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lundi 8 septembre 2025

Fake-news, en boucle

Raphaël Enthoven, philosophe de son état, a été déprogrammé du festival "Livres dans la boucle" qui se tient à Besançon du 19 au 21 septembre. Il devait y présenter son dernier livre dont je ne parlerai pas ici pour ne l'avoir pas lu (et ce dont d'ailleurs je n'ai pas l'intention). 

Anne Vignot, écologiste, première magistrate  de la ville de Besançon, qui est soutenue dans cette décision par le parti communiste, entend par ce biais condamner les propos du "philosophe" au sujet des journalistes à Gaza. D'après Enthoven, ceux-ci, non contents de se faire assassiner par l'Etat d'Israël et "son armée la plus morale du monde", seraient en réalité des terroristes du Hamas. 

Je cite le "philosophe" : "il n'y a aucun journaliste à Gaza. Uniquement des tueurs, des combattants ou des preneurs d'otage avec une carte de presse". 

Devant cette exclusion Enthoven crie au scandale, à l'unisson des bonnes âmes qui défendent la liberté d'expression. Sur le principe ils n'ont pas tort. Mais peut-on réellement être libre en maltraitant la vérité comme il le fait à propos de Gaza et de la Palestine ? Le président du festival David Foenkinos, ainsi que d'autres écrivains tels qu'Emmanuel Carrère, lui ont apporté son soutien et menacent de boycotter l'événement.

Or la vérité à Gaza est tragique, elle ne doit pas souffrir de fakes-news à la C-Niouze. Bref un philosophe ne devrait pas parler comme ça.

Je ne suis pas forcément pour l'exclusion de Enthoven. Il a droit comme il veut de s'exprimer en effet, et même à dire des énormités, ce qu'il fait souvent avec un talent qu'il faut bien lui reconnaitre. 

On aimerait cependant qu'Enthoven s'excuse auprès des reporters journalistes, et des journalistes palestiniens auxquels au contraire il devrait rendre hommage pour leur courage.

Mais je doute fort  que le "philosophe" y ait même songé tant l'esprit philosophique aujourd'hui ne court ni les rues, ni les places, ni surtout les plateaux télé.

mercredi 30 octobre 2024

Le sabre ou le bâton

Les Israéliens auront donc « neutralisé » le chef militaire du Hamas, Yahya SInwar, assassin réputé être le cerveau du massacre du 7 octobre. Mais ce 7 octobre 2023 aura été les prémisses d’autre massacres, encore plus meurtriers, dirigés cette fois contre le peuple palestinien.

L’exécution de Sinwar se sera produite après celle du chef politique du Hamas, Ismaël Haniyeh, et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nassrallah.

Chaque jour ou presque plusieurs dizaines de Palestiniens sont massacrés, trente morts par exemple dès le lendemain de l’assassinat de Sinwar, comme pour condamner prématurément tout espoir de règlement pacifique du conflit. On ne peut donc se réjouir de la mort de Sinwar. On ne tue pas un symbole. Et le symbole est encore plus grand depuis son exécution. L’homme, juste avant de mourir, poursuivi et observé par un drone de la taille d’une mouche parait-il, guerrier jusqu’au bout, ou assassin si vous voulez, « terroriste », a lancé son sabre (qui en fait n’était qu’un bâton), non pas pour se rendre mais en dernier geste, désespéré et vain, osons le mot, de résistance.

Bien sûr, on parle d’un tueur, mais il s’agit là d’artisanat, pardon pour ses victimes, artisanat comparé à la mort quasi-industrielle délivrée par un Etat qui prétend agir au nom de la civilisation, la nôtre. C’est en effet le gouvernement Netanyahu qui tue avec le plus d’efficacité, les chiffres l’attestent, fort d’une aide étatsunienne quasi-inconditionnelle, et de l’imbattable  technologie qui l’accompagne.

