mercredi 25 décembre 2024

C-Nouille

Il est permis d’écouter de temps en temps CNews, la chaîne de Bolloré, ils peuvent faire rire parfois. Flaubert aurait bien aimé ces Bouvard et Pécuchet des temps modernes, il aurait aimé, on suppose, beaucoup les haïr. Il y a une sorte de jouissance à écouter ce que l’on pressent plus bête que soi, alors même que rien n’est sûr en la matière, la bêtise (mêlée de la folie) étant une des choses les mieux partagées du monde.

Cnews c’est de la bêtise à l’état pur qui se promène en bandes, bandes d’escrocs ou de délinquance intellectuelle et journalistique.

Ce n’est pas le café du commerce pour lequel on peut avoir une certaine tendresse, le café  du commerce est dépourvu de cette méchanceté qui signe à ravir les émissions et les plateaux de CNews.

Cnews est née de l’admiration de son propriétaire pour la chaine américaine Foxnews. Cette dernière n’est pas étrangère à la montée irrésistible des ultra-conservateurs et des trumpistes aux Etats-Unis. En France, de même, CNews entend être utile à la droite extrême.

Bolloré et les media qui lui appartiennent (dont Europe 1 par exemple) défendent un occident gagné par les excès d’une finance qui établit à son tour un pouvoir politique à son service.

Cnews entend donc s’adresser au peuple, media populiste s’il en est, mais avec les parements de « l’expertise ». Elle emploie pour ce faire des « animateurs-journalistes » qui jouent le rôle d’arbitre et de diffuseur d’une vérité indépassable, laquelle, plus grave encore, se mêle parfois de racisme et de xénophobie, comme en témoigne le traitement déséquilibré et partisan du conflit israélo-palestinien.

CNews s’appuie sur des présentateurs et des animateurs qui imposent leurs talents de propagandistes. Tel Pascal Praud notamment englué dans une idéologie qu’il ne soupçonne plus lui-même tant elle est devenue sa nature même, sans qu’il lui soit possible d’en envisager d’autres.

On a pu tomber un jour sur cet épisode où l’on voyait Pascal Praud s’acharner sur un ancien ministre socialiste (un certain André Vallini), pour lui faire dire, avouer ou cracher qu’il n’allait jamais jusqu’au bout de ses idées et qu’il lui fallait donc renoncer à jamais au vote « socialiste ». C’était d’autant plus urgent aux yeux de Praud que les « socialistes »étaient dominés par des « mélenchonistes » (accusés  par ailleurs et diffamatoirement d’être antisémites).

Le pauvre Vallini (mais faut-il être soi-même un imbécile pour tomber ainsi dans le piège), face à cette agression, finit par cracher qu’il réfléchirait à ses futurs votes.

Cette chaîne d’info sera devenue une pièce importante dans le paysage idéologique et politique français. Elle continuera à sévir si l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audio-visuelle et numérique) refuse de jouer pleinement son rôle d’arbitre et de rééquilibrage raisonné de l’information.


jeudi 12 décembre 2024

Historiettes

 Voilà, il parait que Hollande reparle de Cazeneuve comme premier ministre, qu'il avait lui-même nommé en son temps. On dirait que l'histoire (ou les historiettes) repassent les plats.

Cazeneuve en concurrence d'un autre pressenti par d'autres, Bayrou. Ou peut-être ni l'un ni l'autre. Ainsi court le débat politique en France, rien plutôt que rien, on se dispute les ors ou les oripeaux de la république, la Vème qui n'en finit pas d'agoniser.

Mais le fond est là néanmoins qui nous nargue quoi que nous fassions, une pauvreté en France qui se répand et s'approfondit, des inégalités factrices de tensions sociales qui se développent et s'aggravent, des services publics qui se meurent faute de volonté politique pour les sauver, des services publics qui se meurent par volonté ou lâcheté politiques qui voudraient les achever.

mercredi 11 décembre 2024

Un jeu dangereux

 Il est périlleux aujourd'hui de laisser Macron maître du jeu. C'est ce qui semble se passer depuis quelques jours, une bonne partie de la gauche jusqu’à présent constituée en Nouveau Front populaire semble renoncer à exiger du président de la République la nomination d'un premier ministre issu du NFP, formation arrivée en tête des dernières législatives.

Accepter de négocier avec Macron c'est reconnaître une défaite qui va bien au-delà de celle subie par la Macronie. Celle-ci s'attache encore à vouloir tout maitriser au travers une aveugle interprétation de la constitution digne de celle portée par Carl Schmitt en son temps (de sinistre mémoire), une vision qui favorise un « décisionisme » contraire au principe de la séparation des pouvoirs et au parlementarisme.

