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dimanche 19 novembre 2017

Impuissance et colère

La "république en marche", LREM pour les intimes, menée par son premier de cordée bonapartiste,  est en train, à la suite d'au moins deux quinquennats catastrophiques autant pour le pays que pour la gauche, de dilapider la construction sociale que la France avait patiemment et sagement édifiée aux lendemains de la dernière guerre.

Le plus étonnant est que devant cette révolution néo-libérale, archaïque à bien des égards puisqu'elle ne fait que copier jusqu'à la ringardise ce que Reagan ou Thatcher avaient initié dans le monde anglo-saxon, l'opposition apparaît bien faible et en tout état cause pas à la hauteur  du défi ainsi opposé à l'ensemble des citoyens français.

Cette léthargie, cette mobilisation insuffisante, dont les media dépendants des grands groupes se repaissent et se réjouissent, tiennent de plusieurs facteurs.

D'abord la division syndicale orchestrée depuis des années par une CFDT plus que jamais désorientée par ses propres choix stratégiques et dont la direction nationale continue de tabler sur un dialogue social illusoire qui lui permet de ne rien faire et de ne tenter aucune mobilisation de ses troupes.

On peut y ajouter la position de Mailly qui a été de nature durant l'été dernier à déstabiliser son organisation, on le voit maintenant revenir, mais trop tard.

Cela a pour conséquence un relatif isolement de la CGT qui a peine à mobiliser l'ensemble des salariés malgré les attaques du gouvernment qui n'ont jamais été aussi violentes et multiformes. Tous les secteurs du monde du travail ainsi sont touchés y compris bien sûr la fonction publique où l'on revient sur des accords passées avec le gouvernement précédent comme notamment des revalorisations de carrière pourtant bien modestes au demeurant.

Et tout cela dans un contexte de raréaction systémique de l'emploi, avec en corrollaire une pression sur les salaires qui à son tour alimente la "crise".

Voilà pourquoi on peut se désespèrer de ce découragement général du monde du travail dont une bonne partie n'a pas encore mesuré l'ampleur nuisible des réformes en cours qui ne feront qu'aggraver une situation déjà dramatique.

Macron et ses soutiens feraient bien de ne pas se réjouir de l'impuissance citoyenne voire de l'affaiblissement du fait syndical. Cette impuissance n'est que provisoire, mais surtout elle peut être le signe ou le préalable de révoltes plus grandes suscitées par une colère légitime mais de moins en moins maîtrisable, susceptibles pour le malheur de tous de réveiller de vieux démons.

JMG

vendredi 15 septembre 2017

Berger : et maintenant que va-t'il ne pas faire ?

Attention, avis aux âmes sensibles, ce billet est légèrement polémique. Quelque chose au moins aura pu nous amuser, faut bien rire en ces temps, même si c'est jaune, jaune précisément comme sait l'être Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. Qui d'autre en effet qu'un syndicat jaune eût pu se livrer  à cet appel à la non-grève en plein mouvement social l'année dernière contre la loi El Khomry ?
Berger aujourd'hui se sent et se déclare "déçu" par le contenu des ordonnances de la loi travail version Macron. Comme on dit dans les cours de récréation, bien fait pour lui ! Il ne voit dans ces ordonnances aucun élément qu'il pourrait soutenir au nom de la prétendue "démocratie sociale", ou de l'idée qu'il s'en fait. Comme si la "démocratie sociale" avait été à l'œuvre lors de l'adoption de la loi El Khomry !

On remarquera que Berger s'est fait damer le pion par un Mailly, premier responsable de FO, qui de son côté revendique d'avoir été pendant l'été un interlocuteur privilégié du gouvernement. Qui dit mieux ? Ce serait même grâce à lui que la loi travail serait moins dure que prévu, notamment en laissant quelques miettes aux négociations de branche. Des miettes qu'il se fera un plaisir de digérer à la santé de Macron. Par rapport au positionnement de FO l'année dernière, c'est à ni rien comprendre. Quels intérêts derrière tout ça ?

