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mercredi 11 décembre 2024

Un jeu dangereux

 Il est périlleux aujourd'hui de laisser Macron maître du jeu. C'est ce qui semble se passer depuis quelques jours, une bonne partie de la gauche jusqu’à présent constituée en Nouveau Front populaire semble renoncer à exiger du président de la République la nomination d'un premier ministre issu du NFP, formation arrivée en tête des dernières législatives.

Accepter de négocier avec Macron c'est reconnaître une défaite qui va bien au-delà de celle subie par la Macronie. Celle-ci s'attache encore à vouloir tout maitriser au travers une aveugle interprétation de la constitution digne de celle portée par Carl Schmitt en son temps (de sinistre mémoire), une vision qui favorise un « décisionisme » contraire au principe de la séparation des pouvoirs et au parlementarisme.

Reste à savoir ce que les négociateurs de l'Elysée parmi le PC, les écologistes, les socialistes pourront retirer de ces discussions. Qu’espèrent-ils ? Si au moins ils parviennent à faire reculer la droite sur la question des retraites ce sera tant mieux, ou sur l’augmentation du Smic…mais peut-on y croire encore ?

Il n’en reste pas moins que ces réunions autour de Macron isolent Mélenchon et LFI qui sont confirmées comme cible privilégiée de la droite ; pour cette dernière c’est bien d’où vient le danger, elle ne s’y trompe pas, LFI constitue de loin la première force pour une gauche de résistance contre une droite ou un centre prétendument «raisonnable ».

Les autres composantes du NFP ont mieux à faire que de s’aligner sur ce mensonge.

samedi 29 juillet 2023

Réforme du RSA : vers la décivilisation

 « Décivilisation » : E. Macron a repris ce néologisme pour dénoncer la violence de la société. Mais il l’a cultive, il la pratique même, elle n’est pas seulement un repoussoir idéologique qu’il utilise de façon évidemment mensongère, elle est pour lui un moyen de cacher une misère qu’il entend perpétuer en continuant de « réformer » un pays pour qui précisément la notion de réforme a perdu tout son sens. Dans une certaine continuité néo-libérale,  la « réforme » est synonyme de déclassement aussi bien collectif qu’individuel. Elle est même devenue pour beaucoup le signal douloureux de la colère,  voire l’aspiration inéluctable à la révolte.  Les « réformes » successives des retraites, et plus singulièrement la dernière en date, resteront dans l’histoire sociale comme une illustration des impérities  gouvernementales en la matière. Elle est là la violence.

Il est des réformes particulièrement nocives et pernicieuses en cela qu’elles ajoutent à la régression la volonté de diviser la société, plus particulièrement sur le dos des plus démunis. Ainsi en–est-il de cette « réforme » du RSA qui à l’inutilité sociale ajoute une certaine forme de démagogie consistant à désigner du doigt des gens qui, comme certains à droite le prétendent, profiteraient du système.

La réforme du RSA (revenu de solidarité active), après celle de l’assurance chômage participent de cette attaque contre la civilisation. Car une véritable civilisation, digne de ce nom, sert précisément à ne laisser personne en dehors du chemin, à donner à chacun la chance de s’en sortir lorsque les accidents de la vie découragent les plus résistants. Macron et son gouvernement, et l’ensemble de sa majorité qui d’ailleurs n’en est plus une, divise et stigmatise.

Le projet de loi prévoit que chaque bénéficiaire du RSA devra avoir une activité de 15 à 20 heures par semaine sous peine de voir leur allocation réduites ou supprimée. Les activités proposées (ou imposées) pourront être de tout type, ce qui pourra permettre aux entreprises ou collectivités d’avoir une main d’œuvre à bon marché. C’est le risque même si le gouvernement prétend vouloir aider les bénéficiaires à retrouver un vrai emploi en les encadrant mieux par un suivi plus étroit exercés par des « conseillers » ou des travailleurs sociaux. On estime qu’il faudrait recruter 40 000 conseillers supplémentaires. Qui paiera au final ? N’oublions pas que le financement du RSA aujourd’hui est essentiellement assuré par les Conseils Départementaux.

A cet égard les Macronistes ne disent pas grand ’chose sur les moyens que cette politique nécessitera, et probablement rien ne sera fait ou si peu à l’heure où le gouvernement relance la guerre aux « dépenses publiques ».

Cette absence de réalisme en la matière risque donc d’aggraver encore davantage les effets négatifs de cette énième réforme anti-sociale. Elle se dévoile qui plus est comme une opération de communication idéologique du gouvernement qui entend ainsi se rapprocher des droites extrêmes en stigmatisant tous ceux qui ne participeraient pas activement à l’enrichissement national ou qui ne feraient qu’en profiter.

Mais il est bon à cet égard de rappeler que le taux de non-recours est estimé entre 20 et 35%. C’est considérable et rien n’est fait actuellement pour encourager les bénéficiaires potentiels à faire valoir leurs droits. C’est même exactement le contraire qui se produit dans un contexte de stigmatisation des plus pauvres. Tout se passe comme si on cultivait et instrumentalisait leur honte de manière à circonscrire ce qu’E. Macron qualifiait de  « pognon de dingue ».

Alors que le taux de pauvreté est fixé à 1280 euros, ce sont 1,85 million de ménages qui bénéficient du RSA pour un montant d’un peu plus de 600 euros par mois.

Ce qu’on ne dit pas c’est que malgré leur bonne volonté beaucoup de ces bénéficiaires n’auront pu trouver d’activités. Que faire en effet lorsqu’on ne peut financer ou obtenir un permis de conduire indispensable à l’exercice de « l’emploi » proposé, quelle solution trouver lorsque généralement on ne bénéficie d’aucune facilité de mobilité, que les services publics, notamment ceux relatifs à la petite enfance, sont à ce point absents ou insuffisants pour faire garder ses enfants ? Que faire lorsqu’une succession d’échecs brise en fin de course toute volonté de s’en sortir ?

Les travailleurs sociaux mesurent chaque jour les difficultés que rencontrent ces personnes, souvent des ménages monoparentaux, pour chercher puis trouver une activité rendue artificiellement obligatoire. Cette loi si elle était adoptée se révélera foncièrement inutile au regard de l’exigence d’intégration et de lutte contre la relégation sociale.

Actuellement 40% des bénéficiaires sont inscrits à Pôle emploi. Le projet de loi dispose que les bénéficiaires du RSA nouvelle formule devront obligatoirement être inscrits à Pôle Emploi lequel s’appellera désormais « France Travail ».

La terminologie n’est pas neutre, elle témoigne d’une volonté gouvernementale de remettre enfin « la France au travail » dans un contexte où le gouvernement se plait à souligner les difficultés à trouver du personnel dans des métiers dits « en tension ».

Les personnes en RSA seront tenues désormais de signer un contrat d’engagement où seront précisés les contenus des emplois proposés ainsi que le nom du conseiller qui leur tiendra lieu de référent. A ce propos la Cour des Comptes elle-même faisait remarquer que les budgets finançant les accompagnements des allocataires avaient depuis une vingtaine d’années diminué drastiquement. Beaucoup de moyens supplémentaires seront donc nécessaires pour rattraper le temps perdu. L’Etat comme les collectivités concernées en auront-elles la volonté ? Rien n’est moins sûr.

Les travailleurs de ce pays se battent pour leur dignité, y compris surtout ceux qui se trouvent malheureusement privés d’emplois. Vouloir les mettre dans l’obligation de travailler alors qu’ils aspirent à avoir un emploi décent relève précisément de l’indignité gouvernementale. Le Revenu de Solidarité Active, après le RMI, doit être considéré comme un minimum social pour aider à vivre ou à survivre en cas de chômage.

Ces minimas sociaux ne devraient pas s’accompagner d’activités forcées. Ils doivent être au contraire prioritairement majorés et ouvrir à de véritables droits à formation facilitant le retour à des emplois stables et honorablement rémunérés.

Le recul de l’âge de la retraite à 64 ans imposée sans aucune discussion par le gouvernement ne va faire qu’aggraver les choses. De plus en plus de salariés vont se trouver en situation de précarité avant leur admission tardive à la retraite. Cela risque de poser des problèmes insolubles aux gestionnaires du RSA.

Ce dernier doit être appliqué sans condition et redevenir un revenu minimum pour, dans l’attente d’un emploi, simplement combattre la misère.

JMarc Gardère


article publié dans le numéro 306 de "Démocratie et socialisme"

mercredi 1 mars 2023

Impuissance parlementaire

On a beaucoup dit que les députés de la Nupes, et plus encore parmi ceux de la France Insoumise, bloquaient le fonctionnement de l’Assemblée Nationale, et donc ne permettaient pas le débat sur la réforme des retraites. Il aurait fallu notamment que l’article 7 du projet, celui qui détermine l’âge légal de départ à la retraite, puisse être discuté sans l’obstruction parlementaire dont il aurait été l’objet. Et en effet le vote de cet article par la représentation nationale n’a pu avoir lieu au grand dam du gouvernement qui pensait ainsi écrire dans le marbre ce fameux âge de départ.

Les députés LFI ont multiplié les amendements voulant ainsi accompagner et soutenir le mouvement social mais avec, en quelque sorte, les armes de l’impuissance, les seules qui leur soient données. Même les organisations syndicales ont dans leur ensemble condamné les actions de ces députés. Et le Front National lui-même, un comble, a su tirer son épingle du jeu en faisant passer ses députés pour des sages de l’Assemblée.

La polémique ainsi crée, artificielle, ne sert donc pas la gauche. Elle la sert d’autant  moins  que les attaques les plus virulents sont réservées au groupe le plus important qui compose la Nupes.

Cela bien sûr ne manque pas de nourrir l’antiparlementarisme qui caractérise la vie politique française. Ce Président dédaigne de respecter la représentation nationale en se servant sans vergogne des outils que lui offre la Constitution de la Vème république.

La chienlit parlementaire, s’il en est, c’est lui. L’article 49-3 servis à toutes les sauces budgétaires, et au-delà, c’est lui ; l’article 47-1 qui permet de raccourcir encore plus le débat c’est encore lui qui l’utilise, même au risque de l’anticonstitutionnalité.

La Constitution de la Vème République c’est la cour des miracles de la démocratie ou de ce qu’il en reste, c’est la courte-échelle faite à E. Macron pour réaffirmer cyniquement son mépris du peuple.

