samedi 1 août 2026
BURN-OUT GENERAL AU SENAT
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
samedi 8 janvier 2022
Voeux pour le syndicalisme
On aimerait une fois n’est pas coutume faire un vœu pour le syndicalisme, mais pas n’importe lequel. Notre société politique fait comme si le syndicalisme ne devait pas exister. Pourtant l’histoire comme l’actualité récente montrent combien il est déterminant pour la politique et la « gouvernance » du pays. On veut parler d’un syndicalisme de combat celui qui ne se contente pas d’accompagner les actes des gouvernements qui se succèdent depuis plus d’une trentaine d’année ; d’un syndicalisme qui entend encore façonner la société par des actions concrètes, visibles, et de fait établissent une pensée politique qui n’a rien à envier aux partis politiques parce que précisément il s’enracine dans une pratique riche, diverse et raisonnable, liée au réel de façon essentielle. Cette pensée pratique est commandée non seulement par la complexité des situations mais aussi et surtout, en un temps de capitalisme triomphant qui broie la nature et les hommes, par la nécessité résistante.
Le syndicalisme qu’il faut
défendre s’attache à sauver l’idée de la solidarité incarnée notamment, mais
pas seulement, par une sécurité sociale, comme socle essentiel de notre
République, attaquée de toute part par les courtisans d’un secteur privé qui en
demande toujours plus. Dire qu’il faut baisser les cotisations sociales, le
répéter à l’envi, pour que cela rentre bien dans le crâne de ceux pour qui réfléchir
est devenu un fardeau, appartient à une classe dominante aujourd’hui parée de
tous les pouvoirs. Ce sont ces oligarques aux fortunes financières de plus en
plus exorbitantes qui font la loi au travers d’une représentation politique
qu’ils mettent à leur service.
Ainsi en est-il, idée relancée
par le gouvernement Macron, d’une énième réforme des retraites comme si cet
enjeu politicien devait dépasser en importance la question de l’emploi laissée
en friche (à qui profite le crime ?) depuis des décennies.
Cette sempiternelle réforme des
retraites, devenue un instrument idéologique, a pourtant été mise en échec par
la mobilisation des syndicats, la CGT mais aussi la FSU ou solidaires. Le Covid
n’a pas grand-chose à voir avec ce recul du gouvernement même s’il a pu servir
de prétexte. La CFDT quant à elle semble désormais absente malgré qu’elle a été
consacrée premier syndicat de France, mais désormais incapable, à force de
capitulation et de volonté de composer avec le pouvoir, de mobiliser ses
adhérents contre les attaques significatives et caractéristiques contre le
monde du travail.
L’action syndicale reste donc
primordiale. Les syndicats, dans une société malade à cet égard, restent des
lieux privilégies de la démocratie attachée aux réalités sociales. Mieux que
les « think tanks » qui éclosent ici ou là dans le paysage politicien
les organisations syndicales qui n’abandonnent pas a priori la pensée critique
reste des lieux d’élaboration d’une pensée collective indispensable à une
transformation sociale modernisée.
Cela contribue à alimenter les
partis ou mouvements politiques qui se revendiquent de la gauche ou qui en ont
conservé l’esprit historique. C’est le cas indubitablement de la France
Insoumise qui puise son programme et sa conscience politique dans sa proximité
avec des militants appartenant aux syndicats dits « révolutionnaires ».
Il fut un temps pas si lointain
où les adhérents du Parti socialiste devaient obligatoirement appartenir à une
organisation syndicale, comme le prévoyait l’article 10 de ses statuts votés au
congrès d’Epinay. Cette obligation fut retirée, sans débat ou dans un silence
complice, alors que François Hollande était le premier secrétaire du parti. Le
fait a sans conteste accompagné le glissement du parti dans un néo-libéralisme
teinté, pour sauver les apparences, de quelques traces de social. Décidément
s’agissant de la décrépitude du PS, rien n’aura été fait au hasard.
