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samedi 29 juillet 2023

Réforme du RSA : vers la décivilisation

 « Décivilisation » : E. Macron a repris ce néologisme pour dénoncer la violence de la société. Mais il l’a cultive, il la pratique même, elle n’est pas seulement un repoussoir idéologique qu’il utilise de façon évidemment mensongère, elle est pour lui un moyen de cacher une misère qu’il entend perpétuer en continuant de « réformer » un pays pour qui précisément la notion de réforme a perdu tout son sens. Dans une certaine continuité néo-libérale,  la « réforme » est synonyme de déclassement aussi bien collectif qu’individuel. Elle est même devenue pour beaucoup le signal douloureux de la colère,  voire l’aspiration inéluctable à la révolte.  Les « réformes » successives des retraites, et plus singulièrement la dernière en date, resteront dans l’histoire sociale comme une illustration des impérities  gouvernementales en la matière. Elle est là la violence.

Il est des réformes particulièrement nocives et pernicieuses en cela qu’elles ajoutent à la régression la volonté de diviser la société, plus particulièrement sur le dos des plus démunis. Ainsi en–est-il de cette « réforme » du RSA qui à l’inutilité sociale ajoute une certaine forme de démagogie consistant à désigner du doigt des gens qui, comme certains à droite le prétendent, profiteraient du système.

La réforme du RSA (revenu de solidarité active), après celle de l’assurance chômage participent de cette attaque contre la civilisation. Car une véritable civilisation, digne de ce nom, sert précisément à ne laisser personne en dehors du chemin, à donner à chacun la chance de s’en sortir lorsque les accidents de la vie découragent les plus résistants. Macron et son gouvernement, et l’ensemble de sa majorité qui d’ailleurs n’en est plus une, divise et stigmatise.

Le projet de loi prévoit que chaque bénéficiaire du RSA devra avoir une activité de 15 à 20 heures par semaine sous peine de voir leur allocation réduites ou supprimée. Les activités proposées (ou imposées) pourront être de tout type, ce qui pourra permettre aux entreprises ou collectivités d’avoir une main d’œuvre à bon marché. C’est le risque même si le gouvernement prétend vouloir aider les bénéficiaires à retrouver un vrai emploi en les encadrant mieux par un suivi plus étroit exercés par des « conseillers » ou des travailleurs sociaux. On estime qu’il faudrait recruter 40 000 conseillers supplémentaires. Qui paiera au final ? N’oublions pas que le financement du RSA aujourd’hui est essentiellement assuré par les Conseils Départementaux.

A cet égard les Macronistes ne disent pas grand ’chose sur les moyens que cette politique nécessitera, et probablement rien ne sera fait ou si peu à l’heure où le gouvernement relance la guerre aux « dépenses publiques ».

Cette absence de réalisme en la matière risque donc d’aggraver encore davantage les effets négatifs de cette énième réforme anti-sociale. Elle se dévoile qui plus est comme une opération de communication idéologique du gouvernement qui entend ainsi se rapprocher des droites extrêmes en stigmatisant tous ceux qui ne participeraient pas activement à l’enrichissement national ou qui ne feraient qu’en profiter.

Mais il est bon à cet égard de rappeler que le taux de non-recours est estimé entre 20 et 35%. C’est considérable et rien n’est fait actuellement pour encourager les bénéficiaires potentiels à faire valoir leurs droits. C’est même exactement le contraire qui se produit dans un contexte de stigmatisation des plus pauvres. Tout se passe comme si on cultivait et instrumentalisait leur honte de manière à circonscrire ce qu’E. Macron qualifiait de  « pognon de dingue ».

Alors que le taux de pauvreté est fixé à 1280 euros, ce sont 1,85 million de ménages qui bénéficient du RSA pour un montant d’un peu plus de 600 euros par mois.

Ce qu’on ne dit pas c’est que malgré leur bonne volonté beaucoup de ces bénéficiaires n’auront pu trouver d’activités. Que faire en effet lorsqu’on ne peut financer ou obtenir un permis de conduire indispensable à l’exercice de « l’emploi » proposé, quelle solution trouver lorsque généralement on ne bénéficie d’aucune facilité de mobilité, que les services publics, notamment ceux relatifs à la petite enfance, sont à ce point absents ou insuffisants pour faire garder ses enfants ? Que faire lorsqu’une succession d’échecs brise en fin de course toute volonté de s’en sortir ?

