lundi 22 juin 2020

à bout, la révolte

Seuls les inconscients, parce qu'ils auront été perméables à la propagande de ce gouvernement, n'auront pas été touchés par la souffrance physique et plus encore morale de cette infirmière interpellée par la police le 16 juin au cours d'une manifestation pour la défense de l'hôpital public.
Sa photo, où on l'a voit encadrée sans ménagement par des policiers armés et casqués, aura fait le tour des réseaux sociaux.

Comme l'ensemble de ses collègues cette infirmière a été pourtant pendant plusieurs semaines parmi ceux et celles qui ont fait front contre la pandémie dont d'ailleurs elle-même a été victime. Comme si cela ne suffisait pas elle est aussi la proie d'un pouvoir qui s'acharne contre elle sur le plan judiciaire.
Elle passera le 25 septembre devant le tribunal correctionnel pour outrage et violence sur personne dépositaire de l'ordre public.

Ainsi donc les rôles sont inter-changés, les media ont retenu de Farida, c'est son nom, l'image d'une délinquante qui jette aux forces de l'ordre des morceaux de bitume que l'on confondra opportunément avec des pavés pour mieux faire passer ce message : tolérance zéro pour tous ceux qui résistent, y compris ceux qu'E.Macron a qualifié dans son infinie reconnaissance de "héros".

Il faut bien faire oublier à la population l'essentiel. Ce gouvernement, il est vrai qu'il n'est pas le premier, continue d'affaiblir l'hôpital public, encore 600 suppressions de postes annoncées au CHRU de Nancy par exemple, hôpital public qu'il entend privatiser à terme, pour en faire un  endroit privilégié de marchandisation au lieu de le considérer prioritairement comme un havre de secours et de soins.

Au lieu de répondre concrètement et efficacement à des revendications légitimes, il interdit les manifestations et fait donner sa police dont il ne condamne qu'au bout des lèvres les violences avérées de certains de ses membres.

L'image était trop belle de cette militante prise en flagrant délit d'outrage aux forces de l'ordre. Cela fait de Farida une double victime, victime comme personne soignante maltraitée institutionnelle dans son travail, victime comme citoyenne non autorisée à exprimer un désaccord profond et durable.

Mais alors pourquoi ce geste qui, au plan médiatique et légaliste, la disqualifie ? C'est que la coupe est pleine, c'est que le dégoût remplace ou empêche la raison, c'est que l'irrésistible révolte emporte tout souci de son propre ménagement.
Cette infirmière, invisible pendant la lutte qu'elle a menée contre la pandémie avec ses collègues, entendait être enfin visible non pas par besoin d'une improbable notoriété, mais par désespérance, par une déception extrême qui peut se muer en haine envers des gens "responsables" qui la maltraite elle-même et son métier.

D'où ces gestes qui ne sont pas ceux d'une criminelle.

La responsabilité en incombe à ce pouvoir qui ne négocie pas, qui impose ses vues, qui réprime, qui nie la démocratie sociale, au risque des révoltes et des violences qu'il suscite lui-même.

La violence n'est pas du côté des plus faibles.

JMG



mardi 9 juin 2020

Lons-le-Saunier : 28 juin, second tour municipales 2020

  Communiqué Gauche Démocratique et Sociale Jura            


 Le 28 juin se tiendra le deuxième tour des municipales à Lons-le-Saunier comme dans de nombreuses villes en France.
Nous déplorons que les collectivités territoriales, et les communes en premier lieu, soient sous contraintes budgétaires, affaiblies qu’elles sont par les baisses de dotation de l’Etat central. Elles ont à subir également les effets d’une politique fiscale injuste imposée par un gouvernement sourd à imposer de véritables réformes qui pourraient être bénéfiques à l’ensemble de la population.
Au contraire les contre-réformes prescrites ou accélérées par le gouvernement sont autant de marches en arrière comme celles qui touchent et affaiblissent depuis des années l’hôpital public et l’ensemble des services publics.
C’est pourquoi ces élections doivent être aussi l’occasion de dénoncer ceux qui soutiennent ces politiques, comme à Lons-le-Saunier la liste conduite par un pilier  de la République en Marche.
Au terme d’une campagne électorale, confuse à bien des égards, deux listes sont en présence, la liste C. Bois soutenue par LREM et J. Pélissard d’une part, et d’autre part une liste d’union de gauche conduite par JY. Ravier.
La Gauche Démocratique et Sociale  appelle à voter pour la liste Ravier soutenue par le PC, le PS et EELV. Cette liste a su travailler pour un projet municipal qui doit rassembler les citoyens de Lons-le-Saunier attachés à une ville davantage sociale et écologique, valeurs que la gauche démocratique et sociale défend naturellement.

