mercredi 16 janvier 2013

Accord national interprofessionnel : lettre au conseil fédéral (suite)


Je me permets de joindre un lien qui donne une autre perception, complète et documentée celle-là, de l'accord national interprofessionnel qui vient d'être signé entre le Medef d'une part et trois organisations syndicales ( CFDT, CGC, CFTC).
Il s'agit d'un article de Gérard Filoche, membre du bureau national du Parti socialiste, ancien inspecteur du travail, et membre de la CGT ( décidément nul n'est parfait, encore un  camarade qui a du mal, comme a dit de moi premier fédéral dans un mail récent, " à bien différencier le mouvement politique du mouvement syndicaliste"sic )
Je précise que bien entendu je m'exprime ici moi-même en tant que membre du parti socialiste, et non pas, comme certains camarades pourraient le craindre, en tant que membre sympathisant du " concoillote folk groupe du Jura" ou d'autres associations auxquelles je pourrais appartenir. Vous voudrez donc bien m'excuser par avance d'éventuels parasitages, mais nous sommes faits de diverses expériences qui nourrissent...notre action politique.
Restons donc sérieux en étudiant bien tous les arguments relatifs à ces accords dit de "Wagram" lesquels, contrairement à ce qu'en disent les media, n'apportent pas grand chose de positif au droit du travail, et qui bien au contraire constituent une attaque supplémentaire contre le code du travail, et cela de l'avis même de la majorité des organisations syndicales.

Jean-Marc Gardère
Conseiller fédéral PS Jura, membre du bureau fédéral

dimanche 13 janvier 2013

Accord Medef-CFDT : lettre au Conseil Fédéral PS du Jura

Harlem Désir ne devrait pas se réjouir d'un accord qui sert , malgré les apparences et la propagande médiatique, davantage les intérêts du Medef que ceux des organisations syndicales de salariés. L'accord qui vient d'être conclu entre le Medef, et la CFDT principalement n'aura pour effet, alors qu'il est présenté comme un accord gagnant/gagnant, que de renforcer la précarité dans le monde du travail.
Et cela contre des « avancées » qui sont largement sur-évaluées et pour tout dire trompeuses
comme notamment :
 -la meilleure représention des salariés qui ne touchera que les grandes entreprises. Le pouvoir des salariés au sein des conseils d'administration ne seront pas significativement renforcées,
-la taxation des contrats courts : le Medef s'en sort bien puisque cette taxation est assortie d'une exonération des charges patronales pour certains contrats en CDI. ( En définive les entreprises sont bénéficiaires de 45 millions d' euros.)
- les mutuelles, elles, seront généralisées à l'ensemble des salariés, ce qui est une bonne chose en soi. Mais les salariés y participerons pour moitié et surtout ce sont les assurances de santé privées qui financièrement en profiteront. ( plus de quatre milliards d'euros en 2013) Il aurait mieux valu renforcer la sécurité sociale en revenant sur tous les reculs qu'on lui a imposé ces dernières années.
-il en est d'autres tout aussi trompeuses, comme par exemple la portabilité des droits à la formation ( 20 heures seulement par an dans la limite de 120 heures)

En contrepartie de ces prétendus ou maigres avantages pour les salariés, les entreprises auront le droit de licencier avec beaucoup plus de facilité, conséquence d'une déjudiciarisation des licenciements qui seront de fait encouragés en cas de difficultés «  économiques ». Il n'y aura plus de plan social avec des obligations pour les entreprises à la hauteur de ce qui existe aujourd'hui, et ce n'était déjà pas bien brillant.
Il est d'autres mesures qui vont toutes dans le même sens d'une attaque contre le code du travail. Bref un accord négatif pour l'ensemble du monde du travail et qui n'a été signé que par une minorité.
Ni la CGT, ni FO en effet n'ont signé cet accord qui ne fait qu'aggraver une flexibilité du travail déjà très grande dans notre pays. Et il n'y a aucune raison que cet accord ait un quelconque effet sur la croissance.

Mais le Medef est satisfait, et pour s'en convaincre on ne peut que le citer :
« ...les partenaires sociaux ont placé la France en haut des standards européens en matière de marché du travail et de relations sociales. L’accord auquel ils sont parvenus est en effet tout sauf un accord a minima». C'est clair.
On est loin de l'accord historique. J'ose espérer que les députés socialistes ne voteront pas ce texte.



Jean-Marc Gardère 
Conseiller fédéral- membre du bureau ( motion "maintenant la gauche")
 

vendredi 11 janvier 2013

Rien qu’une petite erreur

De l’aveu de deux économistes du Fonds Monétaire International, l’austérité en Europe serait due à l’utilisation d’un mauvais coefficient dans une formule servant à mesurer le lien entre montant de dépenses publiques et taux d’activité.
On croit rêver. Ainsi la « science économique » version FMI, mais reprise à bon compte par « l’Europe »,  se serait-elle trompé.
 
