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samedi 1 août 2026

BURN-OUT GENERAL AU SENAT

Si le Sénat n'est plus tout à fait, et uniquement, un repère de vieillards, il reste un terreau ou un refuge pour les irresponsables. Dommage pour une institution républicaine qui mériterait pourtant notre bienveillance.

Ces sénateurs là, pas tous mais l'écrasante majorité, sont déconnectés de la vraie vie et notamment de la vie professionnelle. Ainsi ont-ils rejeté en ce mois de juillet le rapport sur la souffrance au travail. Il n'y aura donc pas de mission d'information du Sénat sur ce sujet pourtant ô combien sensible et vital pour notre société.

Cela ne m'étonne guère. Il y a parmi ces sénateurs d'aujourd'hui et de toujours d'anciens élus-patrons auquel j'ai eu affaire durant ma vie professionnelle en tant que représentant syndical.
L'un d'eux comme président du Conseil Général du Jura avait ainsi interdit à un collègue de m'adresser la parole s'il voulait ne pas être entravé dans sa carrière. Je ne doute pas que ce président, devenu sénateur, ait voté contre ce rapport traitant de la souffrance au travail ! 

Ce rapport pourtant dresse un constat préoccupant. Il montre notamment la forte progression de la souffrance psychique laquelle touche indistinctement salariés, agents publics et travailleurs indépendants. La surcharge de travail, le manque d'autonomie, les réorganisations permanentes, le management inadapté, le manque de reconnaissance et l'isolement participent à cette souffrance.

Le rapport mettait en évidence que les dispositifs actuels de prévention des risques psychosociaux restaient insuffisants. Leur nature varie beaucoup d’une entreprise à l’autre et selon les secteurs d’activité.
Le rapport montrait que les travailleurs en burn-out ou en détresse psychologique avaient souvent du mal à être reconnus. Ils sont rarement pris en charge et encore moins réintégrés dans leur poste. 
Le système de reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle est complexe et restrictif à l'excès. C'est ce qu'établissait ce rapport ignoré superbement par nos sénateurs. Eux ne risquent pas, pour avoir reculé devant leur travail d'investigation, d'être victime d'un surmenage professionnel.

Nos sénateurs ont donc choisi de rester en dehors de tout ça. Pourtant, selon l’article premier de la Constitution, notre République est une démocratie indivisible, laïque et sociale. Le Sénat devrait s'en souvenir, lui qui jouit de moyens importants donnés généreusement par la République. C'est pourquoi certaines voix s'élèvent à raison pour remplacer le Sénat par le Conseil Economique Social et environnemental, sans doute bien plus compétent et motivé pour traiter des questions économiques et sociales.

L'impéritie sénatoriale en matière sociale fait écho à celle de la macronie. Macron a supprimé par ordonnances  beaucoup d'organes de concertation avec les syndicats ou les représentants du personnel. Les Comités d'Hygiène et de Sécurité ont ainsi été supprimés alors qu'ils avaient un pouvoir spécifique d'expertise en la matière. 

Il est grand temps qu’une gauche authentique, attentive au monde du travail, reprenne le pouvoir pour lui redonner confiance et assurer sa défense.

samedi 8 janvier 2022

Voeux pour le syndicalisme

 On aimerait une fois n’est pas coutume faire un vœu pour le syndicalisme, mais pas n’importe lequel. Notre société politique fait comme si le syndicalisme ne devait pas exister. Pourtant l’histoire comme l’actualité récente montrent combien il est déterminant pour la politique et la « gouvernance » du pays. On veut parler d’un syndicalisme de combat celui qui ne se contente pas d’accompagner les actes des gouvernements qui se succèdent depuis plus d’une trentaine d’année ;  d’un syndicalisme qui entend encore façonner la société par des actions concrètes, visibles, et de fait établissent une pensée politique qui n’a rien à envier aux partis politiques parce que précisément il s’enracine dans une pratique riche, diverse et raisonnable, liée au réel de façon essentielle. Cette pensée pratique est commandée non seulement par la complexité des situations mais aussi et surtout, en un temps de capitalisme triomphant qui broie la nature et les hommes,  par la nécessité résistante.