Ce qui vient de se passer à l’Assemblée Nationale, ce prétendu foutoir parlementaire, ce tumulte qui peut sembler infantile et dont la droite, d’un extrême à l’autre en passant par le macronisme, aura fait ses choux gras, ne sont pas le fruit du hasard : mais bien plutôt la conséquence naturelle d’un régime constitutionnel qui laisse la part trop belle à l’exécutif même lorsque, et c’est le cas ici, ce dernier ne détient qu’une majorité relative (qui un temps a pu donner à certains des espérances déçues sur une lecture plus démocratique de la Constitution).

C’est pourquoi il convient de ne pas se tromper d’adversaire, de ne pas se donner plus de bâtons qu’il n’en faut pour se faire battre. L’assemblée Nationale est à l’image du pays, celle d’une France bloquée, bâillonnée, qui ne laisse rien passer d’une inspiration démocratique. C’est pourquoi pour l’heure la rue doit prendre le relais et le mouvement social rester vivace et combatif.

La victoire est incertaine mais c’est bien la seule solution donnée au monde du travail pour défendre pour le moins ce qu’il a de par son histoire durement conquis. Et donc il est impératif de préparer le 7 mars prochain dans l’unité la plus large possible.

En attendant une VIème République plus respectueuse de l’intérêt général.

JMG

mercredi 1 février 2023

Retraites : encore une réforme à la con...mais pas que

 

La réforme des retraites telle que la veulent Macron et la droite ne se justifie pas en soi, elle est inutile, nocive, anti sociale bien sûr, anti démocratique, et les raisons pour la mener à bien sont plus ou moins explicites, plus ou moins inavouées. Que nous cache cette réforme ? Pour quoi, pour qui est-elle faite ?

Il s’agit d’abord de nous faire porter l’attention ailleurs, regarder autre chose que les problèmes les plus importants, ceux-là mêmes que le pouvoir n'est plus capable, par volonté, par manque de courage ou par paresse, de résoudre.

C’est que pour ce gouvernement les urgences peuvent attendre comme celle de l’hôpital public qui se meurt, comme l’éducation nationale abandonnée, comme l’ensemble des services publics qu’on a systématiquement délaissés non seulement dans les zones périurbaines, ou néo-rurales, mais aussi au cœur des villes.

Pour paraphraser un ministre de l’Intérieur de droite : Gouvernants vous avez un problème, voire plusieurs ?, créez-en un autre ! Et un plus grand même qui soit capable de faire de l’ombre à ceux auxquels, moyennant un peu de responsabilité publique, vous auriez pu et dû dans l’intérêt général apporter quelque solution.

Agrandissez l’abîme du chaos, voilà donc la solution et la « réforme » des retraites procède de cette veine-là. Tout comme en son temps la réforme territoriale par exemple, réforme superflue qui n’avait d’autre but que de redistribuer des cartes sans changer véritablement de jeu, mais qui permettait à Valls ou aux sociaux libéraux de montrer qu’ils restaient maîtres du jeu en matière de système administratif.

Il est un autre moyen de semer le désordre, tout aussi efficace, diviser pour régner en exaspérant le conflit des générations.  Ce conflit potentiel fait office de champ de bataille pour justifier les mesures régressives du gouvernement en matière de retraite. Ainsi les retraités d’aujourd’hui seraient-ils responsables d’une dette dont le poids incombe déjà, injustement, aux jeunes générations. Les anciens seraient égoïstes, sans considération pour de plus jeunes qui leur permettent de vivre une retraite sans péril économique. Et cela est étayé par des sondages faisant apparaître que l’électorat de Macron serait surtout composé de retraités favorables à une réforme susceptible de sauver un système dont ils seraient les seuls bénéficiaires.

Centralisation et verticalité.

Cette contre-réforme s’inscrit aussi, et de façon brutale, dans une volonté qui ne se dément plus depuis des années de confisquer aux partenaires sociaux un domaine qui pourtant principalement leur appartient : la gestion  des organismes de protection  sociale.

Les retraites comme l’ensemble de la sécurité sociale se fondent sur des cotisations appliquées aux salaires, elles en constituent une base financière qui devrait être gérée par les partenaires sociaux, salariés et employeurs, sans qu’un gouvernement dût s’en mêler.

Le gouvernement Macron, à la suite d’autres, et dans cet élan centralisateur et confiscatoire qui domine aujourd’hui les relations sociales, ne se seront pas privés de se mêler au fond de ce qui ne les regarde pas. Cette réforme annoncée des retraites peut être perçue par l’ensemble du monde du travail comme une appropriation pure et simple exercée par le pouvoir central. Dans ce contexte l’argument de l’équilibre financier se révèle fragile voire mensonger…Macron lui-même en 2017 ne déclarait-il pas que les retraites n’étaient « plus un problème financier » ?

Une autre raison essentielle pousse l’actuel Président de la République à conduire cette réforme : apparaître le bon élève, premier de la classe dans la course à l’intégration européenne. Macron est de ceux qui vont plus vite que la musique européiste quitte à froisser quelques principes démocratiques. Macron le néo-libéral se fait un devoir de ne pas décevoir la commission européenne et mieux encore entend bien rester l’artisan principal d’une Europe qui précisément ne met pas la question sociale au cœur de ses préoccupations. C’est pourquoi la presse se fait si généreusement l’écho des autres systèmes de retraite dans les différents pays de l’union européenne, répétant à l’envi, sans d’ailleurs en apporter les preuves, que la France serait la plus généreuse en la matière, l’urgence étant dès lors de limiter ce qui passe aux yeux de Bruxelles pour un gaspillage d’argent public.

Lutte des classes

Ce qui se trame au niveau de l’union européenne est le reflet du pouvoir exercé par l’oligarchie.  Macron a été élu grâce ou par les plus riches de ce pays, il a reçu mandat des patrons du CAC 40 pour revenir sur les acquis sociaux. Il faut rappeler sans cesse à cet égard ce que disait en 2007 Denis KESSLER, vice-président du MEDEF, dans un article intitulé "Adieu 1945" :

"Le modèle français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie… Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du CNR… renforcé par le programme commun en 1981, à contre sens de l’histoire… Aujourd’hui face à la quasi-disparition du parti communiste, à la relégation de la CGT dans quelques places fortes, à l’essoufflement asthmatique du PS ?? Conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce".

Nul doute que ce point de vue et largement partagé au sein du pouvoir macroniste. Il donne au Président de la République actuel une boussole politique. Un contre-programme est aussi un programme susceptible de rassembler un camp, celui de l’oligarchie et de « la finance » dont le président Macron est issu. Il ne s’en cache plus, assuré qu’il est de n’être pas réélu.

Cela doit inciter le monde du travail à continuer la lutte, rassemblé dans un mouvement social le plus unitaire possible. L’opinion publique a bien compris que l’argument financier d’un maintien à l’équilibre du système ne tient pas ou n’est pas suffisant. Cette réforme est idéologique, elle vise à accentuer et à asseoir un pouvoir qui méprise le peuple et méconnait le monde du travail. C’est la réforme d’un petit Jupiter.

JMG

samedi 16 avril 2022

Présidentielles : quelque chose de pourri au Royaume de…

 Royauté en effet car notre République a quelque chose à voir encore avec les rois qui l’ont précédée.  Deux monarques républicains potentiels sont en lice et pas des moindres, deux présidents possibles de la Vème République, en un « coup d’Etat permanent » qui donc pourrait être guidé soit par un thatchérien, soit par une extrémiste de droite, le choix en quelque sorte, entre la peste et le choléra. On peut avoir conscience que la peste peut être plus mortelle encore que le choléra, c’est pourquoi à sept jours du deuxième tour on me permettra d’être encore dans le doute et l’irrésolution.

La peste c’est l’attaque en règle contre les immigrés en mettant un point final au regroupement familial,  en réservant  les aides sociales aux Français. C’est encore instituer la préférence nationale pour le droit d’accès au logement et à l’emploi, c’est expulser les immigrés qui sont au chômage, ou encore interdire le voile dans l’espace public, autant de mesures qui risquent de mettre le pays en état de guerre civile en distillant la haine dans les pensées et les comportements contre des populations, ne le cachons pas, plus particulièrement visées.

Côté Thatcher, ou côté choléra lequel est susceptible en même temps de susciter et d’entraîner la peste, nous avons l’actuel Président qui, comme pour humilier encore plus le monde du travail, veut instituer un retraite à 65 (ou 64 ans, on s’y perd au moins que ce soit lui qui s’y perde) sans aucune justification économique, avec seulement pour conséquence, et pas des moindres, d’aggraver les chiffres du chômage, celui des jeunes en particulier avec le risque d’aviver un insupportable conflit des générations. E. Macron c’est aussi conditionner l’attribution du RSA à des heures travaillées gratuites alors que les gens, contrairement aux idées inculquées par la droite, désespérément se battent pour obtenir un emploi qui leur garantisse un revenu décent et une intégration sociale perdue.

 C’est bien l’actuel président qui est le responsable de la suppression des comités d’hygiène et de sécurité, c‘est bien lui qui a supprimé l’ISF, institué le plafond des indemnités aux prud’hommes, et entend maintenant procéder à une sorte de pré-privatisation de l’éducation nationale.

Comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que plus des deux tiers des électeurs ne soient plus politiquement représentés, et ce dans le cadre d’une Constitution qui donne tous les pouvoirs au Président, y compris celui de façonner sa majorité parlementaire ? Ainsi Marine Le Pen promet-elle de réformer la Constitution pour mettre en place une proportionnelle dont le but, moyennant une prime majoritaire à 30%, sera de lui donner les moyens de gouverner sans pour autant donner davantage de pouvoir aux assemblées parlementaires. 

Cette situation est insupportable. Nos concitoyens vont devoir se prononcer entre deux candidats qui se partagent des valeurs de droite ou d’extrême-droite alors que le pays reste sociologiquement de gauche. Ainsi apprend-t-on que 75% des ouvriers seraient prêts à voter Le Pen contre leur intérêt de classe. La désunion, particulièrement au sommet de la gauche, n’est évidemment pas étrangère à la disjonction entre la réalité électorale d’aujourd’hui et la situation politique ou sociologique du pays.

 La primaire populaire, malgré les promesses et les espoirs, s’est avérée être un gâchis démocratique. Pourtant elle portait l’idée et l’intention légitimes de la nécessaire union des gauches.