A Lons-le-Saunier, le 9/06/2020

vendredi 5 juin 2020

Municipales : on ne gagne rien à trop perdre

On ne peut le nier, et le reconnaître devrait constituer le début d'une solution et mieux encore d'une résolution, les résultats du premier tour des municipales à Lons-le-Saunier ne sont pas bons pour la gauche.

Je veux parler d'une gauche de transformation (voire de conservation) sociale qui soit d'emblée résistante devant les coups de butoir d'un néolibéralisme dont les ravages nous sont apparues évidents lors de cette crise sanitaire. De celle-ci, semble-t-il, ni le gouvernement actuel, ni son opposition de droite classique, ne veulent reconnaître et combattre les  raisons profondes. 

Ainsi par exemple, l'hôpital public a fait les frais d'une austérité qui depuis trente ans n'a pas manqué de s'accroître. Les moyens donné aux hôpitaux publics ont diminué alors que la population française a sensiblement augmenté. Des dizaines de milliers de lits ont été supprimés, près de cent mille en trente ans, de même que de nombreux postes de soignants. Cette politique désastreuse a fait peser, sur les services des urgences notamment, tout le poids et les souffrances d'une austérité imposée et inutile.

Les élections municipales se jouent donc dans ce contexte. Elle ne peuvent, elles ne doivent pas être divertie de cette réalité économique et politique dont les responsables doivent être, si on ose dire, distingués.
Les responsables ce sont tout ceux qui, de leurs localités respectives, ont soutenu ces politiques, comme celle de la tarification à l'activité par exemple laquelle, de fait, favorise la privatisation rampante ou franche de l'hôpital public.
Ces politique doivent être condamnées à tous les niveaux, et donc à l'occasion aussi des élections locales.

Voici donc rappelés ces résultats du premier tour à Lons-le-Saunier:

liste C.Bois soutenue par le maire actuel (LR) : 36,22%
liste J.Y Ravier (PS, EELV,PC, société civile) : 29,99%
liste J.Huet (divers droite, dissident) : 21,01%
liste C.Perny (divers gauche?, ancien PS, ancien Macroniste mis à l’écart) : 7,66%
liste G.Revy (liste citoyenne soutenue par LFI) : 3,61%
liste J.Morel (LO) : 1,52%

Bien sûr, et pour paraphraser Lénine, l'arithmétique est têtue. La liste Bois est proche de l'emporter, je doute que les voix de J.Huet, en dépit de toutes les velléités de recomposition ou décomposition de listes à droite, se porte en tout ou partie significative sur la liste Ravier. 

De même que je ne m'attends pas à ce que les 7,66% des électeurs déçus de C.Perny se portent comme un seul homme ou femme sur cette même liste.

Quant à aux voix de la liste "citoyenne" soutenue par Lfi, elles ne sont pas en mesure, de par leur nombre, de se faire décisives.  Le refus de l'unité lui aurait-t-il été fatal ? Ou bien La France Insoumise ne se serait-elle pas donnée les moyens de prendre au sérieux ce scrutin municipal ? J'en prends ma (petite) part de responsabilité.
Dommage, car une gauche structurée sans une gauche alternative sur laquelle s'adosser, n'est rien.

Cette situation difficile est aussi le produit de la confusion idéologique dont ces gauches sont victimes depuis un certain nombre d'années. On en voit ici à Lons-le-Saunier, les répliques locales. Pourtant le bilan de l'ère Pélissard, après trente ans de règne sans partage, n'est pas si brillant, il aura même été destructeur comme par exemple la liquidation de la MJC. Sa réussite est essentiellement politique, il aura fait de son électorat un roc à toute épreuve, même à celle d'une apparente division de la droite. 

La confusion localement est même illustrée, de manière baroque et caricaturale, par la présence dans la liste Bois de J.P.Huelin, de P. Petitjean, ancien(ne)s du PS, qui se sont ralliés au centre-droit pour garder leur place ou pour avoir mieux. Et je ne parle pas de la députée D.Brulebois qui du PS est passée sans coup férir à la LREM. Je le dis en passant : il n'est pas de vraie politique sans un peu de morale.

Confusion encore avec la présence ambiguë  au premier tour de C.Perny qui après avoir appartenu au PS, a rejoint LREM pour ensuite en être plus ou moins rejeté.

Oui, rien qu'à le dire c'est compliqué, complication de nature à décourager plus d'un électeur, tenté plutôt par la pêche à la ligne.

