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jeudi 6 août 2026

CATASTROPHE

Je sais, cela ressemble à un procès d'intention et c'est pas bien : je soupçonne les gens qui nous gouvernent de tirer partie de catastrophes pour nous imposer des réformes visant à nous paupériser. Ils nous visent peut-être pas directement, mais leurs réformes oui. 

Les fortes chaleurs et les feux de forêt pourraient influencer la communication (ou la propagande ?) gouvernementale. Je l'ai bien senti en écoutant la ministre de je ne sais quoi, il y a quelques jours, sur France Inter. Vous ne m'en voudrez pas de ne pouvoir reprendre le verbatim exact de cette ministre dont j'ai  oublié le nom comme la fonction exacte. Ministre de quoi, déjà ? 

Mais, à un moment de son interview elle a bien dit que les catastrophes que nous affrontions aujourd'hui devaient nous conduire à relativiser les effets des "réformes" que le gouvernement s'apprêtait à mettre en place pour notre bien.

Ainsi justifiait-elle le doublement des franchises médicales décidé par le gouvernement Lecornu, celles ci passant de 100 à 200 euros par an. Nos élites gouvernementales, mues par un idéologie du chacun pour soi au plan économique, continue par petites touches successives, à démanteler voire à détruire la sécurité sociale, et donc l'Etat social, aidé en cela par des catastrophes qui, comme l'arbre qui brûle, cachent la forêt.

Ce sont ces mêmes gens, les Gabriel Attal, les Edouard Philippe, les Bardella-Le Pen des deux ou trois Sicile, qui râlent contre les dépenses publiques qui pourtant sont utiles à éteindre les feux. 

Ces gens-là s’accordent tous pour dire qu’il ne faut pas augmenter les impôts, conformément à la vulgate néo-libérale.

Pour financer la dette selon eux, il vaut mieux, tout en réduisant les dépenses publiques, faire payer les pauvres et préserver les très riches en leur offrant des avantages fiscaux indécents.

Rien ne vaut une catastrophe pour, le plus tranquillement du monde, s'attaquer aux services publics et trahir le principe d’égalité de tous devant l’impôt.

jmg




vendredi 4 octobre 2024

Budget pour les riches, budget de fortunes

Soixante milliards d'euros manqueraient au budget de l'Etat. C'est peu, comparé à un montant total d'environ 300 milliards, et pourtant...ils correspondent aux 60 milliards de recettes confisqués sous forme de cadeaux fiscaux de Macron aux plus riches ou aux entreprises qui font le plus de profits.

Le gouvernement Barnier entend récupérer 20 milliards par des hausses d'impôts notamment appliqués aux 300 premières entreprises, et 40 milliards par une diminution drastique de dépenses publiques.
C'est peu ? Non c'est beaucoup 40 milliards lorsqu'on sait que ce manque à gagner touchera les services publics, la richesse de ceux qui n'en ont pas, et se traduira notamment par des suppressions d'emplois, 100 000 dit-on, dans la fonction publique. Ainsi seront touchés pêle-mêle les hôpitaux, les aides sociales, les retraites, l'éducation nationale, la justice, tout qui constituent pourtant la colonne vertébrale d'un "vivre ensemble" dont on nous rebat les oreilles mais dont le pouvoir conservateur se moque.

Comment ne pas être en colère ? Cette austérité touchera les plus fragiles et sera comme à l'accoutumée, accompagnée d'une propagande mettant en avant les affres supposées d'une "dette" alimentée délibérément par des exonérations sociales ou fiscales.
Cette dette tout en enrichissant ceux qui la détiennent sera devenue le prétexte, ou le ressort quasi-imaginaire, d'une politique économique désastreuse pour l'ensemble de la population.

samedi 30 septembre 2023

Rupture numérique, ou fracture sociale et citoyenne ?

Le numérique ne fait pas que des heureux, loin s’en faut, il est même facteur de distorsion sociale, de discrimination par le savoir ou le savoir-faire informatiques, et par un traitement inégal des territoires  en matière d’infrastructures. Et la fracture, loin de se résorber, parait s’aggraver encore…Nos gouvernants ne montrent aucun empressement à régler le problème ; ou seulement avec le secours du temps puisqu’à court ou moyen terme les principaux concernés (ceux qu’on appelle les séniors) finissent toujours par disparaître. Le cynisme en la matière, même involontaire, peut aussi passer par là.

En 2018, 27% des soixante et plus n‘avaient pas d’Internet. C’est énorme, et particulièrement sensible dans un contexte de disparition des services publics de proximité. Car en effet la fracture numérique s’accompagne de la disparition des services publics dans les territoires abandonnés par la République (comme on dit).

Une certaine élite fait encore semblant de croire que le numérique sera le « Deus ex machina » des carences ou des désengagements de l’Etat, qu’il prendra la forme d’un succédané de l’action publique et de la solidarité nationale,  qu’il se transformera en petite souris républicaine chargée d’infuser partout sa présence, en lieu et place d’une fonction publique qu’on aura fini, délibérément, par mettre hors d’état de servir.

Cette fracture numérique quelle est-elle ? De quoi, de qui, est-elle le nom ? N’est-elle pas au fond le pendant d’une fracture sociale ou bien, tout aussi grave, la cause ou les effets d’une fracture citoyenne ? Ainsi fabrique-t-on des sous-citoyens dans l’incapacité désormais de participer à la vie de la cité dans ce qu’elle a de plus banal et élémentaire  comme par exemple déclarer ses impôts. On a vu tout dernièrement des queues interminables de gens devant les services fiscaux pour remplir convenablement leur déclaration de revenus, des jeunes, comme de plus âgés, cherchant l’aide ou les conseils d’agents de service publics débordés. Servitude volontaire ? De la ténacité en tout cas, ou de l’obstination pour exercer ses devoirs de citoyen ! L’Etat devrait en être reconnaissant, mais notre gouvernement semble-t-il n’en a cure, les gens devront bien se débrouiller.

 On estime à 12% le taux de la population française en manque d’équipements informatiques, et à plus de 45 % en défaut de connaissances de base sans lesquelles le « tout-numérique » se transforme en chemin de croix.

Dans le même temps l’accès aux services publics est rendu de plus en plus difficile. Par exemple 7500 bureaux de poste ont encore disparu en 2020 (9500 en 2015) ; situation analogue pour les services fiscaux, ou ceux du Trésor, ou les caisses primaires d’assurance maladie… Pourtant le gouvernement reconnaissait que sur les 14 millions de Français en difficulté devant l’informatique, « 6 à 7 millions ne seraient jamais autonomes. » Un certain cynisme là encore, intolérable au regard de la continuité et de l’égal accès aux services publics lesquels dès lors ne sont plus garantis.

Usagers-citoyens

Ainsi, au plus près des territoires, 75 000 communes en 2020 n’avaient toujours pas d’Internet qui fût fiable ou suffisamment rapide. Comment dès lors, dans ce contexte de fragilisation, assurer un service crédible et accessible en l’absence de services publics dignes de ce nom  et à la hauteur des besoins et des demandes de la population ?

Ces services publics désormais, l’Etat ayant abandonné le terrain, ont pris des formes nouvelles et sont principalement assurés par les collectivités locales au travers notamment les espaces « France service ».  Ces structures n’ont pas, loin de là, la puissance et l’efficacité de services publics adaptés munis de moyens suffisants de fonctionnement, cela dans l’intérêt de la population des territoires « périphériques », urbains ou suburbains.

Défendant au fond une société plutôt individualiste,  le gouvernement entend bien continuer sa politique de dématérialisation en omettant de considérer et de régler les problèmes collatéraux posés aux usagers-citoyens.

Le Conseil économique et social, dans son dernier avis sur le sujet, revendique le droit au refus numérique. Ainsi le pouvoir en place serait moins tenté de se servir du « tout numérique » comme alibi pour délaisser les services publics dans ces territoires.

Par ailleurs l’usage de l’informatique commande de la part des utilisateurs des connaissances et une adaptation continuelle dont beaucoup ne peuvent se prévaloir. On observe que nombreux sont ceux qui abandonnent des procédures administratives pour cette raison-là, et délaissent des droits susceptibles de faciliter leur réinsertion.   

S’agissant des infrastructures, le pouvoir est tenté par une couverture inégale : un débit qualifié de « bon débit » à savoir  8 mégabits/seconde seraient suffisants pour les territoires périphériques, comparés au 30 mégabits/seconde réservés à des territoires réputés prometteurs et porteurs d’avenir, qui reçoivent toutes les faveurs et les aides du pouvoir.

C’est pourquoi il s’agirait d’éviter cette autre rupture  territoriale. Il est crucial de veiller à une couverture égale sur la totalité du territoire préservant l’égal accès  à Internet. Ce domaine, comme tant d’autres, doit impérativement être épargné par une rentabilité financière à court terme. Internet est un bien commun et devrait être géré démocratiquement, dans l’intérêt général.

Il en va d’un aménagement du territoire qui se doit d’être harmonieux et égalitaire. Il y a lieu de prioriser le traitement des zones blanches pour ne laisser personne ni aucun territoire à l’écart d’une technologie qui peut, malgré les réserves qui ont été brièvement présentées ici, contribuer au lien social.