Loin de chercher la responsabilité de tel ou tel, il s’agit éviter les anathèmes qui succèdent aux lendemains qui déchantent. Il s’agit maintenant, après avoir appelé à battre l’extrême-droite, et quel que soit le résultat final du second tour, de recommencer, dans la perspective des législatives notamment, à travailler pour une unité des forces de progrès autour d’une plate-forme qui puisse s’agencer en effet autour du programme porté par le plus grand nombre à gauche, à savoir aujourd’hui celui de la France Insoumise.

La bataille idéologique est loin d’être terminée, elle est plus que jamais devenue cruciale. Le mouvement social devra à nouveau, quel que soit le nom du chef de l’exécutif, prendre activement le relais pour préserver les libertés publiques et défendre les sécurités sociales et solidaires.

JMG

dimanche 23 mai 2021

La République désunie

La pseudo-décentralisation continue, et de plus belle, comme si il n'y avait pas mieux à faire, comme si on voulait cacher la poussière sous le tapis pour se garder de régler les vrais problèmes. Et donc E. Macron, dans la lignée de ses prédécesseurs, veut réformer les collectivités territoriale et leurs rapports à l'Etat Central. Une énième loi dite de décentralisation qui, un peu comme les lois sur la sécurité, ne sert à rien tout en étant susceptible d'aggraver la situation. Mais cela nourrit le brouhaha politicien et électoraliste qui fait taire la réflexion et laisse le champ libre à l'élaboration de "réformes" inutiles. 

Déjà en 2011 il y eut la réorganisation de l'administration territoriale de l'Etat qui n'était que la version territoriale de la RGPP (Révision générale des politiques publiques), le but alors était de supprimer des postes de fonctionnaires, le plus possible pour répondre à l'exigence sarkozienne et celle de la droite, sociale-libérale ou non, de contenir les dépenses publiques.

Puis vint la fameuse et tout aussi dangereuse réforme territoriale, voulue par Hollande et Vals, qui redécoupait les régions pour les rendre plus grandes, le regard porté sur le modèle allemand, mais en oubliant que l'Allemagne n'est pas la France, n'a pas la même histoire. 

Alors que le but de cette réforme était prétendument de faire des économies, il est avéré aujourd'hui qu'elle aura coûté plus cher aux contribuables tout en distançant encore davantage l'exécutif régional des intérêts citoyens.

Aujourd'hui le gouvernement entend passer à la vitesse supérieure avec la Loi 3 D, étrange appellation pour donner un semblant de modernité à une politique territoriale archaïque. De quoi s'agit-il ?

Il s'agirait d'abord du "droit à la différenciation" (un des trois ou quatre D, décentralisation, déconcentration...) dont devrait se prévaloir chaque collectivité. Les missions de l'Etat seraient donc dépecées pour être données aux collectivités décentralisées : régions, départements, communes. Cela à première vue semble séduisant d'autant que cette redistribution de compétences se ferait, sous la houlette des préfets, d'abord à titre expérimental. Mais le projet lui-même n'est pas loin, plus ou moins caché en embuscade : il a déjà d'ailleurs été adopté par le Sénat l'année dernière. 

Le Sénat a-t-il bien mesuré le danger de rupture d'égalité entre les territoires que ce texte peut entraîner? D'une collectivité à l'autre, et donc d'un territoire à l'autre, les répartitions de compétences seraient différenciés selon tel ou tel endroit du territoire national. au risque de rompre l'égalité entre les citoyens. 

Le pouvoir réglementaire serait en partie transféré de l'Etat central aux collectivités locales, c'est-à-dire aux communes, départements, régions.  Le danger est grand de donner naissance à une république à plusieurs vitesses dans laquelle les lois et les règlements ne seraient plus les mêmes pour tous, et en oubliant la nécessité d'un aménagement harmonieux et égalitaire du territoire national.  

Le droit normatif serait donc élaboré par les autorités décentralisées comme cela existe aux Etats-Unis où les lois sont différentes selon que vous passiez du Texas au Nouveau-Mexique ou de l'Oregon à la Californie.

Nous n'en sommes pas là mais on voit bien le chemin dans lequel veut nous entraîner le pouvoir. Celui d'un désengagement de l'Etat sous couvert de cette loi dite 3 ou 4 D (on y ajouterait le D de la "décomplexication", croit-on rêver !), qui fait mine de donner des pouvoirs supplémentaires aux collectivités mais qui oublie de leur donner les moyens financiers, voire qui les leur reprend en leur interdisant une fiscalité juste et autonome.

Ainsi cette loi n'est pas de nature à vouloir sauvegarder ou maintenir les services publics locaux. Or  c'est le devoir d'un Etat responsable que de veiller d'abord à ce que les services publics soient également et puissamment répartis sur les territoires de la République. 

Ce projet, dans la mesure où il désorganise les principes territoriaux en vigueur aujourd'hui, devrait faire logiquement l'objet d'une révision constitutionnelle.

Le projet avance masqué sous des abus de vocabulaire technocratique qui se veulent séduisants. Ainsi la ministre  Jacqueline Gourault parlait-t-elle "d'un Etat de proximité, outillé et réunifié", dans ce genre de galimatias technocratique et mensonger, en vogue dans la Macronie, qui dit tout et son contraire. Car il apparait que l'Etat se dessaisit plutôt de ses devoirs et de ses prérogatives en matière d'aménagement du territoire au lieu de les assumer de manière souveraine et démocratique.

Ce projet de loi confirme que le pouvoir, depuis une trentaine d'années, instrumentalise la décentralisation comme outil idéologique et politique, sans réelle volonté de laisser aux collectivités la possibilité de s'émanciper au travers de moyens qui leur seraient donnés ou rendus.

Le contexte politique, à proximité des élections départementales et régionales et à la veille de l'élection présidentielle, ne permettra peut-être pas que cette loi voie le jour. Mais le gouvernement semble y tenir.

On a coutume, c'est même devenu un sport politique et médiatique, de dénoncer le fameux "mille-feuilles territorial" pour monter du doigt les complexités du système administratif et politique français. Il est curieux, presque amusant, de constater que cette complexité est nourrie et entretenue par le monde politique lui-même.

 Cette loi, si elle était définitivement votée,  rendrait plus complexe encore, et donc illisible, cette organisation que l'on prétend, à longueur de discours, rendre plus proche des citoyens. 

Plus grave, elle porterait un coup à la République qui gagne à rester une et indivisible, et mieux encore à devenir pleinement sociale.

JMG









 

lundi 22 juin 2020

à bout, la révolte

Seuls les inconscients, parce qu'ils auront été perméables à la propagande de ce gouvernement, n'auront pas été touchés par la souffrance physique et plus encore morale de cette infirmière interpellée par la police le 16 juin au cours d'une manifestation pour la défense de l'hôpital public.
Sa photo, où on l'a voit encadrée sans ménagement par des policiers armés et casqués, aura fait le tour des réseaux sociaux.

Comme l'ensemble de ses collègues cette infirmière a été pourtant pendant plusieurs semaines parmi ceux et celles qui ont fait front contre la pandémie dont d'ailleurs elle-même a été victime. Comme si cela ne suffisait pas elle est aussi la proie d'un pouvoir qui s'acharne contre elle sur le plan judiciaire.
Elle passera le 25 septembre devant le tribunal correctionnel pour outrage et violence sur personne dépositaire de l'ordre public.

Ainsi donc les rôles sont inter-changés, les media ont retenu de Farida, c'est son nom, l'image d'une délinquante qui jette aux forces de l'ordre des morceaux de bitume que l'on confondra opportunément avec des pavés pour mieux faire passer ce message : tolérance zéro pour tous ceux qui résistent, y compris ceux qu'E.Macron a qualifié dans son infinie reconnaissance de "héros".

Il faut bien faire oublier à la population l'essentiel. Ce gouvernement, il est vrai qu'il n'est pas le premier, continue d'affaiblir l'hôpital public, encore 600 suppressions de postes annoncées au CHRU de Nancy par exemple, hôpital public qu'il entend privatiser à terme, pour en faire un  endroit privilégié de marchandisation au lieu de le considérer prioritairement comme un havre de secours et de soins.

Au lieu de répondre concrètement et efficacement à des revendications légitimes, il interdit les manifestations et fait donner sa police dont il ne condamne qu'au bout des lèvres les violences avérées de certains de ses membres.

L'image était trop belle de cette militante prise en flagrant délit d'outrage aux forces de l'ordre. Cela fait de Farida une double victime, victime comme personne soignante maltraitée institutionnelle dans son travail, victime comme citoyenne non autorisée à exprimer un désaccord profond et durable.

Mais alors pourquoi ce geste qui, au plan médiatique et légaliste, la disqualifie ? C'est que la coupe est pleine, c'est que le dégoût remplace ou empêche la raison, c'est que l'irrésistible révolte emporte tout souci de son propre ménagement.
Cette infirmière, invisible pendant la lutte qu'elle a menée contre la pandémie avec ses collègues, entendait être enfin visible non pas par besoin d'une improbable notoriété, mais par désespérance, par une déception extrême qui peut se muer en haine envers des gens "responsables" qui la maltraite elle-même et son métier.

D'où ces gestes qui ne sont pas ceux d'une criminelle.

La responsabilité en incombe à ce pouvoir qui ne négocie pas, qui impose ses vues, qui réprime, qui nie la démocratie sociale, au risque des révoltes et des violences qu'il suscite lui-même.

La violence n'est pas du côté des plus faibles.

JMG



lundi 30 mars 2020

Punis et non-coupables

Les gouvernants ont le chic pour faire porter, de façon allusive et plus ou moins discrète, la responsabilité de leur impéritie sur leur propre peuple.

Les rues sont désertes mais pas seulement les rues, toute l'économie sur laquelle se fonde depuis des décennies notre société de consommation se trouve ébranlée par un coronavirus dont on ne connait rien à part les ravages qu'il opère parmi lesquels en premier lieu une bonne dose d'anxiété généralisée.

Le résultat est là, dans des rues désertes et des activités interrompues. Le gouvernement Macron quant à lui question efficacité est aux abonnés absents.
La "start-up nation" n'en finira jamais de nous décevoir. Pas de masques, pas de respirateurs en nombre suffisant pour une épidémie qui nous prend par surprise, pas assez de lits de réanimation, pas assez de médecins, ni assez d'infirmière, ni d'aides soignants, pas assez de femmes de ménage dont on voit enfin l'utilité concrète, en somme pas assez d'hôpitaux, pas assez de service au fond qui ne soit pas marchand.