Les travailleurs sociaux mesurent chaque jour les difficultés que rencontrent ces personnes, souvent des ménages monoparentaux, pour chercher puis trouver une activité rendue artificiellement obligatoire. Cette loi si elle était adoptée se révélera foncièrement inutile au regard de l’exigence d’intégration et de lutte contre la relégation sociale.

Actuellement 40% des bénéficiaires sont inscrits à Pôle emploi. Le projet de loi dispose que les bénéficiaires du RSA nouvelle formule devront obligatoirement être inscrits à Pôle Emploi lequel s’appellera désormais « France Travail ».

La terminologie n’est pas neutre, elle témoigne d’une volonté gouvernementale de remettre enfin « la France au travail » dans un contexte où le gouvernement se plait à souligner les difficultés à trouver du personnel dans des métiers dits « en tension ».

Les personnes en RSA seront tenues désormais de signer un contrat d’engagement où seront précisés les contenus des emplois proposés ainsi que le nom du conseiller qui leur tiendra lieu de référent. A ce propos la Cour des Comptes elle-même faisait remarquer que les budgets finançant les accompagnements des allocataires avaient depuis une vingtaine d’années diminué drastiquement. Beaucoup de moyens supplémentaires seront donc nécessaires pour rattraper le temps perdu. L’Etat comme les collectivités concernées en auront-elles la volonté ? Rien n’est moins sûr.

Les travailleurs de ce pays se battent pour leur dignité, y compris surtout ceux qui se trouvent malheureusement privés d’emplois. Vouloir les mettre dans l’obligation de travailler alors qu’ils aspirent à avoir un emploi décent relève précisément de l’indignité gouvernementale. Le Revenu de Solidarité Active, après le RMI, doit être considéré comme un minimum social pour aider à vivre ou à survivre en cas de chômage.

Ces minimas sociaux ne devraient pas s’accompagner d’activités forcées. Ils doivent être au contraire prioritairement majorés et ouvrir à de véritables droits à formation facilitant le retour à des emplois stables et honorablement rémunérés.

Le recul de l’âge de la retraite à 64 ans imposée sans aucune discussion par le gouvernement ne va faire qu’aggraver les choses. De plus en plus de salariés vont se trouver en situation de précarité avant leur admission tardive à la retraite. Cela risque de poser des problèmes insolubles aux gestionnaires du RSA.

Ce dernier doit être appliqué sans condition et redevenir un revenu minimum pour, dans l’attente d’un emploi, simplement combattre la misère.

JMarc Gardère


article publié dans le numéro 306 de "Démocratie et socialisme"

samedi 21 octobre 2017

Chômage et atteinte à la santé

Le chômage en Europe est devenu endémique, et s’accroît d’année en année. Les politiques menées depuis des années sont censées le combattre mais en réalité l’aggravent en développant les inégalités et la paupérisation générale de la population.
On le voit en France avec la politique fiscale du gouvernement qui est en passe d'instituer, entre autres cadeaux aux plus riches, la suppression quasi-totale de l'ISF ainsi qu'une "flat tax" (prélèvement forfaitaire unique) qui permet de limiter à 30% l'imposition des revenus du capital.

Ces politiques d’austérité et d’inégalité, tout comme la flexibilisation du marché du travail,  conduisent à un chômage et une pauvreté qui deviennent insoutenables pour les populations touchées.
 L’Inserm (institut national de la santé et de la recherche médicale) a récemment produit une étude qui recense plus de 10 000 décès par an imputables au chômage.
Au chômage, on perd son salaire, sa dignité mais on perd aussi sa santé. Cela se traduit souvent par du stress, de l’hypertension, de l’addiction à l’alcool et au tabac et par un terrain propice à des maladies chroniques dont le cancer.
 L’institut de veille sanitaire pointait une augmentation moyenne de 1,5 % de suicides pour une augmentation de 10% du chômage.

Au delà des statistiques, le chômage est d'abord une souffrance dont notre société politique doit prendre la mesure pour mieux le combattre. Que cela incite nos gouvernants dont le premier d’entre eux, l’actuel président de la république, à ne pas user de propos vexatoires et désobligeants envers ceux qui précisément se battent pour conserver leur emploi.