Il apparaît, au cours d'une campagne bien singulière pour cause de pandémie, que la liste Ravier aura fait un travail collectif intéressant. portant un projet municipal plutôt cohérent.
Sans autre dynamique, cela suffira-t-il ? Ce qui est certain c'est qu'on retrouvera au conseil municipal au moins les quatre ou cinq noms de l'actuelle opposition municipale issue de la liste M.H Duvernet* de 2014, (à part le PC qui s'était à raison présenté seul à l'époque).

Une victoire est donc bien incertaine, même en comptant sur le retour des abstentionnistes.
Mais il reste un espoir, et donc il faut le jouer, il faut battre la droite. Pour ma part le 28 juin je voterai pour la liste Y. Ravier.

JMG


*lequel, avec l'appui de C.Perny, s'étaient allègrement affranchis des règles d'un parti socialiste qui ne s'en est jamais véritablement remis. 








mercredi 20 mai 2020

Comment (se) payer la tête des héros

Le gouvernement a donc consenti à ce qu'une prime exceptionnelle soit versée aux personnels soignants pour les remercier de leur mobilisation sans faille lors de la crise sanitaire. Elle irait de 300 à 1000 euros, voire plus,  des écarts importants selon les hôpitaux, les fonctions exercées, selon qu'on soit médecins, infirmières, aide soignants, selon les régions...Et pas selon le temps qu'il fait ?

Outre celles dont bénéficieraient certains salariés du privé, tout aussi aléatoires, au bon vouloir de leur patron, des primes seraient également versée aux personnels des collectivités territoriales en lien direct avec le public ou lors d'activités susceptibles de les avoir mis en contact avec le Coronavirus. On parle même de primer certains enseignants, ceux en particulier qui se seraient occupés, pendant la crise, des enfants des soignants. 

Une prime est toujours bonne à prendre. Et on la prend, surtout lorsqu'on perçoit un petit salaire. Mais elle cache la misère et révèle les insuffisances voire les arrière-pensée d'un pouvoir qui n'ose avouer "en même temps" d'autres buts que ceux d'améliorer le sort des personnels.

Ces primes risquent de créer de nouvelles injustices, de nouvelles iniquités dans une opacité pas moins épaisse que celle que vit aujourd'hui l'ensemble des agents faisant fonctionner les services publics.
Ces primes s'apparentent davantage à des actes charitables au plus mauvais sens du terme, loin de la solidarité qui devrait, pour être efficace, se fonder sur une réelle et authentique politique de rémunération élaborée de concert avec les personnels concernés et leurs organisations syndicales.

En outre, dans la mesure où elles sont le plus souvent exonérées de cotisations sociales, elles réduisent le salaire brut  et entravent le financement de la sécurité sociale laquelle alimente les ressources de l'hôpital public. La boucle infernale austéritaire est bouclée !

Charitables ces primes, comme ces médailles que le pouvoir avait eu l'idée surannée et surréaliste de décerner à ceux qui méritaient la reconnaissance éternelle de la nation.
On passe sur ce ramassis de députés LREM, ravis de la crèche, emportés par un élan d'autant plus irrésistible qu'il doit venir des autres, et surtout pas d'eux-mêmes, ces députés qui proposaient que les salariés puissent faire don de leur congés aux personnels soignants. 

Cela en dit long sur un pouvoir déjanté qui n'imagine pas que les gens exerce leur métier d'abord par conscience professionnelle, et que leur revendication porte avant tout sur des moyens et des effectifs en nombre suffisant, ou sur une reconnaissance qui se traduise par des hausses pérennes de rémunération, et non pas par des breloques ou de la générosité déplacée.

N'est-ce pas là mépriser tous ces salariés ou ces agents qui ont le sens du service public ? Le sens de l'intérêt général manque au gouvernement attaché plutôt aux valeurs incertaines d'une "start-up nation" qui  n'a  su montrer aucune efficacité face à la crise sanitaire.

Question des rémunérations, le gouvernement a déjà les outils pour remédier à une situation qu'il a lui-même créé, il suffirait, s'agissant des fonctions publiques, de revaloriser comme il se doit le point d'indice qui permet que les traitements ou salaires suivent le coût de la vie.
Ainsi depuis juillet 2010 la perte de pouvoir d'achat du point d'indice  par rapport à l'indice des prix à la consommation est de l'ordre de 8,50%. Pour une infirmière par exemple cela représente une perte moyenne de 200 euros par mois.
Les pertes cumulées depuis 10 ans pour un salaire moyen de la fonction publique s'élèvent à 6000 euros environ. On est donc très loin de ces primes octroyées par le gouvernement Macron. On ne s'étonnera donc plus que la France se situe si mal au classement mondial pour les rémunérations des personnels soignants.

