dimanche 1 novembre 2020

Guerres

Cela pourrait même se réduire à une question de temporalité : nos civilisations seront mortes avant qu'elles n'entrent en guerre.

Hutington aura fait fausse route, il n'existe pas de choc de civilisations, ou bien nous en sommes encore loin, très loin, il s'agit là d'un leurre, d'une chimère utile à certains, une manière pour les puissants de ce monde de sauvegarder à tout prix leur hégémonie sur le reste de l'humanité. 

Les guerres de civilisation, s'il en est, ne sont les guerres que de quelques-uns, de ceux qui détiennent un pouvoir politique, économique, militaire. Ce ne sont pas les guerres de tous, même si tous nous pourrions être impliqués dans une réalité malheureuse portant ce nom. Ce ne sont pas, en tout cas, des guerres voulues par les "hommes inutiles"(Pierre-Noël Giraud), c'est-à-dire ces hommes et femmes que le crédo et la pratique néo-libérales ont, parce que des oligarques y trouvent intérêt, rendu "inutiles" et superfétatoires, par le chômage, l'exclusion politique ou sociale, et plus grave encore dans l'exclusion et la mort culturelles.

Les prétendues guerres ou chocs de civilisation ne sont jamais que des guerres civiles, le plus souvent larvées, auxquelles on entend donner une statut plus grave, plus étendu, faussement essentiel et inéluctable. 

Ainsi les attentats islamistes que la France connaît aujourd'hui, à Paris, Conflans-Saint Honorine, Nice  doivent nous conduire, malgré l'horreur qu'ils inspirent, à garder notre sang-froid, et à ne pas d'emblée les considérer comme les produits directs d'un choc hypothétique entre le monde occidental au sens large et un monde islamique moyen-oriental qui nous serait a priori hostile. Ainsi ces événements douloureux interpellent-t-ils notre capacité de résistance, mais ils doivent aussi nous faire redoubler de sagesse afin de ne pas nous laisser nous-mêmes gagner par une barbarie contre laquelle précisément nous prétendons combattre.

Ces attentats immondes ne font qu'entretenir une chimère utile aux pouvoirs qui, en l'occurrence, s'exerce d'une rive à l'autre de la Méditerranée, d'un continent à un autre continent, mais sans qu'il se produise nécessairement un choc entre deux entités massives aux contours incertains.

Il n'est donc pas de guerre intercontinentales, il n'est que des civilisations ou des peuples que dominent en leur sein des forces oppressives qui les tiennent en joue. Cette prétendue guerre de civilisation en cache d'autres plus internes, on dirait plus intimes, à l'intérieur même des pays qui les composent, et qui en conséquence se donne les moyens guerriers et oppressifs pour contenir au sein même de leur population les contre-pouvoirs qui pourraient les mettre en échec. 

Les polices, les armées de tout Etat, comme le soupçonnait Léon Tolstoï, sous le prétexte (justifié en apparence) de protéger leur peuple sont trop souvent utilisées pour permettre la conservation des pouvoirs en place.  Ces prétendues guerres de civilisation, tout aussi "religieuses", ont donc pour fonction cachée de museler des peuples et de les conduire malgré eux à la guerre.

Derrière les guerres de civilisation, hypothétiques, chimériques, se cachent, plus cruelles encore, les  guerres civiles présentes ou à venir.

JMG



samedi 24 octobre 2020

Petit duel sans conséquence

 J'ai pris sur moi, mais n'exagérons rien car ce n'était pas insurmontable, de regarder ( le 23 octobre en fin d'après-midi) un débat sur CNEWS. A ma gauche, Zemmour Eric et à ma droite, Onfray Michel. Je ne déteste pas ces matches de boxe où les deux adversaires ne sont pas de votre camp. Ainsi en quelque sorte est-on certain de gagner. On me disait qu'ils étaient tout deux fachos et j'ai donc pris une heure ou un peu moins pour vérifier en tentant de comprendre ce qu'ils défendent et qui les fait courir, tout en faisant abstraction autant qu'il est possible de mes propres convictions ce qui dans ce cas, je dois l'avouer, fut difficile. 

Onfray parle sans cesse surtout lorsqu'on lui donne la parole, en un ton monocorde et grave, il est plutôt calme, posé, ne s'énerve jamais, mais il écoute, le regard fixe, fort de ses connaissances philosophiques, on ne peut lui enlever ça, et ces dizaines de livres commis dont certains  traduits à l'étranger. Tant mieux pour lui.