On ne peut se réjouir de la mort de Sinwar pour la bonne raison qu’il n’est pas le seul responsable de la situation. Pas le seul à avoir voulu cette guerre totale qui aujourd’hui depuis s’est étendue au Liban. Netanyahu entend bien continuer sa guerre qui en marge lui permet d’échapper à la justice de son propre pays, encouragé par un gouvernement israélien d’extrême-droite et suprémaciste.

Massacre sans merci, plus de quarante mille morts dans la bande de Gaza depuis un an, et au moins trois fois plus de blessés, sans compter toutes les victimes encore ensevelies sous les décombres de bombardements aveugles. On ne mesure pas non plus l’effet retard mortifère de la destruction quasi-totale des infrastructures médicales et hospitalières.

Le 22  octobre une frappe de l’armée de l’air israélienne a eu lieu tout près du plus grand hôpital public du Liban à Beyrouth, attaque qui n’aurait d’après le journal « Le Monde » même pas fait l’objet d’un ordre d’évacuation : 18 morts dont des enfants, près de soixante blessés. Les Israéliens auraient voulu atteindre une banque du Hezbollah qui dispense des micro-crédits dans la communauté chiite. On compte déjà selon l’AFP 1550 morts au Liban depuis un mois. La fin justifie les moyens quels qu’ils soient, même les plus terribles, les plus abjects. Netanyahu et son gouvernement dépassent volontairement les horreurs commises par leurs ennemis, qu’ils appartiennent au Hamas ou au Hezbollah.

Netanyahu, en refusant plusieurs fois un cessez-le-feu, parfois au dernier moment malgré ses engagements, comme à la veille de l’assassinat ciblé de Hassan Nassrallah, continue d’alimenter cette guerre sans fin, quitte à l’étendre à l’ensemble de la région.

Le 7 octobre 2023 ne peut plus constituer la base ou le prétexte des exactions perpétrées sous nos yeux et ceux de la communauté internationale. Netanyahu fait comme s’il avait décidé de sacrifier la vie des otages, rien dans son attitude ne montre une quelconque mansuétude à leur égard, ils seront bientôt passés pour perte et profits d’un conflit devenu incontrôlé et qui désormais se nourrit de lui-même.

Netanyahu aura choisi la guerre pour la guerre sans but politique clair, fermant la porte  à toute sorte de négociation, en tuant ses potentiels interlocuteurs, faisant fi du droit international face à une opinion publique mondiale indifférente ou sidérée.

Il faut exiger des Etats-Unis l’arrêt de ses livraisons d’armes à Israël. Cela contribuerait à résoudre un conflit qui met en péril la sécurité du monde et encourage tous ceux pour qui la violence guerrière reste le seul langage.

Il est temps que le camp occidental se ressaisisse pour retrouver ses valeurs ; il est en train de les trahir dans ce conflit sans souci de justice.

La paix est urgente, et pourtant en son nom la guerre s’ajoute à la guerre dans un combat sans fin. La France dans ce moment qui aura marqué l’histoire n’est pas audible, pire elle ne dit rien ou trop peu, ou trop tard, elle ne fait même plus illusion, ayant laissé la place à d’autres acteurs aujourd’hui plus crédibles. Il est temps pour la France de reconnaître l’Etat de Palestine.

Il serait opportun de promouvoir, (et c’est dans le programme du Nouveau Front Populaire),  une diplomatie qui soit à la hauteur des enjeux pacifiques ou environnementaux. Pour cela il s’agirait de revenir sur les réformes qui ces dernières années ont abimé le corps diplomatique français.

Cessez-le feu à Gaza, au Liban, voilà ce que doit être le maitre-mot, pour une paix juste et durable, pour sauver ce qu’on appelle encore « le monde libre ». En cas d’échec les retours de bâton sont plus à craindre que les coups de sabre erratiques et désespérés.