Reste à savoir ce que les négociateurs de l'Elysée parmi le PC, les écologistes, les socialistes pourront retirer de ces discussions. Qu’espèrent-ils ? Si au moins ils parviennent à faire reculer la droite sur la question des retraites ce sera tant mieux, ou sur l’augmentation du Smic…mais peut-on y croire encore ?

Il n’en reste pas moins que ces réunions autour de Macron isolent Mélenchon et LFI qui sont confirmées comme cible privilégiée de la droite ; pour cette dernière c’est bien d’où vient le danger, elle ne s’y trompe pas, LFI constitue de loin la première force pour une gauche de résistance contre une droite ou un centre prétendument «raisonnable ».

Les autres composantes du NFP ont mieux à faire que de s’aligner sur ce mensonge.

mercredi 30 octobre 2024

Le sabre ou le bâton

Les Israéliens auront donc « neutralisé » le chef militaire du Hamas, Yahya SInwar, assassin réputé être le cerveau du massacre du 7 octobre. Mais ce 7 octobre 2023 aura été les prémisses d’autre massacres, encore plus meurtriers, dirigés cette fois contre le peuple palestinien.

L’exécution de Sinwar se sera produite après celle du chef politique du Hamas, Ismaël Haniyeh, et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nassrallah.

Chaque jour ou presque plusieurs dizaines de Palestiniens sont massacrés, trente morts par exemple dès le lendemain de l’assassinat de Sinwar, comme pour condamner prématurément tout espoir de règlement pacifique du conflit. On ne peut donc se réjouir de la mort de Sinwar. On ne tue pas un symbole. Et le symbole est encore plus grand depuis son exécution. L’homme, juste avant de mourir, poursuivi et observé par un drone de la taille d’une mouche parait-il, guerrier jusqu’au bout, ou assassin si vous voulez, « terroriste », a lancé son sabre (qui en fait n’était qu’un bâton), non pas pour se rendre mais en dernier geste, désespéré et vain, osons le mot, de résistance.

Bien sûr, on parle d’un tueur, mais il s’agit là d’artisanat, pardon pour ses victimes, artisanat comparé à la mort quasi-industrielle délivrée par un Etat qui prétend agir au nom de la civilisation, la nôtre. C’est en effet le gouvernement Netanyahu qui tue avec le plus d’efficacité, les chiffres l’attestent, fort d’une aide étatsunienne quasi-inconditionnelle, et de l’imbattable  technologie qui l’accompagne.

On ne peut se réjouir de la mort de Sinwar pour la bonne raison qu’il n’est pas le seul responsable de la situation. Pas le seul à avoir voulu cette guerre totale qui aujourd’hui depuis s’est étendue au Liban. Netanyahu entend bien continuer sa guerre qui en marge lui permet d’échapper à la justice de son propre pays, encouragé par un gouvernement israélien d’extrême-droite et suprémaciste.

Massacre sans merci, plus de quarante mille morts dans la bande de Gaza depuis un an, et au moins trois fois plus de blessés, sans compter toutes les victimes encore ensevelies sous les décombres de bombardements aveugles. On ne mesure pas non plus l’effet retard mortifère de la destruction quasi-totale des infrastructures médicales et hospitalières.

Le 22  octobre une frappe de l’armée de l’air israélienne a eu lieu tout près du plus grand hôpital public du Liban à Beyrouth, attaque qui n’aurait d’après le journal « Le Monde » même pas fait l’objet d’un ordre d’évacuation : 18 morts dont des enfants, près de soixante blessés. Les Israéliens auraient voulu atteindre une banque du Hezbollah qui dispense des micro-crédits dans la communauté chiite. On compte déjà selon l’AFP 1550 morts au Liban depuis un mois. La fin justifie les moyens quels qu’ils soient, même les plus terribles, les plus abjects. Netanyahu et son gouvernement dépassent volontairement les horreurs commises par leurs ennemis, qu’ils appartiennent au Hamas ou au Hezbollah.

Netanyahu, en refusant plusieurs fois un cessez-le-feu, parfois au dernier moment malgré ses engagements, comme à la veille de l’assassinat ciblé de Hassan Nassrallah, continue d’alimenter cette guerre sans fin, quitte à l’étendre à l’ensemble de la région.

Le 7 octobre 2023 ne peut plus constituer la base ou le prétexte des exactions perpétrées sous nos yeux et ceux de la communauté internationale. Netanyahu fait comme s’il avait décidé de sacrifier la vie des otages, rien dans son attitude ne montre une quelconque mansuétude à leur égard, ils seront bientôt passés pour perte et profits d’un conflit devenu incontrôlé et qui désormais se nourrit de lui-même.