Zemmour lui est plus nerveux, agité, de cette agitation que produisent les convictions chevillées au cœur. On ne peut lui enlever ça à lui non plus. Après tout il en a le droit, c'est le cas de le dire, du moment où il n'enfreint pas la loi en tenant des propos pour lesquels il a déjà été condamné.

Bref, bataille de mots entre deux types cultivés qui s'attachent, parce qu'ils en sont capables, à illustrer de leur connaissance livresque, des arguments discutables.

Les deux s'accordent, avec quelques nuances, à faire des guerres de civilisation le moteur de l'histoire, l'un Zemmour, se réclament d'un essentialisme assumé, et l'autre, Onfray, dont je ne sais trop quoi.

Pour Zemmour, cette guerre est en train d'être gagnée par le monde arabo-islamique comme il dit, aux dépens de la civilisation judéo-chrétienne qui est à la base de nos société occidentales. Celles-ci sont menacées, à la limite de l'apoplexie, submergées qu'elles seraient par des centaines de milliers d'émigrés pour lesquels le droit d'asile ne devraient même pas être évoqué. Pour Eric Zemmour le droit d'asile ne devrait pas exister, ce droit est nul et non avenu, sauf pour Victor Hugo contre Napoléon III. Sans rire. 

C'est que pour Zemmour tous ces immigrés, quittant leur pays, s'attaquent à la France. Ils sont, parfois malgré eux comme il le reconnaît quand même, les porteurs d'un islamisme radical dont la volonté impérialiste n'est plus à démontrer. 

Pour lui, la Chine paradoxalement ferait partie du camp occidental en cela qu'elle consent et participe, contrairement au monde arabo-musulman, à la fête économiste mondialisée, concurrentielle et consommatrice.

De son côté Michel Onfray, qui manifestement ne croit plus en l'Europe qu'on nous sert, ce en quoi il n'est pas à blâmer, est persuadé lui aussi de la réalité d'une guerre des civilisations que nous serions en train de perdre. Un jour, interrogé par un journaliste qui lui demandait s'il lui arrivait de douter, répondit : non jamais. Drôle d'idée, il ferait mieux de douter de temps en temps. Ce serait plus philosophique. Mais cela confirme le peu de confiance que l'on peut accorder à un philosophe qui a dit tant de mal de la trottinette et de tous ceux qui en faisaient (comme moi). 

Contrairement à Zemmour, il met face au monde occidental, dans un même camp la Chine et l'ensemble du monde musulman. Au diable l'avarice. Je crois avoir décelé qu'il mettait un peu moins l'accent que son acolyte sur le supposé péril migratoire. Il dit surtout craindre de la civilisation occidentale sa disparition annoncée, crainte exagérée sans doute, d'autres périls étant possiblement bien plus menaçants et proches de nous.

Bon, je n'ai pas la prétention d'avoir tout compris (mon côté islamo-gauchiste ?), mais cela ne m'étonnerait pas que ce genre de discussion n'incite plutôt certains imbéciles à des velléités de guerre civile, comme on le constate en ce moment après un attentat atroce dont la victime elle-même aurait regretté les excès politiciens en guise de réponse. Réponses contre-productives le plus souvent et inefficaces ne servant qu'à instiller une peur supplémentaire qui n'évite pas le danger islamiste.

On retiendra que le débat reste instauré durablement de fait entre la droite et la droite. Ce n'est pas étonnant pour une discussion organisée par une chaîne d'info continue appartenant à M. Bolloré.

Le débat par ailleurs n'a fait aucun mort et n'a donc laissé aucun des deux sur le carreau. Tout en restant gentil on est en droit de trouver ça dommage.

JMG








lundi 12 octobre 2020

Vertige sécuritaire

 Depuis au moins trois décennies, après Pasqua, Chirac, Sarkozy, Valls, et durant Macron, Castaner, et plus récemment Darmanin pour raisons d'immédiateté électorale, ce qu'on doit nommer encore la droite, dont le macronisme, continue de plus belle de jouer sur la peur des Français pour s'accaparer ou conserver son pouvoir électoral et politique.

Le thème de la sécurité à cet égard est toujours aussi prometteur car les arguments délivrés, pour être le plus souvent fallacieux, n'en sont pas moins efficaces. L'insécurité publique, ou l'appréhension ou l'angoisse qu'elle suscite, ne serait-ce qu'en la suggérant et en la prenant comme outil politicien, est au centre des préoccupations de tout individu qui se respecte. Un brin d'agitation des peurs peut conduire à la déraison. Depuis quarante ans la délinquance n'a pas augmenté et pourtant le sentiment d'insécurité, alimenté par des politiques qui soufflent sur les braises, est plus fort que jamais.