C'est qu'en temps de crise la nécessité fait loi, et on s'aperçoit alors de la nécessité du "peuple" et de son existence concrète. Les gouvernants eux n'ont qu'un rôle d'accompagnement. Pire, pour continuer d'exister, ils punissent ou culpabilisent. Les gouvernants, qui ont abandonné leur pouvoir économique ont, à la faveur de cette crise étrange et inattendue, retrouvé là l'essence de leur pouvoir politique, tel qu'en tout cas ils l'envisagent : réguler, interdire, soumettre, surveiller, punir...

C'est ce même peuple qui en est victime. On est d’ailleurs étonnés de la discipline des gens devant le confinement, de leur degré d'obéissance et de leur sens à cet égard de la responsabilité sanitaire. Et ce  comme pour démentir la petite musique de fond que l'on entend sur le peu de civisme dont nos compatriotes feraient preuve, en particulier dans les quartiers que l'on dit "sensibles" et qui en réalité ne le sont que par volonté ou lâcheté politiques.

Je longeais hier, le parc des bains à Lons-le-Saunier que les autorités locales ont cru bon de fermer il y a quelques jours. Jusque-là les gens passaient encore par ce parc, sans y attarder, pour aller faire leurs courses vers l'Intermarché qui est au bout.

Pourquoi cette interdiction alors que, par souci légaliste et civique, peu de monde s'y rendaient ? Comme d'autres rares promeneurs je n'ai donc fait que de longer ce parc, dramatiquement vide, en empruntant en parallèle l'avenue Camille Prost elle aussi désertique mais désespérément grise. Puni, interdit de ce parc dont les barrières me narguaient. 

On se doit de respecter l'état d'urgence sanitaire mais on est en droit de ne pas comprendre les chemins qu'elle prend, on est en droit et en devoir de ne pas y adhérer sans un minimum d'esprit critique.
Pour nos gouvernants la tentation est trop belle d'un moyen de pression qui suit des mois et des mois de contestation politique et sociale. Le gouvernement Macron avait perdu la confiance d'une population mise en tension par des politiques anti-sociales qui précisément l'aura menée là où elle se trouve aujourd'hui.

E.Macron, E.Philippe ont mené ou continué jusqu'ici des politiques d'austérité qui ne sont pas étrangères à la situation catastrophique d'aujourd'hui. Ainsi à l'hôpital plus de 70 000 lits auront été supprimés depuis une vingtaine d'années. Et combien de postes d'infirmières dans la fonction publique hospitalière ?

Dans sa déclaration du 12 mars, pris peut-être par la panique, soudainement conscient que cette crise pouvait devenir dramatique, E.Macron annonçait : "ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché". Macron prétendait aussi que nous étions entrés en guerre.
Les hommes ne sont jamais plus sages qu'au lendemain des guerres, (fussent-elles sanitaires). Mais cette sagesse pourrait malheureusement ne pas durer longtemps.

Déjà le gouvernement paraît mettre à profit cette crise pour revenir sur des acquis sociaux tels les droits à congés, la réduction du temps de travail, le repos hebdomadaire...C'est aussi par ordonnances,  et pour une durée illimitée, faisant fi une fois encore du rôle du Parlement, qu'il entend s'attaquer à certaines libertés publiques.

Le peuple n'est pas seulement une abstraction, il n'est coupable que de ceux qu'il met ou laisse au pouvoir...Il serait honteux que ce gouvernement, loin de tirer les leçons de dizaine d'années de remise en cause systématique de l'Etat providence, et loin du discours aux actes, tire profit de la crise pour continuer de faire passer des réformes qui remettent en cause notre modèle social. C'est aussi l'interprétation qu'on pourrait malheureusement donner aux propos énigmatiques de Macron le 12 mars dernier où il annonçait le confinement généralisé de la population.

Prenons soin de nous au plan sanitaire comme au plan politique. Gardons notre distanciation sociale avec ce gouvernement comme avec tout pouvoir tenté par ses propres excès. Il en va de nos destinés individuelles et collectives.

JMG

mercredi 26 février 2020

Violence

Les "réformes" imposées ces dernières années à l'ensemble de la population française ne sont pas des réformes de progrès, elles n'améliorent ni la démocratie, ni le vivre ensemble, ni encore moins  la situation économique des citoyens que nous sommes, ni la "sécurité" dont le thème revient en force pour fonder ou refonder, en trompe l’œil, (comme on le voit à Paris avec la résurrection de Dati), une légitimité dont a besoin la droite pour se refaire une santé politique perdue. Au contraire elles ne font qu'exacerber la violence latente dans la société.

La dernière née de ces contre-réformes, celle des retraites par points, toujours en lecture forcée au Parlement, et à la merci d'un 49-3 antidémocratique, est la plus à même d'insuffler la violence dans notre société. Cette réforme va déclencher une baisse des retraites et pensions de 20 à 30 % appliquée à l'ensemble des salariés du privé comme aux agents de la fonction publique. Au sein de cette dernière, l'Education Nationale  ne serait donc pas la seule concernée. Mais c'est à elle seule que le gouvernement fait des promesses d'augmentation salariale pour compenser les pertes en matière de pension.

Cette réforme c'est du vol, du haut vol, un braquage légal, comme avait été du vol déjà la réforme voulue par Balladur en 1993. Cette loi avait allongé la durée de cotisation, uniquement pour le privé, de 37 à 40 ans, et en tenant compte des vint-cinq meilleures années au lieu des dix pour asseoir le calcul de liquidation de la retraite.
A l'époque les victimes de cette réforme n'en avait pas pris la mesure car Balladur avait pris soin de la lisser dans le temps. Par contre il y eut une sanction électorale dont ce même Balladur eut à pâtir.

Outre le projet de loi Juppé qui fut mis en échec par le mouvement social en 1995, la loi Balladur fut suivie par une autre votée en 2003 à l’initiative de Raffarin et Fillon.
Accompagné déjà par la direction nationale de la CFDT, le gouvernement d'alors s'attaquait cette fois aux pensions de retraite des fonctionnaires. Il arguait qu'il fallait se rapprocher, prétextant une mesure de justice et d'égalité, des conditions imposées aux salarié du privé par la loi de Balladur. L'allongement de la durée de cotisation qui en résultait, devait se traduire par un départ réel à la retraite à 62 ans. Je fais l'impasse sur les réformes de gauche comme de droite qui suivirent et devaient plus encore altérer un régime par répartition dès lors de plus en plus difficile à défendre.

Les réformes des retraites, devenues réflexes gouvernementaux rétrogrades, témoignent d'un long chemin de confiscation par l'Etat d'un bien appartenant, par les cotisations sociales, à l'ensemble du monde du travail. Confiscation, contrôle, appropriation définitive par le pouvoir politique central de ce qui historiquement ne lui appartient pas.
Cela signifie indirectement la mort de la démocratie sociale, pas celle défendue par une CFDT irresponsable qui défend l'idée que le syndicalisme pourrait directement intervenir dans les affaires de l'Etat dans un cadre néo-libéral, mais celle qui consiste à ce que le pouvoir économique redistributif reste d'abord l'affaire des salariés de ce pays.

On ne dirait jamais assez que les 350 milliards que représentent les pensions et retraites en France seront à la merci de fonds d'investissement au travers l'épargne-retraite que la réforme va mécaniquement favoriser. La manne financière pourra servir aux spéculateurs sans qu'elle soit avantageusement intégrée dans le circuit économique réel.

La situation est explosive, cette réforme si elle venait à se réaliser ne fera qu'augmenter une violence sociale exacerbée par la paupérisation de la population. Comment s'étonner qu'une telle réforme suscite autant de réprobation et de révolte ? Macron y va en force, tout en sachant que cette réforme techniquement et sans doute juridiquement, comme l'a anticipé et constaté le conseil d'Etat, n'est pas viable.

Espérons et exigeons le retrait pur et simple d'un texte qui ne ferait qu'installer la misère dans un pays déjà blessé par un chômage massif que le pouvoir a renoncé de combattre et de vaincre.

JMG

mardi 7 janvier 2020

Les meilleurs vœux aux gens de peu

Que peut-on souhaiter cette année autre chose que des vœux de sagesse, de lucidité, de modestie à ce gouvernement qui à décidé de ne rien entendre et de ne céder sur rien ? Quels sont ces gens qui nous gouvernent ? Sont-ils des adversaires, des ennemis ? Pourquoi sont-ils à s'en prendre à nous, au peuple qu'ils sont censés représenter ? Nous représentent-t-ils vraiment ceux qui ont décidé de nous appauvrir ? Quels sont leurs motivations profondes, ne sont-ils pas victimes de leur méconnaissance d'un peuple qui pourtant, électoralement parlant, les a portés au pouvoir ? Ont-ils tout oublié, trahis eux-mêmes par un mandat parlementaire ou a des fonctions ministérielles dont il ne mesurent pas, ou plus du tout, la dimension de responsabilité ? 

Sont-ils à ce point aveugles pour ne pas voir qu'ils ne sont plus capables, et encore moins légitimes, de parler en notre nom et, surtout, de décider en notre lieu et place ? Sont-ils prêts à reconnaître que leur victoire électorale en son temps ne les autorisent pas a édicter des lois, ou à prendre des décisions sans respecter ceux qui les ont élus, ne fût-ce d'ailleurs que pour éviter le pire ? Savent-ils que cette fonction d'élu ne leur confère pas le droit d'agir contre l'intérêt de ce peuple, contre notre intérêt, l'intérêt général ? Ne serait-il pas plus sage, de leur part, de tirer sans tarder les leçons de ce conflit qui dure ? Et en l'occurrence de retirer un projet de loi dont le caractère anti-démocratique et anti-économique ont été, grâce à un mouvement social puissant et durable, depuis déjà trop longtemps démasqué ?

Sont-ils conscients ces technocrates qu'ils sont en train de tuer l'espoir et le dynamisme de ce pays ? Savent-ils que le recul de l'âge de la retraite et de la remise en cause de celle-ci, une fois encore, n'auront pour effet que de faire obstacle à l'emploi des jeunes tout en ne favorisant pas celui des seniors lesquels seraient condamnés à travailler jusqu'à...?

Et donc j'émets le vœu que la lassitude et le découragement épargnent tous ceux qui font oeuvre de résistance contre un pouvoir qui clairement, délibérément,  a décidé de s'en prendre à un contrat social qui, malgré les attaques dont il fait l'objet depuis des décennies, fait encore la preuve de son efficacité économique et sociale.