Notons enfin que ce qu’on nomme l’illectronisme se fonde sur un illettrisme qui reste pandémique dans notre pays.

Le plus important aujourd’hui, le plus crucial, le plus urgent, est bien de garantir à tous une possibilité de saisir l’administration autrement que par le numérique, de permettre à tous l’utilisation des moyens classiques tels que le courrier postal, le téléphone et bien entendu l’accueil physique.

Se pose, plus que jamais, en même temps que les évolutions technologiques, l’ardente nécessité de réinstaurer l’humain au cœur  de la question.

JMG  

vendredi 30 décembre 2022

Hôpital : l'urgence absolue

 Oui, l’hôpital est en danger, il brule même, et pour paraphraser cet autre discours sur l’urgence, « nous regardons ailleurs », comme si cela ne nous concernait en rien, menace posée devant nous sans pouvoir la distinguer elle non plus. Sommes-nous devenus malades à ce point pour ne rien voir de l’épée de Damoclès qui pend sur l’hôpital public ?

C’est que le l’hôpital souffre d’abord de l’absence, sans doute voulue de la part des pouvoirs qui se seront succédés, de débat démocratique. Le néo-libéralisme, ou le libéralisme à tout crin, sans régulation de l’Etat, ne font pas bon ménage avec la démocratie ni avec l’intérêt supérieur du peuple.

 André Grimaldi, professeur émérite de diabétologie au CHU Pitié-Salpétrière à Paris, dresse un diagnostic de l’hôpital et énumère quelques mesures à prendre pour le sauver : « L’hôpital nous a sauvé : sauvons le », livre préfacé par Alain Supiot. 

Ce dernier cite Cornélius Castoriadis : «  Faire toujours de son mieux sans en attendre un profit matériel n’a pas de place dans l’échafaudage imaginaire du capitalisme ». C’est que le serment d’Hyppocrate doit transcender les lois le plus souvent mortifères du marché. La politique menée depuis plus de trente ans, fondée sur la course à la rentabilité et au profit, au mépris de l’intérêt humain,  conduit inexorablement à la disparition de l’hôpital public lequel devrait rester pourtant au centre des politiques publiques de santé.

Il y a lieu, plus que jamais, d’exiger la continuité du service et son libre et égal accès pour tous, conceptions qui sont étrangères par nature au secteur privé. L’hôpital doit rester à appartenir à tous et à chacun. C’est sans compter les exigences des marchés financiers et les prescriptions de l’Union européenne.

Rénovation ou privatisation ?

André Grimaldi nous rappelle l’enjeu actuel de la privatisation qui menace. Deux-cent vingt milliards d’euros pour les dépenses de santé constituent un trésor potentiel qui suscite l’envie des puissances d’argent. On peut y ajouter les dépenses de la branche vieillesse soit cent-trente-neuf  milliards par an.

Pour profiter de ce gâteau prometteur la stratégie néo-libérale s’attache à affaiblir l’hôpital. Jusqu’à trente pour cent des lits sont aujourd’hui fermés. Dix pour cent des Français n’ont pas de médecins traitants et la pénurie devrait être effective jusqu’en 2030.

L’actuelle insuffisance, voire la défaillance de la médecine de ville constituent avec la conception d’hôpital-entreprise deux causes essentielles de la menace qui pèse sur l’hôpital.

La charte de la médecine libérale prévoit depuis 1927 la liberté d’installation et le paiement à l’acte combinées au début des années soixante-dix avec la mise en place du numérus clausus.

Résultat moins de 40% des médecins de ville prennent encore des gardes si bien que les patients sont amenés désormais à considérer l’hôpital comme un médecin de premier recours. C’est donc la médecine de proximité qui se montre insuffisante.

André Grimaldi appuie là où ça fait mal en notant que la Fédération Hospitalière de France (FHF) est présidée par des politiques n’appartenant pas au monde hospitalier, tels Gérard Larcher, Claude Evin… ceux-ci relayant et promouvant une gouvernance de l’hôpital conforme à une orthodoxie bien en cour au sein de l’Union européenne.

L’hôpital-entreprise

C’est à partir de l’année 2004 qu’est introduite la tarification à l’activité, (dite T2A comme pour obscurcir plus encore la question), utile à susciter une concurrence entre les établissements hospitaliers tout en donnant l’avantage à ceux appartenant au secteur privé : quatre grandes chaînes internationales financiarisées (Ramsay, Elan, Vivalto, Almaviva…) lesquelles opteront pour les activités profitables, notamment la chirurgie ambulatoire, au détriment des non rentables comme l’obstétrique. Dans le même temps les dépassements d’honoraires augmentaient de plus de 30% entre 2012 et 2017.

En 2009 la loi Bachelot supprimait le service public hospitalier au profit d’une gouvernance d’entreprise menée par un directeur administratif « seul maitre à bord ». Etait inscrite dans la loi la recherche de la rentabilité. Le « codage » décrié à juste titre par les soignants accompagnait donc désormais une marchandisation du système, le « business » plan l’emportant sur la visée médicale.

Le budget hospitalier ne progressait en moyenne qu’un peu plus de 2% alors que celle des dépenses se situait entre 4 et 4,5%. La paupérisation s’avançait donc et plus encore s’agissant de psychiatrie dont la dotation dépassait tout juste un pour cent en moyenne annuelle.

Le débat était dès lors escamoté et confisqué par une élite technocratique « conseillée » par des sociétés telles que Capgemini ou bien encore Mckinsey qui récemment défrayait la chronique pour des marchés illégalement attribués au prix fort.

Plusieurs types de manipulation pour tuer ou dissoudre le service public hospitalier comme le montage de partenariat public privé rompu à une répartition inégale des tâches : au privé les les activités rentables, au public les plus dépensières.

La solidarité plutôt que la charité 

L’hôpital est à la croisée des chemins. André Grimaldi propose dix mesures quelque peu inégales et parfois difficiles à mettre en œuvre tant le système hospitalier souffre depuis des décennies d’une marchandisation rampante mais impitoyable. Un plan de santé publique sur cinq ans s’annonce nécessaire pour que la solidarité prime à nouveau sur la charité. La santé est un bien supérieur à tous les autres. Rien dans les politiques menés par l’actuel gouvernement ne présage de bon pour la santé publique. Il est plus facile semble-t-il de faire une réforme des retraites inutile que de sauver l’hôpital. Macron s’acharne, il ne fera aucun cadeau.

L’hôpital est un bien  précieux, vital, qui nous appartient encore, ne permettons pas son saccage.

JMG


article paru dans le n°301 de "Démocratie et Socialisme" le magazine de la Gauche Démocratique et Sociale (GDS)

lundi 22 juin 2020

à bout, la révolte

Seuls les inconscients, parce qu'ils auront été perméables à la propagande de ce gouvernement, n'auront pas été touchés par la souffrance physique et plus encore morale de cette infirmière interpellée par la police le 16 juin au cours d'une manifestation pour la défense de l'hôpital public.
Sa photo, où on l'a voit encadrée sans ménagement par des policiers armés et casqués, aura fait le tour des réseaux sociaux.

Comme l'ensemble de ses collègues cette infirmière a été pourtant pendant plusieurs semaines parmi ceux et celles qui ont fait front contre la pandémie dont d'ailleurs elle-même a été victime. Comme si cela ne suffisait pas elle est aussi la proie d'un pouvoir qui s'acharne contre elle sur le plan judiciaire.
Elle passera le 25 septembre devant le tribunal correctionnel pour outrage et violence sur personne dépositaire de l'ordre public.

Ainsi donc les rôles sont inter-changés, les media ont retenu de Farida, c'est son nom, l'image d'une délinquante qui jette aux forces de l'ordre des morceaux de bitume que l'on confondra opportunément avec des pavés pour mieux faire passer ce message : tolérance zéro pour tous ceux qui résistent, y compris ceux qu'E.Macron a qualifié dans son infinie reconnaissance de "héros".

Il faut bien faire oublier à la population l'essentiel. Ce gouvernement, il est vrai qu'il n'est pas le premier, continue d'affaiblir l'hôpital public, encore 600 suppressions de postes annoncées au CHRU de Nancy par exemple, hôpital public qu'il entend privatiser à terme, pour en faire un  endroit privilégié de marchandisation au lieu de le considérer prioritairement comme un havre de secours et de soins.

Au lieu de répondre concrètement et efficacement à des revendications légitimes, il interdit les manifestations et fait donner sa police dont il ne condamne qu'au bout des lèvres les violences avérées de certains de ses membres.

L'image était trop belle de cette militante prise en flagrant délit d'outrage aux forces de l'ordre. Cela fait de Farida une double victime, victime comme personne soignante maltraitée institutionnelle dans son travail, victime comme citoyenne non autorisée à exprimer un désaccord profond et durable.

Mais alors pourquoi ce geste qui, au plan médiatique et légaliste, la disqualifie ? C'est que la coupe est pleine, c'est que le dégoût remplace ou empêche la raison, c'est que l'irrésistible révolte emporte tout souci de son propre ménagement.
Cette infirmière, invisible pendant la lutte qu'elle a menée contre la pandémie avec ses collègues, entendait être enfin visible non pas par besoin d'une improbable notoriété, mais par désespérance, par une déception extrême qui peut se muer en haine envers des gens "responsables" qui la maltraite elle-même et son métier.