Il se trouve que ceux qui convoquent l'insécurité à des fins électoralistes sont ceux qui précisément, comme Sarkozy en son temps au nom de la révision générale des politiques publiques, ont diminué les moyens de la police nationale en amputant ses effectifs d'au moins 10 000 équivalent temps plein. 

Mais même en pleine contradiction politicienne, les arguments pour un sécuritarisme outrancier sont d'autant plus crédibles qu'ils se fondent sur du vrai et perçus tragiquement comme une remise en cause de l'intégrité individuelle. La peur, qu'elle soit nourrie du réel ou de l'imaginaire, est mauvaise conseillère surtout lorsqu'elle est instrumentalisée par des gens qui s'accrochent au pouvoir sans mesure et hors de tout sens de l'intérêt général, faisant passer le leur bien avant.

Ainsi contribue-t-on à distiller dans la société une peur, diffuse mais réelle, qui pousse le sentiment d'insécurité dans une augmentation sans fin sans pour autant faciliter des solutions pérennes.

N'en déplaise aux va-t'en guerre civile, l'insécurité est (aussi et d'abord) une donnée subjective. Or, en ce domaine comme en d'autres, on ne peut être efficace si on ne fait pas l'effort de l'objectivation. Oui, contrairement à ce que prétend cette droite conservatrice qui inonde de ses propos démagogiques et primaires la plupart des plateaux télé, il convient de faire l'effort, non pas d'excuser bien sûr, mais d'expliquer et de "déconstruire" les phénomènes d'insécurité et de délinquance pour en connaître les raisons profondes. Expliquer pour s'éviter des solutions hâtives sans efficacité, faute de quoi notre société civile sera toujours condamnée à subir. 

Suite à des événements de délinquance cet été, des municipalités nouvellement élues, comme celle de Lons-le-Saunier par exemple, glissent sur la peau de banane sécuritaire dans des solutions trop immédiates pour etre bien pensées. La nouvelle municipalité divers gauche de Lons-le-Saunier décide, alors qu'il n'existait pas jusqu'ici de police municipale, d'en créer une. On soulignera le paradoxe de cette innovation : la gauche succède à une droite qui depuis trente ans avait fait le choix de ne pas en créer, se limitant jusqu'ici à une équipe d'agents de surveillance de la voie publique. 

La création de quatre postes de policiers municipaux, dans un contexte de pénurie financière imposée par les gouvernements successifs, ne manquera pas de grever un budget qui aurait pu servir à d'autres causes. 

A tout prendre, dans une question fermée, entre une police et un musée, j'aurais choisi ce dernier et rappelé à l'Etat ses responsabilités en matière de police. La création de polices municipales risque d'ailleurs d'encourager l'Etat à ne pas prendre des responsabilités qui sont les siennes. Ce transfert de charges est tout bénéfice pour l'Etat central.

Il conviendrait que l'Etat, et ce gouvernement plus précisément, travaille à restaurer la confiance de la population dans sa police nationale en lui donnant les moyens de fonctionner pour la paix civile, (tout en se gardant d'en faire, comme ce fut trop le cas ces dernières années, un outil de répression des libertés publiques.)

JMG





samedi 4 juillet 2020

Municipales Lons-le-Saunier : félicitations

C'est volontiers que je félicite la liste d'union conduite par J.Y Ravier, (qualifiée par l’administration préfectorale de divers gauche) qui a remporté les élections municipales à Lons-le-Saunier, c'est volontiers et avec plaisir que je le fais, car il était temps que la gauche gagne à nouveau à Lons-le-saunier tant les esprits se font durablement aux rentes de situation politiques.

Plus de trente ans que la ville n'avait pas vu ça, une municipalité qui ne fût pas issue de la droite.
J'avoue que je n'y croyais pas et j'ai déjà ici fait part de mes doutes voire de mes réserves. La gauche a gagné, c'est la promesse d'un changement. On ne sait encore exactement lequel, et de quelle gauche il s'agit, l'avenir et l'action le diront bientôt à la lumière du temps qui passe, mais cette liste bon an mal an veut bien se nommer ainsi, c'est tant mieux. Nous verrons bien si le mot pour une fois correspond à la chose

De plus s'est-elle opposée à une liste soutenue par le maire sortant, J.Pélissard, qui aura été le seigneur républicain de ce territoire pendant plus de trente ans, a-t-on vu beaucoup de princes régner aussi longtemps ? Pour faire des choses utiles à la populations et pour en faire d'autres qui le furent moins. Mais trente ans c'est beaucoup, c'est trop même, d'autant qu'on allait changer de tête sans changer de casquette en la personne de celui que J.Pélissard avait désigné comme son successeur, C. Bois, sympathique et souriant au demeurant mais sans que cela suffise au besoin de renouvellement.