ET Berger, pourquoi est-il déçu au fond ? La CFDT, ou plutôt sa direction nationale, accompagne sans quasiment aucune hésitation, soutient même, toutes les réformes que les gouvernements néo-libéraux, de droite comme prétendument de gauche, nous servent depuis plus de trente ans.

Déçu notre Berger de voir que la place privilégiée que la CFDT occupe à détricoter le contrat social pourrait lui être ravie, ou au moins disputée, par le secrétaire général de Force Ouvrière. Déçu aussi sans doute que le pouvoir actuel, en quelque sorte, ne lui ait pas renvoyer l'ascenseur.

Berger est donc fidèle à lui-même, comme le fut avant lui, Edmond Maire d'abord, puis Jean Kaspar, Nicole Notat, Chérèque père ou fil et tous ceux qui dans cette confédération ont suivi le mot d'ordre du "modernisme", de la "concertation", du "réalisme" mais au prix de la remise en cause de nos principaux acquis sociaux, dans le secteur privé comme dans le secteur public, les reculs des uns entraînant le recul des autres dans une dynamique infernale.

Il est à noter que la journée du 12 septembre n'a pas trop souffert de la non participation de FO et de la CFDT. La CGT principalement, mais aussi la FSU ou Solidaires, ont su mobiliser autant de salariés que lors du mouvement de l'an dernier dans ces débuts.

Que va faire Berger maintenant ? On ne l'entend plus. Va-t-il reprendre le train en marche pour donner une chance à la CFDT d'exister à nouveau en tant qu'organisation syndicale et non simplement comme supplétive d'un pouvoir décidé à s'en prendre frontalement au monde du travail ?
On a vu des militants de la CFDT dans les cortèges le 12 septembre, plus conscients que ne l'est leur patron du péril historique que représentent ces ordonnances pour notre contrat social.

On n'a pas besoin de Berger au vu des trahisons passées, mais gageons que cela le fera réfléchir.

JMG

lundi 13 juin 2016

Pourquoi ils s'en prennent à la CGT

Il se confirme que le pouvoir veut la peau des syndicats, mais pas n'importe lesquels bien sûr, la CFDT est épargnée, et pour cause , mais ni la FSU, ni Sud, ni FO dans certains cas, ni moins encore la CGT, devenue l'ennemie jurée du gouvernement, n'échappent aux attaques gouvernementales. 

Tout syndicaliste sait qu'une organisation syndicale, et plus précisément son appareil, ne peut déclencher une grève sur un simple claquement des doigts ; qu'elle puisse susciter un mouvement certes mais seulement par la sensibilisation ou l'information faite en direction des salariés, ceux-ci restant libres de faire grève ou pas. C'est pourquoi le syndicalisme est un lieu essentiel de la démocratie, c'est pourquoi il est criminel de le criminaliser comme le fait aujourd'hui l'exécutif.

Les medias principaux entendent donner l'image d'une CGT uniquement protestataire et jusqu’au-boutiste qui aurait le pouvoir, dans sa grande capacité de nuisance, de mettre le pays à feu et à sang dans un grève générale imposée à des usagers ou à des citoyens devenus otages d'un syndicalisme réputé irresponsable.
 Cette perception est par ailleurs encouragée par la direction nationale de la CFDT qui essaiera coûte que coûte de récolter les effets d'une lutte dont elle aura par ailleurs critiqué les principaux acteurs. Déjà Berger, son secrétaire général, déclarait dimanche que la CFDT soutenait un projet de loi qui désormais, grâce à la lutte qu'elle avait menée (sic), était devenu tout à fait acceptable. On sait bien sûr qu'il n'en est rien et qu'au contraire le texte, s'agissant notamment de l'article sur l'ubérisation, n'a rien perdu de son caractère nocif pour le monde du travail.