Les organisations syndicales sont
par nature chevillées au monde du travail, elles en sont l’expression multiple
et démocratique. Nier les syndicats, ne pas les reconnaître comme des partenaires
du combat social, les mépriser comme on a tendance aujourd’hui à mépriser les
corps intermédiaires, n’est pas de bonne politique surtout lorsqu’elle ose se
revendiquer d’une gauche qui a été jusqu’à s’attaquer au Code du travail. Si on
avait davantage écouté et entendu l’ensemble de son personnel au travers de
leurs organisations, l’hôpital public pour prendre cet autre exemple crucial,
ne serait pas au point de rupture où il se trouve aujourd’hui.
Les syndicats, parce qu’ils
mettent la notion d’organisation au centre de l’action, parce qu’ils sont
enracinés dans les forces productives et servantes de ce pays, ont également
une fonction de lanceurs d’alerte. C’est pourquoi il est crucial d’agir contre
les discriminations syndicales dont sont trop souvent victimes les militants. Ces pressions
parfois violentes sont l’une des causes de l’affaiblissement et de la
vulnérabilité des syndicats.
Si le syndicalisme est affaibli,
c’est aussi qu’il a trop souvent ces
dernières années, subi des échecs cinglants, en butte à des pouvoirs politiques
inconscients et rétrogrades qui désespèrent ainsi le monde du travail. Le
syndicalisme est un ferment démocratique propre à défendre et renforcer la
république sociale.
De par sa situation de proximité
naturelle avec le mouvement ouvrier, Il est au cœur des problématiques et des débats
sur la ré-industrialisation du pays, sur les relocalisations des entreprises,
sur la défense de services publics, et contre les privatisations dont ceux-ci
sont la cible.
Faisons donc le vœu d'un syndicalisme suffisamment fprt et autonome, fondé sur une réflexion politique de défense de l'intérêt général, pour proposer et construire le progrès social et économique.
JMG
* article paru dans "Démocratie et Socialisme" de février 2022
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
mardi 22 décembre 2020
Syndicalisme : grandeur, servitude...et discriminations
Il ne fait pas bon être délégué syndical aujourd'hui, mais comme hier, le métier si j'ose dire a ses risques, en particulier dans la fonction publique territoriale, mais ailleurs aussi, partout où le dialogue social n'est le plus souvent qu'un vain mot. Cette question vient de faire l'objet en décembre 2020 d'un rapport du conseil supérieur de la fonction publique territoriale, rapport intitulé "Les discriminations syndicales et le dialogue social dans la fonction publique territoriale".
Rappelons que la FPT fait partie, avec la fonction hospitalière, du deuxième versant de la fonction publique, elle réunit tous les agents publics qui constituent la cheville ouvrière de nos collectivités locales et de nos établissements publics, agents, fonctionnaires sans lesquels les élus politiques ne pourraient assumer leur mission.
Le droit syndical dans la fonction publique, rappelle le rapport, n'a été reconnu qu'en 1946. Cette jeunesse, même relative, explique en partie peut-être les difficulté de ce droit à se faire respecter, et paraît être à l'origine d'un dialogue social très souvent problématique entre élus-employeurs et agents publics représentés par leur organisations syndicales.
Le rapport fait, à juste titre, le lien entre discriminations syndicales et faiblesse ou absence du dialogue social. Il est avéré, j'en ai fait moi-même l'amère expérience comme de nombreux camarades, que les élus politiques ont beaucoup de mal à reconnaître la légitimité élective des représentants syndicaux. Le dialogue social doit s'inscrire dans un jeu démocratique plus authentique et plus respectueux de chacune des deux rives du dialogue.
Il est nécessaire de savoir ce qui est entendu par l'expression "discrimination syndicale", comme source du déficit de dialogue constaté.
Ces discriminations se mesurent d'abord par le niveau de pénalité de salaire ou de traitement. Dans la fonction publique territoriale elle se mesure par les difficultés faites en matière de déroulement de carrière. Au total on a a évalué à 10% la perte financière subie globalement par les représentants syndicaux. Une étude d'il y a une dizaine d'années faisait ressortir que cette discrimination par le traitement avait des niveaux d'importance différents selon l'appartenance syndicale. La CGT notamment était la plus touchée, portant la perte financière à hauteur de 20%, à poste similaire et qualification égale, par rapport à une carrière "normale", c'est-à-dire sans engagement de nature syndicale.