J'émets le vœu que le courage et la détermination n'abandonnent pas ces héros en effet que sont les grévistes, n'en déplaise aux véritables privilégiés, les actionnaires professionnels ou les éditorialistes patentés de la presse mainstream, qui s'attachent à dégrader leur image.
Je souhaite la meilleure année possible, malgré l'adversité, à tous ceux qui œuvrent dans les services publics et qui les défendent ardemment, sachant qu'ils restent encore la richesse de ceux qui n'ont rien.

Et donc je souhaite, en ce début d'année 2020, que ces salariés du privé ou ces agents publics, dans chacun des secteurs qu'ils occupent, obtiennent enfin satisfaction et que leur soient rendus ou améliorés leurs droits sociaux sans lesquels il n'est de pays riche, juste et véritablement démocratique.

JMG


mercredi 18 décembre 2019

Jours de fête

Ainsi, à en croire certains medias qui nous le disent en boucle, les Français seraient plus inquiets des fêtes de fin d'année que de la pauvreté annoncée de l'ensemble des retraités.
Ainsi seraient-ils aussi indifférents à ce que les retraites des plus jeunes se voient amputées de 20 à 30%.
N'est-ce pas prendre les citoyens français uniquement pour des veaux ? N'est-ce-pas les prendre pour des lâches, ou pire pour des…?
Ou simplement pour des consommateurs sans conscience ? Seraient-ils seulement ces riens, ou ces moins que rien, que Macron a pu croiser un jour dans ces gares qu'il ne fréquente pourtant pas ?
Eh bien non ! Les Français peuvent et savent se révolter, et ils le prouvent, il refusent cette société que le pouvoir veut leur imposer, fondée sur la concurrence plutôt que sur la coopération. 

JMG




dimanche 15 décembre 2019

Les retraités de chez Latécoère

Le gouvernement, parce que céder constituerait un déshonneur et traduirait un recul politique qu'il ne peut se permettre, entend aller jusqu'au bout de sa contre-réforme des retraites en laissant croire que celle-ci est essentielle, utile, indispensable. Ce n'est évidemment pas le cas, cette loi est idéologique, elle conduira à paupériser l'ensemble de la population, qui plus est dans un contexte de crise de l'emploi, celui des jeunes comme celui des seniors, que le gouvernement n'entend ne pas traiter avec le sérieux et la volonté politique voulus.

En réalité, une des fonctions, s'il en est, de cette "réforme" est de cacher le bilan désastreux du macronisme sur le plan économique. Et on ne parle pas ici du social que Macron abandonne sans vergogne et avec un mépris spectaculaire au profit des plus riches.

Je mets en parallèle cette "réforme" des retraites avec ce qui vient de se passer chez Latécoère. Latécoère est une grande entreprise basée à Toulouse, historique, à la base avec d'autres, de l'excellence française en matière d'aviation. La société Latécoère emploie 4900 salariés dans le monde dont 1500 en France. La CGT s'inquiète désormais, à juste titre, de l'avenir de l'entreprise et de ses salariés.

En effet, un fonds de pension américain, en avril de cette année, le Search Light Capital Partners, s'est emparé de 26% du capital de cette société. Elle a tenté ensuite par une OPA (offre publique d'achat "amicale") se saisir des 76% manquants.
Cette OPA s'est révélée être un succès, car les financiers américains se voient donc finalement propriétaires à près de 63% du capital du groupe dont ils prennent le contrôle effectif.

Ce peut être catastrophique pour la France : Latécoère est spécialiste et pionnière en matière d'utilisation de la lumière pour échanger des données (Li Fi). Il s'agit là d'une méthode innovante d'importance stratégique qui intéresse la politique de défense. 
Le fait est comparable au rachat par l'Américain Général Electric de la branche énergie d'Alstom laquelle permet la viabilité opérationnelle de l'unique porte-avions français. Rien que ça.

La souveraineté stratégique de la France en matière de défense, et en matière industrielle tout court, en prend donc encore un sacré coup. 
Au tour de Latécoère et de ses prouesses technologique ( et financières !) de passer aux mains des  décideurs américains peu soucieux par ailleurs des promesses qu'ils pourront tenir en matière d'emplois. La malheureuse et désastreuse expérience d'Alstom, de ce point de vue aussi, en aura donné déjà un exemple édifiant puisque non seulement les emplois promis n'auront pas été au rendez-vous mais au contraire de nombreux auront été supprimés.

De tout cela notre Président et son gouvernement n'ont cure, ils se foutent royalement, c'est le cas de le dire, de l'avenir des salariés de cette entreprise stratégique.
Macron aurait pu pourtant s'opposer à ces prises de contrôle.

Au lieu de défendre l'emploi industriel en France, notamment ces emplois qui comme ici représentent un enjeu stratégique majeur, au lieu de sauvegarder notre souveraineté en matière de défense, le gouvernement Macron préfère emmerder  les gens par des réformes, comme celle des retraites, qui vont à l'encontre de l'emploi des jeunes tout en appauvrissant l'ensemble de la population, actuels et surtout futurs retraités.

Le gouvernement Macron instaure un climat de guerre civile larvé, en tentant de diviser le monde du travail. Ainsi a-t-il désigné des coupables chimériques comme les "régimes spéciaux" qui seraient à l'origine d'injustices prétendument insupportables entre agents publics ou salariés. Il utilise les syndicats "réformistes" ou accompagnateurs (CFDT, UNSA...) pour mieux cacher son refus des négociations réelles avec les syndicats qui se trouvent à la pointe d'une légitime contestation. En même temps il fait porter à ces derniers la responsabilité des "blocages", ou des "prises d'otages".

Livrer un fleuron de notre industrie comme Latécoère à un fond de pension fait le lien avec cette réforme dont le but plus ou moins transparent est de fonder les retraites sur de l'épargne soumise à la spéculation financière.
Les fonds de pension exigent des sociétés qu'ils contrôlent des rendements importants. Le boursicotage joue contre l'emploi. Le monde de la finance en demande toujours plus, par des baisses de salaires, ou par des suppressions d'emplois facilités par un code du travail lui-même dévasté par des réformes iniques.

Le serpent néo-libéral se mord la queue, dût-il en crever. Le monde du travail, seul véritable créateur de richesses, doit gagner la bataille.

JMG







mercredi 13 novembre 2019

Macronie, retournements de veste, et autres navigations

Comment peut-on être macronien aujourd'hui, comment peut-on appartenir à cette droite nouvelle, masquée, violemment néo-libérale, qui continue d'assassiner et d'exclure socialement tous ceux qui refusent d'appartenir à la "start-up nation" laquelle s'avère n'être qu'un leurre ridicule pour mieux s'attaquer à notre contrat social ?

La droite classique elle-même a peine à s'y retrouver, Macron lui a ôté de la gueule son os à ronger, il n'y a plus grand place pour elle et tout ça la désespère. C'est pourquoi beaucoup de gens le l'UMP auront quitté, à la faveur des municipales qui s'approchent à grand pas, un navire qui prend l'eau.

Car entre la droite classique et le parti "en marche" il n'y pas grande différence, il n'est qu'une différence d'âge. Sarkozy a dit lui-même de Macron que c'était lui, mais en mieux. Macron est seulement plus jeune, plus déterminé, et plus inconscient de ce qu'il est en train de faire, c'est-à-dire défaire toutes les solidarités qui auront construit notre pays. Voilà pour la droite.

Et à "gauche" ?

De l'autre côté, nombreux sont les gens qui furent au parti dit socialiste, et qui ont rejoint "en marche" dés qu'ils ont compris qu'ils pourraient en retirer quelque avantage.
Lons-le-Saunier ne fait pas exception pour ceux en tout cas qui ont ainsi retourné leur veste. Il faut faire l'effort de relever ces grands écarts, pour en connaître l'absurdité et l'effet désastreux que cela peut produire.
Passer d'un camp à un autre si différent porte atteinte à l'honneur de la politique et à l'honneur de ceux qui se prêtent à ce jeu, lequel n'est ni neutre ni innocent. Ces revirements partisans, qui n'obéissent à aucun fondement idéologique sérieux, sont préjudiciables à l'idée politique elle même.

On comprend mieux de quoi est mort le parti socialiste, il n'était bâti que sur du sable, ne servant que les carrières. Il est mort de règles non respectées. Or la démocratie se fonde sur des règles que les partis mettent en musique.
On peut concevoir qu'on puisse changer d'avis ou de conviction, mais encore faut-il que ce soit à l'issue d'une réflexion mûrie ou d'une longue maturation politique. Et le plus souvent c'est n'est pas le cas. 

Ainsi, comme tragi-comique énumération, une certaine Paule Petitjean élue sur la liste Duvernet en 2014 et qui vient de rejoindre le train en marche : pour espérer quoi, une montée en première classe ?
Que dire aussi de députée D. Brulebois, ancienne du PS elle aussi, qui vote toutes les lois anti-sociales d'E. Macron qui vont de la remise en cause fondamentale de notre droit du travail, à l'instauration d'une fiscalité utile surtout aux plus riches, et à la destruction de nos services publics les plus essentiels.
Comment ensuite dans ces conditions défendre l'hôpital public à Lons-le-Saunier alors que la majorité présidentielle vote sans sourciller toutes les réductions de financement de la sécurité sociale : 4,2 milliards de restriction budgétaire dont 1,2 milliards pour l'hôpital. Plus de 4000 lits supprimés dans les hôpitaux en 2018. Quelle crédibilité lui accorder ?

C. Perny, ancien du PS, ancien de "la République en marche" qui lui a refusé l'investiture (au profit d'un ancien UMP), et se présentant désormais sous sa propre étiquette, appelle à un rassemblement des élus ou des candidats actuels à la Mairie pour sauver l'hôpital public de Lons-le-Saunier. Il le fait tout en méprisant les syndicalistes qui eux furent les premiers, à alerter sur les dangers qui planent sur l'hôpital. Quelle crédibilité là aussi accorder à cet appel ?

Cette histoire récente conditionne (à Lons-le-Saunier comme ailleurs) la situation politique d'aujourd'hui, une droite fracassée et tiraillée pour l'instant par la constitution possible de trois à quatre listes (pas grave en soi), mais aussi malheureusement une gauche idéologiquement confuse, qui aura du mal à se construire et à recouvrer une crédibilité perdue au fil des élections et des retournements de ceux qui prétendaient la servir.

