mercredi 30 octobre 2024

Le sabre ou le bâton

Les Israéliens auront donc « neutralisé » le chef militaire du Hamas, Yahya SInwar, assassin réputé être le cerveau du massacre du 7 octobre. Mais ce 7 octobre 2023 aura été les prémisses d’autre massacres, encore plus meurtriers, dirigés cette fois contre le peuple palestinien.

L’exécution de Sinwar se sera produite après celle du chef politique du Hamas, Ismaël Haniyeh, et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nassrallah.

Chaque jour ou presque plusieurs dizaines de Palestiniens sont massacrés, trente morts par exemple dès le lendemain de l’assassinat de Sinwar, comme pour condamner prématurément tout espoir de règlement pacifique du conflit. On ne peut donc se réjouir de la mort de Sinwar. On ne tue pas un symbole. Et le symbole est encore plus grand depuis son exécution. L’homme, juste avant de mourir, poursuivi et observé par un drone de la taille d’une mouche parait-il, guerrier jusqu’au bout, ou assassin si vous voulez, « terroriste », a lancé son sabre (qui en fait n’était qu’un bâton), non pas pour se rendre mais en dernier geste, désespéré et vain, osons le mot, de résistance.

Bien sûr, on parle d’un tueur, mais il s’agit là d’artisanat, pardon pour ses victimes, artisanat comparé à la mort quasi-industrielle délivrée par un Etat qui prétend agir au nom de la civilisation, la nôtre. C’est en effet le gouvernement Netanyahu qui tue avec le plus d’efficacité, les chiffres l’attestent, fort d’une aide étatsunienne quasi-inconditionnelle, et de l’imbattable  technologie qui l’accompagne.

On ne peut se réjouir de la mort de Sinwar pour la bonne raison qu’il n’est pas le seul responsable de la situation. Pas le seul à avoir voulu cette guerre totale qui aujourd’hui depuis s’est étendue au Liban. Netanyahu entend bien continuer sa guerre qui en marge lui permet d’échapper à la justice de son propre pays, encouragé par un gouvernement israélien d’extrême-droite et suprémaciste.

Massacre sans merci, plus de quarante mille morts dans la bande de Gaza depuis un an, et au moins trois fois plus de blessés, sans compter toutes les victimes encore ensevelies sous les décombres de bombardements aveugles. On ne mesure pas non plus l’effet retard mortifère de la destruction quasi-totale des infrastructures médicales et hospitalières.

Le 22  octobre une frappe de l’armée de l’air israélienne a eu lieu tout près du plus grand hôpital public du Liban à Beyrouth, attaque qui n’aurait d’après le journal « Le Monde » même pas fait l’objet d’un ordre d’évacuation : 18 morts dont des enfants, près de soixante blessés. Les Israéliens auraient voulu atteindre une banque du Hezbollah qui dispense des micro-crédits dans la communauté chiite. On compte déjà selon l’AFP 1550 morts au Liban depuis un mois. La fin justifie les moyens quels qu’ils soient, même les plus terribles, les plus abjects. Netanyahu et son gouvernement dépassent volontairement les horreurs commises par leurs ennemis, qu’ils appartiennent au Hamas ou au Hezbollah.

Netanyahu, en refusant plusieurs fois un cessez-le-feu, parfois au dernier moment malgré ses engagements, comme à la veille de l’assassinat ciblé de Hassan Nassrallah, continue d’alimenter cette guerre sans fin, quitte à l’étendre à l’ensemble de la région.

Le 7 octobre 2023 ne peut plus constituer la base ou le prétexte des exactions perpétrées sous nos yeux et ceux de la communauté internationale. Netanyahu fait comme s’il avait décidé de sacrifier la vie des otages, rien dans son attitude ne montre une quelconque mansuétude à leur égard, ils seront bientôt passés pour perte et profits d’un conflit devenu incontrôlé et qui désormais se nourrit de lui-même.

Netanyahu aura choisi la guerre pour la guerre sans but politique clair, fermant la porte  à toute sorte de négociation, en tuant ses potentiels interlocuteurs, faisant fi du droit international face à une opinion publique mondiale indifférente ou sidérée.

Il faut exiger des Etats-Unis l’arrêt de ses livraisons d’armes à Israël. Cela contribuerait à résoudre un conflit qui met en péril la sécurité du monde et encourage tous ceux pour qui la violence guerrière reste le seul langage.

Il est temps que le camp occidental se ressaisisse pour retrouver ses valeurs ; il est en train de les trahir dans ce conflit sans souci de justice.