Valls, depuis le début de cette loi travail et des mouvements qu'elle a entraînés, veut en découdre et va plus loin, sous certains aspects, que n'aurait fait la droite dans la répression du mouvement social. Valls n'est pas un social-démocrate, on le savait, avant tout parce qu'il n'est pas un véritable démocrate. C'est l'homme des rapports de force, celui qui a viré Montebourg ou Hamon (même si l'on concède que ce n'était pas le plus grave), lui surtout qui s'avère être un anti-syndicaliste primaire qui n'entend rien au monde du travail, infidèle aux idées pour lesquelles il fut porter au pouvoir  grâce aux militants et électeurs de gauche.
Raffarin en 2003, lors du premier grand conflit sur les retraites avait dit fièrement, et quelques autres après lui, "ce n'est pas la rue qui gouverne", Valls de son côté dénigre précisément la CGT en utilisant un langage guerrier, donnant le ton ou le signal  d'un langage outrancier repris par des "responsables" du patronat ou des media qui vont jusqu'à comparer la CGT à Daesh.
Valls est en retard d'une guerre parce qu'il le veut bien. Cette individualisation, ou plutôt cette discrimination de la CGT, vise à l'isoler pour la réduire si possible à sa plus simple expression, il retrouve là certains accents de la guerre froide toujours présente dans l'inconscient collectif d'une partie de la société française sensible aux thèses de la droite extrême.

Il est malheureux de constater que cette attitude est suivi encore par quelques militants ou sympathisants socialistes. Par charité je mettrai cela sur le compte d'un manque de formation ou d'expérience politique, ou de simple sottise, ce parti étant devenu depuis longtemps un simple lieu où se jouent les ambitions personnelles, sans fond, sans conviction, sans véritable pensée politique.
Lors du dernier congrès du parti socialiste à Poitiers la motion majoritaire dont faisait partie Valls, Cambadélis...se prononçait clairement contre l'inversion de la hiérarchie des normes. Comment peut-on à ce point trahir ses propres engagements et surtout la confiance de ses propres militants !?

La CGT, comme la FSU ou Solidaires, sont les derniers remparts contre la libéralisation du droit du travail et la mutation définitive de notre République en terrain de jeux de la finance mondialisée ou des grands groupes industriels.
C'est ainsi qu'il faut comprendre les attaques de Valls, mais aussi de Hollande, contre le mouvement social. De nombreux militants de la CGT sont aujourd'hui devant les tribunaux, ces comparutions étant sciemment confondues avec celles dont les véritables casseurs sont l'objet.
On notera aussi au passage la différence de traitement avec les manifestants de la FNSEA (qui ont pu se livrer à des exactions ou des destruction de biens publics) et qui furent davantage écoutés sans être pointés du doigt comme peuvent l'être aujourd'hui les militants des organisations qui sont en première ligne pour défendre l'Etat social.

J'insiste sur le fait que cette remise en cause violente d'un syndicalisme d'action et de résistance, auquel se livre de façon légitime la CGT, ne vient pas seulement de l'exécutif gouvernemental. Celui-ci reçoit le soutien paradoxal et contre-nature de la CFDT qui reste dans son rôle désormais habituel depuis plus d'une vingtaine d'années : critiquer les gouvernements en place mais seulement dans la forme pour mieux les soutenir sur le fond dans des contre-réformes néolibérales.

JMG

samedi 21 mai 2016

Epreuve de force pour un choix de société

La loi travail, tout au moins son projet, est révélatrice de la société que l'on veut...ou pas. C'est pourquoi elle est importante, c'est pourquoi elle fait parler, c'est pourquoi surtout elle rassemble contre elle et suscite les combats qui se déroulent sous nos yeux.
On ne revient pas sur le fait qu'elle est imposée par un gouvernement qui prétend appartenir à la gauche, on sait bien qu'il n'en est rien, que la traîtrise est amère et qu'elle redouble la haine et la détermination à ne pas laisser passer l'impensable.