Mais venons-en aux municipales qui se préparent aujourd’hui à Lons. La gauche souffre de  ces remue-ménages, telles des répliques  qui se sont produits il y a six ans ou plus récemment.
Dans ce contexte l'unité de la gauche, à la veille de cette élection, est problématique. On pourrait dire que la liste de gauche constituée aujourd'hui du parti socialiste ou de ce qu'il en reste, de Europe Ecologie les Verts et du parti communiste se situe au centre-gauche.
Sa tête de liste qui a déjà été choisie, Y. Ravier, sort de la société civile et en fait même un argument électoral. Cela ne pourrait suffire à enlever l'adhésion des électeurs de Lons-le-Saunier. Cette liste à elle seule ne peut faire revenir les électeurs de gauche. Les appels à l'unité (notamment en direction de la France Insoumise) sont bien timides au demeurant, non-officiels, tardifs et artificiels, non décisifs.

C'est pourquoi une liste de la France Insoumise à Lons-le-Saunier serait bienvenue. Elle peut enrichir le débat municipal sans mettre la gauche en danger pour autant, elle peut apporter quelque chose de nouveau, qui sorte des sentiers battus, qui ne tienne pas de l'artifice électoraliste. Il serait temps au fond de tenir compte des nombreux mouvement populaires qui manifestent aujourd'hui partout en France contre les méfaits du monétarisme et du néo-libéralisme briseurs d'humanité.

On peut, on doit faire revenir les électeurs que la gauche a trahis.

JMG




samedi 2 novembre 2019

quand une école brûle

Cela s'est passé vendredi dernier 1er novembre, un incendie a détruit, dans sa ville, une école et un collège. Trois-cent élèves devront se passer de leur établissement scolaire. Robert Ménard, le maire de Béziers, a déclaré à la télévision qu'il voulait que les responsables de cet incendie (probablement criminel) soient sévèrement punis, et qu'ils se retrouvent derrière les barreaux.

Faut-il être le maire de Béziers, d'extrême-droite qui plus est, pour sortir de telles banalités ? Qui voudraient que les auteurs de cet incendie n'aillent pas ailleurs qu'en prison ? Faudrait-il rétablir la peine de mort, idée fixe de l’extrême-droite, alors que les coupables pourraient être des mineurs ? Encore faudrait-t-il les retrouver ces coupables ! Et accessoirement connaître leurs motivations, s'ils en ont...

Cette impuissance devant le crime tendrait à prouver qu'appartenir à l'extrême droite ne règle pas les problèmes de sécurité dans la ville, de toute évidence il ne suffit pas que Ménard, maire de Béziers, exhibe ses petits bras musclés pour imposer la paix citoyenne.

La politique qu'il entend menée depuis son élection à la mairie en 2014 a fait pschitt. Deux établissements scolaires qui brûlent ça fait beaucoup pour un seul homme, dépassé, submergé qu'il est par les événements...
Cela peut vous écœurer à jamais d'aller voter, et pas même pour Ménard, Marine ou Marion.

Cette violence est gratuite, condamnable, et bien sûr on peut toujours s'étrangler à la manière du maire de Béziers, on peut fulminer tel un taureau désespéré qui cherche le matador derrière la muleta, et être jusqu'au bout le jouet de sa propre impuissance. 
Mais alors, que faire d'intelligent, et d'efficace surtout, pour sortir de cette situation dans laquelle les tenants du pouvoir quels qu'ils soient se sont enfermés ? Est-il au moins permis d'y penser sans être accuser d'y trop réfléchir ?

La société française s'enfonce peu à peu dans la violence, on le savait déjà ! La faute à qui ? Pas de causalité directe et immédiate bien sûr mais quand même : nous sommes dans un contexte de violences sociales lesquelles irradient l'ensemble de la collectivité, violences induites par les politiques menées aujourd'hui par le gouvernement qui n'hésite plus à s'attaquer aux conquis sociaux qui datent des lendemains de la dernière guerre.
Ou encore, qui vient juste de frapper, la réforme de l'assurance chômage de nature à généraliser la pauvreté et la précarité dans le pays.

Ces incendies par ailleurs se sont produits dans le quartier dit "sensible" de la Devèze. Ce n'est pas un hasard. Au delà de savoir qui a fait ça, et pour quelles raisons précisément, il y a lieu de s'interroger, ces territoires jusqu'à nouvel ordre faisant partie de la République, sur la quasi-disparition voulue des politiques dites de la ville qui avaient au moins l'avantage de tenir compte des difficultés rencontrées par ces quartiers périphériques.

 E.Macron, l'année dernière, a traité avec mépris le rapport qu'il avait lui-même demandé à Borloo sur le sujet. Macron n'entend pas agir : par idéologie, par irresponsabilité, il laisse aller. A l'instar d'une bonne partie de la droite, il dénonce par le mépris, ce pognon "de dingue", ces dizaines de milliards de francs puis d'euros qui jusque là auraient été déversés dans ces quartiers (comme on déverse des ordures dans une décharge, à entendre certains) pour des résultats soi-disant nuls.
Or on est en droit d'affirmer que la situation serait encore plus dramatique si ces milliards n'avaient pas été accordés aux politiques de la ville.

Au nom de la réduction des dépenses publiques on a abandonné ces quartiers alors que, le plus souvent, ils restent malgré tout le théâtre d'une intense vie associative mais aujourd'hui plus que jamais en péril.

Combien d'écoles, à Béziers ou ailleurs, laisserons-nous brûler ?


JMG

lundi 14 octobre 2019

Retraite : vaudra mieux mourir assez tôt pour en avoir une bonne

Le gouvernement a annoncé à plusieurs reprises que sa réforme sur les retraites ne serait soumise au Parlement qu'après les élections municipales. Courageux mais pas téméraire, car l'enjeu est beaucoup trop grand : Macron et les siens savent qu'ils tiennent dans leur main une grenade qu'il convient de ne pas dégoupiller de suite. Elle pourrait exploser au cours d'un scrutin essentiel pour l'avenir d'"En marche".

Mais alors pourquoi la mener cette réforme, cette énième réforme des retraites comme si toutes celles qui l'auront précédé, Seguin en 1987, Balladur en 93, Fillon en 2003, Woerth en 2010, Hollande en 2013, n'avaient servi ni mené à rien ? De quels bois sont faits ces pouvoirs qui réforment et déforment sans arrêt pour des résultats nuls sinon nuisibles ? Ne faudrait-il pas finalement payer nos gouvernants à ne rien faire plutôt qu'à les laisser détruire peu à peu, avec insistance, tous nos systèmes de solidarité dont nos régimes de retraite par répartition sont parmi les pièces essentielles ?

On dit que le système est en déséquilibre, il n'en est rien, ou si peu, il suffirait d'augmenter légèrement les cotisations sociales (qui sont, rappelons-le, du salaire socialisé) pour stabiliser durablement le système, mais ce n'est pas l'option retenue. Tout cela pour ne pas alourdir les soi-disant "charges" des entreprises. Ainsi le taux des cotisations n'a-t-il pas évoluer depuis la fin des années soixante et au contraire baissé de façon continue, avec une accélération ces dernières années, dans un contexte idéologique de plus en plus prégnant et dominé par le néo-libéralisme.
Ainsi a-t-on limité les taux de cotisation ( décret de 2015) pour que la part des pensions ne dépassent pas 14% du PIB. L'autre levier pour faire baisser cette part du PIB a été d'allonger les durées d'activité.

Pour mieux maquiller ce phénomène de paupérisation des retraités, Macron a par ailleurs introduit  l'idée, démagogique entre toutes, que les pensions des retraités nuiraient ou empêcheraient l'enrichissement des salariés. Ainsi fait-il porter sur les retraités tout le poids du vieillissement en réservant les gains de productivité aux salariés. Pourtant l'un n'empêche pas l'autre.*

Le projet de réforme Macron vise un système plus simple, plus juste, plus équitable, où un euro cotisé produisant les même droits pour chacun. Mon œil ! Le projet est non seulement fou, parce qu'il vise à détruire des solidarités,  mais il est flou avec un calendrier incertain et des chiffres manipulés.

L'âge du départ à la retraite resterait à 62 ans mais c'est un leurre car les décotes ou surcotes incitent fortement à partir plus tard : au moins à 64 ans ("âge d'équilibre" comme il est dit dans le projet) pour pouvoir prétendre à un "taux plein". Notons que ce terme est tout aussi mensonger puisque le taux plein n'a en réalité jamais existé, le taux de remplacement n'ayant jamais dépassé 75%.

 Pour chaque génération la somme des cotisations versées doit être équivalente à la somme des pensions versées, c'est aux yeux du gouvernement la condition de l'équilibre financier du système. Cela met en jeu notamment l'espérance de vie pour une génération. Plus l'espérance de vie sera grande moins les pensions seront hautes, vous avez donc plutôt intérêt à ne pas mourir trop tard.

S'agissant des départs anticipées seules les professions régaliennes (police, pompiers, personnel pénitentiaire...) seraient concernées. Les autres professions perdront cette possibilité de départ anticipé, même si pourront leur être appliqués les critères d'un compte professionnel de prévention.

Les systèmes de retraite en France représentent 13,8% du produit intérieur brut soit 325 milliards d'euros par an. 80% sont financés par les cotisations sociales, le reste étant abondé essentiellement par des taxes ou des impôts.

La réforme prévoit qu'un fonds de solidarité vieillesse universel fiancera les périodes de chômage, maladie, invalidité...Ce fonds sera abondé principalement par de la fiscalité. Les lois de finances se substitueront aux lois de financement de la sécurité sociale.
Le financement de l'ensemble du système s'effectuera donc selon une trajectoire définie par le Parlement et le gouvernement. C'est à ce niveau étatique que sera déterminée une valeur du point évolutive. On est loin du principe fondateur de gestion de la sécurité sociale par ceux-là même à qui elle appartient, à savoir l'ensemble des travailleurs.

Cette réforme ainsi que leur mise en oeuvre ne seront pas plus simples que ce qui existe actuellement. Par contre elle s'inscrit dans une volonté d'un changement de société peu favorable à tous ceux qui créent les richesses c'est-à-dire les salariés, les artisans, les agents publics. Elles visent particulièremt ces derniers, les fonctionnaires territoriaux, les enseignants...dont les retraites seront désormais calculés sur la moyenne des traitements et non plus sur les six derniers mois.

Cette réforme se révèle avant tout politicienne, elle vise à diviser les gens entre eux, en insistant sur l'inégalité supposée et mensongère qui serait induite par les "régimes spéciaux". Or ces régimes ne sont que le fruit d'une histoire des métiers et des professions. Dans le nouveau régime il n'est pas sûr que soient respectées ces exigences et ces spécificités, qui tiennent compte par exemple de la pénibilité. 