Mais il y a plus grave encore. La question qui se pose à la fonction publique hospitalière se pose à l'ensemble de la fonction publique. Le gouvernement, en privilégiant des primes aléatoires plutôt que des revalorisations pérennes des salaires ou des carrières, ne poursuit-il pas l'affaiblissement de la fonction publique, préalable à une stratégie de dépérissement de l'Etat dont nous voyons les ravages tous les jours, notamment en matière d'aménagement du territoire ?

S'agissant du secteur privé la problématique n'est pas bien différente, le mépris est le même avec la complicité d'organisations patronales incapables de voir à quel point leur propre intérêt pourtant se conjugue avec celui de leurs salariés.
L'urgence serait pourtant de revaloriser le Smic en le portant à 1800 euros brut de manière à rattraper ici aussi une perte de pouvoir d'achat préjudiciable à une reprise économique harmonieuse et égalitaire.

Il est temps que le pouvoir prenne la mesure de la crise et que le monde d'après, comme on dit, ne soit pire qu'aujourd'hui.

JMG





jeudi 7 mai 2020

Surveiller ou punir, ou les deux

Georges Orwell*, dans son livre autobiographique "Dans la dèche à Paris et à Londres", décrit la façon dont était traités les vagabonds, qu'on appelait aussi les chemineaux, dans l'Angleterre des lendemains de la guerre 14-18 puis au cours des années vingt et trente du siècle dernier.

Sans domicile fixe, sans travail, ces hommes ou ces femmes étaient condamnés éternellement à faire le tour du pays cheminant ainsi de gîte en gîte. Le temps de ces séjours y était limité, il fallait éviter que ces vagabonds, pour des raisons sanitaires ou sociales, s'incrustent où que ce soit.

Les chemineaux étaient donc tenus d'errer d'asile en asile. Vagabonds par obligation dans un circuit infernal, ils étaient encadrés par les employés de ces asiles et surveillés par la police, de façon quasi-captive, bien que toujours en mouvement sur les routes.
Ainsi le pouvoir les enfermait dans cette course sans fin. Ils ne pouvaient en sortir que s'ils retrouvaient enfin un travail qui puisse les remettre cette fois dans le circuit productif exigé par la société industrielle et capitaliste.

Les temps ont changé. Mais nous sommes nous aussi surveillés. Faute de vigilance collective cette surveillance pourra finir de nous dévorer, favorisée voire sanctifiée par cette autre exigence ré-apparue récemment, tout aussi brutale, l'exigence sanitaire.

Ainsi des drones ont pris l'air pour surveiller les sentiers de randonnée, des drones gendarmes  pour vérifier que personne ne commettre le crime de longer les rives du Lac des Rousses dans le Haut-Jura.
On a même vu des hélicoptères, sur la côte Atlantique, survoler des passants pour leur commander de quitter des plages sur lesquelles ils se promenaient. Le ridicule, même héliporté et dispendieux, ne tue pas. Les velléités de contrôle des populations sont toujours aussi vives de la part de tout Pouvoir et du nôtre en particulier.

C'est pourquoi il faut saluer à cet égard les actes de résistance, encore trop rares, contre cette société de surveillance qu'on voudrait plus ou moins discrètement nous imposer.

Comparaison n'est pas raison, nous ne sommes plus au siècle dernier ni même encore en "1984", et pourtant...A Lons-le-Saunier, zone rouge de l'audace en la matière, le Maire de la ville qui ne parvient pas à quitter son fauteuil de maire depuis déjà quelques mandats, tient lui aussi à son projet de télésurveillance.
En février dernier le conseil municipal votait donc sans trop de problèmes, dans un élan majoritaire absolu dont notre démocratie française a le secret, une convention entre l'Etat et la ville pour la mise en place de cette vidéo-protection.
Comme si à Lons-le-Saunier la violence à feu et à sang se rencontrait à tout bout de rue. Comme si il n'y avait d'autre solution qu'une surveillance inefficace pour imposer une paix civile qui d'ailleurs ne fut jamais réellement menacée.

Il est heureux que Julien Da Rocha, citoyen de la ville, technicien forestier de son état, "gilet jaune" d'où ses quelques ennuis, conteste ladite délibération pour la raison que cette décision n'avait pas été précédée d'une étude d'impact qui concerne la protection des données personnelles.
Bien que tout à fait justifié, ce recours a valu à son auteur de se faire traiter de "délinquant" par le Préfet**, celui-ci oubliant la neutralité qui l'oblige en tant que représentant de l'Etat dans le département.

