Si le Sénat n'est plus tout à fait, et uniquement, un repère de vieillards, il reste un terreau ou un refuge pour les irresponsables. Dommage pour une institution républicaine qui mériterait pourtant notre bienveillance.
Ces sénateurs là, pas tous mais l'écrasante majorité, sont déconnectés de la vraie vie et notamment de la vie professionnelle. Ainsi ont-ils rejeté en ce mois de juillet le rapport sur la souffrance au travail. Il n'y aura donc pas de mission d'information du Sénat sur ce sujet pourtant ô combien sensible et vital pour notre société.
Cela ne m'étonne guère. Il y a parmi ces sénateurs d'aujourd'hui et de toujours d'anciens élus-patrons auquel j'ai eu affaire durant ma vie professionnelle en tant que représentant syndical.
L'un d'eux comme président du Conseil Général du Jura avait ainsi interdit à un collègue de m'adresser la parole s'il voulait ne pas être entravé dans sa carrière. Je ne doute pas que ce président, devenu sénateur, ait voté contre ce rapport traitant de la souffrance au travail !
Ce rapport pourtant dresse un constat préoccupant. Il montre notamment la forte progression de la souffrance psychique laquelle touche indistinctement salariés, agents publics et travailleurs indépendants. La surcharge de travail, le manque d'autonomie, les réorganisations permanentes, le management inadapté, le manque de reconnaissance et l'isolement participent à cette souffrance.
Le rapport mettait en évidence que les dispositifs actuels de prévention des risques psychosociaux restaient insuffisants. Leur nature varie beaucoup d’une entreprise à l’autre et selon les secteurs d’activité.
Le rapport montrait que les travailleurs en burn-out ou en détresse psychologique avaient souvent du mal à être reconnus. Ils sont rarement pris en charge et encore moins réintégrés dans leur poste.
Le système de reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle est complexe et restrictif à l'excès. C'est ce qu'établissait ce rapport ignoré superbement par nos sénateurs. Eux ne risquent pas, pour avoir reculé devant leur travail d'investigation, d'être victime d'un surmenage professionnel.
Nos sénateurs ont donc choisi de rester en dehors de tout ça. Pourtant, selon l’article premier de la Constitution, notre République est une démocratie indivisible, laïque et sociale. Le Sénat devrait s'en souvenir, lui qui jouit de moyens importants donnés généreusement par la République. C'est pourquoi certaines voix s'élèvent à raison pour remplacer le Sénat par le Conseil Economique Social et environnemental, sans doute bien plus compétent et motivé pour traiter des questions économiques et sociales.
L'impéritie sénatoriale en matière sociale fait écho à celle de la macronie. Macron a supprimé par ordonnances beaucoup d'organes de concertation avec les syndicats ou les représentants du personnel. Les Comités d'Hygiène et de Sécurité ont ainsi été supprimés alors qu'ils avaient un pouvoir spécifique d'expertise en la matière.
Il est grand temps qu’une gauche authentique, attentive au monde du travail, reprenne le pouvoir pour lui redonner confiance et assurer sa défense.
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