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samedi 29 juillet 2023

Réforme du RSA : vers la décivilisation

 « Décivilisation » : E. Macron a repris ce néologisme pour dénoncer la violence de la société. Mais il l’a cultive, il la pratique même, elle n’est pas seulement un repoussoir idéologique qu’il utilise de façon évidemment mensongère, elle est pour lui un moyen de cacher une misère qu’il entend perpétuer en continuant de « réformer » un pays pour qui précisément la notion de réforme a perdu tout son sens. Dans une certaine continuité néo-libérale,  la « réforme » est synonyme de déclassement aussi bien collectif qu’individuel. Elle est même devenue pour beaucoup le signal douloureux de la colère,  voire l’aspiration inéluctable à la révolte.  Les « réformes » successives des retraites, et plus singulièrement la dernière en date, resteront dans l’histoire sociale comme une illustration des impérities  gouvernementales en la matière. Elle est là la violence.

Il est des réformes particulièrement nocives et pernicieuses en cela qu’elles ajoutent à la régression la volonté de diviser la société, plus particulièrement sur le dos des plus démunis. Ainsi en–est-il de cette « réforme » du RSA qui à l’inutilité sociale ajoute une certaine forme de démagogie consistant à désigner du doigt des gens qui, comme certains à droite le prétendent, profiteraient du système.

La réforme du RSA (revenu de solidarité active), après celle de l’assurance chômage participent de cette attaque contre la civilisation. Car une véritable civilisation, digne de ce nom, sert précisément à ne laisser personne en dehors du chemin, à donner à chacun la chance de s’en sortir lorsque les accidents de la vie découragent les plus résistants. Macron et son gouvernement, et l’ensemble de sa majorité qui d’ailleurs n’en est plus une, divise et stigmatise.

Le projet de loi prévoit que chaque bénéficiaire du RSA devra avoir une activité de 15 à 20 heures par semaine sous peine de voir leur allocation réduites ou supprimée. Les activités proposées (ou imposées) pourront être de tout type, ce qui pourra permettre aux entreprises ou collectivités d’avoir une main d’œuvre à bon marché. C’est le risque même si le gouvernement prétend vouloir aider les bénéficiaires à retrouver un vrai emploi en les encadrant mieux par un suivi plus étroit exercés par des « conseillers » ou des travailleurs sociaux. On estime qu’il faudrait recruter 40 000 conseillers supplémentaires. Qui paiera au final ? N’oublions pas que le financement du RSA aujourd’hui est essentiellement assuré par les Conseils Départementaux.

A cet égard les Macronistes ne disent pas grand ’chose sur les moyens que cette politique nécessitera, et probablement rien ne sera fait ou si peu à l’heure où le gouvernement relance la guerre aux « dépenses publiques ».

Cette absence de réalisme en la matière risque donc d’aggraver encore davantage les effets négatifs de cette énième réforme anti-sociale. Elle se dévoile qui plus est comme une opération de communication idéologique du gouvernement qui entend ainsi se rapprocher des droites extrêmes en stigmatisant tous ceux qui ne participeraient pas activement à l’enrichissement national ou qui ne feraient qu’en profiter.

Mais il est bon à cet égard de rappeler que le taux de non-recours est estimé entre 20 et 35%. C’est considérable et rien n’est fait actuellement pour encourager les bénéficiaires potentiels à faire valoir leurs droits. C’est même exactement le contraire qui se produit dans un contexte de stigmatisation des plus pauvres. Tout se passe comme si on cultivait et instrumentalisait leur honte de manière à circonscrire ce qu’E. Macron qualifiait de  « pognon de dingue ».

Alors que le taux de pauvreté est fixé à 1280 euros, ce sont 1,85 million de ménages qui bénéficient du RSA pour un montant d’un peu plus de 600 euros par mois.

Ce qu’on ne dit pas c’est que malgré leur bonne volonté beaucoup de ces bénéficiaires n’auront pu trouver d’activités. Que faire en effet lorsqu’on ne peut financer ou obtenir un permis de conduire indispensable à l’exercice de « l’emploi » proposé, quelle solution trouver lorsque généralement on ne bénéficie d’aucune facilité de mobilité, que les services publics, notamment ceux relatifs à la petite enfance, sont à ce point absents ou insuffisants pour faire garder ses enfants ? Que faire lorsqu’une succession d’échecs brise en fin de course toute volonté de s’en sortir ?

Les travailleurs sociaux mesurent chaque jour les difficultés que rencontrent ces personnes, souvent des ménages monoparentaux, pour chercher puis trouver une activité rendue artificiellement obligatoire. Cette loi si elle était adoptée se révélera foncièrement inutile au regard de l’exigence d’intégration et de lutte contre la relégation sociale.

Actuellement 40% des bénéficiaires sont inscrits à Pôle emploi. Le projet de loi dispose que les bénéficiaires du RSA nouvelle formule devront obligatoirement être inscrits à Pôle Emploi lequel s’appellera désormais « France Travail ».

La terminologie n’est pas neutre, elle témoigne d’une volonté gouvernementale de remettre enfin « la France au travail » dans un contexte où le gouvernement se plait à souligner les difficultés à trouver du personnel dans des métiers dits « en tension ».

Les personnes en RSA seront tenues désormais de signer un contrat d’engagement où seront précisés les contenus des emplois proposés ainsi que le nom du conseiller qui leur tiendra lieu de référent. A ce propos la Cour des Comptes elle-même faisait remarquer que les budgets finançant les accompagnements des allocataires avaient depuis une vingtaine d’années diminué drastiquement. Beaucoup de moyens supplémentaires seront donc nécessaires pour rattraper le temps perdu. L’Etat comme les collectivités concernées en auront-elles la volonté ? Rien n’est moins sûr.