Et surtout on peut appeler ces "responsables" gouvernementaux ou  à ne pas ajouter de la souffrance à la souffrance, ou du malheur au malheur, en intensifiant le contrôle des chômeurs, en les accusant comme l'a fait Castaner le porte-parole du gouvernement, de vouloir "toucher des indemnités chômage pendant deux ans pour partir en vacances", et donc en les rangeant parmi les pestiférés d'une mondialisation décidément coupable et meurtrière.
                                                                 JMG                                                          
sources : cese

samedi 7 novembre 2015

Grosse bourde chez Bourdin

Que la nouvelle ministre du travail ne connaisse rien, ou pas grand chose au Code du Travail, finalement ce n'est pas trop grave, elle n'a pas fait l'ENA et ne sait donc pas répondre aux questions dont elle n'a pas la réponse.

Je me suis mis à la place Myriam El Khomri, ministre du travail presque malgré elle. C'est vrai qu'il ne doit pas être si facile, assez vexant même, de se faire piéger par un Gourdin au moins aussi ignorant et imbécile que soi-même. Mais lui au moins n'est pas ministre ! Il est juste à RTL, et a donc beaucoup d'excuses ou "à décharge" à faire valoir.

Reste le problème de fond, en dépit de cet épisode qui pourrait cacher ce qui au fond fait le plus mal : comment a-t-on pu de la sorte mettre au premier rang du débat public la question du Code du Travail alors que d'autres priorités pourraient et devraient être stratégiquement mises en avant de la part d'un gouvernement...de gauche ?

Pardon de remuer le couteau dans la plaie mais...quelle irresponsabilité ou quelle traîtrise, au mieux quelle inconscience, ont pu être assez puissantes pour transformer la défense du monde du travail, pourtant une des missions essentielles de la gauche, en des attaques quasi-obsessionnelles contre le Code du Travail ? Et tout cela,bien entendu, avec la bénédiction et les encouragements d'un Medef qui n'en demandait pas tant. Ce code du travail, qui n'est pas moins complexe ou volumineux que le Code du Commerce, n'est-il pas fait précisément pour compenser le rapport de subordination entre l'employeur et l'employé, pour le rendre plus vivable ?

Et donc ce n'est pas cette ministre que j'accuse d'incompétence, mais c'est bien Rebsamen par exemple, le père géniteur des fameux trois CDD en 18 mois qui furent à l'origine des questions de Bourdin : car il faut être complètement à l'ouest pour croire que la précarisation des plus jeunes sera de nature à combattre le chômage. C'est le contraire qui se passera ! C'est aussi Macron, Valls, Hollande que je soupçonne de traîtrise et d'incompétence, ce sont eux les responsables, ce sont eux qu'il faut blâmer en premier.
Car l'affaire est grave, et en effet elle n'est pas fini, la destruction en règle du code du travail ne fait que commencer ne serait-ce que parce que bientôt, trop tôt, le mimétisme et la surenchère aidant, la droite pourrait revenir avec une volonté plus que jamais destructrice des droits des salariés.

Non content de la précarisation de la jeunesse, le gouvernement prévoit, pour rendre plus "fluide" le marché du travail, de donner la priorité aux accords d'entreprise au détriment de la loi. Cette remise en cause de la hiérarchie des normes, bien qu'elle ait été démentie par Manuel Valls, risque d'être catastrophique pour l'emploi. Comme se plaît à le répéter Gérard Filoche, "autant de contrat que possible, mais autant de loi que nécessaire", car la loi reste l'ultime rempart contre l'arbitraire des employeurs lesquels aujourd'hui sont eux-mêmes souvent confrontés aux exigences et à la dictature des financiers.

En ces temps de crise endémique, revenir sur les droits collectifs des salariés, faciliter de fait le recours aux licenciements ne favorisera pas pour autant les embauches. Les négociations n'ont pas commencé mais cela n'a pas empêché Valls (communiqué de la CGT en date du 4 novembre) d'indiquer que la réécriture annoncé du Code du travail ne se ferait pas à droit constant.

Comme quoi la simplification du code n'est qu'un prétexte grotesque et mensonger pour cacher le recul des droits des salariés au nom de la compétitivité des entreprises qui pour autant ne reviendra pas. Et pas, en tous les cas, parce que le Code du Travail aurait perdu dans la course quelques grammes ou quelques pages.

