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vendredi 30 janvier 2015

Râleurs

Ce qu’on appelle les charges des entreprises sont en réalité des cotisations sociales constitutives du salaire que perçoivent les véritables acteurs de l’entreprise que sont les employés, les ouvriers et les cadres.
Simplement ce sont des salaires différés qui se traduisent tôt ou tard en prestations sociales, en offres de santé ou sous forme de retraites lesquelles d’ailleurs ne sont pas perdues pour l’économie mais au contraire redistribuées.
Or contrairement aux idées reçues, et aux diverses manifestations de patrons qui attendrissent même notre ministre de l'économie, ces « charges », autrement dit ces salaires, ont baissé depuis la fin des années quatre-vingt -dix, et en tout cas n’ont pas augmenté.
En pourcentage de la valeur ajoutée de ces entreprises, les cotisations ou les impôts représentaient près de 24 % de la valeur ajoutée alors qu’ils n’en représentent aujourd’hui que 23%.

On se demande dès lors si ces chefs d’entreprise ne devraient pas chercher ailleurs les raisons de leur colère.

JMG


(billet paru dans le Progrès de Lyon du 9 décembre 2014) 









samedi 8 février 2014

Le serpent qui mord la queue de la poule qui fait l’œuf


Les entreprises du BTP du Jura, par la voix de leur fédération, tirent la sonnette d’alarme. (Le Progrès de Lyon du 5 février). Elles n’en peuvent plus. Leur activités seraient mises à mal par « une fiscalité étouffante » et un « environnement réglementaire devenu insupportable ». Ce syndicat professionnel demandait même davantage de contrôle pour combattre le travail au noir, facteur s'il en est de concurrence déloyale.

On l’oublie souvent mais ces entreprises en effet, et c’est vrai au delà du secteur du bâtiment et des travaux publics, sont les premières victimes de la « crise », et plus elles sont petites, plus elles souffrent, plus elles sont sous-traitantes, plus elles sont maltraitées. Tout n’est pas rose pour ces petites entreprises, aussi bien pour les (souvent petits) patrons que pour les salariés.


Il y a cependant un peu de schizophrénie dans tout ça. La fédération du BTP reconnaît que seule la croissance peut permettre un retour de l’activité. Ou réciproquement, serait-on tenté d’ajouter. On peut tout autant affirmer, sans crainte de se tromper, que seule l’activité permet la croissance. Qui a fait l'oeuf, qui a fait la poule ? Ou est-ce encore le serpent, venimeux, qui se mordrait la queue ?

Le problème c’est qu’on ne peut raisonnablement accuser la fiscalité, sans d’ailleurs préciser de laquelle on veut parler, tout en appelant à la rescousse les pouvoirs publics même au travers de dépenses d’investissement. Investissements de nature publique donc : fort opportunément une photo illustrait cet article, on y voyait le chantier du siège de l’agglomération du Grand Dole, avec cette légende « les chantiers des collectivités sont le bienvenus ». Tu parles !

Mais qui dit dépenses publiques dit recettes publiques, et en ce domaine on a rien inventé de mieux que les impôts. Pourvu bien sûr qu’ils soient le plus justes possible.

Schizophrénie encore lorsque cette même fédération du bâtiment entend combattre la travail au noir en revendiquant des contrôles plus fréquents. Qui d'autre pour faire le job qu'une inspection du travail disposant de vrais moyens d'action ? Pourquoi alors continuer de tailler dans les effectifs de la fonction publique ? Y aurait trop de fonctionnaires, vraiment ?

Et puis, et puis, on ne peut appeler à des contrôles plus fréquents tout en dénonçant une réglementation plus contraignante.

Ceci dit, comme aurait dit De Gaulle, on les a compris les petits entrepreneurs du BTP !
C’est vrai que la fiscalité des entreprises est à revoir, malgré quelques avancées dans l’égalité de traitement contenues dans la loi de finances 2014. Il s’avère que les petites entreprises demeurent soumises à l’impôt plus douloureusement encore que les grandes. Sans compter que ces dernières, c’est bien connu, sont plus habiles à l’optimisation fiscale, pour ne pas dire à l’évasion paradisiaque.

Quant « aux charges étouffantes », la fédération du BTP pourrait se montrer plus juste. Je suppose que ces petits patrons évoquent-là les cotisations sociales qui rappelons-le sont destinées à financer la sécurité sociale dont tout le monde profite encore, y compris ces patrons qui confondent "charges" et cotisations sociales.

On note que la fédération semble se féliciter de la suppression des "charges" (encore!) de la branche famille. A sa place je me méfierais. Car si l’on veut la sauvegarder la branche famille, il faudra bien la financer : soit par l’impôt, soit par la raréfaction de la dépense publique, dépense publique qui entre autres choses fait marcher les entreprises du BTP.

Je vous avais dit que c’était une histoire de serpent qui se mord la queue.