Les travailleurs de ce pays se battent pour leur dignité, y compris surtout ceux qui se trouvent malheureusement privés d’emplois. Vouloir les mettre dans l’obligation de travailler alors qu’ils aspirent à avoir un emploi décent relève précisément de l’indignité gouvernementale. Le Revenu de Solidarité Active, après le RMI, doit être considéré comme un minimum social pour aider à vivre ou à survivre en cas de chômage.

Ces minimas sociaux ne devraient pas s’accompagner d’activités forcées. Ils doivent être au contraire prioritairement majorés et ouvrir à de véritables droits à formation facilitant le retour à des emplois stables et honorablement rémunérés.

Le recul de l’âge de la retraite à 64 ans imposée sans aucune discussion par le gouvernement ne va faire qu’aggraver les choses. De plus en plus de salariés vont se trouver en situation de précarité avant leur admission tardive à la retraite. Cela risque de poser des problèmes insolubles aux gestionnaires du RSA.

Ce dernier doit être appliqué sans condition et redevenir un revenu minimum pour, dans l’attente d’un emploi, simplement combattre la misère.

JMarc Gardère


article publié dans le numéro 306 de "Démocratie et socialisme"

vendredi 15 juin 2018

Mort aux pauvres

Emmanuel Macron dit combattre la  pauvreté,  mais il combat les pauvres eux-mêmes.
Il le fait de façon délibérée, réfléchie, sans état d'âme, fidèle à ce qu'il est. En bon communiquant il feint un discours non-officiel dans la pénombre de la préparation d'une réunion officielle, et cela devant des caméras et micros négligemment mais sciemment allumées.
Ainsi a-t-il déclaré le 12 juin dernier, de l'Elysée même, son antre, sa tanière, bien à l'abri de la situation catastrophique qu'il contribue lui-même à créer : "on met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas » révélant ainsi, à qui veut bien l'entendre, et cela aura été fait pour être entendu, que retirer ce "pognon" ne changerait rien à la situation des plus démunis.
De cette façon travaille-t-il l'opinion à la baisse drastique des aides sociales et d'une manière générale à la baisse du niveau de protection sociale dans notre pays. Il prépare les esprits à la déchirure de notre contrat social, en appliquant avec entêtement les réformes néo-libérales imposée par une Union Européenne essentiellement monétariste.

Or, les minimaux sociaux ont permis à la France de faire front avec une certaine efficacité aux crises financières et économiques qui se succèdent depuis des années et qui continuent de frapper la population dans un contexte de mondialisation déréglementée. La protection sociale sert en effet d'amortisseur à des crises dont le monde du travail n'est nullement responsable.

Il est d'ailleurs étonnant que l'on se penche sur ces supposés excès des aides sociales alors qu'en même temps on ne rechigne pas à "aider" ou assister des entreprises parmi les les plus puissantes du CAC 40.


L'argent du CICE notamment, sans compter d'autres formes d'exonération fiscale ou sociale, coûte à la collectivité au moins vingt milliards d'euros par année.

Il est établi que cet argent n'aura pas servi à l'investissement dans les entreprises, ni même à l'emploi. Où sont les un million d'emplois annoncées ou espérées par le Medef ?
Par contre, ces aides auront probablement abondé les dividendes des actionnaires lesquels en 2017 auront touché 57 milliards de plus en six mois. Dans le même temps les minima sociaux représentent 26 milliards d'euros par an.

Deux poids deux mesures, pour "un pognon dingue" en effet !

JMG




mardi 1 octobre 2013

Les chats, les chiens, et les autres


Devant l’augmentation réelle ou supposée de la mendicité dans la ville de Lons-le-Saunier ( c'est dans le Jura, ceci dit pour les Parisiens), le député-maire, déjà ému peut-être de la perspective des municipales, a recommandé à ses concitoyens de ne plus donner aux personnes faisant la manche sur les trottoirs.
Je ne pense pas que Jacques Pélissard soit inhumain, mais sans doute sa parole de gestionnaire a-t-elle pris ici, de façon bien malencontreuse, le pas sur son souci humanitaire.
Quoi qu’il en soit il a touché là quelque chose de douloureux chez ceux qui peu ou prou sont capables de mansuétude.
Car on le dit des chats ou des chiens sans collier, pour lesquels le conseil est donné parfois de ne pas les nourrir, ne leur donner ni à boire, ni à manger de peur qu’ils ne reviennent rôder autour de la maison.

Cela nous rappelle « le problème » des Roms qu’il faut bien expulser parce que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, (phrase qu’on attribue à Rocard mais sans en donner d’ailleurs jamais la suite : « mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ». Comme quoi il est toujours facile par omission de déformer les propos de ceux qu’on veut dénigrer.)
La pauvreté avance en France, de manière inexorable, et il y a fort longtemps déjà qu’elle ne vient plus exclusivement de l’extérieur, loin de là. Non la pauvreté, la misère sont de chez nous, elles ne nous sont plus étrangères.

Il est temps de réagir, et de faire plus que s’indigner de l’indifférence voire de la lâcheté d'un monde politique qui a lâché la bride aux oligarchies financières. Par la spéculation généralisée, sans plus d'entraves régulatrices, ces oligarchies jouent contre l’emploi et distillent ainsi la misère. Les liens de causalité sont peut-être lointains mais ce sont ces intérêts particuliers qui commandent aujourd’hui.

Ce ne sont pas les pauvres ni les sans domicile fixe qu'il faudrait priver de boire et de manger, ce n'est pas eux forcément à qui il faudrait couper les vivres.

JMG