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dimanche 12 avril 2020

Nous ne sommes pas en guerre, il ne tient qu'à nous de rester en paix

Nous ne sommes pas en guerre, malgré ce que nous en a dit E.Macron. Ce qui le voudraient sont ceux-là même qui y auraient intérêt. Nous sommes en paix et il faut tout faire pour le rester, paix sociale, paix civile, nous ne demandons que cela. Mais pour que cette paix soit durable, profonde, sereine, il s'agit qu'elle soit construite, toujours sur l'établi des luttes contre les inégalités qui sont les sources des guerres civiles ou internationales.
 
Un développement de la mondialisation telle que menée jusqu'alors n'est pas pacifique, elle se fonde sur une concurrence exacerbée dont les effets morbides se déroulent sous nos yeux incrédules aujourd'hui. On a cru jusqu'alors que la paix ne pourrait se faire qu'avec une mondialisation heureuse, mais heureuse elle ne l'aura pas été, ou pour certains seulement, bien peu nombreux et par trop puissants. 

De ce bonheur illusoire nous aurons eu surtout les inconvénients susceptibles de tuer l'humanité en nous, comme l'humanité entière.
Soyons concret, le monde d'après, s'il en est, ne pourra se permettre des échanges sans règles, et sans respect des cultures locales, sans respect des populations qui pour vivre dignement ont besoin de leur autonomie politique et économique.

C'est pourquoi il faut condamner et rompre tous les traités de libre-échange comme celui notamment du CETA (comprehensive economy and trade agreement) entre l'Union Européenne et le Canada, traités qui en supprimant les droits de douane, et en négligeant les normes sanitaires et sociales sont de nature à déstabiliser, appauvrir, faire disparaître les cultures locales.

Si l'on veut préserver la paix, il faudra plus que jamais restaurer et réhabiliter les services publics, leur redonner les moyens de fonctionner. Cette crise au moins nous aura appris qui était susceptible de se tenir en premières lignes. Il faut donc consolider ses services publics et préserver ceux qui les font fonctionner en leur rendant ou leur donnant un statut qui ne les rende pas dépendant du pouvoir politique, assurant la continuité de ces services publics quels que soient les événements, catastrophiques ou non. 

Un enseignement de la crise aura été qu'il faut donc protéger voire développer tous les secteurs non-marchands dans les domaines sensibles comme la santé, l'éducation, les transports, la sécurité...
Il s'agit aussi de préserver le monde du travail et de sauvegarder les droits des salariés en ne permettant pas toutes les remises en cause du code du travail qui leur sont imposées  sous prétexte d'urgence sanitaire. 

Pour éviter la catastrophe sociale et économique l'Etat devra garantir les revenus professionnels des travailleurs indépendants, petits commerçants, artisans etc...Il s'agit aussi d'interdire les licenciements  de manière à ne pas se séparer des savoir-faire qui se révéleront utiles en sortie de cette crise.

Il sera nécessaire de contrer les attaques de tous ceux qui veulent "faire travailler plus les Français" comme l'annonce déjà et imprudemment Roux de Bézieux, le président du Medef, qui parle déjà de supprimer les jours fériés ou des jours de RTT. Tout ça pour éponger "la dette" mot magique des néo-libéraux pour faire payer les "crises" l'ensemble du monde du travail. Dette dont il faudra bien imposer un jour l'audit et à tout le moins le moratoire, voire exiger son annulation pure et simple. 
Or on voit bien, et c'est une quasi-révélation pour certains, que la solution des crises économiques et sociales ne passe pas par l'argent qui n'est qu'une abstraction, les solutions avant tout sont politiques.
La lutte idéologique et politique est donc loin d'être terminée, au contraire, elle ne fait que commencer et elle pourrait s'intensifier dans la mesure prévisible où le gouvernement Macron n'aura pas changé pour autant miraculeusement de camp. 

C'est pourquoi en effet il est d'ores et déjà d'actualité pressante de préparer une sortie de crise qui soit de gauche. Il est nécessaire de défendre la possibilité d'un Etat stratège capable de sauver l'économie du pays tout en opérant une transition écologique en effet indispensable. Gardons de cette crise au moins les effets positifs, et qu'une révolution, si elle doit se produire, soit bien la nôtre.

De l'argent il y en a suffisamment pour faire face à la crise qui s'annonce, trop même puisqu'il n'a jamais correspondu à l'économie réelle. D'ailleurs est-ce bien là le problème ?Ainsi faut-il, pour combattre efficacement les inégalités, restaurer une véritable progressivité de l'impôt, et mettre davantage à contribution tous ceux qui jusqu'alors ont le plus profité de la financiarisation outrancière de l'économie. Il s'agit aussi bien entendu de préserver l’État social, véritable instrument de solidarité, en assurant le financement de la sécurité sociale par la sauvegarde ou le rétablissement des cotisations sociales. Ces cotisations ne sont pas des charges, ne sont même pas des dépenses publiques dont les néo-libéraux de droite comme prétendument de gauche nous rebattent les oreilles depuis des années. Auront-ils compris la leçon ? C'est loin d'être sûr.