D'où ces gestes qui ne sont pas ceux d'une criminelle.

La responsabilité en incombe à ce pouvoir qui ne négocie pas, qui impose ses vues, qui réprime, qui nie la démocratie sociale, au risque des révoltes et des violences qu'il suscite lui-même.

La violence n'est pas du côté des plus faibles.

JMG



lundi 30 mars 2020

Punis et non-coupables

Les gouvernants ont le chic pour faire porter, de façon allusive et plus ou moins discrète, la responsabilité de leur impéritie sur leur propre peuple.

Les rues sont désertes mais pas seulement les rues, toute l'économie sur laquelle se fonde depuis des décennies notre société de consommation se trouve ébranlée par un coronavirus dont on ne connait rien à part les ravages qu'il opère parmi lesquels en premier lieu une bonne dose d'anxiété généralisée.

Le résultat est là, dans des rues désertes et des activités interrompues. Le gouvernement Macron quant à lui question efficacité est aux abonnés absents.
La "start-up nation" n'en finira jamais de nous décevoir. Pas de masques, pas de respirateurs en nombre suffisant pour une épidémie qui nous prend par surprise, pas assez de lits de réanimation, pas assez de médecins, ni assez d'infirmière, ni d'aides soignants, pas assez de femmes de ménage dont on voit enfin l'utilité concrète, en somme pas assez d'hôpitaux, pas assez de service au fond qui ne soit pas marchand.

C'est qu'en temps de crise la nécessité fait loi, et on s'aperçoit alors de la nécessité du "peuple" et de son existence concrète. Les gouvernants eux n'ont qu'un rôle d'accompagnement. Pire, pour continuer d'exister, ils punissent ou culpabilisent. Les gouvernants, qui ont abandonné leur pouvoir économique ont, à la faveur de cette crise étrange et inattendue, retrouvé là l'essence de leur pouvoir politique, tel qu'en tout cas ils l'envisagent : réguler, interdire, soumettre, surveiller, punir...

C'est ce même peuple qui en est victime. On est d’ailleurs étonnés de la discipline des gens devant le confinement, de leur degré d'obéissance et de leur sens à cet égard de la responsabilité sanitaire. Et ce  comme pour démentir la petite musique de fond que l'on entend sur le peu de civisme dont nos compatriotes feraient preuve, en particulier dans les quartiers que l'on dit "sensibles" et qui en réalité ne le sont que par volonté ou lâcheté politiques.

Je longeais hier, le parc des bains à Lons-le-Saunier que les autorités locales ont cru bon de fermer il y a quelques jours. Jusque-là les gens passaient encore par ce parc, sans y attarder, pour aller faire leurs courses vers l'Intermarché qui est au bout.

Pourquoi cette interdiction alors que, par souci légaliste et civique, peu de monde s'y rendaient ? Comme d'autres rares promeneurs je n'ai donc fait que de longer ce parc, dramatiquement vide, en empruntant en parallèle l'avenue Camille Prost elle aussi désertique mais désespérément grise. Puni, interdit de ce parc dont les barrières me narguaient. 

On se doit de respecter l'état d'urgence sanitaire mais on est en droit de ne pas comprendre les chemins qu'elle prend, on est en droit et en devoir de ne pas y adhérer sans un minimum d'esprit critique.
Pour nos gouvernants la tentation est trop belle d'un moyen de pression qui suit des mois et des mois de contestation politique et sociale. Le gouvernement Macron avait perdu la confiance d'une population mise en tension par des politiques anti-sociales qui précisément l'aura menée là où elle se trouve aujourd'hui.

E.Macron, E.Philippe ont mené ou continué jusqu'ici des politiques d'austérité qui ne sont pas étrangères à la situation catastrophique d'aujourd'hui. Ainsi à l'hôpital plus de 70 000 lits auront été supprimés depuis une vingtaine d'années. Et combien de postes d'infirmières dans la fonction publique hospitalière ?

Dans sa déclaration du 12 mars, pris peut-être par la panique, soudainement conscient que cette crise pouvait devenir dramatique, E.Macron annonçait : "ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché". Macron prétendait aussi que nous étions entrés en guerre.
Les hommes ne sont jamais plus sages qu'au lendemain des guerres, (fussent-elles sanitaires). Mais cette sagesse pourrait malheureusement ne pas durer longtemps.

Déjà le gouvernement paraît mettre à profit cette crise pour revenir sur des acquis sociaux tels les droits à congés, la réduction du temps de travail, le repos hebdomadaire...C'est aussi par ordonnances,  et pour une durée illimitée, faisant fi une fois encore du rôle du Parlement, qu'il entend s'attaquer à certaines libertés publiques.

Le peuple n'est pas seulement une abstraction, il n'est coupable que de ceux qu'il met ou laisse au pouvoir...Il serait honteux que ce gouvernement, loin de tirer les leçons de dizaine d'années de remise en cause systématique de l'Etat providence, et loin du discours aux actes, tire profit de la crise pour continuer de faire passer des réformes qui remettent en cause notre modèle social. C'est aussi l'interprétation qu'on pourrait malheureusement donner aux propos énigmatiques de Macron le 12 mars dernier où il annonçait le confinement généralisé de la population.

Prenons soin de nous au plan sanitaire comme au plan politique. Gardons notre distanciation sociale avec ce gouvernement comme avec tout pouvoir tenté par ses propres excès. Il en va de nos destinés individuelles et collectives.

JMG

dimanche 15 décembre 2019

Les retraités de chez Latécoère

Le gouvernement, parce que céder constituerait un déshonneur et traduirait un recul politique qu'il ne peut se permettre, entend aller jusqu'au bout de sa contre-réforme des retraites en laissant croire que celle-ci est essentielle, utile, indispensable. Ce n'est évidemment pas le cas, cette loi est idéologique, elle conduira à paupériser l'ensemble de la population, qui plus est dans un contexte de crise de l'emploi, celui des jeunes comme celui des seniors, que le gouvernement n'entend ne pas traiter avec le sérieux et la volonté politique voulus.

En réalité, une des fonctions, s'il en est, de cette "réforme" est de cacher le bilan désastreux du macronisme sur le plan économique. Et on ne parle pas ici du social que Macron abandonne sans vergogne et avec un mépris spectaculaire au profit des plus riches.

Je mets en parallèle cette "réforme" des retraites avec ce qui vient de se passer chez Latécoère. Latécoère est une grande entreprise basée à Toulouse, historique, à la base avec d'autres, de l'excellence française en matière d'aviation. La société Latécoère emploie 4900 salariés dans le monde dont 1500 en France. La CGT s'inquiète désormais, à juste titre, de l'avenir de l'entreprise et de ses salariés.

En effet, un fonds de pension américain, en avril de cette année, le Search Light Capital Partners, s'est emparé de 26% du capital de cette société. Elle a tenté ensuite par une OPA (offre publique d'achat "amicale") se saisir des 76% manquants.
Cette OPA s'est révélée être un succès, car les financiers américains se voient donc finalement propriétaires à près de 63% du capital du groupe dont ils prennent le contrôle effectif.

Ce peut être catastrophique pour la France : Latécoère est spécialiste et pionnière en matière d'utilisation de la lumière pour échanger des données (Li Fi). Il s'agit là d'une méthode innovante d'importance stratégique qui intéresse la politique de défense. 
Le fait est comparable au rachat par l'Américain Général Electric de la branche énergie d'Alstom laquelle permet la viabilité opérationnelle de l'unique porte-avions français. Rien que ça.

La souveraineté stratégique de la France en matière de défense, et en matière industrielle tout court, en prend donc encore un sacré coup. 
Au tour de Latécoère et de ses prouesses technologique ( et financières !) de passer aux mains des  décideurs américains peu soucieux par ailleurs des promesses qu'ils pourront tenir en matière d'emplois. La malheureuse et désastreuse expérience d'Alstom, de ce point de vue aussi, en aura donné déjà un exemple édifiant puisque non seulement les emplois promis n'auront pas été au rendez-vous mais au contraire de nombreux auront été supprimés.

De tout cela notre Président et son gouvernement n'ont cure, ils se foutent royalement, c'est le cas de le dire, de l'avenir des salariés de cette entreprise stratégique.
Macron aurait pu pourtant s'opposer à ces prises de contrôle.

Au lieu de défendre l'emploi industriel en France, notamment ces emplois qui comme ici représentent un enjeu stratégique majeur, au lieu de sauvegarder notre souveraineté en matière de défense, le gouvernement Macron préfère emmerder  les gens par des réformes, comme celle des retraites, qui vont à l'encontre de l'emploi des jeunes tout en appauvrissant l'ensemble de la population, actuels et surtout futurs retraités.