D'abord la loi travail est une loi qui se révèle anti-démocratique par les chemins qu'elle prend pour se faire adopter, par le biais notamment d'un article (le 49-3) d'une constitution qui elle-même est déficitaire sur ce plan, comme "un coup d'état permanent" en effet.
L'article 49-3, une fois de plus avec le gouvernement Hollande-Valls, se révèle nécessaire à un exécutif qui a perdu la confiance de sa majorité. Cela permet à notre premier ministre, qui lui même s'est fait nommer alors qu'au sein de son camp  au cours de primaires il ne faisait que 5% des voix,  d'imposer une réforme de régression sociale contre l'avis de la plupart des organisations syndicales aujourd'hui, et si on en croit les sondages, de la population dans son ensemble.

Le gouvernement, comme les confédérations syndicales qui habituellement soutiennent le pouvoir telle la CFDT, nous parlent de démocratie sociale. Force est de constater qu'ici celle-ci n'existe plus, qu'elle est devenue un vain mot, une simple incantation qui permet de cacher une violence sociale de plus en plus détestable. A cela s'ajoutent aujourd'hui des violences, celle des "casseurs" bien sûr, mais aussi des violences policières qui ne sont pas forcément le fruit de l'imagination de ceux qui, dans la rue, pacifiquement, défendent leur vision de la société, plus égale, plus solidaire, plus fraternelle.
En face le gouvernement joue avec le feu, et le fait même savoir pour décourager les bonnes volontés. Tourt cela dans "un état d'urgence" qui se prolonge et dont on se demande s'il sert à combattre le terrorisme.

Ensuite, qu'on le veuille ou non, cette contre-réforme est menée dans le cadre d'une Union Européenne qui a été imposée au peuple français en 2005.
On avait raison de s'en inquiéter : l'UE aujourd'hui pratique un dumping social qui fait se dresser les économies les unes contre les autres dans un tourbillon de remises en cause des acquis sociaux.
Les dévaluations internes se sont substituées à des dévaluations externes dans une Europe dominée par le Mark, à la merci de la spéculation financière et dans un contexte de défense de la rente à tout prix.

Enfin, cette loi est une étape supplémentaire vers une espèce d'anglo-saxonisation de la société française, favorisant les rapports de force sans la modération des corps intermédiaires. Le pouvoir actuel persiste donc un travail de sape contre les syndicats qui ne sont pas dans sa norme néo ou "socio-libérale", avec le soutien paradoxal d'organisations dites "réformistes" qui ne font qu'accompagner, voire encourager, le virage qu'on veut imposer au monde du travail.
On en voit l'illustration dans les attaques dont FO, la FSU et plus encore la CGT, sont l'objet aujourd'hui. Sous prétexte de défendre la police on condamne un syndicat CGT pour une affiche qui ne fait que traduire, avec véhémence certes, une violence policière dont des manifestants pacifiques ont à souffrir dans leur chair.
Cela n'a pas pris encore l'ampleur répressive que les Etats-Unis ont connu sous la présidence Reagan ou celle de Thatcher en Grande Bretagne dans les années quatre-vingt, mais ce rempart syndical, lycéen, universitaire ou ouvrier, est attaqué de toutes parts, avec la complicité des media détenus par le pouvoir économique.
Par ailleurs, les dernières déclarations de Valls appelant les syndicats à organiser moins de manifestations instillent l'idée dans l'opinion qu'ils seraient les véritables responsables des violences.

Au travers de ce conflit, on constate que le fait syndical en France est remis en cause par le pouvoir, de  gauche ou de droite gouvernementales.
Il sera mis d'autant plus en difficulté si le mouvement social aujourd'hui ne parvient pas à ce que le gouvernement retire son projet. Ce serait là un échec qui s'ajouterait à ceux de 1993 et surtout 2003 et 2010 lesquelles portent encore aujourd'hui leurs fruits amers dans le monde syndical.
Le tournant vers une société inégalitaire, contraire à celle encore prônée par la république pourrait alors bel et bien se concrétiser. C'est ainsi qu'il faut lire la déclaration de Valls "la gauche peut mourir". C'est ce qu'il veut au fond.