JMG




samedi 24 octobre 2015

La réforme territoriale, une stratégie du choc à la française

Standard & Poors, l'agence de notation, s'intéresse aux régions qui vont passer, aux termes de la loi NOTRe (loi portant nouvelle organisation territoriale de la République), de vingt-deux à seulement treize.
Continue-t-on ainsi à vouloir imiter l’Allemagne ? Alors même que le poids budgétaire des régions françaises restera, malgré la réforme, ridiculement bien inférieur à celles d'outre-Rhin ?
Réforme phare, voire pharaonique, qui n'était pas prévue dans les soixante propositions du candidat Hollande, mais réforme qui présente l'avantage de faire oublier, peut-être !, le désastre de la politique économique actuellement menée. L'accroissement indéfectible d'un chômage de masse, on le sait, n'est pas l'effet du hasard, c'est bien le résultat d’une politique d'inspiration néo-libérale qui sape le moral de l'ensemble de la société.
Les souffrances qu'endurent les chômeurs, qui par ailleurs seront encore plus contrôlés, ne mériteraient-elles pas qu'on s'y attarde sérieusement ? A la place, comme pour cacher la misère au sens propre comme au figuré, le gouvernement propose cette réforme qui loin de rendre les régions plus efficaces les rendra certainement plus coûteuses. On nous avait pourtant vanté que cette loi révolutionnaire constituerait par-dessus tout une réelle et prodigieuse source d'économie d'échelle.

Et donc du point de vue du pouvoir, la plaie de notre société, c'était bien avant tout ce maudit mille-feuilles administratif qu'il fallait à tout prix remettre en cause ! Et voilà, c'est fait, comme une lettre à la poste, tant les citoyens n'y comprennent pas grand'chose, et surtout ont d'autres préoccupations, d'autres inquiétudes.
Sans parler ici des autres versants de la réforme territoriale ( suppression de la clause générale de compétences, métropoles, départements, fusion des communes …), la constitution des nouvelles régions est en train de déstabiliser l'ensemble du système administratif français comme si celui-ci avait besoin de ce chaos artificiel concocté par des politiciens en mal de stratégie politique.

Mais, alors que ce pouvoir comme ceux qui l'ont précédé font tout et n'importe quoi pour plaire aux marchés financiers, un de leur affidés, Standard & Poors, clame aujourd'hui que la fusion des régions ne sera la source d'aucune économie.

Cette agence, qui donne des notes aux institutions comme on un instituteur peut donner des bons ou des mauvais points à des élèves respectueux ou soumis, estime que la réforme territoriale, sous l'angle singulier de la fusion des régions, n'aurait aucun effet d'économie sur la Dépense Publique, grand Satan désignée de l'économie néo-libérale.

D'autant que Standard & Poors pointe aussi que les baisses des dotations de l'Etat, pour l'ensemble des collectivités locales, entraîneraient une diminution des investissements d'au moins trois milliards d'euros entre 2014 à 2016 (ce sera d’ailleurs probablement beaucoup plus élevé), sans que les impôts locaux baissent pour autant !
Et donc là aussi mauvais point pour Valls, Hollande, Macron, la réforme à cet égard ne servirait donc à rien, elle entraînerait même, dans un premier temps au moins, des surcoûts supplémentaires. Rappelons qu'à l'origine il avait été question, puisque le nombre des régions diminuait, de réduire d'autant le nombre des élus. Cette idée, sans doute pour ne décevoir personne, aura été bien vite abandonnée.

Nous ne sommes qu'au début de l'application concrète de la réforme. On entend déjà, et de plus en plus fort, les échos de la désorganisation des services déconcentrés de l'Etat qui eux aussi sont concernés comme ils l'ont été déjà à l'occasion des phases antérieures de cette prétendue "décentralisation".
Il faudra aussi compter les risques psycho-sociaux qui pèseront sur l'ensemble des agents publics, et s'attendre à la désorganisation de l'ensemble des services publics locaux.
N'est-pas là une sorte de stratégie du choc à la française ?

Quel en seront les effets ou les buts ultimes ? Le risque n’est-il pas au fond de désorganiser ces services publics pour les rendre encore plus vulnérables à des privatisations qui, elles, pourront bien plaire aux agences de notation et à tous ceux auxquels elles pourront profiter ?