Le gouvernement Macron instaure un climat de guerre civile larvé, en tentant de diviser le monde du travail. Ainsi a-t-il désigné des coupables chimériques comme les "régimes spéciaux" qui seraient à l'origine d'injustices prétendument insupportables entre agents publics ou salariés. Il utilise les syndicats "réformistes" ou accompagnateurs (CFDT, UNSA...) pour mieux cacher son refus des négociations réelles avec les syndicats qui se trouvent à la pointe d'une légitime contestation. En même temps il fait porter à ces derniers la responsabilité des "blocages", ou des "prises d'otages".

Livrer un fleuron de notre industrie comme Latécoère à un fond de pension fait le lien avec cette réforme dont le but plus ou moins transparent est de fonder les retraites sur de l'épargne soumise à la spéculation financière.
Les fonds de pension exigent des sociétés qu'ils contrôlent des rendements importants. Le boursicotage joue contre l'emploi. Le monde de la finance en demande toujours plus, par des baisses de salaires, ou par des suppressions d'emplois facilités par un code du travail lui-même dévasté par des réformes iniques.

Le serpent néo-libéral se mord la queue, dût-il en crever. Le monde du travail, seul véritable créateur de richesses, doit gagner la bataille.

JMG







lundi 15 avril 2019

Fonction publique : le contrat contre la loi

Le projet de loi fonction publique devrait entraîner une augmentation significative du nombre d'agents contractuels. La rémunération de ces agents sera déterminée par l’administration compétente au regard des fonctions exercées, de la qualification, de l'expérience et en tenant compte des résultats professionnels.

En d'autres termes, il n'y aurait plus à terme de garantie collective jusqu'ici fondée sur des grilles de salaires définies nationalement, aggravant ainsi les disparités entre les agents publics eux-mêmes, mais aussi mécaniquement entre les territoires, avec ce risque de renforcer le clientélisme politique.

Le gouvernement a donc pour projet de serrer encore plus les relations de subordination entre administration et agents publics. Le risque est singulièrement grand dans l'Education Nationale où les agents ont toujours été attachés à une autonomie, même relative, sans laquelle un enseignement efficace n'est possible.

Changer les statuts c'est déjà changer d'horizon, c'est préparer les esprits à la privatisation, voire à la financiarisation des services publics ceux-ci devenant alors des services au public...puis aux "clients".

JMG


paru dans D&S Démocratie et Socialisme avril 2019

lundi 18 mars 2019

des casseurs s'en prennent à la fonction publique

On le sait, le grand débat sert d'écran de fumée pour cacher, avec un certain succès il faut le reconnaître, ce que le gouvernement Macron continue de détruire : les systèmes de solidarités pour lesquels des gens se sont battus, et qui ont fait jusqu'ici la singulière richesse de notre pays.

Ainsi en est-il du statut de la fonction publique dont, malgré le mouvement social actuellement en cours, Macron et ses députés ont décidé la disparition pure et simple. Ce projet de loi devrait passer devant l'Assemblée Nationale avant cet été. Il est catastrophique.

Une précarité accrue de l'emploi public...

Il vise à faire grandir et à généraliser la précarité dans la fonction publique. Aujourd'hui encore  le statut prévoit que le fonctionnaire est titulaire de son poste, demain le recours au contrat sera facilité et aura pour effet de porter atteinte à la neutralité de la fonction publique. Cette neutralité sera donc à la merci d'un clientélisme politique encore plus pressant. Un fonctionnaire a le devoir de ne pas obéir à un ordre illégal de nature à compromettre l'intérêt public. Qu'en sera -t-il si la précarité de sa situation lui fera renoncer à cette exigence républicaine ?

Aujourd'hui déjà plus de 70% des contrats à durée déterminée dans la fonction publique territoriale sont conclus pour moins d'un an. Cette précarité accentue les inégalités entre les hommes et les femmes lesquelles sont les plus concernées, 62% des contrats précaires sont tenues par des femmes.
Le projet de loi prévoit bien pire avec les contrats dit de projet qui n'ouvriront ni à des contrats à durée indéterminé, ni encore moins à une titularisation hypothétique.

et des mesures anti-républicaines...

L'ensemble de ces mesures mettent à mal l'égalité d'accès à la fonction publique qui aujourd'hui encore est garantie, peu ou prou, par le principe républicain du concours. Qu'en sera-t-il demain si le recrutement n'obéit à aucune règle objective autre que celle d'une flexibilité outrancière de l'emploi ?

Cette précarité généralisée s'accompagne d'une augmentation de la souplesse des rémunérations enlevant la garantie de traitement équitable pour tous les agents. Ainsi revient en force la rémunération dite au mérite, grand cheval de bataille de tous ceux pour lesquels la fonction publique et les fonctionnaires ont toujours constitué une cible privilégiée comme pour se distraire et de s'exonérer des vrais enjeux du pays.

Le statut aujourd'hui prévoit des grilles de rémunération équitables tenant compte des grades eux-mêmes issus des qualifications des agents. Le mérite individuel n'est qu'un leurre pour  favoriser un traitement à la tête du client, à la merci d'une hiérarchie qui aura tôt fait de profiter d'un pouvoir discrétionnaire étendu. 
Pourquoi ne pas faire confiance plutôt à la formation, aux qualifications, aux diplôme nationaux, à la formation initiale et continue ?

...qui servent à accompagner les restructurations à venir

Tout cela se fait dans un contexte d'une volonté gouvernementale de suppression de 120 000 emplois publics pour le quinquennat. La réforme des commissions administratives paritaires contenue dans le projet de loi s'accorde précisément à ôter les moyens de concertation (cf article 3 du projet) pour rendre plus faciles les mobilités professionnelles que ne manqueront pas d'entraîner les restructurations dans les diverses administrations. 

La crise des gilets jaunes montre, s'il en était besoin, que les corps intermédiaires et les organes de concertation peuvent être utiles à éviter les confrontations brutales et violentes. Le gouvernement pourtant continue à nier cette réalité, le projet de loi prévoit en effet une attaque supplémentaire contre la démocratie sociale en fusionnant le comités technique et le comité d'hygiène et de sécurité dans une instance unique, le comité social d’établissement ou de collectivité.

La représentation des personnels sera donc moindre, notamment dans le domaine vital de l'hygiène et de la sécurité, accompagné mécaniquement d'une diminution drastique du droit syndical,  à l'instar de ce qui vient de se produire dans le secteur privé avec la réforme, là aussi, des instances représentatives du personnel.

l'enjeu des services publics

Derrière la question du statut se cache l'enjeu de l'accès pour tous à des services publics de qualité. La réforme en cours ne fera que renforcer et faciliter la privatisation de ces services, comme ceux de l'hôpital ou des Ehpad par exemple, pour les intégrer dans une financiarisation toujours plus vorace au mépris de l'intérêt général

Macron et son gouvernement continuent de jouer une politique du pire, dangereuse pour la démocratie, en force, fondée sur une répression policière particulièrement violente qui elle-même fait le jeu des "casseurs".

Le pouvoir actuel continue de faire voter des lois régressives, sans honte, comme si la destruction de la république sociale, d'une façon paradoxale, lui servait de cheval de bataille pour asseoir un pouvoir déjà bien établi par une constitution de la Véme république qui manifestement ne répond plus à l'exigence d'un état démocratique moderne. 

Jean-Marc Gardère


article paru dans Démocratie et Socialisme d'avril 2019




samedi 24 mars 2018

Le plus populiste n'est pas toujours celui qu'on croit

Les politiciens néo-libéraux de droite, ou prétendument de gauche, s’acharnent depuis quarante ans, après une période marqué par un keynésianisme plutôt bien compris, à fragiliser un contrat social issu de la dernière guerre. 

Ces attaques systématiques, sur la base d'un appel maladif à la réduction à tout prix de la "dépense publique", sont devenues pour ces politiciens une valeur idéologique à laquelle s'accrocher pour décrocher le pouvoir institutionnel. Et Macron, aidé en cela par des fonds provenant des plus fortunés, a décroché la timbale. 

Pour cultiver ce pouvoir, l'actuel président de la République a besoin de la division de l'autre camp et, fidèle à une stratégie primaire mais bien rodée, il ne s'en prive pas, comme en témoigne l'incroyable diversion que constitue cette attaque contre le statut des cheminots. Or le statut des cheminots, lié au caractère public de la SNCF, n'est pas plus avantageux qu'un autre. Il suppose "l'emploi à vie" nécessité de surcroît par des impératifs de sécurité. Ce statut ne fait que compenser, tant soit peu, les horaires décalés, le travail la nuit ou le weekend. Il n'est pas digne, dans une République moderne, de montrer du doigt des salariés qui ne font que défendre leur emploi et améliorer leurs conditions de travail auxquels s'attaquent des politiciens sans scrupules, hors sol, et parfois sans aucune culture politique.

En cela Macron est un populiste, au plus mauvais sens du terme, c'est-à-dire qu'il cultive à des fins politiques, la faiblesse ou l'ignorance du peuple. L'ensemble de la population en effet, s'agissant de la SNCF, reste à l'écart d'une information digne de ce nom. On lui fait peur avec la "dette" sans mettre dans la balance la valeur des actifs.