Les intéressés eux-mêmes ont tendance à considérer que c'est le prix de leur engagement, et oublient trop souvent de se défendre des conditions discriminatoires qui leur sont faites.
Mais il est un mouvement relativement récent qui tend à combattre ces sanctions obscures en y répondant par l'action judiciaire, notamment en faisant appel à la méthode des panels. Celle-ci permet de relever et d'identifier les abus discriminatoires. Cette méthode a pu se développer, timidement, dans le privé. Elle pourrait, et c'est souhaitable, tout aussi bien s'appliquer dans la fonction publique territoriale.
Un contexte juridique nouveau apparait, illustré, dans la Fonction publique notamment, par la loi d'août 2008 sur la représentativité syndicale portant obligation de négocier sur la conciliation vie professionnelle et vie syndicale ; ou dans le secteur privé, avec les ordonnances de septembre 2017 incitant les entreprises à négocier des accords de droit syndical.
Cet arsenal juridique cependant ne doit nous tromper, il ne doit pas cacher l'essentiel derrière des mesures qui peuvent être considérés comme des affichages politiques.
L'enjeu est enfin de reconnaitre, singulièrement dans la fonction publique territoriale, le parcours syndical et les compétences qui lui sont naturellement attachées, afin pour le moins de ne pas sanctionner l'activité syndicale. Le déficit en matière d'avancement doit être soumis à réparation par voie administrative ou judiciaire.
Malheureusement le contexte juridique peut aller aussi dans le sens de la régression. Il en est par exemple d'un nouveau type de régime indemnitaire, d'inspiration managériale néo-libérale, dit RIFSEEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel). La tentation est grande de la part des élus-employeurs d'instrumentaliser ce régime de primes, laquelle fait la part belle à la subjectivité, pour sanctionner de fait les élus ou représentants syndicaux dans leur engagement militant, donnant objectivement à ces employeurs des outils supplémentaires à de potentielles discriminations syndicales.
Une enquête a été menée pour mieux connaître la nature de ces discriminations. Pour 43% de la population active la dégradation des relations avec la hiérarchie est perçue comme la conséquence de l'engagement syndical. Pour 51% elle est un frein à l'évolution de carrière.
Du point de vue des agents ou salarié membres d'une organisation syndicale 52% des sondés ont à déplorer une absence ou un refus de promotion, 45% une dégradation du climat de travail et 38% une dégradation générale des conditions de travail.
Selon le même sondage pour 35% de l'ensemble de la population active et pour 42% des adhérents d'un syndicat, l'engagement syndical constitue un frein à un déroulement de carrière normal et légitime.
Près de 80% des syndiqués a tenté de mettre un terme aux discriminations dont ils se pensaient victimes. Pour 42% les principaux obstacles à ces recours tenaient aux difficultés de réunir des preuves suffisantes susceptibles d'emporter la décision d'un tribunal.
Les agents qui font un recours pour discrimination se retrouvent souvent isolés et donc d'une certaine manière "aggravent leur cas."
Il est clair par ailleurs que le développement de la précarité, qui se traduit par la multiplication des contrats au détriment des postes de titulaires, n'incite pas à faire ce genre de recours. D'une manière générale la précarisation de l'emploi constitue un obstacle déterminant à la syndicalisation. C'est le serpent qui se mord la queue, plus de précarité affaiblit et fragilise le syndicalisme qui dès lors n'est plus en mesure de lutter efficacement contre la précarité.
Le rapport fait le tour des solutions possibles lesquelles tournent autour de la valorisation des acquis de l'expérience (VAE) reconnaissant les compétences acquises durant l'exercice du mandat syndical. Il en est d'autres mais ces solutions ne seront jamais véritablement satisfaisantes si le fait syndical n'est pas reconnu par le pouvoir ou ne parvient pas à se positionner comme contre-pouvoir accepté dans le paysage social.