JMG










jeudi 6 mars 2014

« Il n’y a pas qu’une seule politique possible »


J’ai signé, comme 40% des membres du bureau national du Parti socialiste, ce texte qui dit notre désaccord sur "le pacte de responsabilité". Nous appelons  le gouvernement à une autre politique et disons non à la baisse du coût du travail. C’est le coût du capital qu’il faut baisser par une politique fiscale plus juste et une augmentation négociée des salaires.
Il est temps d’avoir une offre alternative à gauche, pour une véritable redistribution des richesses, qui remplace les milliards donnés au Medef sans vraies contreparties.

Nous appelons les adhérents ou sympathisants du parti socialiste du Jura à signer cet appel.

JMarc Gardère   
mandataire "maintenant la gauche"


La période est instable. De l’extrême droite qui se rassemble derrière des slogans racistes et antisémites à la droite radicalisée qui remet en cause la légitimité du Président de la République à gouverner, un front des conservatismes se constitue. Cette situation appelle une réaction forte. Une réaction essentielle pour reprendre la main, faire reculer le chômage et engager pleinement la transition écologique. Et ne pas donner l’impression que, malgré l’arrivée de la gauche au pouvoir, les droites et leurs « valeurs » sont en dynamique.
De toutes nos forces nous voulons que la gauche réussisse. Dix ans de politique de droite ont profondément abimé notre pays. La crise a dévasté nombre de territoires, plongé des millions de familles dans l’angoisse de la précarité ou du chômage.
A l’occasion de la campagne présidentielle, François Hollande a, à juste titre, pointé la responsabilité historique du monde de la finance dans les difficultés que traversent notre pays et notre continent. Il avait porté haut et fort l’exigence d’une réorientation de la construction européenne, en dénonçant le caractère néfaste des politiques d’austérité. Pour sortir le pays du chômage de masse, il avait proposé une feuille de route qui n’oppose pas la production à la redistribution, l’offre à la demande, l’efficacité économique à la justice sociale.

Cette feuille de route, c’est toujours la nôtre.
Cinq ans après la chute de Lehman Brothers, l’Union européenne subit toujours la crise et ses conséquences. Trois pays se trouvent encore sous assistance financière, le chômage atteint 12% dans la zone euro et la croissance est en berne.
C’est pourquoi nous continuons de penser qu’il est nécessaire de faire vivre la promesse de réorientation de la politique Européenne. Plus que jamais, la France doit créer les conditions d’un rapport de force favorable aux politiques de sortie de crise. La situation impose de nous dégager de la logique trop restrictive liée aux normes budgétaires et monétaires européennes.
La réduction des déficits préconisée par la Commission européenne a provoqué des coupes sombres dans des dépenses publiques et sociales essentielles. Surtout, ces « efforts » imposés aux populations n’ont pas permis de réduction de la dette publique. Elle est passée pour l’Union européenne à 27 de 62% du PIB en 2008 à 85% quatre ans plus tard. Loin de réduire la dette, l’austérité contribue à l’augmenter davantage.
Aujourd’hui, les critiques convergent pour remettre en cause des politiques socialement dangereuses et économiquement inefficaces. Les citoyens, mais aussi de grandes institutions comme le FMI, l’OCDE,  le BIT, pointent l’urgence d’une relance coordonnée en Europe.
Dans ce contexte, les élections européennes revêtent une importance particulière. Refonte de la politique commerciale, instauration d’une taxe sur les transactions financières, lutte contre les paradis fiscaux, politique monétaire au service de l’économie réelle, harmonisation sociale et fiscale, relance de l’investissement par la transition énergétique notamment, meilleure répartition du travail, smic européen : les socialistes porteront ces exigences en mai prochain.
Mais nous serons d’autant plus crédibles pour le faire si nous avons administré la preuve, en France, qu’il n’y a pas qu’une seule politique possible.
Or en dépit de la salutaire rupture avec l’ère Sarkozy, l’orientation en matière de politique économique suscite des désaccords et des inquiétudes dans nos rangs.
Nous ne nous reconnaissons pas dans le discours qui tend à faire de la baisse des « charges » et du « coût du travail » la condition d’un retour de la croissance. Il n’y a pas de « charges » mais des cotisations sociales qui sont en réalité du salaire différé.
Et nous sommes inquiets quand nous découvrons que la baisse des cotisations promise aux entreprises s’accompagne d’une réduction de 50 milliards d’euros des dépenses publiques en trois ans, sans même savoir quels sont ceux qui en supporteront les conséquences. Ce qui risque de rogner sur le modèle social français dont les grands principes ont été établis à la Libération.