JMG


article paru dans le numéro 319 de "démocratie et socialisme", novembre 2024


vendredi 27 septembre 2024

De sang-froid

Netanyahu et son extrême-droite n'en démordent pas.

Netanyahu entend continuer de bombarder le Liban, comme il l'aura fait dans la bande de Gaza, ne serait-ce que pour garder le pouvoir. En l'occurrence celui de tuer.

Il tue indistinctement hommes, femmes, enfants, vieillards. Cet assassin ne veut ni ne sait négocier, il refuse la paix, terrorise les populations et, en tuant, prépare les assassinats suivants, y compris ceux perpétrés contre son peuple.


samedi 17 février 2024

Guerre, et autres affaires intérieures

 Tolstoï pensait que les gouvernants d’un pays, a fortiori s’agissant de gouvernements autocratiques, entretenaient leur armée non pas pour se protéger des ennemis de l’extérieur, ou pour protéger leurs frontières, mais bien  pour se garder de leur propre peuple, potentiellement  coupable et susceptible à leur yeux de déstabiliser leur pouvoir.

Comparaison n’est pas raison mais on pourrait appliquer cette réflexion à la Russie de Poutine, à la Corée du Nord de Kim-Jong Un ou bien à l’Etat d’Israël de Netanyahu. Le but de chacun de ces chefs d’Etat est prioritairement de rester au pouvoir, le reste vient après, comme être au service de leur peuple, tant il est vrai que cette dernière exigence est à géométrie variable, à la merci d’une analyse politique autocentrée sur l’exercice d’un pouvoir sans partage.

Montrer ses forces à l’extérieur est une façon de les montrer aussi, et surtout, à l’intérieur. Et faire donner la guerre, la donner comme unique horizon au travers d’une course à l’armement inéluctablement mortifère, est une bonne manière de se détourner des problèmes domestiques. Ce n’est peut-être pas vieux comme le monde mais au moins aussi ancien que les nations qui le composent.

Le cas d’Israël reste cependant le plus singulier en cela qu’il se fait passer, du moins dans l’esprit occidental,  pour « démocratique ». L’Etat d’Israël figure, aux yeux des principaux media adepte de la pensée binaire, dans le camp des « bons » plutôt que celui des « méchants ». Ce n’est donc pas un Etat que l’on a coutume de qualifier de terroriste. On peut dire malgré tout, qu’en matière de terreur ou de mort, il excelle si l’on en croit les bilans des offensives terrestres et aériennes de l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

La violence n’est pas d’un seul camp, loin s’en faut, elle est même  disproportionnée : sans vouloir verser dans les juxtapositions funestes, le rapport aura été d’un mort israélien  pour plus de 20 palestiniens.

Les événements du 7 octobre, parce qu’ils furent abominables, auront donc donné le signal d’autres exactions, tout aussi impardonnables, sous le couvert de l’autorisation donnée à Israël de « se défendre » ; ce qui dans les faits signifiait la permission de frapper, à l’aveugle et à profusion, les populations palestiniennes.

Vous avez dit «démocratique » ?

Ce type de démocratie est en tout cas est bien malade. Démocratique, vraiment, un Etat qui réprime  les manifestations demandant des négociations pour la libération des otages, et ainsi les vouer fatalement à l’échec ? Netanyahu sur ce plan reste intransigeant, ne rien vouloir négocier alimente la spirale terroriste, celle qui est susceptible de le servir. La guerre contre le Hamas pour être légitime ne l’est pas lorsqu’il s’agit de contenir ou de nier les aspirations ou l’existence même des populations civiles quelles qu’elles soient.

Pourtant, et c’est sur quoi compte le leader israélien, cette guerre est dans le même temps, de nature à calmer les ardeurs de ses opposants. Le premier ministre Netanyahu, chef de l’extrême- droite, est accusé de corruption. Tant que la guerre fait rage la mise en cause de l’actuel premier ministre est en quelque sorte refroidie même si, malgré le cours de la guerre, son procès a pu reprendre formellement en novembre dernier mais au travers, guerre oblige, d’une réduction de l’activité judiciaire.