La sécurité sociale, issue de la Libération, et dont les systèmes de retraite font partie, doit rester l'affaire et la propriété de tous les citoyens et non un prétexte ou une raison de division de la société. 
Selon la CGT une augmentation des salaires de 3,5% suffirait à maintenir l’équilibre d'un système qui par ailleurs souffre des exonération des cotisations sociales, exonérations injustifiées auxquelles il faudra bien mettre fin.
Cet équilibre sera conforté si enfin est réellement instauré une égalité de salaire entre les hommes et les femmes.
Pourtant les solutions sont à portée de main comme par exemple la création, c'est que la CGT propose notamment, "d'une contribution sociale sur les revenus financiers distribués par les entreprises, à un taux équivalent aux cotisations employeurs sur les salaires", contribution qui pourrait rapporter trente milliards d'euros
Une lutte véritable et déterminée contre l’évasion fiscale et sociale pourraient par ailleurs abondé le système de plusieurs dizaines de milliards d’Euros.

Le projet du gouvernement "en marche" s'il était mis en oeuvre sera de nature à réduire, de l'ordre de 20 à 30%, les retraites par répartition.
Ce sera dans un but encore inavoué : favoriser un système par capitalisation permettant l'émergence d'assurances privées et à terme le triomphe de milieux financiers avides d'investir des secteurs non encore marchandisés.

Le monde du travail n'y a pas intérêt, le combat est loin d'être perdu.

JMG


*Pour mémoire la pension moyenne en 2017 se montait à 1568 euros net contre un revenu d'activité net moyen de 2383 euros en 2017 (chiffres du conseil d'orientation des retraites)
La pension diminue de façon significative sous le prétexte mensonger d'une "revalorisation du travail" contre les retraités. C'est au nom de cette doctrine que les pensions sont gelées et non plus indexées sur le coût de la vie.
Si cette logique était maintenu le COR prévoit que l'âge moyen du départ en retraite passe à 69 ans en 2050.

lundi 30 septembre 2019

Chirac : le roi est mort, vive le roi

L'émotion passée, légitime sans doute, même si elle aura été entretenue par une monde politico-médiatique exagérément unanime, il faut s'interroger sur le sens ou le bien-fondé de cette béatification populaire et laïque. 
Oui, le roi est mort,  mais vive le Roi ! E. Macron lui-même ne peut que se sentir visé par cette funèbre consécration, en creux. Il peut se penser l'héritier et porteur d'une flamme historique, il ne nous aura pas d'ailleurs épargné ses sorties larmoyantes en l'honneur posthume d'un de ses prédécesseurs. Il a dû penser à sa propre mort future de président, glorieuse et nostalgique. Pour l'heure c'est bien lui le président qui en aura remplacé d'autres, dans cette V éme république où tout  doit changer pour que rien d'essentiel ne change. 

Jacques Chirac est mort, deuil national pour ce roi qui fit partie, la République ait son âme, de cette monarchie républicaine que la France a inventée, unique au monde, surprenante. Chirac, comme aujourd'hui Macron, était un conservateur. Ne nous leurrons pas : ami du peuple pour l'affiche mais n'hésitant pas, parce que c'était de sa culture, à revenir sans hésitation sur des conquêtes et acquis sociaux dont il savait pourtant, lui dont on dit qu'il avait vendu l'Humanité lorsqu'il était à Sciences Po ( à vérifier quand même), qu'elles avaient été emportées de haute lutte.

En 2002, il gagne contre Le Pen avec l'appui d'un électorat de gauche particulièrement mobilisé, mais sans que ce sursaut historique du peuple français fût payé en retour. Bien au contraire il faisait voter avec le bon gros Raffarin, qui lui voulait carrément la mort du socialisme et s'en vantait, une réforme des retraites qui en 2003 sonna le glas d'un politique qui jusque là avait su ménager la fonction publique et ceux qui la servaient.
Plus tôt, la fameuse "fracture sociale", qui le fit élire en 1995 contre Jospin, ne fut qu'un artifice aux dépens des gogos même si cela n'empêcha pas le sursaut réussi des organisations syndicales. Celles-ci dont FO, la CGT (et hormis la CFDT qui se rangea aux volontés du pouvoir) empêchèrent la suppression des régimes spéciaux de retraite et réussirent à conserver une Sécurité Sociale salvatrice issue de la Libération.

Chirac fut une girouette politique, certes, mais dans un sens du vent finalement assez constant, celui de la régression sociale. Celle-ci passait d'autant plus facilement que l'homme était sympathique et "humain". C'est encore lui qui fut, comme premier ministre en 1986, à la barre pour faire adopter la suppression de l'autorisation administrative de licenciement pour motif économique. C'était à la demande d'un patronat (le CNPF à l'époque, ancêtre du Medef), qui lorgnait avec insistance sur cet ultra-libéralisme qui gagnait l'Amérique de Ronald Reagan et la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher. Le patronat français en échange promettait à l'exécutif français la création de 350 000 emplois. Rien de tout cela n'advint et au contraire le chômage et la précarité prenait un cours ascendant, permis et encouragé par cette première "flexibilisation" du travail.

Cette flexibilité accompagna des nombreuses privatisations (souvent partielles il est vrai) sous son gouvernement entre 1986 et 1988, qui rapportèrent quelque deniers à l'Etat mais qui en'trouvait la brèche à une économie hautement financiarisée, fabrique du chômage aujourd'hui.
Sur l'Europe, Chirac passa de l'appel de Cochin en 1978 qui dénonçait "le parti de l'étranger" à un européisme excessif que nous subissons aujourd'hui.

Chirac était un homme de pouvoir. Pour le gagner ou pour ne pas le perdre, il céda à la tentation de la xénophobie empruntant un vocabulaire de l'extrême-droite. On se rappelle bien sûr "le bruit et l'odeur" discours nauséabond et effarant dont il ne crut jamais bon de s'excuser envers ceux qu'ils visaient.

On voudra bien retenir quelques points qu'on jugera positifs comme par exemple le refus de participer à la guerre d'Irak en 2003 contre une Amérique plus que jamais arrogante. Il aura ainsi fait éviter au pays une aventure funeste, contrairement à d'autres qui se seront montrés davantage bellicistes et atlantistes comme Sarkozy, Hollande, Macron.
Chirac aura évité pendant sa gouvernance de faire de notre pays un lieu privilégié du terrorisme international. Ce fut sa façon la plus habile, et la plus utile, de rentrer dans l'histoire.

On peut lui être gré enfin d'avoir dissous l'assemblée nationale en 1997, même si pour la droite ce fut une gaffe (tant mieux), laissant la place à Jospin qui, peu ou prou, conduit une politique de gauche, et fit de la réduction du temps du travail un instrument de politique économique, avec la création de 500 000 emplois, bien plus que les 350 000, voire le million promis, mais non tenus, par le patronat français.

Enfin on peut saluer la création du musée des arts primitifs quai Branly à Paris. Gageons que la culture, elle, même la plus ancienne, ne meure pas.


JMG






vendredi 20 septembre 2019

Le Pen n'est pas présidente mais...

Macron a jeté lundi dernier,  à l'occasion d'un pot-séminaire offert à ses parlementaires, le thème de l'immigration dans le débat national, comme on jette de la viande à des chiens pour qu’ils en fassent rapidement leur affaire.

Il entend bien faire de l'immigration, après Sarkozy et avec Le Pen, un objet privilégié du débat politique. Avec l'aide toujours fidèle des principaux médias, il y réussit, même si le mérite est tout relatif tant le gisement électoraliste sur ce thème est toujours aussi prometteur et fécond. Pourquoi se gêner, pourquoi s'interdire d'utiliser ce moyen qui jusque-là a toujours fait ses preuves ? Le président de la république ne fait là que reprendre un vieux thème, un des plus rances qui soient, qui font traditionnellement le jeu des droites et des conservatismes. Le comble du cynisme est atteint lorsque notre grand bourgeois de Président prétend relancer ce débat au nom et en défense des classes populaires, lesquelles sont composées en grande partie de personnes immigrées ou issues de l'immigration.

La France est le pays d’Europe, avec le Portugal, qui accueille le moins d'immigrés sur son sol, 6,3 % seulement contre 8,7% en Allemagne par exemple, ou 8,1% en Italie (chiffres eurostat). C’est d'ailleurs assez mauvais signe pour notre industrie, cela signifie que le gros de l’activité industrielle n’est plus de notre côté.
S'agissant des demandeurs d'asile Eric Fassin rappelait récemment qu'ils ne sont que 150 000 pour un pays de plus de 67 000 000 d'habitants... Il n'y donc pas le feu au lac, moins encore de submersion de notre beau pays, pas même de quoi fouetter le racisme ordinaire.

Par cette instrumentalisation honteuse, et sous le prétexte qu'il faut débattre de tout, Macron le populiste espère ainsi faire oublier tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel, le chômage devant lequel il se montre impuissant, ou contre  la pauvreté qui s’insinue fermement dans la société française, impuissant ou involontaire à lutter contre la désindustrialisation de la France. Les victimes sont toujours les mêmes, victimes expiatoires à la merci de l’ignorance et de la bêtise alimentés par des chiffres le plus souvent falsifiés ou intentionnellement mal interprétés.

Ces constructions servent à consolider des postures politiques de haine et de rejet des étrangers accusés d'être à la base des crises économiques et sociales. Tous ceux qui ont voulu faire barrage à le Pen en votant Macron dès le premier tout en 2017 en sont pour leur frais, ou bien le cynisme les aura définitivement habités.

Les immigrés pourtant constituent pour les pays européens une vraie chance de surmonter un déficit démographique qui pourrait les faire disparaître.  Sans les immigrés la « croissance », je préfère dire l'activité, ne seraient même pas ce qu’elle sont aujourd’hui, les immigrés apportant plus de richesses qu’ils ne coûtent à la société. La contribution des immigrés aux budgets publics s’élève à 12 milliards d’euros, bien davantage que ce qu'ils "coûtent ".

L’identité française,  parlons-en, ne peut se complaire dans cette démagogie sordide. Macron et ses soutiens savent très bien ce qu'ils font, ils ne sont pas innocents.