Le syndicalisme qu’il faut défendre s’attache à sauver l’idée de la solidarité incarnée notamment, mais pas seulement, par une sécurité sociale, comme socle essentiel de notre République, attaquée de toute part par les courtisans d’un secteur privé qui en demande toujours plus. Dire qu’il faut baisser les cotisations sociales, le répéter à l’envi, pour que cela rentre bien dans le crâne de ceux pour qui réfléchir est devenu un fardeau, appartient à une classe dominante aujourd’hui parée de tous les pouvoirs. Ce sont ces oligarques aux fortunes financières de plus en plus exorbitantes qui font la loi au travers d’une représentation politique qu’ils mettent à leur service.

Ainsi en est-il, idée relancée par le gouvernement Macron, d’une énième réforme des retraites comme si cet enjeu politicien devait dépasser en importance la question de l’emploi laissée en friche (à qui profite le crime ?) depuis des décennies.

Cette sempiternelle réforme des retraites, devenue un instrument idéologique, a pourtant été mise en échec par la mobilisation des syndicats, la CGT mais aussi la FSU ou solidaires. Le Covid n’a pas grand-chose à voir avec ce recul du gouvernement même s’il a pu servir de prétexte. La CFDT quant à elle semble désormais absente malgré qu’elle a été consacrée premier syndicat de France, mais désormais incapable, à force de capitulation et de volonté de composer avec le pouvoir, de mobiliser ses adhérents contre les attaques significatives et caractéristiques contre le monde du travail.

L’action syndicale reste donc primordiale. Les syndicats, dans une société malade à cet égard, restent des lieux privilégies de la démocratie attachée aux réalités sociales. Mieux que les « think tanks » qui éclosent ici ou là dans le paysage politicien les organisations syndicales qui n’abandonnent pas a priori la pensée critique reste des lieux d’élaboration d’une pensée collective indispensable à une transformation sociale modernisée.

Cela contribue à alimenter les partis ou mouvements politiques qui se revendiquent de la gauche ou qui en ont conservé l’esprit historique. C’est le cas indubitablement de la France Insoumise qui puise son programme et sa conscience politique dans sa proximité avec des militants appartenant aux syndicats dits « révolutionnaires ».

Il fut un temps pas si lointain où les adhérents du Parti socialiste devaient obligatoirement appartenir à une organisation syndicale, comme le prévoyait l’article 10 de ses statuts votés au congrès d’Epinay. Cette obligation fut retirée, sans débat ou dans un silence complice, alors que François Hollande était le premier secrétaire du parti. Le fait a sans conteste accompagné le glissement du parti dans un néo-libéralisme teinté, pour sauver les apparences, de quelques traces de social. Décidément s’agissant de la décrépitude du PS, rien n’aura été fait au hasard.

Les organisations syndicales sont par nature chevillées au monde du travail, elles en sont l’expression multiple et démocratique. Nier les syndicats, ne pas les reconnaître comme des partenaires du combat social, les mépriser comme on a tendance aujourd’hui à mépriser les corps intermédiaires, n’est pas de bonne politique surtout lorsqu’elle ose se revendiquer d’une gauche qui a été jusqu’à s’attaquer au Code du travail. Si on avait davantage écouté et entendu l’ensemble de son personnel au travers de leurs organisations, l’hôpital public pour prendre cet autre exemple crucial, ne serait pas au point de rupture où il se trouve aujourd’hui.

Les syndicats, parce qu’ils mettent la notion d’organisation au centre de l’action, parce qu’ils sont enracinés dans les forces productives et servantes de ce pays, ont également une fonction de lanceurs d’alerte. C’est pourquoi il est crucial d’agir contre les discriminations syndicales dont sont trop souvent victimes les militants. Ces pressions parfois violentes sont l’une des causes de l’affaiblissement et de la vulnérabilité des syndicats.

Si le syndicalisme est affaibli, c’est aussi qu’il a trop souvent  ces dernières années, subi des échecs cinglants, en butte à des pouvoirs politiques inconscients et rétrogrades qui désespèrent ainsi le monde du travail. Le syndicalisme est un ferment démocratique propre à défendre et renforcer la république sociale.

De par sa situation de proximité naturelle avec le mouvement ouvrier, Il est au cœur des problématiques et des débats sur la ré-industrialisation du pays, sur les relocalisations des entreprises, sur la défense de services publics, et contre les privatisations dont ceux-ci sont la cible.

Faisons donc le vœu d'un syndicalisme suffisamment fprt et autonome, fondé sur une réflexion politique de défense de l'intérêt général, pour proposer et construire le progrès social et économique.