Plus grave encore, car il s’agirait là de la mise à mort de l’Etat de droit, le premier ministre israélien persiste dans sa volonté de mettre un terme à la séparation des pouvoirs. Cette réforme impopulaire, mais appuyée par l’extrême droite et par les religieux suprématistes, doit permettre l’introduction d’une clause dérogatoire permettant au Parlement d’annuler à la majorité simple  les décisions de la Cour Suprême. Cela constitue une remise en cause sans précédent d’un principe fondateur, s’il en est, de nos démocraties.

La guerre comme entrave naturelle à la démocratie

Le 7 octobre constitue-t-il vraiment le début de cette « guerre » ? N’est-elle pas qu’une étape, décisive certes mais parmi d’autres crimes de guerre insupportables instrumentalisés pour relancer vengeance et folies meurtrières. Les massacres du 7 octobre ne peuvent être considérés seulement en eux-mêmes mais comme la conséquence d’une guerre chronique dont les violences extrêmes réduisent d’année en année les espoirs de paix. Le 7 octobre vient après des centaines d’assassinats perpétrés à l’intérieur même de la bande de Gaza, y compris commis par les services secrets israéliens ou l’armée. En Cisjordanie les colons israéliens se livrent eux aussi à des crimes contre les Palestiniens dont on veut s’accaparer les terres.

Les colons bénéficient du soutien  des partis d’extrême droite qui sont aujourd’hui au pouvoir en Israël. En Israël même on s’étonne que le Hamas ait pu militairement prendre le dessus le 7 octobre. Ainsi l’opposition à Netanyahu avance-t-elle que cette attaque a été facilitée par le transfert de troupes israéliennes en Cisjordanie, dégarnissant ainsi la frontière avec Gaza. Tout cela pour épauler les colons dans leur œuvre d’appropriation de terres et permettre la construction de milliers de nouveaux logements actant d’une colonisation que condamne pourtant le droit international.

Pour certains opposants toute la stratégie du Likoud et de l’alliance avec les suprématistes ou les ultranationalistes religieux auront été de favoriser l’existence du Hamas au détriment de l’Autorité Palestinienne. Cela afin de justifier une guerre permettant la persistance d’une théocratie extrémiste. En tout état de cause les services de renseignements israéliens se seront bien montrés incapables de prévenir une attaque qui aura, par multiplication de violences, instauré dans les esprits le caractère inéluctable d’une guerre séculaire et sans merci.

Reste à savoir maintenant comment réagira la démocratie israélienne ? Sera-t-elle capable de relever le défi d’une guerre qui par nature l’empêche de prospérer ? Le discours guerrier et la guerre elle-même profitent à l’actuel pouvoir israélien qui s’est adjoint le soutien des ultranationalistes tels que Besalel Smotrich, tenant d’un intégrisme religieux qui n’a rien à envier à celui du Hamas ; pouvoir encore soutenu par une extrême droite radicale personnalisée notamment par Itamar Ben Gvir poursuivi à ses heures lui aussi par la justice.

La seule solution du conflit réside dans une réappropriation du pouvoir par le peuple. Facile à dire certes, mais réappropriation rendue de plus en plus nécessaire pour échapper aux ultimes catastrophes dont nous-mêmes ne sortirions indemnes. Il faudrait pour cela respecter et imposer le droit international, rendre la démocratie à ceux qui la respectent. Refuser aux autocrates, quel que soit le camp auquel ils appartiennent, la possibilité de sévir à l’intérieur de leur pays, rendre le pouvoir aux parlements, et en définitive refuser la guerre comme unique solution aux conflits devenus ancestraux.

JMarc Gardère

article paru dans le numéro 312, février 2014 de Démocratie et Socialisme