Les Israéliens auront donc « neutralisé »
le chef militaire du Hamas, Yahya SInwar, assassin réputé être le cerveau du massacre
du 7 octobre. Mais ce 7 octobre 2023 aura été les prémisses d’autre massacres,
encore plus meurtriers, dirigés cette fois contre le peuple palestinien.
L’exécution de Sinwar se sera
produite après celle du chef politique du Hamas, Ismaël Haniyeh, et du secrétaire
général du Hezbollah, Hassan Nassrallah.
Chaque jour
ou presque plusieurs dizaines de Palestiniens sont massacrés, trente morts par
exemple dès le lendemain de l’assassinat de Sinwar, comme pour condamner prématurément
tout espoir de règlement pacifique du conflit. On ne peut donc se réjouir de la
mort de Sinwar. On ne tue pas un symbole. Et le symbole est encore plus grand
depuis son exécution. L’homme, juste avant de mourir, poursuivi et observé par
un drone de la taille d’une mouche parait-il, guerrier jusqu’au bout, ou
assassin si vous voulez, « terroriste », a lancé son sabre (qui en
fait n’était qu’un bâton), non pas pour se rendre mais en dernier geste,
désespéré et vain, osons le mot, de résistance.
Bien sûr, on
parle d’un tueur, mais il s’agit là d’artisanat, pardon pour ses victimes, artisanat
comparé à la mort quasi-industrielle délivrée par un Etat qui prétend agir au
nom de la civilisation, la nôtre. C’est en effet le gouvernement Netanyahu qui
tue avec le plus d’efficacité, les chiffres l’attestent, fort d’une aide
étatsunienne quasi-inconditionnelle, et de l’imbattable technologie qui l’accompagne.
On ne peut se
réjouir de la mort de Sinwar pour la bonne raison qu’il n’est pas le seul
responsable de la situation. Pas le seul à avoir voulu cette guerre totale qui
aujourd’hui depuis s’est étendue au Liban. Netanyahu entend bien continuer sa
guerre qui en marge lui permet d’échapper à la justice de son propre pays, encouragé
par un gouvernement israélien d’extrême-droite et suprémaciste.
Massacre sans
merci, plus de quarante mille morts dans la bande de Gaza depuis un an, et au
moins trois fois plus de blessés, sans compter toutes les victimes encore
ensevelies sous les décombres de bombardements aveugles. On ne mesure pas non
plus l’effet retard mortifère de la destruction quasi-totale des
infrastructures médicales et hospitalières.
Le 22 octobre une frappe de l’armée de l’air israélienne a eu lieu tout près du plus grand hôpital public du Liban à Beyrouth, attaque qui n’aurait d’après le journal « Le Monde » même pas fait l’objet d’un ordre d’évacuation : 18 morts dont des enfants, près de soixante blessés. Les Israéliens auraient voulu atteindre une banque du Hezbollah qui dispense des micro-crédits dans la communauté chiite. On compte déjà selon l’AFP 1550 morts au Liban depuis un mois. La fin justifie les moyens quels qu’ils soient, même les plus terribles, les plus abjects. Netanyahu et son gouvernement dépassent volontairement les horreurs commises par leurs ennemis, qu’ils appartiennent au Hamas ou au Hezbollah.
Netanyahu, en
refusant plusieurs fois un cessez-le-feu, parfois au dernier moment malgré ses engagements,
comme à la veille de l’assassinat ciblé de Hassan Nassrallah, continue
d’alimenter cette guerre sans fin, quitte à l’étendre à l’ensemble de la
région.
Le 7 octobre 2023 ne peut plus constituer la base ou le prétexte des exactions perpétrées sous nos yeux et ceux de la communauté internationale. Netanyahu fait comme s’il avait décidé de sacrifier la vie des otages, rien dans son attitude ne montre une quelconque mansuétude à leur égard, ils seront bientôt passés pour perte et profits d’un conflit devenu incontrôlé et qui désormais se nourrit de lui-même.
Netanyahu
aura choisi la guerre pour la guerre sans but politique clair, fermant la
porte à toute sorte de négociation, en
tuant ses potentiels interlocuteurs, faisant fi du droit international face à
une opinion publique mondiale indifférente ou sidérée.
Il faut
exiger des Etats-Unis l’arrêt de ses livraisons d’armes à Israël. Cela
contribuerait à résoudre un conflit qui met en péril la sécurité du monde et
encourage tous ceux pour qui la violence guerrière reste le seul langage.
Il est temps
que le camp occidental se ressaisisse pour retrouver ses valeurs ; il est
en train de les trahir dans ce conflit sans souci de justice.
La paix est
urgente, et pourtant en son nom la guerre s’ajoute à la guerre dans un combat
sans fin. La France dans ce moment qui aura marqué l’histoire n’est pas
audible, pire elle ne dit rien ou trop peu, ou trop tard, elle ne fait même
plus illusion, ayant laissé la place à d’autres acteurs aujourd’hui plus
crédibles. Il est temps pour la France de reconnaître l’Etat de Palestine.
Il serait opportun
de promouvoir, (et c’est dans le programme du Nouveau Front Populaire), une diplomatie qui soit à la hauteur des
enjeux pacifiques ou environnementaux. Pour cela il s’agirait de revenir sur les
réformes qui ces dernières années ont abimé le corps diplomatique français.
Cessez-le feu
à Gaza, au Liban, voilà ce que doit être le maitre-mot, pour une paix juste et
durable, pour sauver ce qu’on appelle encore « le monde libre ». En
cas d’échec les retours de bâton sont plus à craindre que les coups de sabre
erratiques et désespérés.
JMG
article paru dans le numéro 319 de "démocratie et socialisme", novembre 2024
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