Faire la guerre a toujours été dans l'histoire une solution de facilité. Bien plus difficile sera de consolider une paix durable et solide. Pour cela il faudra bien que les Etats interviennent eux-mêmes directement, notamment pour financer de véritables réformes de transformation sociale sans passer par les banques commerciales ou les marchés financiers voraces. Il semble que même le Royaume-Unis, pourtant chantre du néo-libéralisme, en prenne le chemin. Le coronavirus aurait-il eu raison (sur le plan idéologique s'entend) de Boris Johnson ? Sans doute pas, en bon conservateur qu'il est, mais il nous fait comprendre, sans doute à son corps défendant, où se trouve à cet égard l'intérêt général.
 
La question est de savoir si nous sommes collectivement capables de faire la paix et de garder notre démocratie.

A nous, dans l'unité politique d'une gauche retrouvée, de défendre cette paix et cette démocratie, quitte à les réinventer.


JMG





lundi 30 septembre 2019

Chirac : le roi est mort, vive le roi

L'émotion passée, légitime sans doute, même si elle aura été entretenue par une monde politico-médiatique exagérément unanime, il faut s'interroger sur le sens ou le bien-fondé de cette béatification populaire et laïque. 
Oui, le roi est mort,  mais vive le Roi ! E. Macron lui-même ne peut que se sentir visé par cette funèbre consécration, en creux. Il peut se penser l'héritier et porteur d'une flamme historique, il ne nous aura pas d'ailleurs épargné ses sorties larmoyantes en l'honneur posthume d'un de ses prédécesseurs. Il a dû penser à sa propre mort future de président, glorieuse et nostalgique. Pour l'heure c'est bien lui le président qui en aura remplacé d'autres, dans cette V éme république où tout  doit changer pour que rien d'essentiel ne change. 

Jacques Chirac est mort, deuil national pour ce roi qui fit partie, la République ait son âme, de cette monarchie républicaine que la France a inventée, unique au monde, surprenante. Chirac, comme aujourd'hui Macron, était un conservateur. Ne nous leurrons pas : ami du peuple pour l'affiche mais n'hésitant pas, parce que c'était de sa culture, à revenir sans hésitation sur des conquêtes et acquis sociaux dont il savait pourtant, lui dont on dit qu'il avait vendu l'Humanité lorsqu'il était à Sciences Po ( à vérifier quand même), qu'elles avaient été emportées de haute lutte.

En 2002, il gagne contre Le Pen avec l'appui d'un électorat de gauche particulièrement mobilisé, mais sans que ce sursaut historique du peuple français fût payé en retour. Bien au contraire il faisait voter avec le bon gros Raffarin, qui lui voulait carrément la mort du socialisme et s'en vantait, une réforme des retraites qui en 2003 sonna le glas d'un politique qui jusque là avait su ménager la fonction publique et ceux qui la servaient.
Plus tôt, la fameuse "fracture sociale", qui le fit élire en 1995 contre Jospin, ne fut qu'un artifice aux dépens des gogos même si cela n'empêcha pas le sursaut réussi des organisations syndicales. Celles-ci dont FO, la CGT (et hormis la CFDT qui se rangea aux volontés du pouvoir) empêchèrent la suppression des régimes spéciaux de retraite et réussirent à conserver une Sécurité Sociale salvatrice issue de la Libération.

Chirac fut une girouette politique, certes, mais dans un sens du vent finalement assez constant, celui de la régression sociale. Celle-ci passait d'autant plus facilement que l'homme était sympathique et "humain". C'est encore lui qui fut, comme premier ministre en 1986, à la barre pour faire adopter la suppression de l'autorisation administrative de licenciement pour motif économique. C'était à la demande d'un patronat (le CNPF à l'époque, ancêtre du Medef), qui lorgnait avec insistance sur cet ultra-libéralisme qui gagnait l'Amérique de Ronald Reagan et la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher. Le patronat français en échange promettait à l'exécutif français la création de 350 000 emplois. Rien de tout cela n'advint et au contraire le chômage et la précarité prenait un cours ascendant, permis et encouragé par cette première "flexibilisation" du travail.