JMG

* article paru dans "Démocratie et Socialisme" de février 2022

mardi 22 décembre 2020

Syndicalisme : grandeur, servitude...et discriminations

Il ne fait pas bon être délégué syndical aujourd'hui, mais comme hier, le métier si j'ose dire a ses risques, en particulier dans la fonction publique territoriale, mais ailleurs aussi, partout où le dialogue social n'est le plus souvent qu'un vain mot. Cette question vient de faire l'objet en décembre 2020 d'un rapport du conseil supérieur de la fonction publique territoriale, rapport intitulé "Les discriminations syndicales et le dialogue social dans la fonction publique territoriale". 

Rappelons que la FPT fait partie, avec la fonction hospitalière, du deuxième versant de la fonction publique, elle réunit tous les agents publics qui constituent la cheville ouvrière de nos collectivités locales et de nos établissements publics, agents, fonctionnaires sans lesquels les élus politiques ne pourraient assumer leur mission.

Le droit syndical dans la fonction publique, rappelle le rapport, n'a été reconnu qu'en 1946. Cette jeunesse, même relative, explique en partie peut-être les difficulté de ce droit à se faire respecter, et paraît être à l'origine d'un dialogue social très souvent problématique entre élus-employeurs et agents publics représentés par leur organisations syndicales.

Le rapport fait, à juste titre, le lien entre discriminations syndicales et faiblesse ou absence du dialogue social. Il est avéré, j'en ai fait moi-même l'amère expérience comme de nombreux camarades, que les élus politiques ont beaucoup de mal à reconnaître la légitimité élective des représentants syndicaux. Le dialogue social doit s'inscrire dans un jeu démocratique plus authentique et plus respectueux de chacune des deux rives du dialogue.

Il est nécessaire de savoir ce qui est entendu par l'expression "discrimination syndicale", comme  source du déficit de dialogue constaté.

Ces discriminations se mesurent d'abord par le niveau de pénalité de salaire ou de traitement. Dans la fonction publique territoriale elle se mesure par les difficultés faites en matière de déroulement de carrière. Au total on a a évalué à 10% la perte financière subie globalement par les représentants syndicaux. Une étude d'il y a une dizaine d'années faisait ressortir que cette discrimination par le traitement avait des niveaux d'importance différents selon l'appartenance syndicale. La CGT notamment était la plus touchée, portant la perte financière à hauteur de 20%, à poste similaire et qualification égale, par rapport à une carrière "normale", c'est-à-dire sans engagement de nature syndicale. 

Les intéressés eux-mêmes ont tendance à considérer que c'est le prix de leur engagement, et oublient trop souvent de se défendre des conditions discriminatoires qui leur sont faites.

Mais il est un mouvement relativement récent qui tend à combattre ces sanctions obscures en y répondant par l'action judiciaire, notamment en faisant appel à la méthode des panels. Celle-ci permet de relever et d'identifier les abus discriminatoires. Cette méthode a pu se développer, timidement, dans le privé. Elle pourrait, et c'est souhaitable, tout aussi bien s'appliquer dans la fonction publique territoriale.

Un contexte juridique nouveau apparait, illustré, dans la Fonction publique notamment, par la loi d'août 2008 sur la représentativité syndicale portant obligation de négocier sur la conciliation vie professionnelle et vie syndicale ; ou dans le secteur privé, avec les ordonnances de septembre 2017 incitant les entreprises à négocier des accords de droit syndical.

Cet arsenal juridique cependant ne doit nous tromper, il ne doit pas cacher l'essentiel derrière des mesures qui peuvent être considérés comme des affichages politiques. 

L'enjeu est enfin de reconnaitre, singulièrement dans la fonction publique territoriale, le parcours syndical et les compétences qui lui sont naturellement attachées, afin pour le moins de ne pas sanctionner  l'activité syndicale. Le déficit en matière d'avancement doit être soumis à réparation par voie administrative ou judiciaire.

Malheureusement le contexte juridique peut aller aussi dans le sens de la régression. Il en est par exemple d'un nouveau type de régime indemnitaire, d'inspiration managériale néo-libérale, dit RIFSEEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel). La tentation est grande de la part des élus-employeurs d'instrumentaliser ce régime de primes, laquelle fait  la part belle à la subjectivité, pour sanctionner de fait les élus ou représentants syndicaux dans leur engagement militant, donnant objectivement à ces employeurs des outils supplémentaires à de potentielles discriminations syndicales.