La focalisation exclusive sur la baisse du « coût du travail » ne constitue pas une réponse adaptée
Comme l’ensemble de l’Union européenne, la France souffre de la crise. Les libéraux, dont le patronat se fait le porte-parole, associent cette crise à un problème global de compétitivité engendré par une explosion du « coût du travail ». Cette lecture nous semble contestable.
Depuis le début des années 90, des centaines de milliards d’aides, d’exonérations, de subventions ont été distribuées sans aucun effet sur l’emploi et la compétitivité de nos entreprises. Pire, elles ont alimenté la rente au détriment des salaires et de l’investissement. Entre 1999 et 2008, alors que les firmes allemandes ont réduit leur taux de dividendes versées de 10%, leurs homologues françaises l’ont augmenté de près de 50%. Le « coût du capital » n’a jamais été aussi élevé.
L’industrie française se délite et les politiques libérales de ces 20 dernières années n’ont fait qu’en précipiter la chute, croyant pouvoir créer une « France sans usine », renonçant à toute politique industrielle ambitieuse. Le renouveau industriel nécessite un renforcement de notre « compétitivité hors-coût » qui ne sera rendue possible que par des aides ciblées et d’une réorientation des bénéfices de la rente vers l’investissement productif.
Or, on ne peut que constater la victoire de la finance sur la production. C’est la conséquence de la concentration de la richesse entre les mains d’un nombre de plus en plus petit. Aujourd’hui, alors que 10 % de la population concentre 60 % du patrimoine, les banques imposent aux entreprises des règles qui donnent la priorité à l’accroissement systématique des marges. Dès lors, il ne faut pas s’étonner du mouvement de concentration du capital (les quatre premières banques françaises ont un bilan équivalent à 400 % du PIB) et de financiarisation de l’économie.
Enfin, ne nous voilons pas la face. La finitude des ressources naturelles, la hausse inéluctable du prix des énergies fossiles dont notre modèle de production et de consommation est dépendant, la stagnation de nos taux de croissance déconnectés du bien-être humain, nous obligent à imaginer un nouveau modèle de développement. De même, l’évolution des gains de productivité rend indispensable de réfléchir à une nouvelle répartition du travail. Mais ce nouveau modèle de développement est par définition antagoniste des logiques libérales, court-termistes, à l’œuvre de nos jours.
Pour nous, la priorité doit donc être la suivante: favoriser l’emploi et l’investissement productif aux dépens de la rente.