Netanyahu aura choisi la guerre pour la guerre sans but politique clair, fermant la porte  à toute sorte de négociation, en tuant ses potentiels interlocuteurs, faisant fi du droit international face à une opinion publique mondiale indifférente ou sidérée.

Il faut exiger des Etats-Unis l’arrêt de ses livraisons d’armes à Israël. Cela contribuerait à résoudre un conflit qui met en péril la sécurité du monde et encourage tous ceux pour qui la violence guerrière reste le seul langage.

Il est temps que le camp occidental se ressaisisse pour retrouver ses valeurs ; il est en train de les trahir dans ce conflit sans souci de justice.

La paix est urgente, et pourtant en son nom la guerre s’ajoute à la guerre dans un combat sans fin. La France dans ce moment qui aura marqué l’histoire n’est pas audible, pire elle ne dit rien ou trop peu, ou trop tard, elle ne fait même plus illusion, ayant laissé la place à d’autres acteurs aujourd’hui plus crédibles. Il est temps pour la France de reconnaître l’Etat de Palestine.

Il serait opportun de promouvoir, (et c’est dans le programme du Nouveau Front Populaire),  une diplomatie qui soit à la hauteur des enjeux pacifiques ou environnementaux. Pour cela il s’agirait de revenir sur les réformes qui ces dernières années ont abimé le corps diplomatique français.

Cessez-le feu à Gaza, au Liban, voilà ce que doit être le maitre-mot, pour une paix juste et durable, pour sauver ce qu’on appelle encore « le monde libre ». En cas d’échec les retours de bâton sont plus à craindre que les coups de sabre erratiques et désespérés.

JMG


article paru dans le numéro 319 de "démocratie et socialisme", novembre 2024


mercredi 9 octobre 2024

Echos de la haine ordinaire

 A La Seyne-sur-mer, un jour de juin entre deux fameux tours des élections législatives de juin 2024 qui suivirent la géniale dissolution de l'Assemblée Nationale par notre tout aussi génial Président de la République. Avec quelques autres camarades  nous distribuions sur le marché des tracts pour la campagne de la candidate du Nouveau Front Populaire dans une circonscription largement dominée par le rassemblement national. 

L'accueil jusque là n'avait été si mauvais même si un peu plus de la moitié des gens nous faisaient plutôt la gueule. Il y avait là des équipes d'autres bords, Macronistes, LR, RN, Centre droit etc...Tous ces gens distribuaient leur propagande dans une ambiance plutôt apaisée, échangeant, mais pas trop quand même, des traits d'humour susceptibles d'éviter la confrontation inutile.

Nous baignions dans cet état pacifié lorsque nous fûmes agressés par un gars tonitruant qui se mit à verser sa haine contre nous qui représentions le NFP. Ainsi avons nous été traités, entre autres choses, de "violeurs de petite fille juive de 12 ans". Le type, qui je le précise ne se revendiquait ouvertement d'aucun parti, faisait référence à un fait-divers particulièrement horrible, largement relayé par les chaines d'informations continues telles CNews dont on connait le sens de la nuance et l'impartialité. 

Le gars visait nommément La France Insoumise. L'amalgame, à propos du conflit israélo-palestinien, était formé. Les prises de position supposées de LFI avait prétendument entrainé ce fait-divers atroce, et l'amalgame avait ainsi été relayé à l'envi par cette presse à la bêtise complaisante et dangereuse. 

Le gars qui nous gueulait dessus avait peut-être trop bu mais son agressivité outrancière révélait les limites et les violences potentielles du débat politique en France, favorisées par un climat de haine savamment entretenu.


vendredi 4 octobre 2024

Budget pour les riches, budget de fortunes

Soixante milliards d'euros manqueraient au budget de l'Etat. C'est peu, comparé à un montant total d'environ 300 milliards, et pourtant...ils correspondent aux 60 milliards de recettes confisqués sous forme de cadeaux fiscaux de Macron aux plus riches ou aux entreprises qui font le plus de profits.

Le gouvernement Barnier entend récupérer 20 milliards par des hausses d'impôts notamment appliqués aux 300 premières entreprises, et 40 milliards par une diminution drastique de dépenses publiques.
C'est peu ? Non c'est beaucoup 40 milliards lorsqu'on sait que ce manque à gagner touchera les services publics, la richesse de ceux qui n'en ont pas, et se traduira notamment par des suppressions d'emplois, 100 000 dit-on, dans la fonction publique. Ainsi seront touchés pêle-mêle les hôpitaux, les aides sociales, les retraites, l'éducation nationale, la justice, tout qui constituent pourtant la colonne vertébrale d'un "vivre ensemble" dont on nous rebat les oreilles mais dont le pouvoir conservateur se moque.