Une enquête a été menée pour mieux connaître la nature de ces discriminations. Pour 43% de la population active la dégradation des relations avec la hiérarchie est perçue comme la conséquence de l'engagement syndical. Pour 51% elle est un frein à l'évolution de carrière.

Du point de vue des agents ou salarié membres d'une organisation syndicale 52% des sondés ont à déplorer une absence ou un refus de promotion, 45% une dégradation du climat de travail et 38% une dégradation générale des conditions de travail.

Selon le même sondage pour 35% de l'ensemble de la population active et pour 42% des adhérents d'un syndicat, l'engagement syndical constitue un frein à un déroulement de carrière normal et légitime.

Près de 80% des syndiqués a tenté de mettre un terme aux discriminations dont ils se pensaient victimes. Pour 42% les principaux obstacles à ces recours tenaient aux difficultés de réunir des preuves suffisantes susceptibles d'emporter la décision d'un tribunal.

Les agents qui font un recours pour discrimination se retrouvent souvent isolés et donc d'une certaine manière "aggravent leur cas."

Il est clair par ailleurs que le développement de la précarité, qui se traduit par la multiplication des contrats au détriment des postes de titulaires, n'incite pas à faire ce genre de recours. D'une manière générale la précarisation de l'emploi constitue un obstacle déterminant à la syndicalisation. C'est le serpent qui se mord la queue, plus de précarité affaiblit et fragilise le syndicalisme qui dès lors n'est plus en mesure de lutter efficacement contre la précarité.

Le rapport fait le tour des solutions possibles lesquelles tournent autour de la valorisation des acquis de l'expérience (VAE) reconnaissant les compétences acquises durant l'exercice du mandat syndical. Il en est d'autres mais ces solutions ne seront jamais véritablement satisfaisantes si le fait syndical n'est pas reconnu par le pouvoir ou ne parvient pas à se positionner comme contre-pouvoir accepté dans le paysage social.

C'est dire combien la solution est d'ordre politique. Il est temps sans doute de sensibiliser voire même de former les élus-employeurs à la réalité syndicale et à son respect. Les discriminations sont à la fois un signe et une cause d'un dialogue social abîmé. Celui-ci est pourtant indispensable pour permettre la sacro-sainte démocratie sociale que le pouvoir lui-même appelle de ses vœux. Mais n'est-ce pas le plus souvent pour des raisons purement politiciennes ?

Ce rapport est sans doute imparfait mais il a le mérite d'exister et de poser la question du lien entre discriminations syndicales et dialogue social dans le champ institutionnel au travers du conseil supérieur de la fonction territoriale.

Mais la tâche pour combattre les discriminations syndicales s'avère ardue, qui plus est dans un contexte où le pouvoir dans ses inspirations néo-libérales, s'acharne à casser les garanties collectives ainsi qu'il le montre avec sa loi de 2020 dite de transformation de la fonction publique.

Il est clair que dans ces conditions l'activité syndicale sera de plus en plus difficile à mener. C'est une raison supplémentaire de s'attaquer en priorité aux discriminations dont sont victimes trop souvent les représentants syndicaux.

JMG



dimanche 19 novembre 2017

Impuissance et colère

La "république en marche", LREM pour les intimes, menée par son premier de cordée bonapartiste,  est en train, à la suite d'au moins deux quinquennats catastrophiques autant pour le pays que pour la gauche, de dilapider la construction sociale que la France avait patiemment et sagement édifiée aux lendemains de la dernière guerre.

Le plus étonnant est que devant cette révolution néo-libérale, archaïque à bien des égards puisqu'elle ne fait que copier jusqu'à la ringardise ce que Reagan ou Thatcher avaient initié dans le monde anglo-saxon, l'opposition apparaît bien faible et en tout état cause pas à la hauteur  du défi ainsi opposé à l'ensemble des citoyens français.

Cette léthargie, cette mobilisation insuffisante, dont les media dépendants des grands groupes se repaissent et se réjouissent, tiennent de plusieurs facteurs.

D'abord la division syndicale orchestrée depuis des années par une CFDT plus que jamais désorientée par ses propres choix stratégiques et dont la direction nationale continue de tabler sur un dialogue social illusoire qui lui permet de ne rien faire et de ne tenter aucune mobilisation de ses troupes.

On peut y ajouter la position de Mailly qui a été de nature durant l'été dernier à déstabiliser son organisation, on le voit maintenant revenir, mais trop tard.