Les citoyens que nous sommes devraient mesurer l'importance de l'enjeu. Il convient que le peuple comme acteur politique reste propriétaire des infrastructures ferroviaires qu'il a principalement contribué à financer. La privatisation envisagée est immorale comme l'a été, dans un autre registre, celle des autoroutes. Elle serait économiquement catastrophique au regard de la tarification imposée aux usagers devenus de vulgaires clients, catastrophique également au plan écologique comme en témoigne déjà la privatisation du fret en France à partir de 2003. Et puis l'exemple britannique est édifiant, il convient urgemment de ne pas le suivre.

Seule une importante mobilisation des salariés ou des agents des services publics pourront obliger les media traditionnels à faire état du mécontentement, et de la combativité  de la population à vouloir conserver ses services publics, et ainsi faire reculer un gouvernement stupide et inutilement droit dans ses bottes.

Le combat des cheminots comme de l'ensemble de la fonction publique est juste, il dépasse largement les intérêts particuliers. Comme citoyens, quels que soient nos secteurs professionnels, nous avons intérêt à être solidaires de ceux qui défendent si ardemment leur outil de travail.
Cet outil nous appartient aussi, et il nous appartient donc, collectivement, de le défendre.

JMG

vendredi 23 mars 2018

Pour le retour des idéologies de la solidarité

Les mouvements sociaux que l'on voit grandir en France aujourd'hui ne sont pas dus au hasard. On l'a dit, et il l'a dit lui-même, Macron est né d'une "effraction", d'une imposture, d'un hasard de l'histoire, mais c'est pour incarner et renforcer, parfois jusqu'à la caricature, la continuité d'une politique dite néo-libérale qui s'acharne, depuis une trentaine d'années au moins, à détruire la qualité et le fondement de nos services publics. 
Vivement le retour, dans les têtes puis en pratique, des idéologies de la solidarité qui seules permettent de vivre ensemble en limitant les inégalités. Des inégalités qui, aujourd'hui plus que jamais, alimentent la crise économique.

JMG

(paru au faux rhum - à moins que ça s'écrive fort rhum, je ne sais plus- des lecteurs du Progrès de Lyon, le 23 mars 2018)

samedi 6 janvier 2018

Politique : meilleurs vœux, pour une meilleure année

Bonne année, que cette année soit celle de la conscience retrouvée qui nous permette de regarder autour de nous sans rien oublier de ce par quoi collectivement nous sommes faits. Bonne année de pleine conscience, mais pas seulement axée sur soi ou sur l'individu. Et donc bonne année de pleine conscience collective.

La bonté, l'attention à l'autre, les bonnes résolutions diverses et variés, c'est bien, c'est nécessaire en cela qu'ils sont de la matière dont on fait la profondeur des relations interpersonnelles, et peut-être de la fraternité. On a besoin de ce carburant qui nous permet de nous ressentir vivant, avec d'autres, tous les autres.

Mais il est une autre exigence, tout aussi noble, tout aussi nécessaire qui donne une vision qui dépasse la première par son importance, voire qui l'autorise. Cette exigence c'est celle de la conscience collective qui nous fait accepter ce monde en tentant de l'organiser au regard d'intérêts contradictoires ou de rapports de force aujourd'hui déséquilibrés au détriment des plus faibles.

J'en viens au fait : que cette année soit celle de la renaissance de l'esprit de solidarité inscrit dans des buts politiques pour précisément redonner du pouvoir aux plus faibles, au déshérités, aux sans domicile fixe dont le nombre d'année en année s’accroît, au monde du travail créateur de richesses. Aujourd'hui cet esprit de progrès semble mort, et il est insuffisant de le remplacer uniquement par les initiatives individuelles, fussent-elles associatives.

Je souhaite donc que l'année 2018 voie le retour du politique, mais pas n'importe lequel bien sûr.

La tâche est immense après des années de traîtrise, de tromperie qui continuent aujourd’hui de plus belle tout en distillant l'idée, dans nos tristes cerveaux de consommateurs inconscients, que la politique ce serait fini. En réalité l'idée a été confisquée par ceux qui ne veulent le bonheur que du petit monde dont ils font partie

Ainsi j'émets le vœu très précis que nous citoyens, et là j'en appelle à la gauche qui ne redeviendra forte que si elle retrouve son unité, nous nous battions pour défendre toutes les institutions qui préservent et organisent dans notre pays la solidarité nationale sans laquelle n'est possible aucun progrès social ni économique.
Il s'agit donc de défendre l'ensemble de services publics qui sont la richesse de ceux qui n'ont rien, et la sécurité sociale plus que jamais en péril à cause de l'irresponsabilité ou de la volonté de certains hommes politiques vendus à des intérêts particuliers.

La sécurité sociale a été construite par des forces de progrès au moment de la Libération, à un moment où la France était beaucoup moins riche qu'aujourd'hui. L'homme ne serait-il sage seulement qu'au lendemain des guerres ? C'est pourquoi le devoir de mémoire doit s'exercer aussi pour sauver ce bien commun conquis de haute lutte.
Il est essentiel de lutter contre la privatisation rampante de la sécurité sociale, la mise en pièces de l'hôpital public, mais aussi contre la disparition de notre droit du travail, contre tout ce qui porte atteinte au plein emploi et à notre contrat social.

Bonne année de résistance, bonne année de conscience, bonne année de nouvelles conquêtes sociales.

JMG


jeudi 5 mars 2015

L'austérité en pratique dans les collectivités

L'austérité, de droite comme de "gauche", n'est pas nouvelle, elle dure depuis déjà de nombreuses années ponctuée de réformes territoriales souvent irresponsables au regard de l'aménagement du territoire, et qui cachent l'essentiel, à savoir la destruction à terme de pans entiers de services publics locaux. Je donne ici quelques extraits d'un tract de la CGT du Conseil Général du Jura sur la question des routes :

"L’organisation territoriale de l’entretien et de l’exploitation des routes du département du Jura sous la responsabilité de la DDE reposait sur 13 subdivisions dans les années 80, puis 11 dans les années 90 et 9 dans les années 2000.

Outre, la maintenance du réseau routier, ces services publics de proximité délivraient les permis de construire, les certificats d’urbanisme et portaient assistance aux communes dans leurs différents projets.

 C’est tout le sens du service public et du système de la redistribution des impôts.

Arrivent la décentralisation et les divers transferts de compétences et de personnels des DDE vers les collectivités.

En 2005, une nouvelle réorganisation du service des routes est à l’étude et aboutie à la nouvelle configuration de celui ci sous l’autorité du Conseil Général, le réduisant à nouveau.

Au 1er janvier 2007, le maillage territorial du service des routes du Conseil Général passe à 6 Centres Techniques Routiers Départementaux. Les 28 Centres d’Exploitation subsistent encore.

Mais c’est encore trop !

 Après de longues études et de multiples réflexions, une énième implantation territoriale apparaît au 1er janvier 2015 :

v    Les 6 CTRD laissent place à 4 agences et 26 Centre d'Exploitation.

Mais dans les décisions de nos décideurs politiques, il y a un sujet qui leur est difficile à compacter, celui du volume des routes, surtout quand celui-ci à tendance à progresser tel qu’avec l’ouverture de la déviation de Lons-le-Saunier.

Réduire nos services et le nombre d’agents devient un problème face aux 3560 kilomètres de routes départementales à entretenir.

Réduire les niveaux de service tel que durant la saison hivernale, c’est déjà en partie fait, mais il reste une autre solution, « se débarrasser » de quelques kilomètres de trop.

Etudes, analyses fines et le verdict tombe : 600 kilomètres de linéaire à brader !

Le 9 décembre dernier, M. le Président du Conseil Général s’adresse par courrier aux maires des communes concernées invoquant les contraintes budgétaires qui nécessitent une optimisation des moyens financiers d’où le besoin de  réduire le réseau routier départemental d’environ 600 kilomètres, a savoir:

v  250 kilomètres de routes qui seraient déclassés du domaine public et rejoindraient le domaine privé en étant fermés à la circulation,

v  350 kilomètres seraient transférés aux communes en précisant qu’une discussion sera conduite avec les municipalités concernées »

Nous pouvons penser qu’il leur est difficile d’aller plus loin dans le principe des « vases communicants », les communes étant le dernier maillon administratif de notre République. Mais ce maillon n’en peut plus de se remplir des compétences des autres sans moyens supplémentaires.
Contraintes budgétaires, désengagement de l’Etat, contexte économique difficile, certes mais bien voulus et bien décidés par des choix politiques.

 Le programme de réductions budgétaires de 50 milliards d’euros pour la période 2015/2017 (19 milliards pour l’Etat, 11 pour les collectivités et 20 pour la protection sociale) établi par le président de la République et son gouvernement pour répondre aux injonctions de la commission européenne sont suicidaires.

 Différents stratagèmes ont été concoctés pour parvenir au redressement du déficit budgétaire ; l’accord national interprofessionnel, le pacte de responsabilité et de solidarité et actuellement la loi Macron pour la croissance et l’activité qui fait couler beaucoup d’encre !!

Nous connaissons la traduction de ces mesures, pour l’Etat ce sont de nouvelles économies de masse salariale avec la poursuite du gel des salaires, de nouvelles suppressions de postes et de missions publiques. De leur côté, les collectivités territoriales sont soumises aux mêmes contraintes. Les associations citoyennes qui sont souvent un lien important dans notre société se trouvent fortement impactées par ces restrictions. Et là aussi on s’achemine vers la destruction massive du tissu associatif et la suppression de milliers d’emplois.