Les préconisations avancées jusqu’à présent sont déséquilibrées.
Les socialistes se sont toujours refusés à opposer offre et demande, production et redistribution, bonne gestion des comptes publics et relance de l’économie. Les propositions contenues dans le « pacte de responsabilité » semblent s’écarter de cette position d’équilibre.
1) L’objectif de baisse accélérée des dépenses publiques comporte des risques majeurs.
Le Président de la République s’est engagé à ne pas toucher au modèle social français. Néanmoins, la priorité accordée aux 50 milliards d’euros d’économies en trois ans, nous fait craindre une réduction du périmètre d’intervention de l’Etat, nuisible aux politiques sociales existantes et au fonctionnement des services publics.
Par ailleurs, elle réduit considérablement nos marges de manœuvres pour mener à bien des politiques ambitieuses dans le domaine de l’éducation, du logement ou de la culture. Comment continuer à soutenir l’effort de réinvestissement de l’Etat dans le domaine éducatif mené depuis le 6 mai, si les baisses de crédits y sont massives ? Comment soutenir l’exception culturelle si, pour la troisième année consécutive nous baissons le budget du ministère de la culture. Enfin, comment les collectivités territoriales pourront-elles continuer à être le premier investisseur public de notre pays, si elles doivent réaliser des coupes budgétaires massives ?
2) le redressement n’est pas possible sans la justice
A trop se focaliser sur « l’offre » et la « baisse des charges », le « pacte de responsabilité » risque de comprimer l’activité économique.
Notre pays doit partir de ses atouts : qualité de la main d’œuvre, de ses services et infrastructures publics. Agir  pour notre compétitivité, c’est penser dès maintenant le monde de demain et notre modèle de développement
C’est donc d’abord agir sur nos capacités productives (montée en gamme, sobriété énergétique de notre appareil productif, investissement dans les énergies renouvelables, utilité sociale) et sur nos infrastructures. Ainsi en 2011, les importations énergétiques pesaient 88% du déficit de notre balance commerciale, entamant d’autant la création d’emplois et les capacités d’investissement de nos entreprises.
L’investissement dans l’éducation, la formation, la recherche, la transition énergétique, sont autant de leviers pour une stratégie de développement durable à moyen et long terme. L’enchainement des crises ces vingt dernières années témoigne d’un système court-termiste à bout de souffle, qui ne répond plus au double impératif d’efficacité économique et de justice sociale. Cette option volontariste d’investissement que nous proposons est un moyen d’en sortir.
Mais cet effort serait vain si, faute de consommation, bon nombre d’entreprises n’avaient pas de carnets de commande remplis, si faute de «  planification » les industriels n’avaient aucune vision de l’avenir, et si faute d’anticipation ils n’étaient pas au rendez-vous d’une reprise française et internationale.
Dès lors, nous pensons que, dans la mobilisation générale pour l’emploi décrétée par l’exécutif, la consommation populaire doit prendre toute sa place. Elle passe notamment par une réforme fiscale de grande ampleur, comme l’a d’ailleurs proposé le Premier ministre. Loin de s’opposer, redressement et justice vont de pair.

Obtenir un compromis social favorable au monde du travail
La social-démocratie suppose que le parti majoritaire à gauche soutienne les syndicats de salariés pour arracher un compromis au patronat.
Si le Président a été très clair sur les avantages accordés aux entreprises, les contreparties demandées restent floues. Il faudra plus qu’un « observatoire » pour imposer amélioration des conditions de travail, discussion sur les salaires, partage du travail ou multiplication des embauches. D’autant que le MEDEF, par la voix de son président, refuse de rentrer dans une logique de « donnant-donnant » qui serait pourtant la moindre des choses. En lien avec les déclarations présidentielles, nous insistons sur la double nécessité de ne pas alimenter la rente pour servir l’investissement productif et de faire bénéficier les salariés, par le biais de la rémunération notamment, d’une part de cette aide.
Il n’y aura pas de « compromis social » favorable aux salariés sans mobilisation du parti, des parlementaires, du mouvement social. Salaires, embauches, réduction et partage du temps de travail, droits des salariés, contrôle des licenciements abusifs, modalités de remboursement des aides en cas de non-respect des engagements, politique de redistribution des dividendes : dans tous ces domaines nous devons porter des exigences fortes.
Oui, nous devons les porter, et en toute liberté. Sachons nous désintoxiquer des institutions de la Vème République. Tout ne peut procéder d’un seul homme. Les débats  politiques ne se règlent pas en brandissant la menace de  mesures disciplinaires ou en mettant les parlementaires au pied du mur.
Le PS doit jouer pleinement son rôle. Pour la réussite de la gauche au pouvoir, il faut un Parti autonome, force de propositions, relais des aspirations mais aussi des mécontentements. C’est une des conditions de la réussite commune.
Cette réussite passe aussi par l’implication de la gauche dans toute sa diversité. Il n’y a aujourd’hui de salut pour la gauche française que dans la construction de convergences entre les forces politiques et sociales qui la composent. Au moment où une partie de la droite radicalisée fait jonction avec une extrême droite plus menaçante que jamais, le rassemblement de la gauche est une ardente obligation.

samedi 16 février 2013

Quel est ce citoyen ?