Comment ne pas être en colère ? Cette austérité touchera les plus fragiles et sera comme à l'accoutumée, accompagnée d'une propagande mettant en avant les affres supposées d'une "dette" alimentée délibérément par des exonérations sociales ou fiscales.
Cette dette tout en enrichissant ceux qui la détiennent sera devenue le prétexte, ou le ressort quasi-imaginaire, d'une politique économique désastreuse pour l'ensemble de la population.

vendredi 27 septembre 2024

De sang-froid

Netanyahu et son extrême-droite n'en démordent pas.

Netanyahu entend continuer de bombarder le Liban, comme il l'aura fait dans la bande de Gaza, ne serait-ce que pour garder le pouvoir. En l'occurrence celui de tuer.

Il tue indistinctement hommes, femmes, enfants, vieillards. Cet assassin ne veut ni ne sait négocier, il refuse la paix, terrorise les populations et, en tuant, prépare les assassinats suivants, y compris ceux perpétrés contre son peuple.


jeudi 30 mai 2024

Pénurie de médicaments : Reprendre la main sur un bien commun

Les pharmaciens s’en plaignent, ils sont sur la ligne de front, les premiers concernés à gérer une pénurie devenue endémique et qui plus est s’aggrave. 

L’industrie du médicament en France est malade, nous la voyons sombrer, impuissants, alors qu’il est bien question de vie et de mort. Doit-on être nécessairement en grande souffrance pour le comprendre ? L’industrie pharmaceutique en France est en péril par le biais d’une démission délibérée de l’Etat qui ne paraît plus capable, même s’il le voulait à nouveau, de défendre l’intérêt de la population dans un souci égalitaire réduit à peau de chagrin.

 Est-ce trop tard ?

Les logiques privées des laboratoires, dans leur course effrénée à la rentabilité financière, ont pris le pas sur des politiques qui ont oublié le rôle primordial de l’Etat dans son rôle de régulation, voire de création de richesse et de bonheur, un Etat Providence auquel on fait semblant de ne plus croire, ou que l’on dédaigne pour des raisons idéologiques.

Ainsi manquons-nous désormais de médicaments anti-cancéreux, d’antalgiques, dans un pays, la France, qui pourrait se vanter encore d’être le cinquième producteur de médicaments dans le monde. 

Les pénuries concernent principalement les médicaments  aux molécules les plus anciennes. Leur moindre rentabilité désintéresse les laboratoires et les industriels, pressés par les impératifs financiers. Que fait le gouvernement ? 

Les effets d’annonce ne suffisent plus à un gouvernement Macron à cet égard démissionnaire.

Pourtant le Code de la santé publique garantit le principe d’un « approvisionnement approprié et continu » en médicaments. Pour y répondre le gouvernement tente d’instaurer depuis 2021 des plans de gestion pour contrecarrer une disette qui ne veut pas dire son nom. Ainsi oblige-t-on les industriels et les laboratoires à constituer des réserves au moins pour les médicaments MITM (Médicaments d’Intérêt Thérapeutique Majeur). 

La Commission Européenne a dressé un inventaire de ces substances actives qui, au nombre de 200,  peuvent constituer une base de fabrication de médicaments essentiels et vitaux. Une liste de 450 médicaments a été également dressée par le gouvernement français mais sans que cela aboutisse à vaincre la pénurie. Par ailleurs, beaucoup de médicaments tout aussi essentiels n’étaient nullement répertoriés, comme dans les domaines de l’ophtalmologie et de la gynécologie.

Des listes, pour quoi faire ?

Sauf que dresser des listes ne résout pas les problèmes de fond.

Aux yeux du gouvernement français, le cas du paracétamol reste emblématique, ou symbolique. Le gouvernement a mis un point d’honneur à relocaliser cette fabrication. Cette relocalisation à l’intérieur de nos frontières bénéficie d’un taux de 40% de  subvention (ou d’avance remboursables) venant de l’Etat. L’usine ainsi implantée en Isère devrait couvrir en 2025 jusqu’à la moitié de la consommation de paracétamol en Europe. 

Notons que l’entreprise en question, du groupe Sequens, dépend financièrement d’un fonds de pension américain, ce qui illustre s’il en était besoin, la difficulté de sortir des logiques financières. Logiques qui de surcroît sont susceptibles d’entraîner des fusions-acquisitions fragilisant grandement ces entreprises. En dix ans, dix-mille emplois en France ont été supprimés dans l’industrie pharmaceutique.

C’est pourquoi d’une manière ou d’une autre, en France comme à l’étranger, les Etats seraient inspirés de reprendre la main pour créer un rapport de force qui leur soit plus favorable afin de combattre une financiarisation mortifère parce que sans foi ni loi. 