C'est dire combien la solution est d'ordre politique. Il est temps sans doute de sensibiliser voire même de former les élus-employeurs à la réalité syndicale et à son respect. Les discriminations sont à la fois un signe et une cause d'un dialogue social abîmé. Celui-ci est pourtant indispensable pour permettre la sacro-sainte démocratie sociale que le pouvoir lui-même appelle de ses vœux. Mais n'est-ce pas le plus souvent pour des raisons purement politiciennes ?
Ce rapport est sans doute imparfait mais il a le mérite d'exister et de poser la question du lien entre discriminations syndicales et dialogue social dans le champ institutionnel au travers du conseil supérieur de la fonction territoriale.
Mais la tâche pour combattre les discriminations syndicales s'avère ardue, qui plus est dans un contexte où le pouvoir dans ses inspirations néo-libérales, s'acharne à casser les garanties collectives ainsi qu'il le montre avec sa loi de 2020 dite de transformation de la fonction publique.
Il est clair que dans ces conditions l'activité syndicale sera de plus en plus difficile à mener. C'est une raison supplémentaire de s'attaquer en priorité aux discriminations dont sont victimes trop souvent les représentants syndicaux.
JMG
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
dimanche 19 novembre 2017
Impuissance et colère
Et tout cela dans un contexte de raréaction systémique de l'emploi, avec en corrollaire une pression sur les salaires qui à son tour alimente la "crise".
Voilà pourquoi on peut se désespèrer de ce découragement général du monde du travail dont une bonne partie n'a pas encore mesuré l'ampleur nuisible des réformes en cours qui ne feront qu'aggraver une situation déjà dramatique.
JMG
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
dimanche 3 avril 2016
La CFDT, courroie de transmission des pouvoirs en place
JMG
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
samedi 17 octobre 2015
Valls et l'anticégétisme primaire
La politique ayant horreur du vide, il est à craindre que celles-ci ne manqueront pas de l'emprunter.
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
jeudi 30 octobre 2014
Qui veut la mort du syndicalisme ?
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
jeudi 19 juin 2014
CFDT ou le coucou du syndicalisme
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
dimanche 25 mai 2014
Cela m'aurait pas plu
Notre conseiller général sous-entendait qu'il fallait être élu pour avoir une vision, le message subliminal disposant qu'un syndicaliste lui n'en aurait pas. S'agissant de réforme territoriale, au point où nous en sommes aujourd'hui, toute vision ne peut-être que brouillée.
Il y avait, il y a toujours, d'autres réformes à faire bien plus urgentes que celle-ci laquelle ne faisait même pas partie des "promesses" de François Hollande. C'est qu'il doit être plus aisée de tenir les promesses que l'on n'a pas faite, pour faire oublier sans doute celles qu'on n'a pas l'intention de tenir, comme par exemple la grande réforme fiscale que l'on entend toujours.
Est-il visionnaire de défendre une réforme, pour l'heure invisible, dont on peut craindre qu'elle sera mise en oeuvre sans réelle concertation compte tenu de la précipitation qu'on veut subitement y mettre ? Ce serait amusant si ce n'était dramatique pour notre République, car cette réforme est là pour en cacher d'autres, celles qui verront la disparition, dans nos territoires, de milliers d'emplois publics utiles ou nécessaires à l'ensemble de la population.
Les statuts du parti socialiste, dans sa déclaration de principes, conseillent à ses adhérents l'adhésion à un syndicat. C'était même une obligation jusqu'en 2008. Car le syndicalisme est un moyen de garder les pieds sur terre. En matière de réforme territoriale le pouvoir aurait intérêt à respecter, au travers de leurs organisation, les salariés de ce secteur.
Jean-Marc Gardère
syndicaliste
membre de la commission exécutive de l'ufict-CGT
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge
vendredi 18 avril 2014
Salaires et discrimination syndicale
La politique trop souvent se borne à prendre le peuple à témoin au lieu de le tenir pour juge