Le moyen de droit invoqué devrait aboutir au retrait de ladite délibération. Cette lutte doit être saluée en défense des droits et liberté des personnes et des citoyens que nous sommes.
Ces droits sont aujourd'hui trop souvent bafoués au nom d'une sécurité qui s'avère n'être qu'une chimère.


JMG

* l'auteur de 1984, c'est bien le même
** La Voix du Jura en date du 30 avril dernier

dimanche 19 avril 2020

Le peuple brièvement, pour parler d'autre chose

(D'abord permettons pour une fois qu'on ne parle pas de coronavirus ou d'autre malheur inattendu ou surprenant.)

Le peuple, si on voulait en risquer une définition, bien imparfaite au demeurant, est à la fois objet et instrument du pouvoir.
On peut, en s'arrogeant le droit d'être son porte-parole, et c'est le but de tout politique, lui faire dire ce qu'on l'on veut, et il y a donc en lui de la passivité. Il subit le plus souvent, et ce faisant peut devenir tout à la fois acteur, victime ou bourreau.

Affirmer ou souhaiter que le peuple se soulève commande de suite d'indiquer quel peuple précisément se soulève, au nom de quoi, pour quels desseins ; en somme de quel peuple il s'agit.

C'est qu'il ne faut jamais prendre le peuple pour n'importe qui.

Il est moral, et donc nécessaire, de tenter de dire quel est ce peuple, celui dont on voudrait qu'il fasse l'Histoire, et pas n'importe laquelle. Le peuple mérite toujours d'être précisé. Ou, mieux encore, mérite qu'on lui laisse lui-même le soin de se préciser, en liberté. Mais l'occasion est rare. L'Histoire (ou le Pouvoir) à cet égard se sont toujours montré réticents à lui lâcher la bride.

C'est pourquoi l'expression "peuple de gauche" me va bien. Même si c'est à gauche, et par sa gauche, en son sein, qu'il fut le plus douloureusement trahi.
Malgré tout, le nommer ainsi est déjà la tentative salvatrice de le distinguer des démons qui sont en lui, même si c'est au prix d'une réduction désespérante.

Momentanée et illusoire réduction sans doute, mais qui indique déjà l'exigence d'une pensée politique. Pensée de gauche en l'occurrence, définie ou envisagée par l'Histoire, pensée rassembleuse, et même pensée de combat.
Une pensée qui prend le parti de défendre le monde du travail, en cela qu'il est la véritable richesse des nations, plutôt que celui du patrimoine.

Dire "peuple de gauche" c'est commencer de penser, c'est le début d'une dispute indispensable au progrès et à la transformation sociale.
En somme parlant du peuple, je comprends mal qu'on s'interdise à le nommer ou à le qualifier vraiment. C'est une grande responsabilité, au sens d'une obligation, que de donner le nom du chemin qu'on aimerait qu'il prenne. 


JMG





dimanche 12 avril 2020

Nous ne sommes pas en guerre, il ne tient qu'à nous de rester en paix

Nous ne sommes pas en guerre, malgré ce que nous en a dit E.Macron. Ce qui le voudraient sont ceux-là même qui y auraient intérêt. Nous sommes en paix et il faut tout faire pour le rester, paix sociale, paix civile, nous ne demandons que cela. Mais pour que cette paix soit durable, profonde, sereine, il s'agit qu'elle soit construite, toujours sur l'établi des luttes contre les inégalités qui sont les sources des guerres civiles ou internationales.
 
Un développement de la mondialisation telle que menée jusqu'alors n'est pas pacifique, elle se fonde sur une concurrence exacerbée dont les effets morbides se déroulent sous nos yeux incrédules aujourd'hui. On a cru jusqu'alors que la paix ne pourrait se faire qu'avec une mondialisation heureuse, mais heureuse elle ne l'aura pas été, ou pour certains seulement, bien peu nombreux et par trop puissants. 

De ce bonheur illusoire nous aurons eu surtout les inconvénients susceptibles de tuer l'humanité en nous, comme l'humanité entière.
Soyons concret, le monde d'après, s'il en est, ne pourra se permettre des échanges sans règles, et sans respect des cultures locales, sans respect des populations qui pour vivre dignement ont besoin de leur autonomie politique et économique.

C'est pourquoi il faut condamner et rompre tous les traités de libre-échange comme celui notamment du CETA (comprehensive economy and trade agreement) entre l'Union Européenne et le Canada, traités qui en supprimant les droits de douane, et en négligeant les normes sanitaires et sociales sont de nature à déstabiliser, appauvrir, faire disparaître les cultures locales.