Les relocalisations pour l’heure demeurent extrêmement limitées. Cet hiver la pénurie d’amoxicilline a marqué les esprits car elle concernait plus particulièrement la pédiatrie. Quatorze producteurs se disputent ce marché dont six seulement dans l’union européenne. 

Les principes actifs de cet antibiotique sont produits, comme l’ont documenté récemment certains reportages télévisés, en Chine ou en Inde, soit 80% de la production (contre 20% il y a trente ans). Outre les effets désastreux pour l’environnement, ces sites de production ne bénéficient pas d’un contrôle approprié comme ils peuvent heureusement l’être en France ou en Europe.

On mesure mal combien les industries pharmaceutiques, malgré le discours libéral ambiant auxquelles elles tiennent,  fonctionnent et vivent grâce à de l’argent public. En France le principal pourvoyeur reste la sécurité sociale. 

Mais les aides aux entreprises sont également mis à contribution pour engraisser indirectement des actionnaires qui trouvent là un formidable filon d’enrichissement. Le monde financier considère la santé comme une mine potentielle qu’il convient d’arracher aux pouvoirs publics.

Un rapport du Sénat relève que le secteur pharmaceutique est l’un des plus grands bénéficiaires en volume du CIR (crédit impôt recherche), soit plus de 700 millions d’euros en 2020. Ne perdons pas de vue par ailleurs que les risques financiers liés au vaccin ARN contre le Covid 19 ont été assumés principalement par la puissance publique.

C’est dire que l’Etat est en droit d’avoir des exigences en direction d’entreprises privés largement épaulées par des aides étatiques diverses, en contradiction le plus souvent avec l’intérêt général. Ces entreprises revendiquent des prix suffisamment élevés pour prétendument financer la recherche et le développement de nouveaux remèdes innovants. Ce sont ces médicaments aux prix artificiellement prohibitifs qui entraînent les profits les plus élevés. 

Tout cela aux dépens d’une sécurité sociale dont on se plait à dénoncer par ailleurs le déséquilibre chronique. Si on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage. 

Les gouvernements se refusent à demander des comptes aux industries pharmaceutiques au nom d’un libéralisme sensé être plus efficace qu’une régulation et des stratégies étatiques. Ainsi les accords de libre-échange infligent-ils aux Etats des situations de compétition qui participent à l’opacité générale du secteur. Le voudraient-ils que les Etats ne sont même plus capables de réguler un marché qui aujourd’hui met en péril notre système de santé. Ne voit-on pas la menace ? Que fait-on pour l’éviter ?

Pour un pôle public du médicament

Le libre-échange débridé met en péril des entreprises pourtant jusqu’ici réputée robustes comme Sanofi par exemple. Cette entreprise va jusqu’à tailler dans ses effectifs et erre, comme d’autres, de plan de restructuration en plan de restructuration. Ainsi l’entreprise décidait de supprimer la recherche et développement dans les domaines du diabète et des maladies cardio-vasculaires. Course folle et criminelle à la rentabilité ! 

On a vu que les industries pharmaceutiques prenaient prétexte de prix bas imposé par les Etats pour gonfler les prix des médicaments les plus innovants, notamment ceux soignant  les maladies rares. D’où les bénéfices exorbitants des entreprises de médicament dont l’essentiel ne va pas forcément à des investissements productifs mais plutôt dans les poches d’actionnaires sans conscience. 

Ce chantage en rajoute sur la nécessité de créer un pôle public du médicament qui permette enfin une gouvernance excluant la mainmise d’intérêts financiers privés.

Un pôle public du médicament permettrait de relancer la recherche qui au bout du compte ne doit pas servir seulement à trouver des sources de profit destinées à des intérêts particuliers. Le monde du travail, par le biais de gouvernements qui le défende, doit garder la main sur une Sécurité Sociale véritablement solidaire et démocratique. 

Cela passe donc aussi par une ré-industrialisation de la production des médicaments à l’intérieur des frontières nationales, ou européennes pour le moins. 

L’enjeu au fond est de sortir le médicament du secteur marchand. 

Il est urgent, vital et nécessaire de reprendre le contrôle de l’industrie pharmaceutique. Il en va de l’indépendance thérapeutique de notre pays. La nationalisation n’est pas un vilain mot. On peut même envisager d’autres formules, par exemple la création d’un établissement  public industriel et commercial. Cet Epic serait chargé, en échappant ainsi à toute spéculation boursière, de miser sur une industrie pharmaceutique dirigée uniquement dans l’intérêt des populations.

