d’euros pour l'Etat ( douze à vingt-cinq, appréciez au passage l'extrême précision !) 

Prend-on les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, pour des imbéciles ou simplement pour des militants socialistes ? Ce gouvernement semble être un champion en matière de communication politicienne pour faire oublier les vrais problèmes, ce gouvernement continue en cela de suivre le chemin tracé par un Sarkozy. C’est d’autant plus grave, étonnant et rageant, que c’est nous militants socialistes, qui l’avons mis au pouvoir. 

Souvenons-nous que le premier ministre, Manuel Valls, a avancé le chiffre de 50 milliards d’économie de dépenses publiques dans le cadre du plan dit de responsabilité pour contenter la commission de Bruxelles et Mme Merkel. En effet, d’après notre gouvernement, il est impérieux de respecter les engagements pris et de respecter ainsi l'objectif ( inatteignable) d’un déficit budgétaire qui n'excède pas les trois pour cent. On voit ce que ça donne en terme de récession, mais le sujet n'est pas là...

Ces cinquante milliards sont partagés entre 12 milliards d’économie faits par l’Etat central, 11 milliards exigés sur le budget de la sécurité sociale et enfin 11 à 12 milliards pour les collectivités territoriales.

On retrouve là les douze ( à vingt-cinq ?) milliards de Vallini, et contrairement à ce que prétend ce secrétaire d'Etat, ils ne seront pas le fruit d’hypothétiques économies provenant de cette énième réforme.  Diviser le nombre des régions par deux, supprimer les départements, regrouper voire faire disparaître les communes, ne rapportera pas un kopeck aux contribuables !

Elle serait même de nature à augmenter indirectement la dépense publique que tous nos socio-libéraux thatchérisés veulent pourtant réduire. Songeons par exemple à quoi mènerait la disparition de nombres de petits maires ruraux qui travaillent bénévolement à rendre service à leurs administrés. Qui fera le travail à leur place ? Un travail inestimable sur un plan financier, c’est vrai.

La désertification et l’abandon des zones rurales s’en trouvera de plus accentuées. Quel sera le coût social de tout ce gâchis ? Où se nicheront véritablement les économies ? Aide sociale, routes, collèges, culture ?

Les économies d’échelle attendues ne se révéleront pas à la hauteur des espérances de certains de membres des cabinets ministériels ou de ministres eux-mêmes. 
Cette réforme, dont on ne connaît pas encore le détail, est une énième réforme dite de décentralisation. Elle n'aura que l'avantage de cacher la misère que l’on prévoit pour les collectivités.
Cette réforme n'apportera rien, elle s'ajoute aux précédentes, déjà nombreuses, elle ne fera qu'accentuer l'incompréhension des usagers et des citoyens.
Elle se révèle aussi comme une réforme à dessein politicien puisqu’elle permet de nous faire oublier par la même occasion les véritables problèmes qu'il serait urgent de traiter. On eût aimé que Hollande tienne les promesses qu'il a faites avant de projeter des lois qu'il n'avait nullement annoncées durant sa campagne.

Où est la grande réforme fiscale promise, ou donc est passée la volonté de constituer une VI république susceptible de changer dans le bon sens les pratiques politiques en France ?

Rien de tout cela et à la place, ce projet, dont on peut craindre qu’il sera conduit sans concertation véritable, qui trompe les citoyens, qui portera atteinte à l'emploi public, et qui risque de casser la dynamique que les collectivités apporte encore, malgré la « crise », à l’ensemble du pays.

JMG

samedi 26 avril 2014

La face cachée d'une réforme

La disparition programmée des Départements posent des questions essentielles qui ne sont pas forcément celles que l’on croit. Observons d’abord qu'il y a loin de la coupe aux lèvres puisque le  Premier Ministre, dans sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, fixait une date d’effet pour 2021. D’ici là on peut penser que beaucoup de ministres, premiers ou pas, auront déjà coulé sous les yeux du peuple français, y compris Manuel Valls, à moins que celui-ci ne devienne Président de la République, ce dont personnellement je doute.

Pour l’heure, j'espère encore en un simple un effet d’annonce : il est politiquement correct, aujourd'hui encore, hélas, de montrer que le gouvernement fait quelque chose contre « le mille-feuille administratif » devenu depuis quelques années le nec plus ultra du projet politique en France. Faute de grives on mange des merles, on peut cacher l’inaction ou la paresse politiques par des projets douteux dont on sait qu'ils seront relayés par les media, ne serait-ce que par le vacarme polémique qu’ils pourront susciter. Et ça marche !
C’est le genre de sujet sensible comme le fut en 1969 celui, politiquement monumental à l’image de son initiateur Charles de Gaulle, de la disparition du Sénat. A partir du moment où cela concerne des élus, on peut être sûr en effet qu’il y aura du tangage. Car les élus en général ne font pas partie de la majorité silencieuse, ils font même du bruit, y compris avec des casseroles.

La question que pose ce projet est celle, en réalité, de l’avenir de services publics de proximité et du respect que l’on porte à leurs usagers. Les départements oeuvrent en premier lieu pour les routes, les collèges, les services sociaux…et bien d’autres domaines encore au nom de la clause générale de compétence que notre premier ministre s’attache à vouloir faire aussi disparaître. Ce n’est pas en tuant l’institution qu’on fera disparaître le bien fondé, comme la nécessité, de ces compétences.
Toute les velléités aujourd’hui des réformes de l’organisation administrative de la France s’envisage en termes d’économie de finances publiques et non en terme d’efficacité des services publics, ce qui ajoute à la confusion qu’on prétend vouloir combattre.
Attaquer l’institution c’est vouloir faire de l’austérité sans le dire en pensant que cela passera mieux dans les consciences, c’est sous-entendre qu’on dépense trop avant de couper dans le vif.
Le problème de fond est bel et bien l’avenir des services publics et non celui de l’institution qui n’en est que l’outil. Le problème de fond c’est bien l’austérité, ce sont bien les onze à douze milliards d’euros dont les usagers ou citoyens des collectivités dans leur ensemble devront faire le deuil dans leur vie quotidienne.

La deuxième question est de nature démocratique. Voulant imiter l’Allemagne parce que son mille-feuille, de par son Histoire, serait moins épais et moins crémeux que le nôtre, on voudrait supprimer les strates territoriales en oubliant de considérer qu’elles sont aussi, d’abord, la manifestation de la démocratie locale. Ainsi veut-on aussi supprimer la commune, au profit notamment des métropoles,  sans voir que la commune est la base, en France, de l’engagement citoyen, du plus petit village à la grande ville qui sont historiquement des lieux de solidarité et de débat démocratique. Ainsi veut-on aussi supprimer désormais les départements. Le citoyen a la tête qui tourne, il n’y comprend plus rien, le remède est devenu bien pire que le mal. Mais c'est parce que nous n'avons pas affaire à un remède, mais bien plutôt à un alibi.

Défendons plutôt les services publics en ne faisant pas porter aux collectivités le poids d’une crise que l’Etat central ne veut plus assumer. Tout ça parce qu’il a décidé de remettre son destin à une Europe dont le peuple a déjà refusé l‘actuelle orientation. Mais c’est encore une autre affaire.

JMG