Si l'on veut préserver la paix, il faudra plus que jamais restaurer et réhabiliter les services publics, leur redonner les moyens de fonctionner. Cette crise au moins nous aura appris qui était susceptible de se tenir en premières lignes. Il faut donc consolider ses services publics et préserver ceux qui les font fonctionner en leur rendant ou leur donnant un statut qui ne les rende pas dépendant du pouvoir politique, assurant la continuité de ces services publics quels que soient les événements, catastrophiques ou non. 

Un enseignement de la crise aura été qu'il faut donc protéger voire développer tous les secteurs non-marchands dans les domaines sensibles comme la santé, l'éducation, les transports, la sécurité...
Il s'agit aussi de préserver le monde du travail et de sauvegarder les droits des salariés en ne permettant pas toutes les remises en cause du code du travail qui leur sont imposées  sous prétexte d'urgence sanitaire. 

Pour éviter la catastrophe sociale et économique l'Etat devra garantir les revenus professionnels des travailleurs indépendants, petits commerçants, artisans etc...Il s'agit aussi d'interdire les licenciements  de manière à ne pas se séparer des savoir-faire qui se révéleront utiles en sortie de cette crise.

Il sera nécessaire de contrer les attaques de tous ceux qui veulent "faire travailler plus les Français" comme l'annonce déjà et imprudemment Roux de Bézieux, le président du Medef, qui parle déjà de supprimer les jours fériés ou des jours de RTT. Tout ça pour éponger "la dette" mot magique des néo-libéraux pour faire payer les "crises" l'ensemble du monde du travail. Dette dont il faudra bien imposer un jour l'audit et à tout le moins le moratoire, voire exiger son annulation pure et simple. 
Or on voit bien, et c'est une quasi-révélation pour certains, que la solution des crises économiques et sociales ne passe pas par l'argent qui n'est qu'une abstraction, les solutions avant tout sont politiques.
La lutte idéologique et politique est donc loin d'être terminée, au contraire, elle ne fait que commencer et elle pourrait s'intensifier dans la mesure prévisible où le gouvernement Macron n'aura pas changé pour autant miraculeusement de camp. 

C'est pourquoi en effet il est d'ores et déjà d'actualité pressante de préparer une sortie de crise qui soit de gauche. Il est nécessaire de défendre la possibilité d'un Etat stratège capable de sauver l'économie du pays tout en opérant une transition écologique en effet indispensable. Gardons de cette crise au moins les effets positifs, et qu'une révolution, si elle doit se produire, soit bien la nôtre.

De l'argent il y en a suffisamment pour faire face à la crise qui s'annonce, trop même puisqu'il n'a jamais correspondu à l'économie réelle. D'ailleurs est-ce bien là le problème ?Ainsi faut-il, pour combattre efficacement les inégalités, restaurer une véritable progressivité de l'impôt, et mettre davantage à contribution tous ceux qui jusqu'alors ont le plus profité de la financiarisation outrancière de l'économie. Il s'agit aussi bien entendu de préserver l’État social, véritable instrument de solidarité, en assurant le financement de la sécurité sociale par la sauvegarde ou le rétablissement des cotisations sociales. Ces cotisations ne sont pas des charges, ne sont même pas des dépenses publiques dont les néo-libéraux de droite comme prétendument de gauche nous rebattent les oreilles depuis des années. Auront-ils compris la leçon ? C'est loin d'être sûr.

Faire la guerre a toujours été dans l'histoire une solution de facilité. Bien plus difficile sera de consolider une paix durable et solide. Pour cela il faudra bien que les Etats interviennent eux-mêmes directement, notamment pour financer de véritables réformes de transformation sociale sans passer par les banques commerciales ou les marchés financiers voraces. Il semble que même le Royaume-Unis, pourtant chantre du néo-libéralisme, en prenne le chemin. Le coronavirus aurait-il eu raison (sur le plan idéologique s'entend) de Boris Johnson ? Sans doute pas, en bon conservateur qu'il est, mais il nous fait comprendre, sans doute à son corps défendant, où se trouve à cet égard l'intérêt général.
 
La question est de savoir si nous sommes collectivement capables de faire la paix et de garder notre démocratie.

A nous, dans l'unité politique d'une gauche retrouvée, de défendre cette paix et cette démocratie, quitte à les réinventer.