Il faut que le gouvernement retire son projet. Car la menace est concrète, elle touchera nos vies plus vite qu'on ne le croit, c'est déjà commencé. S'opposer à cette loi n'est pas seulement s'opposer à un gouvernement hors-sol, c'est refuser une société qui aurait perdu l'essentiel de son idéal social, démocratique et républicain.

JMG

vendredi 10 avril 2015

Y'a la maison qui brûle

Elle a été plutôt réussie la journée d'action intersyndicale interprofessionnelle du 9 avril menée par la CGT, FO, la FSU et Solidaires, journée de lutte contre l'austérité et ses méfaits économiques et sociaux. Les media pourtant n'en ont que très peu parlé, à part précisément un "téléphone sonne" le même jour sur France-Inter...
L'essentiel médiatique a préféré commenter à l'envi les déboires de la famille Le Pen. C'est dire que la défense de l'information publique est essentielle aujourd'hui pour que la gauche un jour  puisse reprendre la main dans le débat politique.

Ce qui se passe aujourd'hui à Radio France (ou à France Télévisions) est significatif et emblématique du pouvoir actuel qui aime à se dire de gauche tout en menant une politique d'austérité. En politique aujourd'hui l'essentiel c'est d'arrêter le débit de la pompe à finance, fermer le robinet est devenu le nec plus ultra de l'action publique, et Radio France en fait les frais.

On aimerait que tout le mal vienne de Matthieu Gallet, pédégé de son état, ce serait plus pratique. Jeune technocrate, ce type déborde de toutes les caractéristiques du parfait petit soldat du conservatisme économique et financier lequel est en train de nous brûler à petit feu sans que l’on puisse crier assez fort ou assez nombreux pour avoir quelque chance de se faire entendre.

Mais en réalité, et c'est bien dommage, Matthieu Gallet, l'homme au bureau à je ne sais plus combien d'euros, et même plus, n'est pour rien dans la crise, ou presque. Et le médiateur qui vient d'être nommé n'y pourra rien lui-même. Car ce n'est pas Gallet au fond le plus coupable, ce n'est pas lui qui met en péril cette boîte de plus de 4500 salariés qui fait encore de l'exception culturelle comparée à ce qui existe tout à côté, à RTL ou Europe 1 et à tous ceux qui sont obligés, substantiellement, de faire de la pub pour vivre.
Il a l'air comme ça, avec sa tête de premier pompier de la classe, mais c'est pas lui le chef des pyromanes qui mettent le feu à la maison ronde. Lui c'est tout juste une étincelle qui embrase le bidon d'essence et met le feu à l'information publique.

Le vrai corps de sapeur-pompiers pyromanes ce serait plutôt les gouvernements successifs de Sarkozy et de Hollande. C'est même Fleur Pellerin qui le dit en accusant Sarko d'avoir commencé sans nier qu'elle, Fleur, et le gouvernement à qui elle appartient, continuent de plus belle.

Matthieu Gallet c'est seulement le fusible qui n'a pas encore sauté. On le regarde comme on regarde le doigt au lieu de la lune qu'il montre.

Oui, car il ne faut se leurrer, la flamme des économies tueuses d'emplois c'est bien le pouvoir actuel qui l'entretient en se désengageant de la radio-télévision publique. Le gouvernement finira bien par couvrir les 21 millions de déficit à Radio France, mais ce ne sera bientôt que partie remise, car des déficits il y en aura d'autres et ils seront si faciles à créer, en multipliant les externalisations hors de prix par exemple, déficit que l'on dénoncera pour permettre de tailler dans les dépenses et dans les moyens de fonctionner.

Le mal est bien plus profond qu'une mauvaise gestion réelle ou supposée. Le mal c'est Bruxelles et l'idéologie qui le soutient avec l'aide de Macron, autre technocrate jeune et plein d'avenir, ou Valls, le communiquant, qui donne à Hollande la bonne conscience de continuer de plus belle ces mesures d'austérité qui vont jusqu'à mettre en péril ce qui reste de la pluralité de la culture et de l'information.