Cela a pour conséquence un relatif isolement de la CGT qui a peine à mobiliser l'ensemble des salariés malgré les attaques du gouvernment qui n'ont jamais été aussi violentes et multiformes. Tous les secteurs du monde du travail ainsi sont touchés y compris bien sûr la fonction publique où l'on revient sur des accords passées avec le gouvernement précédent comme notamment des revalorisations de carrière pourtant bien modestes au demeurant.

Et tout cela dans un contexte de raréaction systémique de l'emploi, avec en corrollaire une pression sur les salaires qui à son tour alimente la "crise".

Voilà pourquoi on peut se désespèrer de ce découragement général du monde du travail dont une bonne partie n'a pas encore mesuré l'ampleur nuisible des réformes en cours qui ne feront qu'aggraver une situation déjà dramatique.

Macron et ses soutiens feraient bien de ne pas se réjouir de l'impuissance citoyenne voire de l'affaiblissement du fait syndical. Cette impuissance n'est que provisoire, mais surtout elle peut être le signe ou le préalable de révoltes plus grandes suscitées par une colère légitime mais de moins en moins maîtrisable, susceptibles pour le malheur de tous de réveiller de vieux démons.

JMG

dimanche 3 avril 2016

La CFDT, courroie de transmission des pouvoirs en place

La CFDT accompagne, soutient de fait la régression sociale, avec des arguments le plus souvent inspirés de la doctrine libérale, arguments faibles mais qui font mouche parce qu'ils prennent, naturellement venant d'une organisation syndicale, la couverture ou l'alibi de l'émancipation sociale ; arguments aventuristes et dangereux pour le monde du travail et qui sont présentés, par les principaux media, mais aussi par le gouvernement en place, comme responsables et modernes.

En réalité le réformisme de la CFDT n'est qu'un déformisme de la réalité sociale. Son principal argument se fonde sur le fait que la négociation locale, par entreprise, serait la clé de la réussite et de l'aboutissement du dialogue social, comme si en ces temps de pression sur les salaires, en ces temps d'austérité, le rapport de force était partout suffisant pour imposer des progrès ou, parce que l'heure est à la résistance, pour simplement défendre des acquis.

Il semble que la CFDT, sa direction nationale au moins, évolue dans un pays où le patronat, a priori, serait bon et soucieux de l'intérêt des salariés. Nous serions en quelque sorte dans le pays des bisounours, le seul fait de "négocier", comme ils disent, serait suffisant pour faire faire reculer le chômage ou pour prévenir des licenciements qui, le plus souvent, s'avèrent anti-économiques en plus d'être "anti-social". 
Il ne peut être pour autant question de faire le procès des chefs d'entreprise qui, dans la grande  majorité des cas ont les yeux rivés sur un carnet de commandes souvent désespérément vide, et pour lesquels, contrairement aux patrons voyous,  licencier ne fait pas plaisir. 

La solution ne doit donc pas être recherchée dans une vision microscopique de la réalité sociale. Ou pas seulement. Cette réalité doit être considérée en effet dans toute sa dimension macro-économique. Et, en l'occurrence, la défense du Code du Travail participe, dans la mesure notamment où il place les salariés et les entreprises dans un cadre équitable, à contenir un dumping social qui s'aggrave de jour en jour. Il s'agit de défendre et de promouvoir un développement économique harmonieux tout en préservant, sur l'ensemble du territoire, les droits essentiels des salariés. 

Ainsi la CFDT n'est pas plus "moderne",  plus "réfléchie", ou encore plus "responsable" qu'une CGT qui, elle, serait jusqu'au-boutiste, fanatique, extrémiste. La CGT se soucie au contraire de la réalité économique, il est injuste de la présenter comme une adversaire du dialogue social. 
Mais, contrairement à la CFDT qui semble avoir abandonné le terrain de l'action et de la pensée critiques, elle en sait le prix. 


JMG






samedi 17 octobre 2015

Valls et l'anticégétisme primaire

La crise d' "Air France" aura révélé, s'il en était encore besoin, la véritable nature politique de notre premier ministre et donc par extension, celle de son gouvernement, solidairement attaché à la stratégie conduite et à la manière dont est envisagé ce qu'on appelle encore le dialogue social.