Cette flexibilité accompagna des nombreuses privatisations (souvent partielles il est vrai) sous son gouvernement entre 1986 et 1988, qui rapportèrent quelque deniers à l'Etat mais qui en'trouvait la brèche à une économie hautement financiarisée, fabrique du chômage aujourd'hui.
Sur l'Europe, Chirac passa de l'appel de Cochin en 1978 qui dénonçait "le parti de l'étranger" à un européisme excessif que nous subissons aujourd'hui.

Chirac était un homme de pouvoir. Pour le gagner ou pour ne pas le perdre, il céda à la tentation de la xénophobie empruntant un vocabulaire de l'extrême-droite. On se rappelle bien sûr "le bruit et l'odeur" discours nauséabond et effarant dont il ne crut jamais bon de s'excuser envers ceux qu'ils visaient.

On voudra bien retenir quelques points qu'on jugera positifs comme par exemple le refus de participer à la guerre d'Irak en 2003 contre une Amérique plus que jamais arrogante. Il aura ainsi fait éviter au pays une aventure funeste, contrairement à d'autres qui se seront montrés davantage bellicistes et atlantistes comme Sarkozy, Hollande, Macron.
Chirac aura évité pendant sa gouvernance de faire de notre pays un lieu privilégié du terrorisme international. Ce fut sa façon la plus habile, et la plus utile, de rentrer dans l'histoire.

On peut lui être gré enfin d'avoir dissous l'assemblée nationale en 1997, même si pour la droite ce fut une gaffe (tant mieux), laissant la place à Jospin qui, peu ou prou, conduit une politique de gauche, et fit de la réduction du temps du travail un instrument de politique économique, avec la création de 500 000 emplois, bien plus que les 350 000, voire le million promis, mais non tenus, par le patronat français.

Enfin on peut saluer la création du musée des arts primitifs quai Branly à Paris. Gageons que la culture, elle, même la plus ancienne, ne meure pas.


JMG






dimanche 9 octobre 2016

La droite n'est jamais partie, elle revient quand même

La catastrophe idéologique du parti socialiste, que ses responsables à Solférino ont bien voulue, se sera donc traduite par des lois anti-sociales ou contre-productives comme la loi travail par exemple, ou le "pacte responsabilité" qui coûte cher au budget de l'Etat sans résultat positif sur l'emploi. Cela conduira-t-il au délabrement général de la gauche ?

La responsabilité de ces dirigeants en tout cas est immense, historique. Il y a encore un espoir peut-être que la gauche se redresse avant la date cruciale des présidentielles. Mais pour l'heure on voit se dessiner plutôt un renforcement du camp des droitistes purs et durs dont certains se voient déjà à l'Elysée, Juppé, Sarkozy, Le Maire, Fillon...auxquels, outre Le Pen bien sûr, on pourrait ajouter Macron comme étant, si on a bien compris, ni de droite, ni de gauche, et donc plutôt au centre-droit.
 On peut espérer seulement qu'ils fassent comme Hollande, qu'ils ne respectent pas leur promesses et qu'au contraire, comme lui, élection faite, s'attaquent à des réformes qui aillent contre leur propre camp.

Je n'en crois rien bien sûr, ces candidats entendent conduire une politique qui aggravera la situation de millions de Français, ceux là même que les débats sur les primaires, par lassitude, par dégoût, indiffèrent au plus haut point.
C'est que pour une bonne partie de la population l'urgence n'est pas ou n'est plus là. Une bonne partie s'abstiendra et, ce faisant, fera le jeu des plus conservateurs.

Car dans l'électorat de droite, il est à parier que l'abstention ne saura pas aussi forte, la droite sera davantage pressée d'en découdre et de se débarrasser de Hollande de la même façon qu'en 2012 le peuple de gauche, mobilisé, avait décidé de se débarrasser avant tout de Sarkozy.

Dès lors, pour mieux se démarquer de la "gauche", il n'est pas étonnant que les prétendants de la droite ou du centre fassent de la surenchère et se risquent à l'absurde.
Ainsi Juppé entend bien continuer l'oeuvre néo-libérale, si besoin en l'aggravant, de Sarko ou de Hollande en réduisant encore les "charges" des entreprises ce qui ne fera en définitive que réduire encore davantage la part des salaires dans le PIB, au profit d'une spéculation financière qui tue l'économie réelle.
Ainsi encore, Juppé, qui passe pourtant pour un modéré, veut-il reculer la retraite à 65 ans comme si cette vieille recette, rance, allait miraculeusement relancer la croissance et réduire le chômage, celui des jeunes en particulier ! On marche sur la tête !

On passe sur la suppression de l'ISF, ou la hausse d'un point de la TVA de nature à appauvrir les plus pauvres, ou le plafonnement des aides sociales...On retiendra surtout, tout un symbole, la sacro-sainte suppression des 35 heures : Jospin enfin assassiné lui aussi, qui n'était pourtant pas un révolutionnaire !