La paix est urgente, et pourtant en son nom la guerre s’ajoute à la guerre dans un combat sans fin. La France dans ce moment qui aura marqué l’histoire n’est pas audible, pire elle ne dit rien ou trop peu, ou trop tard, elle ne fait même plus illusion, ayant laissé la place à d’autres acteurs aujourd’hui plus crédibles. Il est temps pour la France de reconnaître l’Etat de Palestine.

Il serait opportun de promouvoir, (et c’est dans le programme du Nouveau Front Populaire),  une diplomatie qui soit à la hauteur des enjeux pacifiques ou environnementaux. Pour cela il s’agirait de revenir sur les réformes qui ces dernières années ont abimé le corps diplomatique français.

Cessez-le feu à Gaza, au Liban, voilà ce que doit être le maitre-mot, pour une paix juste et durable, pour sauver ce qu’on appelle encore « le monde libre ». En cas d’échec les retours de bâton sont plus à craindre que les coups de sabre erratiques et désespérés.

JMG


article paru dans le numéro 319 de "démocratie et socialisme", novembre 2024


mercredi 9 octobre 2024

Echos de la haine ordinaire

 A La Seyne-sur-mer, un jour de juin entre deux fameux tours des élections législatives de juin 2024 qui suivirent la géniale dissolution de l'Assemblée Nationale par notre tout aussi génial Président de la République. Avec quelques autres camarades  nous distribuions sur le marché des tracts pour la campagne de la candidate du Nouveau Front Populaire dans une circonscription largement dominée par le rassemblement national. 

L'accueil jusque là n'avait été si mauvais même si un peu plus de la moitié des gens nous faisaient plutôt la gueule. Il y avait là des équipes d'autres bords, Macronistes, LR, RN, Centre droit etc...Tous ces gens distribuaient leur propagande dans une ambiance plutôt apaisée, échangeant, mais pas trop quand même, des traits d'humour susceptibles d'éviter la confrontation inutile.

Nous baignions dans cet état pacifié lorsque nous fûmes agressés par un gars tonitruant qui se mit à verser sa haine contre nous qui représentions le NFP. Ainsi avons nous été traités, entre autres choses, de "violeurs de petite fille juive de 12 ans". Le type, qui je le précise ne se revendiquait ouvertement d'aucun parti, faisait référence à un fait-divers particulièrement horrible, largement relayé par les chaines d'informations continues telles CNews dont on connait le sens de la nuance et l'impartialité. 

Le gars visait nommément La France Insoumise. L'amalgame, à propos du conflit israélo-palestinien, était formé. Les prises de position supposées de LFI avait prétendument entrainé ce fait-divers atroce, et l'amalgame avait ainsi été relayé à l'envi par cette presse à la bêtise complaisante et dangereuse. 

Le gars qui nous gueulait dessus avait peut-être trop bu mais son agressivité outrancière révélait les limites et les violences potentielles du débat politique en France, favorisées par un climat de haine savamment entretenu.


vendredi 4 octobre 2024

Budget pour les riches, budget de fortunes

Soixante milliards d'euros manqueraient au budget de l'Etat. C'est peu, comparé à un montant total d'environ 300 milliards, et pourtant...ils correspondent aux 60 milliards de recettes confisqués sous forme de cadeaux fiscaux de Macron aux plus riches ou aux entreprises qui font le plus de profits.

Le gouvernement Barnier entend récupérer 20 milliards par des hausses d'impôts notamment appliqués aux 300 premières entreprises, et 40 milliards par une diminution drastique de dépenses publiques.
C'est peu ? Non c'est beaucoup 40 milliards lorsqu'on sait que ce manque à gagner touchera les services publics, la richesse de ceux qui n'en ont pas, et se traduira notamment par des suppressions d'emplois, 100 000 dit-on, dans la fonction publique. Ainsi seront touchés pêle-mêle les hôpitaux, les aides sociales, les retraites, l'éducation nationale, la justice, tout qui constituent pourtant la colonne vertébrale d'un "vivre ensemble" dont on nous rebat les oreilles mais dont le pouvoir conservateur se moque.

Comment ne pas être en colère ? Cette austérité touchera les plus fragiles et sera comme à l'accoutumée, accompagnée d'une propagande mettant en avant les affres supposées d'une "dette" alimentée délibérément par des exonérations sociales ou fiscales.
Cette dette tout en enrichissant ceux qui la détiennent sera devenue le prétexte, ou le ressort quasi-imaginaire, d'une politique économique désastreuse pour l'ensemble de la population.