Il est paradoxal que le gouvernement consacre en 3 ans 100 milliards d’euros de crédits publics au « pacte de responsabilité » pour espérer créer 300 000 emplois, et qu’il accepte d’autre part la suppression de plusieurs centaines de milliers d’emplois !

L’austérité : un véritable cadeau empoisonné !!

Le 25 janvier dernier, les citoyens grecs soumis à un régime drastique d’austérité avec une longue période de récession et plus de 25 % de chômage viennent de relever la tête et de dire NON avec l’élection de SYRIZA. Il est certain que la Troïka ne laissera pas faire. Le 5 février, la BCE  contre attaquait déjà en fermant l’un des robinets à liquidités de la Grèce. Le chemin sera long et parsemé d’embûches, mais il ne faudra pas baisser les bras.

Les entreprises du CAC 40 cumulent près de 50 milliards d’euros de bénéfices en 2014, de nouvelles révélations d’évasion fiscale avec l’affaire de la banque HSBC et quelques 180 milliards qui se sont volatilisés démontrent que l’argent existe et qu’il est possible d’inverser ce système économique pervers. Nos dirigeants politiques doivent se distinguer sur le sujet et contraindre les délinquants à régler leur dû.

 Le 9 avril prochain, les organisations syndicales CGT, FO et Solidaires appellent à une grande journée d’actions interprofessionnelles pour s’opposer à la rigueur budgétaire et au recul social inédit." 

samedi 17 mai 2014

Ils se disent révolutionnaires

On parle de mille-feuille territorial mais ne s’agit-il pas plutôt d’un mille-feuille de réformes territoriales ? Entre communautés d’agglomération (qui devraient se transformer en métropoles…), communautés urbaines, fusion de régions annoncée, suppression des départements, clause de compétence générale supprimée fin 2010, son rétablissement en janvier 2014, puis sa disparition à nouveau annoncée par le 1er Ministre… Bien malin qui aujourd’hui se retrouve dans tout ce fatras. Il faudrait donc se calmer et laisser un peu de place à un minimum de stabilité permettant aux acteurs des services publics de travailler en paix.
La notion de territoire est devenu, depuis 2003 au moins, un enjeu politicien qui laisse de côté ce pour quoi le découpage administratif est fait, à savoir la gestion des services publics locaux dont les citoyens et usagers sont en droit de se partager équitablement les effets.
Car au fond on ne réforme rien du tout, par contre on réduit les moyens des collectivités en taillant dans leurs dotations. Ainsi douze milliards en moins annoncées qui manqueront aux routes, collèges, lycées, aide aux entreprises, assainissement, transports, à l'aide sociale si sollicitée aujourd'hui, et pour cause... C’est donc ça le choc de simplification ?
Si on en croit un chercheur du CNRS ce ne serait pas douze mais vingt-sept milliards d'investissement sur quatre ans qui serait ainsi économisés pour soi-disant rentrer dans les clous des comptes publics au nom du pacte de stabilité. 

Comptes publics qui, pour les collectivités, n'ont jamais souffert de déséquilibre.  Contrairement à l'Etat le vote de budgets déséquilibrés n'a jamais été ni la règle, ni la pratique. C'est donc un mauvais procès que l'on fait aux collectivités chez lesquelles on veut à tout prix importer la crise, quand on veut tuer son chien, on dit, où ici insinue-t-on, qu'il a la rage.
C'est ce qui compte : 27 milliards en moins de fonctionnement et d’investissement publics qui manqueraient à l'activité et qui donc constitueront une source supplémentaire de chômage et de pauvreté.
Cette réforme territoriale, dont on ne connaît pas encore les contours, lesquels se déforment et se reforment de jour en jour, selon les états d'âmes de nos politiciens, n'est que de la poudre aux yeux, elles entend dissimuler l'essentiel, à savoir la disparition prochaine de pans entiers de services publics de proximité.


Cette folie pourrait également avoir pour conséquence, et peut-être est-ce là le but recherché, de faciliter la privatisation de services rentables pour certains investisseurs indifférent, et pour cause, à l'égalité d'accès aux services publics qui est l'un des fondements de notre République.

Manquant d'argent frais pour cause d'austérité, les collectivités, et on sait la fragilité de certains de nos élus devant des lobbys particulièrement efficaces, pourraient être tentés de déléguer au privé des services gérés jusque là par eux-mêmes.
Car, comme pour la santé, pour les retraites, il y a là aussi de l'argent à se faire, des bénéfices à tirer aux dépens des contribuables qui, tout au moins au début, n'y verront que du feu mais qui pourront, bien vite, s'en mordre les doigts. Cela pourrait se faire notamment dans le cadre de partenariats public privé, indolores au début mais qui se révèlent être autant de catastrophes pour les finances publiques. On peut prendre l'exemple de l'hôpital d'Evry, que Manuel Valls connaît bien pourtant.

Si on voulait vraiment réformer nos territoires on s'y prendrait autrement, on commencerait d'abord par une réforme de la fiscalité locale pour la rendre plus juste et plus équitable. 

S'ils ne jouaient encore que leur petit destin politique, mais Hollande et Valls jouent ici les apprentis-sorciers...ils ne se montrent nullement au service des populations. Au passage, ils mettent en péril des milliers d'emplois publics, véritables sources de richesse, alors que notre pays souffre tant du chômage.
Cette réforme n'en est pas une et ils voudraient la faire passer pour révolutionnaire.

JMG



samedi 26 avril 2014

La face cachée d'une réforme

La disparition programmée des Départements posent des questions essentielles qui ne sont pas forcément celles que l’on croit. Observons d’abord qu'il y a loin de la coupe aux lèvres puisque le  Premier Ministre, dans sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, fixait une date d’effet pour 2021. D’ici là on peut penser que beaucoup de ministres, premiers ou pas, auront déjà coulé sous les yeux du peuple français, y compris Manuel Valls, à moins que celui-ci ne devienne Président de la République, ce dont personnellement je doute.

Pour l’heure, j'espère encore en un simple un effet d’annonce : il est politiquement correct, aujourd'hui encore, hélas, de montrer que le gouvernement fait quelque chose contre « le mille-feuille administratif » devenu depuis quelques années le nec plus ultra du projet politique en France. Faute de grives on mange des merles, on peut cacher l’inaction ou la paresse politiques par des projets douteux dont on sait qu'ils seront relayés par les media, ne serait-ce que par le vacarme polémique qu’ils pourront susciter. Et ça marche !
C’est le genre de sujet sensible comme le fut en 1969 celui, politiquement monumental à l’image de son initiateur Charles de Gaulle, de la disparition du Sénat. A partir du moment où cela concerne des élus, on peut être sûr en effet qu’il y aura du tangage. Car les élus en général ne font pas partie de la majorité silencieuse, ils font même du bruit, y compris avec des casseroles.

La question que pose ce projet est celle, en réalité, de l’avenir de services publics de proximité et du respect que l’on porte à leurs usagers. Les départements oeuvrent en premier lieu pour les routes, les collèges, les services sociaux…et bien d’autres domaines encore au nom de la clause générale de compétence que notre premier ministre s’attache à vouloir faire aussi disparaître. Ce n’est pas en tuant l’institution qu’on fera disparaître le bien fondé, comme la nécessité, de ces compétences.
Toute les velléités aujourd’hui des réformes de l’organisation administrative de la France s’envisage en termes d’économie de finances publiques et non en terme d’efficacité des services publics, ce qui ajoute à la confusion qu’on prétend vouloir combattre.
Attaquer l’institution c’est vouloir faire de l’austérité sans le dire en pensant que cela passera mieux dans les consciences, c’est sous-entendre qu’on dépense trop avant de couper dans le vif.
Le problème de fond est bel et bien l’avenir des services publics et non celui de l’institution qui n’en est que l’outil. Le problème de fond c’est bien l’austérité, ce sont bien les onze à douze milliards d’euros dont les usagers ou citoyens des collectivités dans leur ensemble devront faire le deuil dans leur vie quotidienne.

La deuxième question est de nature démocratique. Voulant imiter l’Allemagne parce que son mille-feuille, de par son Histoire, serait moins épais et moins crémeux que le nôtre, on voudrait supprimer les strates territoriales en oubliant de considérer qu’elles sont aussi, d’abord, la manifestation de la démocratie locale. Ainsi veut-on aussi supprimer la commune, au profit notamment des métropoles,  sans voir que la commune est la base, en France, de l’engagement citoyen, du plus petit village à la grande ville qui sont historiquement des lieux de solidarité et de débat démocratique. Ainsi veut-on aussi supprimer désormais les départements. Le citoyen a la tête qui tourne, il n’y comprend plus rien, le remède est devenu bien pire que le mal. Mais c'est parce que nous n'avons pas affaire à un remède, mais bien plutôt à un alibi.

Défendons plutôt les services publics en ne faisant pas porter aux collectivités le poids d’une crise que l’Etat central ne veut plus assumer. Tout ça parce qu’il a décidé de remettre son destin à une Europe dont le peuple a déjà refusé l‘actuelle orientation. Mais c’est encore une autre affaire.