JMG

vendredi 18 avril 2014

Salaires et discrimination syndicale

La journée du sept avril dernier était celle du combat pour l’égalité salariale. Elle concernait l’égalité entre les hommes et les femmes bien sûr, mais en principe devait également faire réfléchir sur l'ensemble des discriminations en matière salariale .

Thomas Breda, un doctorant de l’école d’économie de Paris, établissait dans une étude que les délégués syndicaux étaient payés en moyenne 10% de moins que l’ensemble des autres salariés. En moyenne, et pour être plus précis, l’écart serait de 8 à 11% inférieur, à âge égal, à expérience égale, à diplôme égal, et à sexe égal.

 Cette étude est déjà un peu ancienne car elle date de 2010 mais la pression auquel est soumis de plus en plus le monde du travail n’a pas dû arranger les choses depuis quatre ans. Les employeurs, loin de vouloir acheter la paix sociale, comme on le pense communément, pratiqueraient bien plutôt une discrimination envers les syndicalistes.
 On pourrait objecter que ces écarts de salaires puissent venir de ce que ces délégués syndicaux seraient moins bons ou moins productifs dans leur travail. Le chercheur a au contraire observé que ces écarts de salaires s’enregistrent cinq années après le début des mandats détenus par ces délégués. Ces discriminations se font principalement par le biais de refus de promotion ou d’augmentation de salaires.

A tout seigneur tout honneur : le syndicat le plus touché serait la CGT, ses délégués percevraient en moyenne 20% de salaire en moins, la discrimination dans la discrimination en somme. Gage d'efficacité militante, ou bien sa conséquence ? Ensuite viennent la CFDT (10% de salaire en moins) puis Force Ouvrière dont les délégués, toujours en moyenne bien sûr,  ne perdraient rien...
En tout cas Il serait temps que cette discrimination anti-syndicale cesse car il en va là de la santé de la démocratie sociale, à une époque où la classe politique ne trouve plus crédit, à tort ou à raison, aux yeux des citoyens.
Cette réalité discriminatoire montre, s'il en était besoin, qu'en France, bien loin même d'une social-démocratie à l'allemande, les syndicats ne sont pas considérés, ni reconnus à leur juste place alors que leur action demeure essentielle dans les rapports sociaux.
Elle montre surtout que dans notre pays le combat syndical reste rude et difficile, ce qui explique, au moins en partie, le faible taux de syndicalisation. 

Enfin, ou pouvait espérer qu'un pouvoir de gauche fasse davantage pour la dé-criminalisation de l'action syndicale. Pour l'instant il n'en est rien. A-t-il au moins conscience qu'il en va de sa propre survie ?

JMG

dimanche 14 avril 2013

Au nom d’une prétendue démocratie sociale

 

 Le texte de loi issu de l’accord national interprofessionnel signé entre certaines organisations syndicales et le Medef a donc été voté cette semaine par l’Assemblée Nationale. On s’en sera douté. Toutes les manifestations auront donc de ce point de vue  été vaines, manifestations où du reste nous étions trop peu nombreux eu égard à l'enjeu, à Lons-le-Saunier notamment, quelque pelés car il y faisait froid ou pluvieux, quelques tondus surtout, dans l'attente de jours meilleurs.
Loi votée au nom de la démocratie sociale soit-disant. Mais qu’est-ce que la démocratie sociale lorsqu'elle sert de prétexte à énoncer des règles qui précisément déréglementent le marché du travail pour le rendre plus flexible ? Et quand elle se fonde sur un accord d’où est exclu deux des principales confédérations syndicales, Force Ouvrière et la CGT ?

Il y a longtemps que la CFDT, pour ne parler que de celle-ci, par une sorte d’anti-socialisme primaire - et j’entends ainsi le terme socialisme au sens littéral et originel, et, non pas partisan – se bat pour la flexibilisation du marché du travail. Ce qui arrive aujourd’hui n’est donc que l’aboutissement d’un long processus historique.