Alors que l'affaire Cahuzac n'en était encore qu'à ses balbutiements, et pour cause, Valls le 4 avril 2013, déclairait dans une émission de radio : "déclencher les enquêtes n'est pas de mes prérogatives". On sait ce qu'il advint de cette affaire qui restera une des grandes hontes du quinquennat de François Hollande, et qui surtout aura plongé dans la désillusion et l'amertume de nombreux militants du parti socialiste, et dans la perplexité l'ensemble de l'électorat de gauche. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit un ministre "socialiste", chargé de combattre la fraude fiscale, la pratiquer lui-même avec autant de constance et de conviction.

Pour "Air France", dont l'Etat est encore le principal actionnaire, c'est une autre sémantique qui a été tout récemment employé par notre premier ministre. Ainsi, suite à des déchirures de chemises certes condamnables, employait-il les termes de "voyous" contre lesquels il faudrait prononcer "des sanctions lourdes". L'ennemi ce n'était donc pas la finance mais bien des salariés, et parmi eux des syndicalistes, auxquels on confisquait brutalement le travail et la dignité.

Le premier ministre fut relayé et encouragé par des membres éminents du parti socialiste, tout comme ici à Lons-le-Saunier, par un ancien de ces membres, président battu du conseil départemental, tout nouveau adhérent du mouvement des radicaux de gauche (on se demande pourquoi). Et donc Valls, pour tous ces gens, avait raison : au lieu de la finance, au lieu d'une gestion calamiteuse et de la concurrence déloyale qui sont les véritables responsables de tous ces maux, il fallait clouer au pilori cinq malheureux salariés dont on découvrait, comme une cerise sur le gâteau de l’anti-syndicalisme primaire, qu'ils faisaient pour certains partie de la CGT.

Et donc Haro sur ce syndicat, qui fête ces jours-ci ses cent-vingt ans, et sur l'ensemble de ses militants. On sait pourtant que certains d'entre eux furent à l'origine de l'exfiltration des deux cadres d'Air France. Ces derniers, grâce à ces mêmes militants, ne perdirent que leur chemise, seulement leur chemise.

On peut retenir de cette histoire que les gens qui sont au gouvernement aujourd'hui, bien qu'issus d'un parti censé les représenter et les défendre, ne connaissent pas grand chose du monde des salariés pour la simple raison qu'ils n'en firent jamais partie. Que connaissent Valls, Macron, Hollande du monde du travail ?
Dès lors, bien que "socialistes", comment peuvent-ils savoir ce qu'est un syndicat ? Et de quoi sont faites les luttes ? Ils n'en connaissent aujourd'hui que ce que peuvent marteler des media plus sensibles aux injonctions du Medef qu'à celles des organisations de travailleurs.

 D'où les fautes politiques et les erreurs d'un gouvernement dont l'action la plus remarquable aura été de tracer et de préparer une avenue pour l’avènement des droites extrêmes.
La politique ayant horreur du vide, il est à craindre que celles-ci ne manqueront pas de l'emprunter.

JMG

jeudi 30 octobre 2014

Qui veut la mort du syndicalisme ?

Parce qu’il lui reste des forces militantes encore nombreuses et motivées, la CGT reste parmi les seuls syndicats en capacité de défendre les salariés en France. C’est aussi grâce à un corpus idéologique issu d’un "sur-moi marxiste" par ailleurs injustement moqué mais qui ici préexiste heureusement. Fondements idéologiques et historiques qui tiennent lieu  de repères à nombre de salariés qui continuent à se battre pour défendre un Etat social d'autant plus en  péril qu'il est mis à mal par un gouvernement qui pourtant avait pour mandat de le conforter.

La CGT ne fait pas un syndicalisme d’accompagnement comme c’est le cas pour une CFDT qui n’a pas de vision à long ou moyen terme sur la façon de défendre le monde du travail. Je veux parler de cette CFDT qui signe aveuglément des accords rétrogrades, comme l’Accord National Interprofessionnel début 2013, lequel inscrit dans la loi a entamé gravement les fondements du droit du travail dans ce pays.

L’attaque contre Thierry Lepaon entre dans ce contexte de guerre idéologique, aux armes inégales compte tenu du rapport des forces médiatiques. A travers son secrétaire général nul doute qu’on veut s’en prendre à un syndicat qui dérange. Ainsi monte-t-on en épingle une affaire qui n’en est pas une. On cite une somme, 130 000 euros, qui paraît énorme mais qui en y réfléchissant deux minutes reflète une crise du logement qui fait rage depuis des années en région parisienne, et qui inexorablement s’aggrave. Je ne sais si Thierry Lepaon a dit un jour qu'il n'aimait pas les riches, mais lui en tout cas n'est pas riche même si on peut regretter, au moins pour le panache, qu'il n'habite plus un HLM.