JMG

samedi 15 mars 2014

Ceinture pour les collectivités territoriales

Il n’est pas certain que les citoyens que nous sommes aient pris la mesure de la dégradation à venir des finances locales. Non pas à cause d’une mauvaise gestion supposée au niveau des territoires eux-mêmes, communes, communautés, conseils généraux etc.…mais parce que l’Etat a décidé de faire porter l’effort de restrictions budgétaires sur ces collectivités décentralisées.

Il faudra bien trouver quelque part les cinquante milliards du "pacte de responsabilité", et le gouvernement Hollande ne cache plus que les collectivités territoriales sont particulièrement visées pour les livrer pieds et poings liés à ces mesures drastiques d’économie.

Outre que certains responsables locaux pourront s’en donner à cœur joie parce qu’ils auront ainsi de bonnes raisons de pratiquer à leur niveau des politiques de suppression de services, d’autres, plus sincèrement défenseurs des services publics, n’auront malheureusement pas le choix. Ou alors leur faudra-t-il augmenter les impôts locaux qui restent on le sait particulièrement injustes, et cela en dépit des promesses qui fleurissent aujourd’hui ça et là à la faveur des élections municipales. Car le leitmotiv est le suivant : pas d’augmentation des impôts locaux ! Promesse qui dans la plupart des cas ne pourra pas être tenue si tant est qu’on veuille garantir des mêmes niveaux de service en direction des populations.

On ne le répétera jamais assez, les collectivités locales sont pour 70% de l’investissement public total. Il y aura donc moins d’argent pour alimenter l’économie locale et en particulier pour garnir les carnets de commande des petites et moyennes entreprises qui font l’essentiel du tissu économique en France.

Ces restrictions budgétaires auront également un effet notable sur les services publics eux-mêmes, et les salariés sans lesquels ils ne peuvent fonctionner. Dommage pour qui voulait vaincre le chômage.

Moins de crèches, moins d’entretien pour les bâtiments publics que sont les écoles, les collèges, les lycées, en bref moins de moyens pour ce qui fait aujourd’hui encore la richesse de notre pays et, par voie de conséquences, moins de raisons pour que nos territoires restent attractifs pour les entreprises. Etait-ce bien le but recherché ?

Il est des "pactes" qui portent bien mal leur nom : il semble bien que nous vivons une époque où le paradoxe le dispute à l'irresponsabilité.

JMG



samedi 7 décembre 2013

Mille-feuilles et tarte à la crème

Partout à la radio, à la télévision , dans les journaux, de la part des politiques, des experts en tout genre, ce leitmotiv : notre système administratif serait trop complexe, il y aurait trop de communes, trop de départements, trop de régions , trop de tout, "trop de notes" en somme dans la symphonie mal embouchée de nos territoires. Et bien sûr, tarte à la crème, tout cela nous coûte cher, trop cher !

 Il faudrait donc trancher dans le mille-feuilles. Car tout le mal viendrait de là : si nous sommes en crise, s’il y a trop de chômage c’est parce qu’il y aurait trop de strates administratives qui se disputeraient, en se chevauchant, des compétences qui plus est illusoires.

 Ce constat, si c’en est un, a déjà débouché sur un arsenal réglementaire et législatif jamais terminé, et qui nous tient en haleine depuis des décennies, 1982, 1992, 2004, 2012, et 2014 bientôt avec ce projet de loi de modernisation de l'action publique et d'affirmation des métropoles. Tant est si bien qu’en guise de clarté gagnée nous n’avons fait, au fil du temps législatif ou réglementaire, qu’accumuler des couches de brouillard de plus en plus épaisses. Et finalement c’est l’usager des services publics locaux -ou le citoyen, ce qui est presque plus grave- qui sera devenu le plus perdu dans cette jungle.

Parce que l’Allemagne, elle, ne compterait pas autant de communes, il faudrait qu’en France on fît la même chose. C’est méconnaître l’histoire qui a fait à leur rythme les nations. Trente-six mille communes en France, et alors ? Cela n’est-il pas une chance pour la démocratie de proximité ? A-t-on jamais empêché les communes de s’organiser en syndicat à vocation unique ou multiple ? Voire de fusionner, mais en toute liberté bien sûr ?

 Quoi qu’il en soit la réforme (en fait l’avatar du rapport Balladur de 2009) est sur les rails et elle a un but affirmé, celui de la réduction des dépenses publiques avant d’être au service de l’usager. Et pour cela apparaît un instrument de taille, la bombe atomique de l’incitation à la mutualisation des services : le CIF ( coefficient d’intégration fiscale). C’est simple, plus vous aurez supprimé d’emplois publics, plus vous obtiendrez d’aides financières de l’Etat. Je n’exagère pas. Insolite et grotesque dans un  pays qui comptent plus de trois millions de chômeurs !

Ainsi la commune est embrassée jusqu’à l’étouffement par une coopération intercommunale forcée dans le cadre des communautés de communes ou d’agglomérations. Les compétences des communes risquent de se trouver réduites à la plus simple expression rendant la distance plus grandes entre le service et ses bénéficiaires, dans le cadre d'un contrôle démocratique moins serré puisque là encore le pouvoir sera recentré sur l’agglomération avec une assemblée délibérative démesurée à la merci pourtant des villes-centre.

Plus sérieux encore, la question des métropoles que l’on veut rendre plus « compétitives » mot à la mode, à l’échelle européenne, jusqu’à nier les départements ou les communes qu’elles engloberont aussi. Des métropoles certes, mais à la campagne. Lons-le-Saunier concernée ? Non, mais Lyon ou Marseille, oui sans doute...Quoi de plus saugrenu ?

Le désir de l’usager-citoyen est de comprendre, d’y voir plus clair. En temps de crise il convient de stabiliser les compétences des collectivités, pour les rendre plus claires et donc plus efficaces, et non pour les rendre encore plus opaques, ou plus éloignées des citoyens qu'elles ne le sont aujourd'hui. Et  de leur donner des moyens appuyés par une fiscalité locale enfin plus juste…

Mais de cela on ne veut pas. Ce serait presque trop simple.

JMG

samedi 28 septembre 2013

Lons-le-Saunier 2014 : éléments pour un projet municipal


Au parti socialiste depuis 2003, j’entends y défendre les idées de solidarité et de meilleur partage des richesses en rejetant tous les excès du capitalisme financier qui est en train de tuer notre modèle social jusque dans nos communes.
J’ai déjà eu l’occasion de dire à quelle ville j’étais attaché. Elle est sociale et écologique, les deux étant selon moi indissociables.

Sociale d’abord : la ville est un lieu de solidarité et d’échanges, elle est même faite pour cela, elle doit être commune, respectée, et respectueuse de tous dans l’égalité.

Une politique de gauche se doit d’être attentive en priorité à la question du logement à la fois pour des questions urbanistiques et sociales. Il faut renouer avec une certaine densité urbaine, Lons-le-Saunier peut accueillir plus de 20 000 habitants, or aujourd’hui elle ne les atteint pas. Il faut continuer à mettre en œuvre, avec les acteurs du logement, les collectivités concernées, une politique de développement du logement social.

S’agissant de l’urgence sociale, il s’agira de mettre en place, au travers de l’action du CCAS, au niveau de l’agglomération et de la ville, des mécanismes d’aide aux plus démunis en simplifiant les démarches administratives autant qu’il est possible.
Nous appellerons à la création d’un comité d’usagers pour la mise en œuvre d’une politique sociale solidaire. Il est d’urgent d’aider les victimes de la crise sociale et économique, ils n’en sont pas responsables, à nous de faire jouer la solidarité.
De même faudra-t-il dessiner une véritable politique locale de santé à l’échelle de la ville et de son agglomération.

Pour resserrer les liens il s’agira aussi de ré-examiner les conditions du transport public sur Lons et son agglomération, étudier une baisse significative des tarifs, en particulier pour les familles nombreuses, une ville solidaire est une ville qui facilite les échanges entre les quartiers.

Il est essentiel d’avoir une action d’animation des quartiers les plus touchés par le chômage, en direction des jeunes plus particulièrement. Nous devrons porter plus d’efforts encore sur l’éducation populaire en créant de nouveaux équipements si besoin et en recrutant des personnels facilitant cette mise en oeuvre.

Quant à la citoyenneté, nous nous attacherons à développer une intelligence territoriale sur l’ensemble de l’agglomération en y associant tous ceux dans la population qui le souhaiteront.

Il faut à tout prix que la ville de Lons-le-Saunier garde la maîtrise politique et financière de ses services publics en ne déléguant pas de façon systématique leur gestion au secteur privé. Je le dis ici car c’est un danger que courent beaucoup de collectivités en France, au travers de l’usage des partenariats publics privés qui se révèlent catastrophiques pour les contribuables et les services à rendre en direction des usagers et des citoyens.