JMG





lundi 30 mars 2020

Punis et non-coupables

Les gouvernants ont le chic pour faire porter, de façon allusive et plus ou moins discrète, la responsabilité de leur impéritie sur leur propre peuple.

Les rues sont désertes mais pas seulement les rues, toute l'économie sur laquelle se fonde depuis des décennies notre société de consommation se trouve ébranlée par un coronavirus dont on ne connait rien à part les ravages qu'il opère parmi lesquels en premier lieu une bonne dose d'anxiété généralisée.

Le résultat est là, dans des rues désertes et des activités interrompues. Le gouvernement Macron quant à lui question efficacité est aux abonnés absents.
La "start-up nation" n'en finira jamais de nous décevoir. Pas de masques, pas de respirateurs en nombre suffisant pour une épidémie qui nous prend par surprise, pas assez de lits de réanimation, pas assez de médecins, ni assez d'infirmière, ni d'aides soignants, pas assez de femmes de ménage dont on voit enfin l'utilité concrète, en somme pas assez d'hôpitaux, pas assez de service au fond qui ne soit pas marchand.

C'est qu'en temps de crise la nécessité fait loi, et on s'aperçoit alors de la nécessité du "peuple" et de son existence concrète. Les gouvernants eux n'ont qu'un rôle d'accompagnement. Pire, pour continuer d'exister, ils punissent ou culpabilisent. Les gouvernants, qui ont abandonné leur pouvoir économique ont, à la faveur de cette crise étrange et inattendue, retrouvé là l'essence de leur pouvoir politique, tel qu'en tout cas ils l'envisagent : réguler, interdire, soumettre, surveiller, punir...

C'est ce même peuple qui en est victime. On est d’ailleurs étonnés de la discipline des gens devant le confinement, de leur degré d'obéissance et de leur sens à cet égard de la responsabilité sanitaire. Et ce  comme pour démentir la petite musique de fond que l'on entend sur le peu de civisme dont nos compatriotes feraient preuve, en particulier dans les quartiers que l'on dit "sensibles" et qui en réalité ne le sont que par volonté ou lâcheté politiques.

Je longeais hier, le parc des bains à Lons-le-Saunier que les autorités locales ont cru bon de fermer il y a quelques jours. Jusque-là les gens passaient encore par ce parc, sans y attarder, pour aller faire leurs courses vers l'Intermarché qui est au bout.

Pourquoi cette interdiction alors que, par souci légaliste et civique, peu de monde s'y rendaient ? Comme d'autres rares promeneurs je n'ai donc fait que de longer ce parc, dramatiquement vide, en empruntant en parallèle l'avenue Camille Prost elle aussi désertique mais désespérément grise. Puni, interdit de ce parc dont les barrières me narguaient. 

On se doit de respecter l'état d'urgence sanitaire mais on est en droit de ne pas comprendre les chemins qu'elle prend, on est en droit et en devoir de ne pas y adhérer sans un minimum d'esprit critique.
Pour nos gouvernants la tentation est trop belle d'un moyen de pression qui suit des mois et des mois de contestation politique et sociale. Le gouvernement Macron avait perdu la confiance d'une population mise en tension par des politiques anti-sociales qui précisément l'aura menée là où elle se trouve aujourd'hui.

E.Macron, E.Philippe ont mené ou continué jusqu'ici des politiques d'austérité qui ne sont pas étrangères à la situation catastrophique d'aujourd'hui. Ainsi à l'hôpital plus de 70 000 lits auront été supprimés depuis une vingtaine d'années. Et combien de postes d'infirmières dans la fonction publique hospitalière ?

Dans sa déclaration du 12 mars, pris peut-être par la panique, soudainement conscient que cette crise pouvait devenir dramatique, E.Macron annonçait : "ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché". Macron prétendait aussi que nous étions entrés en guerre.
Les hommes ne sont jamais plus sages qu'au lendemain des guerres, (fussent-elles sanitaires). Mais cette sagesse pourrait malheureusement ne pas durer longtemps.

Déjà le gouvernement paraît mettre à profit cette crise pour revenir sur des acquis sociaux tels les droits à congés, la réduction du temps de travail, le repos hebdomadaire...C'est aussi par ordonnances,  et pour une durée illimitée, faisant fi une fois encore du rôle du Parlement, qu'il entend s'attaquer à certaines libertés publiques.

Le peuple n'est pas seulement une abstraction, il n'est coupable que de ceux qu'il met ou laisse au pouvoir...Il serait honteux que ce gouvernement, loin de tirer les leçons de dizaine d'années de remise en cause systématique de l'Etat providence, et loin du discours aux actes, tire profit de la crise pour continuer de faire passer des réformes qui remettent en cause notre modèle social. C'est aussi l'interprétation qu'on pourrait malheureusement donner aux propos énigmatiques de Macron le 12 mars dernier où il annonçait le confinement généralisé de la population.