C.Bois avait un frère ennemi (pas qu'un sans doute) et c'est cela qui l'a fait tomber, la droite s'est divisée, J.Pélissard aura raté cela aussi, à moins qu'il ne l'ait fait exprès en guise de cadeau d'adieu.
Un gagnant sans conteste dans l'ensemble du pays, ce fut l'association non formatée des pêcheurs à la ligne, une abstention qu'on avait jamais vue encore pour des élections municipales, et de cette abstention Lons-le-Saunier, à plus de 56%, n'aura pas été en reste. Bien sûr le coronavirus y aura été pour quelque chose, mais aussi, je l'avais souligné, la confusion en politique, qui parvient à nous faire prendre, à nous le peuple, des vessies pour des lanternes.

Donc voilà la gauche est au pouvoir municipal dans la préfecture du Jura.
Je remarque d'abord que la liste "citoyenne" soutenue par la France Insoumise, si elle n'a pas apporté de bien par le petit score qu'elle a fait, n'y a fait aucun mal. On avait craint (que n'avons nous pas entendu à ce sujet ) que sa présence aurait pu mener particulièrement à Lons, la gauche à sa perte. Il n'en a rien été bien sûr et le problème ne s'est même pas posé. La France Insoumise s'est faite l'artisane de sa propre défaite, au plan national comme au plan local, ne serait-ce que pour avoir rendu invisibles la plupart de ses listes. J.L Mélenchon a eu, semble-t-il, l’honnêteté de le reconnaître. Mais bon, passons.

Et donc je félicite les vainqueurs même si ce fut sur le fil, c'est le résultat qui compte et il fut inespéré. Dès lors tout peut s'annoncer possible pour le vivre en commun municipal, sans oublier personne des hommes et des femmes de bonne volonté, ils sont les plus nombreux. La tâche est ardue, et bien de nouveaux élus, parmi les plus sincères et les plus armés politiquement, n'en ont pas  réellement encore conscience. Passé le temps de la joie et de l'ivresse de l'avoir emporté, il faudra bien se mettre au travail, et résolument.

Le premier travail pour un élu c'est d'éviter d'avoir la grosse tête. Pour ne pas l'attraper, il convient d'avoir toujours un œil sur le programme annoncé pendant la campagne. Allié à l'expertise du réel, en général ça calme. Dans ma modeste carrière de fonctionnaire, qui plus est syndicaliste, j'aurai trop connu d'élus qui l'attrapaient bien plus vite (la grosse tête) qu'aujourd'hui on contracte le coronavirus.

Féliciter quelqu'un c'est l'encourager à être heureux, comme ici d'avoir été élu (avec d’ailleurs bien enfouies quelque consonances religieuses), mais c'est un bonheur relatif, précaire, délicat et glissant. 
Le seul bonheur qui vaille finalement c'est celui, le plus exigeant, de servir la population.
En gardant la tête froide et restant fidèle à ses valeurs comme prioritairement, la volonté de défendre le monde du travail  ainsi que les plus faibles en promouvant les services publics et les fonctions qui les accompagnent.

Sans plaisir forcément, le bonheur est là peut-être, à ne pas décevoir. Et donc bon courage.

JMG

lundi 22 juin 2020

à bout, la révolte

Seuls les inconscients, parce qu'ils auront été perméables à la propagande de ce gouvernement, n'auront pas été touchés par la souffrance physique et plus encore morale de cette infirmière interpellée par la police le 16 juin au cours d'une manifestation pour la défense de l'hôpital public.
Sa photo, où on l'a voit encadrée sans ménagement par des policiers armés et casqués, aura fait le tour des réseaux sociaux.

Comme l'ensemble de ses collègues cette infirmière a été pourtant pendant plusieurs semaines parmi ceux et celles qui ont fait front contre la pandémie dont d'ailleurs elle-même a été victime. Comme si cela ne suffisait pas elle est aussi la proie d'un pouvoir qui s'acharne contre elle sur le plan judiciaire.
Elle passera le 25 septembre devant le tribunal correctionnel pour outrage et violence sur personne dépositaire de l'ordre public.