JMG








samedi 30 mars 2024

Pour se sauver de la culture de la haine

Si la finance est le nerf de la guerre l’information est le nerf de la politique. Le 13 février dernier le Conseil d’Etat a sommé l’Arcom (Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle et numérique), l’ancêtre du CSA, de renforcer son contrôle sur la chaîne CNews. 

Cette décision est cruciale et historique. Le Conseil d’Etat juge que le contrôle de l’Arcom n’est ni suffisant ni à la hauteur de son rôle de régulation. Précisons que le Conseil d’Etat avait été saisi par RSF (reporters sans frontière, organisation non gouvernementale).

Cette ONG a obtenu gain de cause  sur le motif que l’ARCOM n’examinait pas le comportement de la chaîne dans sa globalité, et limitait son devoir de contrôle vis-à-vis de CNews au regard  de la neutralité et du pluralisme de l’information qui doivent être exercées par la chaîne. 

Cette décision, parce qu’elle parait à ses détracteurs difficile à appliquer, semble hésiter entre le jugement et l’avis. Mais il s’agit bien d’un jugement qui aura des conséquences juridiques (et politiques) majeures. 

La position du Conseil d’Etat n’aura pas manqué d’attirer le flot haineux des critiques, venant de CNews ou des droites sans complexe. La commission d’enquête parlementaire sur les fréquences de la TNT (télévision numérique terrestre) en mars est de nature également, on l’espère, à déceler des anomalies insupportables, en matière notamment d’indépendance de l’information dans une démocratie digne de ce nom. 

Gageons que cela mettra un terme à un laisser-aller « journalistique » sans entrave dont les éditorialistes de CNews, sous prétexte de liberté d’expression, usent et abusent. Il n’est qu’à voir la composition des plateaux de CNews pour se rendre compte que l’information est bafouée au profit d’opinions à sens unique. Selon une enquête de RSF seulement 13%  du temps d’antenne sur CNews sont consacrés à l’information.

Parfois les débats qui se déroulent sur les plateaux télévisés, pour prendre les apparences d’une plus grande crédibilité, s’embarrassent de cautions empruntées à la « gauche » comme la participation de Julien Dray par exemple, ou celle encore d’Olivier Dartigolles (dont on se demande s’il appartient toujours au PC). 

Il n’empêche  que les opinions proférées prennent souvent pour base les thèmes de l’immigration et de la sécurité qui constituent depuis des lustres les chevaux de bataille de la droite, « extrême » ou pas.  On passe sur les considérations peu amènes, ou les attaques directes en direction des représentants de la gauche avec une mention particulière contre la France Insoumise parée sans nuance aucune de toutes les abjections.

Pluralisme externe et pluralisme interne

La loi du 30 septembre 1986 veille au principe de pluralisme et d’indépendance des media. Cnews, comme C8, comme Europe 1 appartiennent majoritairement à ce néo-conservateur à la française qu’est Vincent Bolloré. 

Cette concentration singulière de media audio-visuels fait obstacle au pluralisme et à l’indépendance journalistiques dont l’Arcom doit être le garant. 

Christophe Deloire secrétaire général de Reporters sans Frontières tient à la distinction d’un pluralisme externe attaché à la presse écrite à l’opposé d’un pluralisme interne lié à la presse audio-visuelle. Le pluralisme dans la presse écrite tient à la multiplicité des supports autorisant dès lors la diversité des opinions ; à la différence de la presse audio-visuelle qui, de par la limitation naturelle des canaux hertziens, se voit contrainte, y compris en Droit désormais avec la décision du Conseil d’Etat, de respecter le pluralisme équitable des opinions, sans prendre en compte de manière exclusive les temps de parole partisane. 

En d’autres termes, on ne saurait apprécier le pluralisme en comptant seulement le temps de parole des personnalités parlant au nom d’un parti politique. Ainsi le temps de parole de Philippe de Villiers par exemple n’est pas comptabilisé comme « politique ». Il s’agit là d’une aberration à laquelle il faut mettre un terme.

On évalue à 80% les invités des plateaux de CNews pouvant être classés à droite et à l’extrême-droite de l’échiquier politique contre seulement 16% à gauche

. Loin d’être des journalistes, les intervenants sont des polémistes à l’instar d’un Pascal Praud qui sévit également sur Europe 1.

iTélé est devenue CNews en février 2017 après une grève historique qui aura conduit au départ de nombreux journalistes. Aujourd’hui CNews emploie de 200 à 300  journalistes, avec de nombreux intervenants réguliers ou occasionnels qui échappent à une véritable modération de la part des rédactions en chefs. 

