Il est des accusations qui à force d'être répétées se transforment en axiomes. Un axiome c'est un principe fondateur non démontrable. Ainsi on ne peut démontrer, et personne n'a pu le faire pour la bonne raison que c'est faux, que Jean-Luc Mélenchon ainsi que l'ensemble de LFI seraient antisémites. Mais de cette qualification, non démontrable, on peut faire un axiome qu'on nourrit en le répétant à l'envi.
Comme créateur d'axiome nous avons, parmi beaucoup d'autres, Alain Finkielkraut. Dans une tribune publiée par le Figaro en juin 2024 ce dernier, paré des titres prestigieux de philosophe et d'académicien, baptisait Mélenchon de "chef de file de la judéophobie contemporaine" Rien que ça ! Il suffisait de l'affirmer, surtout venant de cette autorité morale, pour que cela devienne vrai.
Le "Monde Diplomatique" rappelle aussi des propos de Bernard-Henri Lévy dans le Point (journal d'extrême-centre) également en juin 2024 en pleine campagne électorale : "la France insoumise est un parti antisémite. Ce parti antisémite est en position dominante dans le nouveau front populaire." Voilà deux axiomes pour le prix d'un, ce qui compte c'est bien le massacre de la vérité, tout en cachant ou en minimisant celui du peuple palestinien. Car tout est lié. La défense du peuple palestinien serait-elle devenue un délit ? N'est-ce pas cela que l'on reproche à ceux que l'on traite d'antisémite ?
Ces procès à l'emporte-pièce en effet sont facilités par la confusion savamment et massivement entretenue entre anti-sémitisme et anti-sionisme. Les lobbys israéliens, qui fréquentent autant le Parlement français que les couloirs de la presse convenue, ne sont pas pour rien dans ce confusionnisme. Il suffit d'écouter CNews (pas trop) pour comprendre.
La coupe de l'axiome revient peut-être à Raphaël Einthoven qui a qualifié la France Insoumise de "passionnément antisémite". Le mouvement qui avait porté plainte a perdu son procès et Einthoven a donc été relaxé du délit d'injure. Cela permet aux adversaires bienveillants de LFI, notamment à l'extrême droite, mais pas seulement, de colporter l'axiome en toute tranquillité, un peu partout et n'importe quand.
Et donc autour de l'Axiome, s'amalgament, au gré parfois d'événements dramatisés à l'excès (comme le chahutage tout récent du concert de Barbara Butch) ou à travers de menus faits montés en épingle comme par exemple l'usage du mot "camper", ou la façon de prononcer le nom d'Epstein.
Il faut rappeler alors qu'aucune condamnation n'a été prononcée pour antisémitisme contre des membres de LFI. Mais vont bon train les contre-vérités, les insinuations, les interprétations, relayées par les mass-média conventionnels, servis par les partis de droite, mais aussi certains de "gauche", ce qui est bien plus gênant encore. Ceux-ci feraient mieux de garder l’œil avant tout sur le racisme et l’antisémitisme historiques des extrêmes droites.
L’électeur moyen est réceptif à ce type d’accusation et facilement impressionné, même sans vraiment savoir sur quoi elle repose. Des élections se sont déjà perdues pour bien moins que ça.
Car ce harcèlement est redoutable, il fait mouche, en dépit ou à cause du mensonge radical qui le nourrit.
Il n'est pas certain, à force, que la gauche réconciliable (je me fais fort de ce "nouveau" concept) puisse s'en remettre.
A elle de retrouver l'unité et la solidarité pour éviter que les droites extrêmes prennent le pouvoir, la première des exigences étant de ne pas hurler avec les loups.
JMG