Ainsi donc les rôles sont inter-changés, les media ont retenu de Farida, c'est son nom, l'image d'une délinquante qui jette aux forces de l'ordre des morceaux de bitume que l'on confondra opportunément avec des pavés pour mieux faire passer ce message : tolérance zéro pour tous ceux qui résistent, y compris ceux qu'E.Macron a qualifié dans son infinie reconnaissance de "héros".

Il faut bien faire oublier à la population l'essentiel. Ce gouvernement, il est vrai qu'il n'est pas le premier, continue d'affaiblir l'hôpital public, encore 600 suppressions de postes annoncées au CHRU de Nancy par exemple, hôpital public qu'il entend privatiser à terme, pour en faire un  endroit privilégié de marchandisation au lieu de le considérer prioritairement comme un havre de secours et de soins.

Au lieu de répondre concrètement et efficacement à des revendications légitimes, il interdit les manifestations et fait donner sa police dont il ne condamne qu'au bout des lèvres les violences avérées de certains de ses membres.

L'image était trop belle de cette militante prise en flagrant délit d'outrage aux forces de l'ordre. Cela fait de Farida une double victime, victime comme personne soignante maltraitée institutionnelle dans son travail, victime comme citoyenne non autorisée à exprimer un désaccord profond et durable.

Mais alors pourquoi ce geste qui, au plan médiatique et légaliste, la disqualifie ? C'est que la coupe est pleine, c'est que le dégoût remplace ou empêche la raison, c'est que l'irrésistible révolte emporte tout souci de son propre ménagement.
Cette infirmière, invisible pendant la lutte qu'elle a menée contre la pandémie avec ses collègues, entendait être enfin visible non pas par besoin d'une improbable notoriété, mais par désespérance, par une déception extrême qui peut se muer en haine envers des gens "responsables" qui la maltraite elle-même et son métier.

D'où ces gestes qui ne sont pas ceux d'une criminelle.

La responsabilité en incombe à ce pouvoir qui ne négocie pas, qui impose ses vues, qui réprime, qui nie la démocratie sociale, au risque des révoltes et des violences qu'il suscite lui-même.

La violence n'est pas du côté des plus faibles.

JMG



mardi 9 juin 2020

Lons-le-Saunier : 28 juin, second tour municipales 2020

  Communiqué Gauche Démocratique et Sociale Jura            


 Le 28 juin se tiendra le deuxième tour des municipales à Lons-le-Saunier comme dans de nombreuses villes en France.
Nous déplorons que les collectivités territoriales, et les communes en premier lieu, soient sous contraintes budgétaires, affaiblies qu’elles sont par les baisses de dotation de l’Etat central. Elles ont à subir également les effets d’une politique fiscale injuste imposée par un gouvernement sourd à imposer de véritables réformes qui pourraient être bénéfiques à l’ensemble de la population.
Au contraire les contre-réformes prescrites ou accélérées par le gouvernement sont autant de marches en arrière comme celles qui touchent et affaiblissent depuis des années l’hôpital public et l’ensemble des services publics.
C’est pourquoi ces élections doivent être aussi l’occasion de dénoncer ceux qui soutiennent ces politiques, comme à Lons-le-Saunier la liste conduite par un pilier  de la République en Marche.
Au terme d’une campagne électorale, confuse à bien des égards, deux listes sont en présence, la liste C. Bois soutenue par LREM et J. Pélissard d’une part, et d’autre part une liste d’union de gauche conduite par JY. Ravier.
La Gauche Démocratique et Sociale  appelle à voter pour la liste Ravier soutenue par le PC, le PS et EELV. Cette liste a su travailler pour un projet municipal qui doit rassembler les citoyens de Lons-le-Saunier attachés à une ville davantage sociale et écologique, valeurs que la gauche démocratique et sociale défend naturellement.

A Lons-le-Saunier, le 9/06/2020

vendredi 5 juin 2020

Municipales : on ne gagne rien à trop perdre

On ne peut le nier, et le reconnaître devrait constituer le début d'une solution et mieux encore d'une résolution, les résultats du premier tour des municipales à Lons-le-Saunier ne sont pas bons pour la gauche.

Je veux parler d'une gauche de transformation (voire de conservation) sociale qui soit d'emblée résistante devant les coups de butoir d'un néolibéralisme dont les ravages nous sont apparues évidents lors de cette crise sanitaire. De celle-ci, semble-t-il, ni le gouvernement actuel, ni son opposition de droite classique, ne veulent reconnaître et combattre les  raisons profondes. 