A la fin des années soixante-dix, la CFDT sous la férule d’un Edmond Maire qui voulait passer à tout prix pour « responsable » , et déstabilisé lui-même par la révolution néo-libérale qui alors prenait tout son essor politique, effectuait alors son « recentrage ».

 
Il s’agissait en fait d’une droitisation de la confédération. Les principaux responsables de la CFDT pensaient qu’ils pourraient de la sorte combattre plus efficacement les idées issues et pratiquées de l’autre coté du rideau de fer. La CFDT abandonnait ce faisant jusqu’à sa lutte contre les inégalités dont elle avait fait pourtant son cheval de bataille, ou qui avait même construit, avec le concept d’autogestion, une part essentielle et constitutive de son identité.

Ce fut donc le combat de cette « deuxième gauche » dans sa traduction syndicale, « combat »qui la conduisit à permettre au patronat de gérer en toute quiétude, avec le plus de souplesse possible, les moyens privés d’une production évoluant dans une économie livrée au pouvoir d’une finance elle-même de plus en plus fortement déréglementée et mondialisée.

C’est au début des années quatre-vingt que  la CFDT mettait en avant la défense  des accords d’entreprise qui devaient prévaloir sur les conventions collectives, voire même sur la Loi.
Une idée traditionnelle de la droite en somme, et du patronat surtout pour lesquels les lois régissant le monde du travail, le code du travail, étaient vus et présentées comme un carcan duquel il fallait absolument se libérer par des négociations locales, entreprise par entreprise.


Et donc nous y sommes, ou du moins sur le chemin qui nous mène à une remise en cause essentielle du droit du travail.
Il est probable que cette loi, si elle était définitivement adoptée par le Parlement, facilitera les licenciements. Ce n’est pas pour rien que le Medef a signé l’accord moyennant quelques contreparties illusoires. La situation de l’emploi en France n’avait pas besoin de cette nouvelle tuile tombée sur la tête de ceux qui payent déjà le plus lourd tribut à la « crise ».
La politique d’austérité menée aujourd’hui à l'échelle européenne continuera de faire le lit fécond de ces licenciements. Cette loi pourrait en être l’instrument complémentaire.

                                                        
JMG






jeudi 7 mars 2013

Un accord qui ne doit pas faire loi


C’est au Parlement de voter les lois de la République, c’est au gouvernement d’en assurer l’exécution. Ces règles fondatrices seraient-elles condamnées à n’être que théoriques ? L’accord national interprofessionnel a été signé par une organisation patronale, le Medef,  et trois syndicats, dont la CFDT, qui sont minoritaires si l’on se fonde sur les élections professionnelles récentes. Au nom du dialogue social, lequel ici a bon dos,  cet accord devrait pourtant être automatiquement transcrit dans la loi parce qu’il honorerait une promesse de campagne présidentielle sur la démocratie sociale. De ce point de vue là c’est raté.

Cet accord, contre l’avis de la CGT et de FO,  modifie des pans essentiels du code du travail. Il bouleverse notamment les règles du licenciement au détriment des salariés qui ne le comprendront que lorsque qu’ils seront au pied du mur. Car cet accord, fondamentalement, remet en cause le contrat de travail.
Il n'est en réalité, sous certains aspects, que la copie rose pâle de l'accord de compétivité des Sarkozistes. Il force notamment à la mobilité interne en diminuant de façon substantielle le droit de recours des salariés touchés par la sous-activité ou la disparition annoncée de leur entreprise. Les plans sociaux et ce qu'ils impliquent ne seront plus contestables devant le juge civil.
Les avancées, celles qui ont pu décidé les signataires du texte, ne sont qu'apparentes, comme par exemple l'extension des complémentaires-santé lesquelles favoriseront les assurances privés au détriment des mutuelles et de la sécurité sociale.
Quant aux droits rechargeables de l'assurance-chômage il est conditionné par un financement plus qu'incertain. S'agissant de la taxation des contrats à durée déterminée, les exceptions sont si nombreuses que la mesure en deviendrait ridicule.
La durée minimale de 24 heures des temps partiels est également trompeuse, elle ne fera que susciter un chantage à l'embauche puisque le salarié pourra lui-même demander,  un temps partiel bien plus court, et on peut s'attendre à ce que ce soit sous l'injection de l'employeur.