Mais le mal est fait, d’autant mieux que la CGT n’a pas jugé bon, pour des raisons qui lui appartiennent et qui tient à son mode de fonctionnement, éloignée quoi qu’en dise des enjeux politiciens, de répondre immédiatement et avec suffisamment de force à la violente et pernicieuse attaque à laquelle elle doit faire face.

Et donc dans cette affaire c’est bien le "tous pourris" qui l’emporte et ce au détriment d’un syndicalisme qui ne le mérite pas, et qui surtout est indispensable à la démocratie sociale.

Ne soyons pas dupes, c'est à cette démocratie qu'on en veut.


JMG





jeudi 19 juin 2014

CFDT ou le coucou du syndicalisme


Il y a bien longtemps que la CFDT, au sens confédéral du terme, n’est plus un syndicat. Je ne vise pas ici les équipes syndicales qui défendent les salariés au quotidien, la nécessité sur le terrain faisant loi, l’idéologie dans ces cas étant à mettre au second plan voire même oubliée dans l’action. Mais je précise que plusieurs structures cédétistes se sont par exemple prononcées, contrairement à leur confédération, au pacte de responsabilité concoctée par le gouvernement Hollande.

Je dis que la confédération CFDT a abandonné l’idée même de combat syndical pour privilégier la négociation au risque de n’être plus crédible aux yeux de ceux qu’elle est censée défendre. Aux yeux du monde du travail la CFDT en effet peut passer pour un syndicat « jaune », c’est une accusation grave mais qui glisse sur le plumage de ses dirigeants lesquels depuis longtemps confondent démocratie sociale et collaboration, parfois constructive d’ailleurs ( mais ça dépend pour qui), avec le pouvoir en place.

Aujourd’hui c’est le gouvernement « socialiste » Hollande-Valls qui en profite, mais hier ce pouvait être celui de Raffarin, Fillon ou d’autres. Et toujours les salariés qui trinquent.

Ainsi de multiples « réformes » ont pu être jugées acceptables parce qu’une confédération dite  "réformiste" avait donné son accord, ce fut notamment le cas de la réforme des retraites en 2003 ou plus proche de nous de l’accord national interprofessionnel en janvier 2014 qui donna naissance à la loi dite de flexi-sécurité de juin 2013 qui n'est forte qu' à déstabiliser notre droit du travail.

La CFDT parle beaucoup de démocratie sociale, mais nous à habitué a signer des accords qui engagent les salariés au mépris du respect qu’elle devrait pourtant au fait majoritaire sur le terrain et dans les luttes syndicales. Elle passe pur le chevalier blanc, responsable, à la différence de l’extrémisme ou du jusqu’au-boutisme supposés de la CGT ou de la FSU. En réalité la CFDT serait encore moins que le peu qu’elle est aujourd’hui sans la détermination et le courage de ceux qui se battent. La CFDT est à cet égard une espèce de coucou qui recueille les fruits du véritable combat syndical et peut dans le même temps appeler à l’arrêt de grèves qui sont tout à fait légitimes, comme celle des cheminots dont l'intérêt se confond avec celui de la société toute entière.

Les conditions du dialogue sont ainsi faites en France ou un syndicat minoritaire, en tout cas dans les luttes, peut servir à asseoir, au nom d’une soi-disant démocratie sociale, des politiques de régression sociale avérée. On prend souvent l’exemple de l’Allemagne. Eh bien en Allemagne, sans vouloir imiter leur système à tout prix, cela ne se passe pas ainsi.

Peut-être un jour un gouvernement de gauche aura-t-il le courage de remédier à cette bizarrerie des rapports sociaux en France.

JMarc Gardère

dimanche 25 mai 2014

Cela m'aurait pas plu

Un conseiller général, celui de Lons-Nord pour ne pas le nommer, a qualifié un autre conseiller général ( et non des moindres ) de syndicaliste. Cela m'aurait pas plu. L'invective, si c'en est une et c'en est peut-être à l'oreille ou aux yeux de certains, se faisait au sujet de la réforme territoriale initiée par notre gouvernement, réforme que notre conseiller général entendait donc défendre alors même que personne en France n'en connait encore le contenu précis, y compris ceux qui en seront en définitive les auteurs. Car plusieurs solutions sont sur la table et on ne sait laquelle aura finalement les faveurs de nos politiciens les mieux placés pour emporter la décision.