Ainsi par exemple, l'hôpital public a fait les frais d'une austérité qui depuis trente ans n'a pas manqué de s'accroître. Les moyens donné aux hôpitaux publics ont diminué alors que la population française a sensiblement augmenté. Des dizaines de milliers de lits ont été supprimés, près de cent mille en trente ans, de même que de nombreux postes de soignants. Cette politique désastreuse a fait peser, sur les services des urgences notamment, tout le poids et les souffrances d'une austérité imposée et inutile.

Les élections municipales se jouent donc dans ce contexte. Elle ne peuvent, elles ne doivent pas être divertie de cette réalité économique et politique dont les responsables doivent être, si on ose dire, distingués.
Les responsables ce sont tout ceux qui, de leurs localités respectives, ont soutenu ces politiques, comme celle de la tarification à l'activité par exemple laquelle, de fait, favorise la privatisation rampante ou franche de l'hôpital public.
Ces politique doivent être condamnées à tous les niveaux, et donc à l'occasion aussi des élections locales.

Voici donc rappelés ces résultats du premier tour à Lons-le-Saunier:

liste C.Bois soutenue par le maire actuel (LR) : 36,22%
liste J.Y Ravier (PS, EELV,PC, société civile) : 29,99%
liste J.Huet (divers droite, dissident) : 21,01%
liste C.Perny (divers gauche?, ancien PS, ancien Macroniste mis à l’écart) : 7,66%
liste G.Revy (liste citoyenne soutenue par LFI) : 3,61%
liste J.Morel (LO) : 1,52%

Bien sûr, et pour paraphraser Lénine, l'arithmétique est têtue. La liste Bois est proche de l'emporter, je doute que les voix de J.Huet, en dépit de toutes les velléités de recomposition ou décomposition de listes à droite, se porte en tout ou partie significative sur la liste Ravier. 

De même que je ne m'attends pas à ce que les 7,66% des électeurs déçus de C.Perny se portent comme un seul homme ou femme sur cette même liste.

Quant à aux voix de la liste "citoyenne" soutenue par Lfi, elles ne sont pas en mesure, de par leur nombre, de se faire décisives.  Le refus de l'unité lui aurait-t-il été fatal ? Ou bien La France Insoumise ne se serait-elle pas donnée les moyens de prendre au sérieux ce scrutin municipal ? J'en prends ma (petite) part de responsabilité.
Dommage, car une gauche structurée sans une gauche alternative sur laquelle s'adosser, n'est rien.

Cette situation difficile est aussi le produit de la confusion idéologique dont ces gauches sont victimes depuis un certain nombre d'années. On en voit ici à Lons-le-Saunier, les répliques locales. Pourtant le bilan de l'ère Pélissard, après trente ans de règne sans partage, n'est pas si brillant, il aura même été destructeur comme par exemple la liquidation de la MJC. Sa réussite est essentiellement politique, il aura fait de son électorat un roc à toute épreuve, même à celle d'une apparente division de la droite. 

La confusion localement est même illustrée, de manière baroque et caricaturale, par la présence dans la liste Bois de J.P.Huelin, de P. Petitjean, ancien(ne)s du PS, qui se sont ralliés au centre-droit pour garder leur place ou pour avoir mieux. Et je ne parle pas de la députée D.Brulebois qui du PS est passée sans coup férir à la LREM. Je le dis en passant : il n'est pas de vraie politique sans un peu de morale.

Confusion encore avec la présence ambiguë  au premier tour de C.Perny qui après avoir appartenu au PS, a rejoint LREM pour ensuite en être plus ou moins rejeté.

Oui, rien qu'à le dire c'est compliqué, complication de nature à décourager plus d'un électeur, tenté plutôt par la pêche à la ligne.

Il apparaît, au cours d'une campagne bien singulière pour cause de pandémie, que la liste Ravier aura fait un travail collectif intéressant. portant un projet municipal plutôt cohérent.
Sans autre dynamique, cela suffira-t-il ? Ce qui est certain c'est qu'on retrouvera au conseil municipal au moins les quatre ou cinq noms de l'actuelle opposition municipale issue de la liste M.H Duvernet* de 2014, (à part le PC qui s'était à raison présenté seul à l'époque).

Une victoire est donc bien incertaine, même en comptant sur le retour des abstentionnistes.
Mais il reste un espoir, et donc il faut le jouer, il faut battre la droite. Pour ma part le 28 juin je voterai pour la liste Y. Ravier.