Prenons soin de nous au plan sanitaire comme au plan politique. Gardons notre distanciation sociale avec ce gouvernement comme avec tout pouvoir tenté par ses propres excès. Il en va de nos destinés individuelles et collectives.

JMG

mercredi 26 février 2020

Violence

Les "réformes" imposées ces dernières années à l'ensemble de la population française ne sont pas des réformes de progrès, elles n'améliorent ni la démocratie, ni le vivre ensemble, ni encore moins  la situation économique des citoyens que nous sommes, ni la "sécurité" dont le thème revient en force pour fonder ou refonder, en trompe l’œil, (comme on le voit à Paris avec la résurrection de Dati), une légitimité dont a besoin la droite pour se refaire une santé politique perdue. Au contraire elles ne font qu'exacerber la violence latente dans la société.

La dernière née de ces contre-réformes, celle des retraites par points, toujours en lecture forcée au Parlement, et à la merci d'un 49-3 antidémocratique, est la plus à même d'insuffler la violence dans notre société. Cette réforme va déclencher une baisse des retraites et pensions de 20 à 30 % appliquée à l'ensemble des salariés du privé comme aux agents de la fonction publique. Au sein de cette dernière, l'Education Nationale  ne serait donc pas la seule concernée. Mais c'est à elle seule que le gouvernement fait des promesses d'augmentation salariale pour compenser les pertes en matière de pension.

Cette réforme c'est du vol, du haut vol, un braquage légal, comme avait été du vol déjà la réforme voulue par Balladur en 1993. Cette loi avait allongé la durée de cotisation, uniquement pour le privé, de 37 à 40 ans, et en tenant compte des vint-cinq meilleures années au lieu des dix pour asseoir le calcul de liquidation de la retraite.
A l'époque les victimes de cette réforme n'en avait pas pris la mesure car Balladur avait pris soin de la lisser dans le temps. Par contre il y eut une sanction électorale dont ce même Balladur eut à pâtir.

Outre le projet de loi Juppé qui fut mis en échec par le mouvement social en 1995, la loi Balladur fut suivie par une autre votée en 2003 à l’initiative de Raffarin et Fillon.
Accompagné déjà par la direction nationale de la CFDT, le gouvernement d'alors s'attaquait cette fois aux pensions de retraite des fonctionnaires. Il arguait qu'il fallait se rapprocher, prétextant une mesure de justice et d'égalité, des conditions imposées aux salarié du privé par la loi de Balladur. L'allongement de la durée de cotisation qui en résultait, devait se traduire par un départ réel à la retraite à 62 ans. Je fais l'impasse sur les réformes de gauche comme de droite qui suivirent et devaient plus encore altérer un régime par répartition dès lors de plus en plus difficile à défendre.

Les réformes des retraites, devenues réflexes gouvernementaux rétrogrades, témoignent d'un long chemin de confiscation par l'Etat d'un bien appartenant, par les cotisations sociales, à l'ensemble du monde du travail. Confiscation, contrôle, appropriation définitive par le pouvoir politique central de ce qui historiquement ne lui appartient pas.
Cela signifie indirectement la mort de la démocratie sociale, pas celle défendue par une CFDT irresponsable qui défend l'idée que le syndicalisme pourrait directement intervenir dans les affaires de l'Etat dans un cadre néo-libéral, mais celle qui consiste à ce que le pouvoir économique redistributif reste d'abord l'affaire des salariés de ce pays.

On ne dirait jamais assez que les 350 milliards que représentent les pensions et retraites en France seront à la merci de fonds d'investissement au travers l'épargne-retraite que la réforme va mécaniquement favoriser. La manne financière pourra servir aux spéculateurs sans qu'elle soit avantageusement intégrée dans le circuit économique réel.

La situation est explosive, cette réforme si elle venait à se réaliser ne fera qu'augmenter une violence sociale exacerbée par la paupérisation de la population. Comment s'étonner qu'une telle réforme suscite autant de réprobation et de révolte ? Macron y va en force, tout en sachant que cette réforme techniquement et sans doute juridiquement, comme l'a anticipé et constaté le conseil d'Etat, n'est pas viable.

Espérons et exigeons le retrait pur et simple d'un texte qui ne ferait qu'installer la misère dans un pays déjà blessé par un chômage massif que le pouvoir a renoncé de combattre et de vaincre.

JMG