Ainsi a-t-on pu subir les affirmations d’Ivan Rioufol, journaliste au Figaro et intervenant régulier sur CNews, selon lequel le ghetto de Varsovie était « un lieu de contaminés, un lieu hygiéniste » ; ou la sortie d’Emeric Pourbaix, dans l’ émission intitulée « En quête d’esprit » qui considérait les IVG comme cause de 73 millions de décès en travers du monde ;  ou enfin, à tout seigneur tout honneur, les dérapages contrôlés de l’animateur Eric Zemmour qui qualifiait indistinctement les mineurs accompagnés « d’assassins et de voleurs ».

Cette démagogie délictuelle s’accompagne malheureusement d’un certain succès d’audience, celle-ci atteignant aujourd’hui 2,8% après être parti de 0,6% pour iTélé…

Tremplin politique et idéologique

C’est dire la force d’un media qui utilise le mensonge, l’agressivité, la mauvaise foi, les fausses-nouvelles, les sondages approximatifs ou falsifiés, les débats qui s’apparentent le plus souvent à des lynchages verbaux contre tout ce qui est rouge, ou contre les syndicalistes, les immigrés, les musulmans...

Dans ce contexte la décision du Conseil d’Etat, suite au recours de RSF, se justifient pleinement. Les canaux hertziens, limités au nombre de 30, ne doivent pas être donnés sans garantie pour le bien et l’intérêt publics. Le droit d’expression ne doit pas se réduire à un droit à la propagande et au mensonge, le journalisme ne doit perdre ses lettres de noblesse mais se fonder pour le moins sur des faits et des événements dont on doit rappeler le contexte. 

On se souvient de ces éditorialistes de CNews, qui sans ambages un jour sur un plateau, se félicitaient d’avoir pu hisser les idées de Zemmour au centre de la vie politique. « C’est grâce à nous » annonçaient-ils en substance, ayant perdu tous sens de la mesure et en proie à une autosatisfaction infantile qui en disait long sur l’intentionnalité de leur projet.

De la même manière que Fox news aux Etats-Unis, Cnews aura déjà eu des effets désastreux sur la démocratie en France. Il est temps que cela s’arrête et qu’on rende au peuple, fût-ce par des moyens de droit, la liberté et la possibilité honnête de s’informer.

JMG

article paru dans "Démocratie et Socialisme" n°314, le Magazine de GDS, Gauche Démocratique et Sociale

samedi 17 février 2024

Guerre, et autres affaires intérieures

 Tolstoï pensait que les gouvernants d’un pays, a fortiori s’agissant de gouvernements autocratiques, entretenaient leur armée non pas pour se protéger des ennemis de l’extérieur, ou pour protéger leurs frontières, mais bien  pour se garder de leur propre peuple, potentiellement  coupable et susceptible à leur yeux de déstabiliser leur pouvoir.

Comparaison n’est pas raison mais on pourrait appliquer cette réflexion à la Russie de Poutine, à la Corée du Nord de Kim-Jong Un ou bien à l’Etat d’Israël de Netanyahu. Le but de chacun de ces chefs d’Etat est prioritairement de rester au pouvoir, le reste vient après, comme être au service de leur peuple, tant il est vrai que cette dernière exigence est à géométrie variable, à la merci d’une analyse politique autocentrée sur l’exercice d’un pouvoir sans partage.

Montrer ses forces à l’extérieur est une façon de les montrer aussi, et surtout, à l’intérieur. Et faire donner la guerre, la donner comme unique horizon au travers d’une course à l’armement inéluctablement mortifère, est une bonne manière de se détourner des problèmes domestiques. Ce n’est peut-être pas vieux comme le monde mais au moins aussi ancien que les nations qui le composent.

Le cas d’Israël reste cependant le plus singulier en cela qu’il se fait passer, du moins dans l’esprit occidental,  pour « démocratique ». L’Etat d’Israël figure, aux yeux des principaux media adepte de la pensée binaire, dans le camp des « bons » plutôt que celui des « méchants ». Ce n’est donc pas un Etat que l’on a coutume de qualifier de terroriste. On peut dire malgré tout, qu’en matière de terreur ou de mort, il excelle si l’on en croit les bilans des offensives terrestres et aériennes de l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

La violence n’est pas d’un seul camp, loin s’en faut, elle est même  disproportionnée : sans vouloir verser dans les juxtapositions funestes, le rapport aura été d’un mort israélien  pour plus de 20 palestiniens.

Les événements du 7 octobre, parce qu’ils furent abominables, auront donc donné le signal d’autres exactions, tout aussi impardonnables, sous le couvert de l’autorisation donnée à Israël de « se défendre » ; ce qui dans les faits signifiait la permission de frapper, à l’aveugle et à profusion, les populations palestiniennes.

Vous avez dit «démocratique » ?