JMG


*lequel, avec l'appui de C.Perny, s'étaient allègrement affranchis des règles d'un parti socialiste qui ne s'en est jamais véritablement remis. 








mercredi 20 mai 2020

Comment (se) payer la tête des héros

Le gouvernement a donc consenti à ce qu'une prime exceptionnelle soit versée aux personnels soignants pour les remercier de leur mobilisation sans faille lors de la crise sanitaire. Elle irait de 300 à 1000 euros, voire plus,  des écarts importants selon les hôpitaux, les fonctions exercées, selon qu'on soit médecins, infirmières, aide soignants, selon les régions...Et pas selon le temps qu'il fait ?

Outre celles dont bénéficieraient certains salariés du privé, tout aussi aléatoires, au bon vouloir de leur patron, des primes seraient également versée aux personnels des collectivités territoriales en lien direct avec le public ou lors d'activités susceptibles de les avoir mis en contact avec le Coronavirus. On parle même de primer certains enseignants, ceux en particulier qui se seraient occupés, pendant la crise, des enfants des soignants. 

Une prime est toujours bonne à prendre. Et on la prend, surtout lorsqu'on perçoit un petit salaire. Mais elle cache la misère et révèle les insuffisances voire les arrière-pensée d'un pouvoir qui n'ose avouer "en même temps" d'autres buts que ceux d'améliorer le sort des personnels.

Ces primes risquent de créer de nouvelles injustices, de nouvelles iniquités dans une opacité pas moins épaisse que celle que vit aujourd'hui l'ensemble des agents faisant fonctionner les services publics.
Ces primes s'apparentent davantage à des actes charitables au plus mauvais sens du terme, loin de la solidarité qui devrait, pour être efficace, se fonder sur une réelle et authentique politique de rémunération élaborée de concert avec les personnels concernés et leurs organisations syndicales.

En outre, dans la mesure où elles sont le plus souvent exonérées de cotisations sociales, elles réduisent le salaire brut  et entravent le financement de la sécurité sociale laquelle alimente les ressources de l'hôpital public. La boucle infernale austéritaire est bouclée !

Charitables ces primes, comme ces médailles que le pouvoir avait eu l'idée surannée et surréaliste de décerner à ceux qui méritaient la reconnaissance éternelle de la nation.
On passe sur ce ramassis de députés LREM, ravis de la crèche, emportés par un élan d'autant plus irrésistible qu'il doit venir des autres, et surtout pas d'eux-mêmes, ces députés qui proposaient que les salariés puissent faire don de leur congés aux personnels soignants. 

Cela en dit long sur un pouvoir déjanté qui n'imagine pas que les gens exerce leur métier d'abord par conscience professionnelle, et que leur revendication porte avant tout sur des moyens et des effectifs en nombre suffisant, ou sur une reconnaissance qui se traduise par des hausses pérennes de rémunération, et non pas par des breloques ou de la générosité déplacée.

N'est-ce pas là mépriser tous ces salariés ou ces agents qui ont le sens du service public ? Le sens de l'intérêt général manque au gouvernement attaché plutôt aux valeurs incertaines d'une "start-up nation" qui  n'a  su montrer aucune efficacité face à la crise sanitaire.

Question des rémunérations, le gouvernement a déjà les outils pour remédier à une situation qu'il a lui-même créé, il suffirait, s'agissant des fonctions publiques, de revaloriser comme il se doit le point d'indice qui permet que les traitements ou salaires suivent le coût de la vie.
Ainsi depuis juillet 2010 la perte de pouvoir d'achat du point d'indice  par rapport à l'indice des prix à la consommation est de l'ordre de 8,50%. Pour une infirmière par exemple cela représente une perte moyenne de 200 euros par mois.
Les pertes cumulées depuis 10 ans pour un salaire moyen de la fonction publique s'élèvent à 6000 euros environ. On est donc très loin de ces primes octroyées par le gouvernement Macron. On ne s'étonnera donc plus que la France se situe si mal au classement mondial pour les rémunérations des personnels soignants.

Mais il y a plus grave encore. La question qui se pose à la fonction publique hospitalière se pose à l'ensemble de la fonction publique. Le gouvernement, en privilégiant des primes aléatoires plutôt que des revalorisations pérennes des salaires ou des carrières, ne poursuit-il pas l'affaiblissement de la fonction publique, préalable à une stratégie de dépérissement de l'Etat dont nous voyons les ravages tous les jours, notamment en matière d'aménagement du territoire ?