Il y a des façons néanmoins de sortir de ce cercle vicieux, une autre politique est possible, en augmentant les bas salaires par exemple pour sauvegarder une demande intérieure agressée par l'austérité, ou en planifiant un vaste programme national de création de logements sociaux. On nous dit qu’il en manque.

Mais là est une autre histoire, celle des si...
Si les media écervelés cessaient de vilipender la dépense publique...si le SMIC pouvait être sensiblement augmenté pour relancer la consommation...

Si mémé ou le président en avaient...


JMG








mardi 28 janvier 2014

Guy Mollet était-il d'extrême-gauche ?

...comparé à Hollande, on peut se le demander, du moins sur le plan de la politique économique.

Baisser le coût du travail, voilà le maître mot, la nouvelle frontière, le nouvel horizon à atteindre, et ce gouvernement, pourtant élu par le peuple de gauche comme on disait à l'époque de Mitterrand, est à l'oeuvre pour satisfaire cette immense ambition. Quelle misère !

La France, contrairement à l'Allemagne dont l'activité économique a toujours été traditionnellement tournée vers l'exportation, trouve principalement son ressort sur son marché intérieur. Dans ce contexte une politique de l'offre qui se fonde sur une illusoire libération de l'entreprise, voulant imiter l'Allemagne peut-être, est inappropriée pour relancer l'activité. Réduire le "coût du travail", les salaires en réalité, est une aberration économique, d'autant plus que le chômage de masse que nous connaissons, lequel contrairement aux "engagements" ne cesse d'augmenter, constitue de fait un abaissement du coût du travail celui-ci se faisant de plus en plus rare.

Les trente-cinq milliards d’euros, ou trente on ne sait plus, annoncés à grand frais par le Président pour "aider" les entreprises et augmenter leur marge seront d'une efficacité des plus aléatoires. D'autant que tout ceci sera financé par une contraction des dépenses publiques de cinquante milliards qui ne seront plus injectés dans le circuit économique. Et bonjour les coupes sombres dans les services publics !

Sur le front des marchés extérieurs, on oublie simplement que les entreprises, avant d'être des victimes  de "charges salariales", sont à la merci d’une hausse anti-compétitive du cours de l’euro. La diminution des marges des entreprises, réelle en effet, provient d'abord d'une baisse de la demande et de l'activité. Elle a peu à voir avec une hausse de ce qu'on nomme abusivement le coût du travail.

Le gouvernement ferait mieux de chercher, entre autres solutions et comme le revendique la CGT, dans une baisse décisive du (sur)coût du capital qui ne cesse depuis des décennies d’augmenter, hausses des dividendes qui n’ont rien à voir avec l’investissement des entreprises et qui au contraire le tuent.

Il faudrait s’attacher plutôt à l’avènement d'une autre fiscalité plus égalitaire, plus respectueuse de la diversité des entreprises, ou bien encore à une réglementation plus contraignante de la finance, et en finir avec le sacrifice des entreprises au grand profit de financiers cupides qui jouent contre l’activité et l’intérêt général. 
Pour ça, il faudrait un peu de courage politique.

Le courage c'est ce qui manque. On se souvient de la mine déconfite, cocufiée de François Hollande tout neuf président de la république, après que Merkel, en mai juin 2012 lui eut signifié que jamais ne serait renégocié le pacte budgétaire. Même le volet croissance que voulait Hollande, ne serait-ce que pour des raisons de communication politique intérieure, en réalité volait en éclats. La France, par la volonté de l'Allemagne, se mettait elle-même les fers aux pieds et continuait tristement sur le chemin d'une austérité servant uniquement la valeur monétariste de l'euro, aux dépens de l'emploi.

La solution que choisit le gouvernement pour combattre la crise est pour le moins étonnante pour un pouvoir élu à gauche, et mortifère pour le pays. On écarquille les yeux, la stupéfaction est grande devant de tels reniements. Au lieu de se mobiliser et se battre pour la réduction du temps de travail  par exemple autour de laquelle pourrait se faire un vrai compromis social, on fait des yeux doux et capitulateurs  en direction du Medef pour un pacte de responsabilité à sens unique.

La vision libérale a triomphé au gouvernement. On retiendra de Hollande qu'il a viré sa cuti sitôt élu, il le confirme aujourd'hui sur fond de renaissance de la droite extrême. A quoi joue-t-il ? Ou entraîne-t-il la gauche, et avec elle le pays ?

JMG

lundi 19 novembre 2012

Le puits sans fond

Qui a dit que les entreprises européennes, globalement, étaient en difficulté ? Une immense niche fiscale leur est pourtant offerte aujourd'hui en France alors que rien ne dit que cette manne financière servira à l'investissement, à l'innovation ou à la recherche. Les exonérations sociales ou fiscales dont elles ont jusqu'à présent bénéficié auraient plutôt servi au rachat d'actions ou à la distribution de dividendes ou, comme on le voit ici, à la simple thésaurisation. Les 20 milliards, ou plus, du "pacte de compétitivité" servent-ils vraiment l'intérêt général ?

JMG