Ce type de démocratie est en tout cas est bien malade. Démocratique, vraiment, un Etat qui réprime  les manifestations demandant des négociations pour la libération des otages, et ainsi les vouer fatalement à l’échec ? Netanyahu sur ce plan reste intransigeant, ne rien vouloir négocier alimente la spirale terroriste, celle qui est susceptible de le servir. La guerre contre le Hamas pour être légitime ne l’est pas lorsqu’il s’agit de contenir ou de nier les aspirations ou l’existence même des populations civiles quelles qu’elles soient.

Pourtant, et c’est sur quoi compte le leader israélien, cette guerre est dans le même temps, de nature à calmer les ardeurs de ses opposants. Le premier ministre Netanyahu, chef de l’extrême- droite, est accusé de corruption. Tant que la guerre fait rage la mise en cause de l’actuel premier ministre est en quelque sorte refroidie même si, malgré le cours de la guerre, son procès a pu reprendre formellement en novembre dernier mais au travers, guerre oblige, d’une réduction de l’activité judiciaire.

Plus grave encore, car il s’agirait là de la mise à mort de l’Etat de droit, le premier ministre israélien persiste dans sa volonté de mettre un terme à la séparation des pouvoirs. Cette réforme impopulaire, mais appuyée par l’extrême droite et par les religieux suprématistes, doit permettre l’introduction d’une clause dérogatoire permettant au Parlement d’annuler à la majorité simple  les décisions de la Cour Suprême. Cela constitue une remise en cause sans précédent d’un principe fondateur, s’il en est, de nos démocraties.

La guerre comme entrave naturelle à la démocratie

Le 7 octobre constitue-t-il vraiment le début de cette « guerre » ? N’est-elle pas qu’une étape, décisive certes mais parmi d’autres crimes de guerre insupportables instrumentalisés pour relancer vengeance et folies meurtrières. Les massacres du 7 octobre ne peuvent être considérés seulement en eux-mêmes mais comme la conséquence d’une guerre chronique dont les violences extrêmes réduisent d’année en année les espoirs de paix. Le 7 octobre vient après des centaines d’assassinats perpétrés à l’intérieur même de la bande de Gaza, y compris commis par les services secrets israéliens ou l’armée. En Cisjordanie les colons israéliens se livrent eux aussi à des crimes contre les Palestiniens dont on veut s’accaparer les terres.

Les colons bénéficient du soutien  des partis d’extrême droite qui sont aujourd’hui au pouvoir en Israël. En Israël même on s’étonne que le Hamas ait pu militairement prendre le dessus le 7 octobre. Ainsi l’opposition à Netanyahu avance-t-elle que cette attaque a été facilitée par le transfert de troupes israéliennes en Cisjordanie, dégarnissant ainsi la frontière avec Gaza. Tout cela pour épauler les colons dans leur œuvre d’appropriation de terres et permettre la construction de milliers de nouveaux logements actant d’une colonisation que condamne pourtant le droit international.

Pour certains opposants toute la stratégie du Likoud et de l’alliance avec les suprématistes ou les ultranationalistes religieux auront été de favoriser l’existence du Hamas au détriment de l’Autorité Palestinienne. Cela afin de justifier une guerre permettant la persistance d’une théocratie extrémiste. En tout état de cause les services de renseignements israéliens se seront bien montrés incapables de prévenir une attaque qui aura, par multiplication de violences, instauré dans les esprits le caractère inéluctable d’une guerre séculaire et sans merci.

Reste à savoir maintenant comment réagira la démocratie israélienne ? Sera-t-elle capable de relever le défi d’une guerre qui par nature l’empêche de prospérer ? Le discours guerrier et la guerre elle-même profitent à l’actuel pouvoir israélien qui s’est adjoint le soutien des ultranationalistes tels que Besalel Smotrich, tenant d’un intégrisme religieux qui n’a rien à envier à celui du Hamas ; pouvoir encore soutenu par une extrême droite radicale personnalisée notamment par Itamar Ben Gvir poursuivi à ses heures lui aussi par la justice.

La seule solution du conflit réside dans une réappropriation du pouvoir par le peuple. Facile à dire certes, mais réappropriation rendue de plus en plus nécessaire pour échapper aux ultimes catastrophes dont nous-mêmes ne sortirions indemnes. Il faudrait pour cela respecter et imposer le droit international, rendre la démocratie à ceux qui la respectent. Refuser aux autocrates, quel que soit le camp auquel ils appartiennent, la possibilité de sévir à l’intérieur de leur pays, rendre le pouvoir aux parlements, et en définitive refuser la guerre comme unique solution aux conflits devenus ancestraux.

JMarc Gardère

article paru dans le numéro 312, février 2014 de Démocratie et Socialisme