 Il est urgent dans cette affaire que le Parlement retrouve ses droits et surtout son devoir de délibération pour mettre en lumière le déséquilibre pourtant manifeste de cet accord qui loin de combattre le chômage, par la « flexibilisation » de l’emploi qu’il implique, ne fera que l’aggraver. Et la responsabilité, quoi qu’il arrive, sera politique même si le politique aura de fait renoncé à faire la loi.

C'est pourquoi le parti socialiste et sa direction nationale sont mal inspirés de défendre mordicus cet accord qui ne satisfait que quelques caciques de la CFDT au nom de principes issus d'un social-libéralisme aventuriste, ringard et dépassé.

Dépassé mais dangereux pour la cohésion et la paix sociales.

JMG


dimanche 13 janvier 2013

Accord Medef-CFDT : lettre au Conseil Fédéral PS du Jura

Harlem Désir ne devrait pas se réjouir d'un accord qui sert , malgré les apparences et la propagande médiatique, davantage les intérêts du Medef que ceux des organisations syndicales de salariés. L'accord qui vient d'être conclu entre le Medef, et la CFDT principalement n'aura pour effet, alors qu'il est présenté comme un accord gagnant/gagnant, que de renforcer la précarité dans le monde du travail.
Et cela contre des « avancées » qui sont largement sur-évaluées et pour tout dire trompeuses
comme notamment :
 -la meilleure représention des salariés qui ne touchera que les grandes entreprises. Le pouvoir des salariés au sein des conseils d'administration ne seront pas significativement renforcées,
-la taxation des contrats courts : le Medef s'en sort bien puisque cette taxation est assortie d'une exonération des charges patronales pour certains contrats en CDI. ( En définive les entreprises sont bénéficiaires de 45 millions d' euros.)
- les mutuelles, elles, seront généralisées à l'ensemble des salariés, ce qui est une bonne chose en soi. Mais les salariés y participerons pour moitié et surtout ce sont les assurances de santé privées qui financièrement en profiteront. ( plus de quatre milliards d'euros en 2013) Il aurait mieux valu renforcer la sécurité sociale en revenant sur tous les reculs qu'on lui a imposé ces dernières années.
-il en est d'autres tout aussi trompeuses, comme par exemple la portabilité des droits à la formation ( 20 heures seulement par an dans la limite de 120 heures)

En contrepartie de ces prétendus ou maigres avantages pour les salariés, les entreprises auront le droit de licencier avec beaucoup plus de facilité, conséquence d'une déjudiciarisation des licenciements qui seront de fait encouragés en cas de difficultés «  économiques ». Il n'y aura plus de plan social avec des obligations pour les entreprises à la hauteur de ce qui existe aujourd'hui, et ce n'était déjà pas bien brillant.
Il est d'autres mesures qui vont toutes dans le même sens d'une attaque contre le code du travail. Bref un accord négatif pour l'ensemble du monde du travail et qui n'a été signé que par une minorité.
Ni la CGT, ni FO en effet n'ont signé cet accord qui ne fait qu'aggraver une flexibilité du travail déjà très grande dans notre pays. Et il n'y a aucune raison que cet accord ait un quelconque effet sur la croissance.

Mais le Medef est satisfait, et pour s'en convaincre on ne peut que le citer :
« ...les partenaires sociaux ont placé la France en haut des standards européens en matière de marché du travail et de relations sociales. L’accord auquel ils sont parvenus est en effet tout sauf un accord a minima». C'est clair.
On est loin de l'accord historique. J'ose espérer que les députés socialistes ne voteront pas ce texte.



Jean-Marc Gardère 
Conseiller fédéral- membre du bureau ( motion "maintenant la gauche")