S'agissant du secteur privé la problématique n'est pas bien différente, le mépris est le même avec la complicité d'organisations patronales incapables de voir à quel point leur propre intérêt pourtant se conjugue avec celui de leurs salariés.
L'urgence serait pourtant de revaloriser le Smic en le portant à 1800 euros brut de manière à rattraper ici aussi une perte de pouvoir d'achat préjudiciable à une reprise économique harmonieuse et égalitaire.

Il est temps que le pouvoir prenne la mesure de la crise et que le monde d'après, comme on dit, ne soit pire qu'aujourd'hui.

JMG





jeudi 7 mai 2020

Surveiller ou punir, ou les deux

Georges Orwell*, dans son livre autobiographique "Dans la dèche à Paris et à Londres", décrit la façon dont était traités les vagabonds, qu'on appelait aussi les chemineaux, dans l'Angleterre des lendemains de la guerre 14-18 puis au cours des années vingt et trente du siècle dernier.

Sans domicile fixe, sans travail, ces hommes ou ces femmes étaient condamnés éternellement à faire le tour du pays cheminant ainsi de gîte en gîte. Le temps de ces séjours y était limité, il fallait éviter que ces vagabonds, pour des raisons sanitaires ou sociales, s'incrustent où que ce soit.

Les chemineaux étaient donc tenus d'errer d'asile en asile. Vagabonds par obligation dans un circuit infernal, ils étaient encadrés par les employés de ces asiles et surveillés par la police, de façon quasi-captive, bien que toujours en mouvement sur les routes.
Ainsi le pouvoir les enfermait dans cette course sans fin. Ils ne pouvaient en sortir que s'ils retrouvaient enfin un travail qui puisse les remettre cette fois dans le circuit productif exigé par la société industrielle et capitaliste.

Les temps ont changé. Mais nous sommes nous aussi surveillés. Faute de vigilance collective cette surveillance pourra finir de nous dévorer, favorisée voire sanctifiée par cette autre exigence ré-apparue récemment, tout aussi brutale, l'exigence sanitaire.

Ainsi des drones ont pris l'air pour surveiller les sentiers de randonnée, des drones gendarmes  pour vérifier que personne ne commettre le crime de longer les rives du Lac des Rousses dans le Haut-Jura.
On a même vu des hélicoptères, sur la côte Atlantique, survoler des passants pour leur commander de quitter des plages sur lesquelles ils se promenaient. Le ridicule, même héliporté et dispendieux, ne tue pas. Les velléités de contrôle des populations sont toujours aussi vives de la part de tout Pouvoir et du nôtre en particulier.

C'est pourquoi il faut saluer à cet égard les actes de résistance, encore trop rares, contre cette société de surveillance qu'on voudrait plus ou moins discrètement nous imposer.

Comparaison n'est pas raison, nous ne sommes plus au siècle dernier ni même encore en "1984", et pourtant...A Lons-le-Saunier, zone rouge de l'audace en la matière, le Maire de la ville qui ne parvient pas à quitter son fauteuil de maire depuis déjà quelques mandats, tient lui aussi à son projet de télésurveillance.
En février dernier le conseil municipal votait donc sans trop de problèmes, dans un élan majoritaire absolu dont notre démocratie française a le secret, une convention entre l'Etat et la ville pour la mise en place de cette vidéo-protection.
Comme si à Lons-le-Saunier la violence à feu et à sang se rencontrait à tout bout de rue. Comme si il n'y avait d'autre solution qu'une surveillance inefficace pour imposer une paix civile qui d'ailleurs ne fut jamais réellement menacée.

Il est heureux que Julien Da Rocha, citoyen de la ville, technicien forestier de son état, "gilet jaune" d'où ses quelques ennuis, conteste ladite délibération pour la raison que cette décision n'avait pas été précédée d'une étude d'impact qui concerne la protection des données personnelles.
Bien que tout à fait justifié, ce recours a valu à son auteur de se faire traiter de "délinquant" par le Préfet**, celui-ci oubliant la neutralité qui l'oblige en tant que représentant de l'Etat dans le département.

Le moyen de droit invoqué devrait aboutir au retrait de ladite délibération. Cette lutte doit être saluée en défense des droits et liberté des personnes et des citoyens que nous sommes.
Ces droits sont aujourd'hui trop souvent bafoués au nom d'une sécurité qui s'avère n'être qu'une chimère.


JMG

* l'auteur de 1984, c'est bien le même
** La Voix du Jura en date du 30 avril dernier