Une ville écologique :
La ville de Lons-le-Saunier se doit d’être attractive. Lons-le-Saunier a la chance d’avoir un cadre naturel exceptionnel. Il faut le valoriser en soignant particulièrement les entrées de ville mais aussi en redessinant le paysage urbain notamment en harmonisant dans la ville le minéral et le végétal.
D’accord pour ne pas faire disparaître la voiture de ce cadre mais il s’agira de mieux partager l’espace entre ces moyens de déplacement. Une politique de développement des pistes cyclables devra être menée. Par ailleurs, il faudra envisager des écos-quartiers avec expérimentation d’énergie renouvelable et autonome.

Cette ville a des ressources qu’il faut mieux valoriser, comme le thermalisme par exemple mais il en est d’autres qu’il faudra redécouvrir et promouvoir.
Un grand projet structurel urbain, résolument écologique, devra être mené sur la ville, il pourra s’agir notamment de la redécouverte de la Vallière. Il n’est pas normal que cette rivière qui traverse la ville d’Est en Ouest soit ainsi cachée comme si on en avait honte. Elle doit revenir une pièce maîtresse dans l’identité de la ville.
Une ville est vivante dans la mesure où son cœur, le centre-ville, l’est aussi. Or celui-ci n’est viable qu’avec des commerces de proximité nombreux et viables. Il faudra donc conduire ensemble une politique en ce sens.

Sur le plan économique, sans faire de surenchère par rapport à d’autres territoires contiguës, il s’agit néanmoins de permettre et de faciliter l’implantation d’entreprises sur Lons et son agglomération. Le cadre plus accueillant de la ville pourra le permettre, mais aussi des mesures plus concrètes, qui seront développées au cours de la campagne, pour aider les entreprises à projet durable pour l’emploi.
Il ne faut pas se bercer de mots. Les situations financières des collectivités, dans un contexte général d’austérité qu’il nous faut par ailleurs combattre, seront à l’avenir encore plus critiques qu’elles ne le sont aujourd’hui. Malgré cela, nous avons des marges de manœuvre qu’il faudra mettre à profit de façon optimale.
Je vois la campagne pour ces municipales comme un vaste rassemblement autour des idées qui fondent le parti socialiste depuis des décennies. Nous ferons appel à nos partenaires historiques, le parti communiste et ses alliés, les écologistes, mais aussi tous ceux dits de la société civile qui voudront nous rejoindre.

Dans la mesure où Marc-Henry Duvernet se prononce positivement sur l’ensemble de ces orientations politiques que je viens d’énoncer, j’appelle au rassemblement, et au soutien de sa candidature pour mener la liste aux municipales au nom du parti socialiste. Je vous invite, tous adhérents de la section du Bassin Lédonien à en débattre tous ensemble le 7 octobre prochain à 20 heures dans les locaux de la fédération.

Mon parcours est celui d’un militant de gauche. J’ai adhéré au Parti socialiste en 2003. J'ai par ailleurs une longue expérience de syndicaliste, d’abord à la CFDT à partir de 1981, puis à la CGT depuis 1995. Je me suis présenté aux municipales en 2008 à Lons-le-Saunier sur une liste d’union.
Pour moi, l’action politique est indissociable de l’action syndicale et le Parti socialiste le reconnaît et l’énonce dans ses statuts-mêmes. Pour marcher, il faut les deux jambes.
Professionnellement, je suis fonctionnaire territorial. A ce titre, je connais bien le fonctionnement des collectivités. J'ai toujours été neutre dans l'exercice de mes fonctions comme l’exige la qualité d’« agent public » tout en gardant et préservant jalousement ma conscience et mon action citoyennes, ainsi que je les exerce singulièrement ici. Pour moi, les deux termes ne sont pas seulement conciliables, ils sont complémentaires.

Jean-Marc Gardère


http://www.maintenantlagauche.fr/ 
 

samedi 21 septembre 2013

Maire pour quoi faire

J’hésite, c’est mon péché mignon. Ce n'est pas conseillé en politique où il vaut mieux pour réussir se montrer déterminé, quitte à faire semblant. Même si j'ai posé formellement posé ma candidature auprès de la fédération du parti socialiste du Jura, j’hésite à courir après l’investiture pour conduire la liste des municipales à Lons-le-Saunier, car je me demande si je ne vais pas encore me prendre une veste, devant les adhérents socialistes s'entend. C’est cela la politique, prendre coup sur coup, encaisser, au risque à la fin de devenir susceptible, sans compter que cela peut être dérangeant pour les idées qu'on défend.

Alors sérieusement : quelle est donc la situation politique -je préférerais dire "politicienne"-, puisqu’il faut bien en parler ? La section du PS lédonien est aux mains de son secrétaire qui est aussi candidat à la mairie avant, on l’a vu, de l’être à cette même investiture. Il est jeune, ambitieux, ce qui en politique sont deux qualités essentielles, indispensables même, au moins pour la seconde, sans parler de convictions sincères que je lui reconnais. Et tout est en place pour qu’il l’emporte au sein du parti socialiste, tout c’est-à-dire des adhérents prêts, majoritairement, et c’est là pour moi que le bât blesse, à voter pour lui. Normal, il s’est montré assez persuasif pour les faire adhérer et s’assurer ainsi d’un soutien majoritaire. Il a eu ce talent et ce temps de façonner la section à son image, et plus encore à l'intérieur même de la section, faire adhérer des camarades habitant Lons-le-Saunier, assez peu nombreux en valeur absolue, mais qui dès lors pourront décidé par leur vote de cette investiture. 

Sur quelles bases sa candidature ? Pour l’instant on ne sait trop, on verra bien , tout ce que l’on sait aujourd’hui nous le savons par une équipe "d’experts" ou "d’ambassadeurs" qu’il a formée ( l’équipe pas les experts) et qui ont travaillé à un diagnostic du bassin lédonien dont nous devrions bientôt voir le compte-rendu public. Franchement je ne m’attends pas à des miracles, je crains quelques discours technocratiques de plus. Il s’agissait si j’ai bien compris d’une démarche participative qui peut en effet prendre tout son sens sauf que cette démarche, et j’en ai déjà parlé ici même, se faisait en dehors du parti socialiste comme si celui-ci était à rejeter, qui plus est dans un contexte général de délitement idéologique qui le touche de plein fouet
On me rétorquera qu’il a été consulté, le parti socialiste. Vouais. J’ai déjà eu l’occasion, ici ou là, de souligner les dangers pour la gauche toute entière de cette démarche qui consiste à vouloir rassembler, mais trop bien, quitte à cligner des yeux vers les forces « conservatrices » du centre ou du centre-droit jusqu'à oublier la distinction droite-gauche, classique peut-être, mais qui n'a jamais été aujourd'hui autant d'actualité. Car on peut facilement perdre son âme ou, ce qui encore plus grave, renoncer à ses convictions, la fin justifiant les moyens de se faire élire à tout prix.

C’est pourquoi, j’y reviens, l’envie de me présenter me taraude toujours mais en défendant comme je l’ai déjà fait un projet pour la ville qui annonce une couleur franche.

Et donc je proposerai à mon jeune camarade ( permettez que je l’appelle camarade) d’être fidèle au moins à quelques principes de base que je me fais fort de défendre, et dont voici quelques lignes à partir desquelles on pourra s'élaborer un projet :
 -une orientation politique portant défense des services publics en privilégiant l'internalisation de l'action municipale.
- développement des services à destination de la jeunesse en faisant un sort particulier et privilégié sur les quartiers plus particulièrement touchés par le chômage
-favoriser l'accueil des jeunes travailleurs sur la ville en leur facilitant le logement
-faire porter l'effort sur tout ce qui pourra faire avancer l'éducation populaire en créant de nouveaux équipements si besoin après étude de la demande sociale à cet égard
-réexamen des politiques tarifaires pour un accès aux services publics municipaux rendu plus facile en direction particulièrement  des familles à faibles ressources
-une politique de densification du centre ville en optant pour des réhabilitations de logements, on voit que beaucoup sont vidés de leurs habitants
-une vision et des actions ou projets structurels de nature écologique qui participent de l'attrait naturel de la ville et à son développement économique durable
-défendre l'activité du centre-ville ainsi que son attractivité en faisant tout ce qui est en notre possible pour ne pas asphyxier le petit commerce ou le commerce de proximité
-travailler à faire venir des nouvelles activités économiques et à garder celles qui sont actuellement installées et en action sur l'ensemble du territoire de l'agglomération
-travailler à l'entretien de la ville lequel laisse beaucoup à désirer aujourd'hui, au besoin en confortant par des créations d'emploi les services municipaux
-promotion d'une politique culturelle de qualité ouverte à tous
-développer une intelligence et une conscience territoriales sur l'ensemble de l'agglomération en y associant la population
-et globalement faire un audit financier à l'arrivée pour déceler les marges de manœuvre financières qui nous permettront de mener la politique que nous voulons pour la ville de Lons-le-Saunier et son agglomération
  Tout cela a un coût me diront les esprits chagrins et ils auront raison puisque les collectivités locales, et Lons-le-Saunier et son agglomération n’y échapperont pas, seront bientôt si ce n'est déjà fait à plein touchées par la « crise », ce qui d’ailleurs est injuste puisqu’elles n’y sont pour rien.

Mais on ne fait rien sans ambition. Et l'intendance, quand on lui prête vie, en général suit.

Jean-Marc Gardère