Ainsi pour les municipales prochaines de 2014, un membre du PS, conseiller général du canton de Lons-Nord, et qui se porte clairement candidat à la mairie sans même avoir reçu encore l'investiture de sa formation politique, consulte les citoyens. Mais lesquels ? Sont-ce les quatre qui se sont réunis dans une brasserie à Lons-le-Saunier et qui se sont vus déjà affublés de missions particulières, et dont la presse locale avec force photos, s'est fait l'écho ? On nous dit que ce sont des membres de la société civile, mais les membres du parti socialiste ne sont-ils pas aussi membres de la société civile ? Et pourquoi, parmi la société civile, choisit-on ceux-là et pas d'autres ?
Ils sont sympathiques sans doute, très certainement compétents dans leurs domaines, mais beaucoup dans le parti socialiste s'interrogent sur la légitimité de "ces animateurs d'ateliers" qu'on leur impose sans trop de discussion, de ces experts qui sont chargés de penser, de réfléchir, de fédérer,de créer, à la place de membres du parti socialiste, ou bien à la place, tout autant, d'autres citoyens. Il s'agit donc en effet de s'interroger.

Je prendrai donc, contre l'expertise, la supposée expertise plutôt, la défense de l'idée de parti politique.

C'est vrai qu'en ces temps de démagogie ambiante,  défendre cette idée là passe pour une gageure, d'autant plus que le parti socialiste en particulier est en passe, si ce n'est déjà fait, de traverser  des épisodes tumultueux qui pourraient bien lui être fatals. Le peuple pourrait en effet ne pas lui pardonner de défendre sans discussion, aveuglément, une politique gouvernementale d'austérité semblable à peu de choses près, au moins pour l'instant, et moyennant il est vrai quelques mesures de correction sociale, à ce que fut la politique de Sarkozy, une politique de l'offre pour faire court, plutôt qu'une politique de la demande qui pourtant serait la plus pertinente en ces temps de chômage record. Dix pour cent de la population quand même !

 Et donc, malgré que je sois le plus souvent critique vis à vis de mon parti, c'est consciemment que je défends le fait que le salut vient d'une démocratie régulée qui fonde précisément la notion d'organisation politique.
Car contrairement à la "société civile" à laquelle on fait illusoirement appel, souvent de manière démagogique, pour aller parler directement au peuple, mais aussi en l'occurrence pour faciliter sa propre carrière politique, le parti est un lieu de débat réglementé, policé, même si les explications ou les disputes militantes parfois peuvent se révéler rudes.

Et donc les "experts" c'est bien, mais la démocratie c'est mieux. Tout le monde est expert de quelque chose, il est bien plus difficile d'être un citoyen.
Le plus inquiétant c'est que certains membres du parti semble ne pas en avoir pleinement conscience aveuglés peut-être par la lumière du pouvoir, ou bien victimes d'une certaine inculture politique.


JMG

http://www.maintenantlagauche.fr

vendredi 11 janvier 2013

Rien qu’une petite erreur

De l’aveu de deux économistes du Fonds Monétaire International, l’austérité en Europe serait due à l’utilisation d’un mauvais coefficient dans une formule servant à mesurer le lien entre montant de dépenses publiques et taux d’activité.
On croit rêver. Ainsi la « science économique » version FMI, mais reprise à bon compte par « l’Europe »,  se serait-elle trompé.
 
A moins qu'on nous prenne pour des imbéciles, ce qui est toujours possible, la crise austéritaire confirmée et réalisée par volonté politique à l’échelle européenne n’aurait été que le produit de cette petite erreur de calcul. Les millions de chômeurs, les centaines de milliers de familles frappées par la crise, les cinq millions de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté, tous victimes de près ou de loin de cette minuscule bévue, apprécieront.

 Ainsi certains responsables du FMI seraient prêts à rejoindre, mais un peu tard,  ceux qui pensent que les politiques d’austérité ( ou d'appauvrissement des populations) sont bien contraires à la croissance et à l’emploi. Comme l’affirment depuis des années les grands syndicats européens, les politiques de relance seraient bien plus efficaces que l'austérité appliquée en Grèce, en Italie, en Irlande, au Portugal, en France, et même en Allemagne...

La morale de cette histoire c’est qu’il est temps que les technocrates, mais aussi les tenants du libéralisme à tout crin qui ont intérêt à cette politique favorable à l'euro fort, et à la rente par conséquent, laissent enfin la place à des politiques  qui à l'échelle de l'Europe favorisent plutôt les solidarités économiques et sociales, si possibles durables.

JMG

* texte paru en partie dans le Progrès de Lyon du 11/01/13

http://www.liberation.fr/economie/2013/01/08/oups-le-fmi-s-est-trompe-sur-l-austerite_872394