JMG




lundi 15 juillet 2019

De mémoire de homard


Cette histoire de homard est décidément amusante, elle est aussi édifiante, quasi-morale. Elle tombe sur un de Rugy exemplaire, tête de turc ou de gondole d’un régime de monarchie républicaine dans lequel nous baignons sans même plus nous en apercevoir, et depuis longtemps, depuis que le Président de la République est élu au suffrage universel avec les pouvoirs exorbitants que  l’on sait. Exemplaire, oui, ce de Rugy en tant qu’il est un produit de cette noblesse républicaine qui pense, du haut de sa superbe, faire en France la pluie et le beau temps.

Que M. de Rugy s’aperçoive mais un peu tard que le homard n’est pas sa tasse de thé, et qu’il y soit même intolérant, ajoutent au drame de ce feuilleton estival qui aura eu le don de faire oublier (un peu) toute la nuisance de la politique gouvernementale.

Mais ne gâchons pas pour autant notre (bon) plaisir.

Voilà quelqu’un pour qui manger du homard tient lieu de corvée et qui pourtant se fait prendre la main dans le pot de confiture. On comprend que l’on puisse en retirer de l’amertume. Surtout si l’histoire pour de Rugy venait à mal se terminer, par sa démission par exemple, mais pas davantage espérons-le pour lui, car de là à en faire tout un fromage… Le plus rageant pour lui c’est qu’il se fasse pincer pour une affaire de homard dont il est peut-être innocent. Il se fait prendre en effet là où on ne l’attendait pas. C’est d’une belle facture dramatique.

Il faut se demander pourquoi le « peuple », avec l’aide active de Mediapart puis de la presse qui en fait ses choux gras, se réjouit de cette affaire, même si au bout du compte, après une enquête administrative, astrologique, et juridique on s’aperçoive que c’en n’est pas vraiment une.
Comme celui qui l’a fait prince, F. de Rugy est arrivé là par effraction, il a trahi, il est un traître comme on en trouve dans les contes pour enfants. Voilà c’est ce que les gens aiment, que la fatalité s’acharne enfin contre celui qui a retourné sa veste, le peuple se réconfortant par cette résurgence inopinée d’une morale politique que l’on croyait perdue.

De Rugy à la veille des présidentielles s’était présenté à la primaire socialiste et, en cas d’échec, s’était engagé à soutenir la candidature du vainqueur, en l’occurrence Benoit Hamon (a-t-on des nouvelles au fait ?). Sentant le vent tourner il avait alors rallié Emmanuel Macron. Il fallait bien ce tour de force pour faire de M. de Rugy un grand, un énorme président de l’Assemblée Nationale, puis un non moins extraordinaire ministre d’Etat chargé de la transition écologique.

Il n’est pas le seul à profiter des ors de la République et pas l’unique à en avoir abusé, il paye pour beaucoup d’autres, et même pour le premier d’entre eux qui n’est pas encore atteignable, pour un crime qui juridiquement n’en est peut-être pas un.

Mais sur un plan moral c’est une autre affaire.

C’est ce que l’opinion publique, qui a dépassé pour une fois sa mémoire de poisson, n’a apparemment pas supporté.

Le peuple, avec cette histoire,  aura eu sa (petite) part de homard.

JMG


vendredi 21 juin 2019

Le macronisme n'est pas qu'un opportunisme

C'est une épidémie, des dizaines de maires de droite s'en iraient rejoindre, à un an des municipales, "la république en marche". En voilà qui n'ont pas peur de trébucher et tomber entre le quai et la roue du train, des courageux en somme.

Les maires en question le sont souvent de grandes villes, celui d'Angers, d'Amiens, de Cherbourg, de Saint-Malo, on en passe et des meilleur-e-s. Mais bien sûr c'est pour le bien général, pour notre bien, celui de la droite, celui de la gauche, celui du ni droite ni gauche, celui du sucré et du salé, du bouillu et du foutu, et en même temps celui du peuple qui n'aura plus qu'à obéir, qui n'aura plus à réfléchir, qui votera comme un seul homme ou presque, et implantera ainsi pour des années des équipes "en marche" qui se feront une obligation d'appliquer partout localement les désirs du monarque républicain.

De plus beaucoup de ces maires ne quittent pas le parti républicain, prennent le beurre et l'argent du beurre. Ralliement tardifs ? Non, le macronisme à leurs yeux ne ferait que commencer, alors pourquoi se gêner ? En tout cas, ce dernier représente aujourd'hui un avenir politique un peu plus sûr que celui de Fillon, Wauquier, et même Juppé, paix à leur âme...

En réalité il n'y a là rien d'original,  la droite cahin-caha, ou résolument, continue d'aller à la droite, en une sorte d'attirance et de concentration des énergies conservatrices en un seul et même point, "en marche". Il n'y a pas grande différence entre E.Macron et E.Philipe, il n'y en a même pas du tout, ils s'auto-alimentent. Philippe, ancien de la "french-american foundation", fut et reste un juppéiste convaincu, n'oublions pas non plus qu'il a fait parti de l'équipe de campagne de Fillon, l'homme qui entendait supprimer 250 000 emplois publics dans la seule fonction publique territoriale.
Nous étions déjà dans le règne du "toujours plus" vers la régression sociale. Que Macron l'ait fait vice-roi ne relève pas du hasard et correspond bien à une stratégie politique qui porte ses fruits.

L'actuel président de la république, avec l'appui de cette droite classique et conventionnelle, aura donc plus de facilités pour appliquer son projet ultra-conservateur. Ce projet vise à contrôler le monde du travail en affaiblissant ses corps intermédiaires, il vise à favoriser une France davantage encline à la financiarisation de son économie qu'à sa nécessaire réindustrialisation.

Et donc Macron c'est la droite qui va encore plus loin, sans gêne, une droite extrême dont témoigne toutes les "réformes" entamées ou réalisées depuis deux ans. Et cela se fait dans la violence, violence sociale, mais aussi violences policières exercées et dirigées contre le mouvement social, qu'il soit populaire, spontanée et inorganisé comme celui des gilets jaunes, ou plus proprement syndical. Manifester aujourd'hui en France devient de plus en plus périlleux et risqué. En témoignent les blessures, les visages éborgnés, les mains arrachées, les gardes à vue, les amendes injustifiées.
Vous aviez le choix au deuxième tour des présidentielles entre Le Pen et Macron, vous aurez eu la droite extrême, quoi que vous votiez.

Et donc les attaques contre la République sociale, dans ce contexte de guerre civile larvée, continuent de plus belle, attaques dont évidemment le citoyen a peine à mesurer de suite les conséquences tant elles sont nombreuses,variées, massives.

Ainsi aujourd'hui les réformes rétrogrades, archaïques, contre le statut de la fonction publique,
contre l'hôpital public, contre la liberté d'expression avec des rumeurs persistantes de remise ne cause de loi sur la presse de 1881, contre les 20 à 300 000 chômeurs qui auront à souffrir de la réforme de l'assurance chômage, contre l'école émancipatrice avec le projet de loi Blanquer, contre les retraites...

La mise en place de ces contre-réformes est aussi facilitée par un appui d'anciens du parti "socialiste", dont certains au gouvernement actuel, d'autres investis par LREM pour les échéances électorales dont bien sûr les municipales, candidat essentiellement motivés par le besoin d'un reclassement politique inespéré.

N'est-ce pas que nous avons un banquier au plus haut niveau de l'Etat, qui en cultivant comme il le fait la confusion idéologique, favorise les banques commerciales et les grands groupes financiers ?

A quand le retour d'un Etat stratège, social et démocratique, avec le souci retrouvé et bien compris de l'intérêt général ?

JMG








samedi 1 juin 2019

Petit retour désespérant sur les européennes

Revenons sur ces élections : il faut essayer de comprendre. J'étais assesseur ( désigné par LFI) dans un bureau de vote à Lons-le-Saunier, au "Boeuf sur le toit" précisément pour ceux qui connaissent. J'ai été tout de suite étonné de l'affluence, alors qu'était attendue, comme d'habitude pour des élections européennes, une abstention record. J'ai cru même un moment, pour m'expliquer cette affluence, que le bureau avait été fusionné avec un autre. La suite montra que ce bureau n'était pas unique, que finalement la participation partout en France dépasserait celle enregistrée lors des dernières élections législatives de 2017.

Ces élections auront donc vu la vraie-fausse victoire de Macron-LePen, la déception de Manon Aubry, la défaite de Wauquier au travers celle de Bellamy le champion tant attendu des "Républicains", et la petite mais non moins surprenante percée de Jadot l'écologiste.
D'une certaine manière l'élection de Macron en 2017 continue de redistribuer les cartes. Mais en apparence seulement.

Car au fond, lorsqu'on y réfléchit, rien ne change à part que la droite a pris un autre visage, une autre incarnation en la personne de Macron. Oui, la droite (excusez le terme mais j'y tiens) est la grande victorieuse. Ses électeurs se sont déplacés et au lieu de voter Bellamy ont opté pour Loiseau, voire pour Le Pen, sachant pertinemment où se place son intérêt. 

Macron a bel et bien attiré à lui les électeurs de ce qui s'appelait encore l'UMP, ou ceux de Fillon, ceux de la droite classique en quelque sorte pour laisser Bellamy le catho sur le bas-côté.

Quant au Rassemblement National, il aura encore profité du vote protestataire. Macron habilement aura pris soin d'en faire son allié objectif en le désignant comme sa seule opposition crédible et en dramatisant l'enjeu : moi le "progressiste" (tu parles !)  contre le chaos extrémiste.

Les écolos eux s'en sortent bien, ils occupent désormais un centre (droit ou gauche ?) qui se sera considérablement élargi, et au diable l'UDI qui passe, comme les formations traditionnelles,  pour un (tout petit) parti désormais ringardisé ! Pourquoi centriste les écolos ? Parce que ce fut, outre celui favorisé par l'actualité brûlante des mobilisations sur le climat, le vote de ceux qui ne savent pas tout à fait ce qu'ils veulent, le vote à bon compte qui rachète une bonne conscience écologique. Sans compter que le duel Macron-Le Pen  aura constitué l’épouvantail des "modérés".

A gauche, la France Insoumise, le Parti Communiste et l'extrême-gauche, dont les programmes étaient proches, se révèlent en difficulté, c'est pas peu dire. Ils sont de ceux pourtant qui ont travaillé sur le fond, c'est-à-dire en dénonçant une société française de plus en plus inégalitaire et violente, laquelle favorise la crise écologique.

Le fond, une fois de plus, n'a pas été rendu visible, il n'est pas remonté.

JMG