Et tout ça dans quel but, pour quel horizon indépassable ? Réduire les dépenses publiques jusqu'à 100 milliards d'économies en cinq ans ! A côté, Hollande avec ses 40 milliards dépensés sans contre-partie au titre du CICE, passera pour un gauchiste ou un modéré, ce que ses thuriféraires ne manqueront d'ailleurs pas de souligner. Ils comptent bien là-dessus, ces naïfs, pour faire passer leur candidat, dans le style " vous n'avez pas le choix, avec la droite ce sera pire" ce en quoi ils n'ont pas tort, le pire étant toujours possible en effet.

Juppé entend dans son programme nous libérer du code du travail, d'assouplir notamment le travail du dimanche ou en soirée. C'est la direction nationale de la CFDT qui va être contente, la loi El Khomry aura fait ses petits.

Je ne parle pas du programme de Fillon qui va plus loin encore dans l'hystérie néo-libérale, ou celui de Le Maire qui veut supprimer le statut de la fonction publique territoriale comme si, pour combattre le chômage, il suffisait d'élargir la précarité et de supprimer des acteurs essentiels des services publics.

L'heure est grave. La gauche ne gagnera cette présidentielle qu'unie, elle n'en prend pas pour l'instant le chemin. La première étape serait que Hollande, compte tenu de son bilan, ne se représente pas, et le dise enfin.
Même ça ce n'est pas gagné.

JMG


mardi 21 mai 2013

Un an après, pour qui avons-nous voté déjà ?

Je me souviens surtout que nous avons voulu le départ d'un certain Sarkozy dont nous disions, à raison, qu'il avait déprécié par ses attitudes la fonction présidentielle, en s'engageant partout et nulle part, surtout nulle part, en faisant des annonces tonitruantes dont certaines malheureusement furent suivies d'effet. Il partit donc sans tambour ni trompette avec parait-il, quand même, les clés de la mallette nucléaire. Mais rien depuis, en tout cas de ce côté, touchons du bois, n'a explosé.

Et nous avons voté Hollande pensant qu'en plus de nous débarrasser de Sarkozy il apporterait plus de justice, justice sociale d'abord, qu'il taperait du poing plus fort que ne l'avait fait son prédécesseur sur la table de Merkel, et qu'il parviendrait ainsi à donner une nouvelle réorientation à l'Europe qui en a tant besoin.

Il ne fait pas de doute que la déception, plus d'un an après, est au rendez-vous. Bien sûr il est plus intelligent, plus cultivé, plus maîtrisé, probablement même bien plus à gauche que son prédécesseur, encore heureux.
On doit aussi se consoler en se disant qu'on a bien fait de voter pour Hollande car c'eût été une catastrophe sociale encore plus lourde que celle que nous connaissons actuellement.

 Aujourd'hui, entre autres réjouissances, les 35 heures auraient été supprimées pour de bon, et pour faire plaisir tant à Merkel qu'à Bruxelles il n'y aurait même plus de Smic.

Cela valait donc le coup de se déplacer pour voter le 6 mai 2012.

Mai, mai...Mais il y a un mais...

Le discours du Bourget sur la finance eut une tonalité quasi-révolutionnaire qui a sans doute précipité la victoire de Hollande.
Mais ensuite, une fois l'élection passée, rien ou presque qui fût un signe en direction du "peuple de gauche" comme aurait dit Mitterrand. Au contraire même. Comme ces accords de Wagram, signé entre le Medef et la CFDT, que le gouvernement reprend quasi in extenso dans une loi qui restera dans l'histoire comme celle qui privilégie les accords d'entreprise, où les rapports de force se font le plus souvent au détriment des salariés.
"Contre la finance" on pouvait s'attendre à mieux comme faire voter des dispositifs contre les licenciements boursiers.
Ainsi Florange devient à Hollande ce que fut Gandrange à Sarkozy.

Dans l'esprit des salariés, par de tels événements emblématiques, tout devient pareil et la gauche vient à se confondre avec la droite anti-sociale.

Je ne parle pas des 20 milliards offerts aux entreprises sans contre-partie, ni même des 10 milliards voire plus qui ne tomberont plus dans l'escarcelle des collectivités locales qui pourtant sont pour soixante-dix pour cent dans les investissements d'avenir.

Il faudrait aujourd'hui un sursaut du gouvernement, qu'il abandonne résolument la politique social-libérale qu'il mène aujourd'hui pour une politique sociale-démocrate, voire socialiste (mais ce mot ferait-il peur ?).

  Il reste quatre années pour redresser la barre et retrouver une crédibilité.