Notre conseiller général sous-entendait qu'il fallait être élu pour avoir une vision, le message subliminal disposant qu'un syndicaliste lui n'en aurait pas. S'agissant de réforme territoriale, au point où nous en sommes aujourd'hui, toute vision ne peut-être que brouillée.

Il y avait, il y a toujours, d'autres réformes à faire bien plus urgentes que celle-ci laquelle ne faisait même pas partie des "promesses" de François Hollande. C'est qu'il doit être plus aisée de tenir les promesses que l'on n'a pas faite, pour faire oublier sans doute celles qu'on n'a pas l'intention de tenir, comme par exemple la grande réforme fiscale que l'on entend toujours.

Est-il visionnaire de défendre une réforme, pour l'heure invisible, dont on peut craindre qu'elle sera mise en oeuvre sans réelle concertation compte tenu de la précipitation qu'on veut subitement y mettre ? Ce serait amusant si ce n'était dramatique pour notre République, car cette réforme est là pour en cacher d'autres, celles qui verront la disparition, dans nos territoires, de milliers d'emplois publics utiles ou nécessaires à l'ensemble de la population.

Les statuts du parti socialiste, dans sa déclaration de principes, conseillent à ses adhérents l'adhésion à un syndicat. C'était même une obligation jusqu'en 2008. Car le syndicalisme est un moyen de garder les pieds sur terre. En matière de réforme territoriale le pouvoir aurait intérêt à respecter, au travers de leurs organisation, les salariés de ce secteur.

C'est loin d'être le cas aujourd'hui.


Jean-Marc Gardère
syndicaliste
membre de la commission exécutive de l'ufict-CGT

vendredi 18 avril 2014

Salaires et discrimination syndicale

La journée du sept avril dernier était celle du combat pour l’égalité salariale. Elle concernait l’égalité entre les hommes et les femmes bien sûr, mais en principe devait également faire réfléchir sur l'ensemble des discriminations en matière salariale .

Thomas Breda, un doctorant de l’école d’économie de Paris, établissait dans une étude que les délégués syndicaux étaient payés en moyenne 10% de moins que l’ensemble des autres salariés. En moyenne, et pour être plus précis, l’écart serait de 8 à 11% inférieur, à âge égal, à expérience égale, à diplôme égal, et à sexe égal.

 Cette étude est déjà un peu ancienne car elle date de 2010 mais la pression auquel est soumis de plus en plus le monde du travail n’a pas dû arranger les choses depuis quatre ans. Les employeurs, loin de vouloir acheter la paix sociale, comme on le pense communément, pratiqueraient bien plutôt une discrimination envers les syndicalistes.
 On pourrait objecter que ces écarts de salaires puissent venir de ce que ces délégués syndicaux seraient moins bons ou moins productifs dans leur travail. Le chercheur a au contraire observé que ces écarts de salaires s’enregistrent cinq années après le début des mandats détenus par ces délégués. Ces discriminations se font principalement par le biais de refus de promotion ou d’augmentation de salaires.

A tout seigneur tout honneur : le syndicat le plus touché serait la CGT, ses délégués percevraient en moyenne 20% de salaire en moins, la discrimination dans la discrimination en somme. Gage d'efficacité militante, ou bien sa conséquence ? Ensuite viennent la CFDT (10% de salaire en moins) puis Force Ouvrière dont les délégués, toujours en moyenne bien sûr,  ne perdraient rien...
En tout cas Il serait temps que cette discrimination anti-syndicale cesse car il en va là de la santé de la démocratie sociale, à une époque où la classe politique ne trouve plus crédit, à tort ou à raison, aux yeux des citoyens.
Cette réalité discriminatoire montre, s'il en était besoin, qu'en France, bien loin même d'une social-démocratie à l'allemande, les syndicats ne sont pas considérés, ni reconnus à leur juste place alors que leur action demeure essentielle dans les rapports sociaux.
Elle montre surtout que dans notre pays le combat syndical reste rude et difficile, ce qui explique, au moins en partie, le faible taux de syndicalisation. 

Enfin, ou pouvait espérer qu'un pouvoir de gauche fasse davantage pour la dé-criminalisation de l'action syndicale. Pour l'instant il n'en est rien. A-t-il au moins conscience qu'il en va de sa propre survie ?

JMG