A moins qu'on nous prenne pour des imbéciles, ce qui est toujours possible, la crise austéritaire confirmée et réalisée par volonté politique à l’échelle européenne n’aurait été que le produit de cette petite erreur de calcul. Les millions de chômeurs, les centaines de milliers de familles frappées par la crise, les cinq millions de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté, tous victimes de près ou de loin de cette minuscule bévue, apprécieront.

 Ainsi certains responsables du FMI seraient prêts à rejoindre, mais un peu tard,  ceux qui pensent que les politiques d’austérité ( ou d'appauvrissement des populations) sont bien contraires à la croissance et à l’emploi. Comme l’affirment depuis des années les grands syndicats européens, les politiques de relance seraient bien plus efficaces que l'austérité appliquée en Grèce, en Italie, en Irlande, au Portugal, en France, et même en Allemagne...

La morale de cette histoire c’est qu’il est temps que les technocrates, mais aussi les tenants du libéralisme à tout crin qui ont intérêt à cette politique favorable à l'euro fort, et à la rente par conséquent, laissent enfin la place à des politiques  qui à l'échelle de l'Europe favorisent plutôt les solidarités économiques et sociales, si possibles durables.

JMG

* texte paru en partie dans le Progrès de Lyon du 11/01/13

http://www.liberation.fr/economie/2013/01/08/oups-le-fmi-s-est-trompe-sur-l-austerite_872394

mardi 8 janvier 2013

L'aveu

Le débat fut passionnant sur France 2, hier sept janvier entre, à ma gauche, Jean-Luc Mélenchon (sans doute pas dans son meilleur jour) et Jérôme Cahuzac à ma...je ne sais plus.
Selon ce dernier  la lutte des classes n'existe pas et surtout il n'y aurait jamais cru. Joli aveu mais qui ne ferait, si on allait un peu trop vite, que confirmer le ramollissement idéologique d'une certaine gauche social-libérale.

Dire qu'on n'a JAMAIS cru ( l'important est aussi dans ce jamais) à la lutte des classes c'est croire et donner à penser, c'est sous-entendre, que la lutte des classe n'aura jamais été ou ne sera jamais qu'un archaïsme contre-productif, une vieille lune palote, une illusion, qui serait de surcroît génératrice de conflits inutiles, de violences, et disons-le de mort et de Goulag...Même si l'actuel ministre du budget ne l'a pas dit de façon explicite, on entend que pour lui la notion lutte des classes n'est au fond, n'aura jamais été, qu'une lubie dangereuse pour tous dans nos sociétés de liberté.

Que la notion de lutte des classes ait pu dans l'histoire prêter le flanc à toutes les interprétations, à toutes les modulations, les évolutions, et ne plus correspondre tout à fait à ce que Karl Marx, ce grand économiste mais aussi ce penseur de l'action, en avait donné comme définition, c'est une évidence.
Mais, qu'on le veuille ou non, cette notion fait partie de l'identité de la gauche, de son imaginaire. Dire qu'on n'y a jamais cru c'est nier qu'il n'ait jamais existé une solidarité naturelle ou construite entre ceux qui se battent pour une autre logique que celle des oligarchies pour lesquels la "finance" est un moyen de garder le pouvoir réel.
Ne pas croire à la lutte des classe, et surtout l'avouer, c'est ne plus penser ni urgents, ni même nécessaires les multiples combats qui se jouent aujourd'hui dans des centaines d'entreprises prises au piège du rendement financier et dans lequel les victimes sont toujours les mêmes : ceux en premier lieu qui créent les richesses.
Dire haut et fort qu'on n'a jamais cru à la lutte des classes, c'est nier des années de luttes et de revendications sociales sans lesquelles notre pays ne serait pas le havre de paix qu'il reste aujourd'hui encore malgré tout.

Et donc, oui bien sûr, la lutte des classes existe bien et ce n'est pas parce que l'expression fait toujours et encore peur à certains - cette peur est si bien entretenue - qu'il faut en nier l'existence et la nécessité.
Nécessité de la solidarité dans les classes ouvrières ou moyennes, dans le monde salarié dans son ensemble, même si celui-ci est devenu au fil des années de plus en plus complexe et difficile à appréhender comme un seul et unique bloc.

Si Jérôme Cahuzac, ministre socialiste, ne croit pas pas à la lutte des classes, n'y a jamais cru, d'autres y croient encore et combien, ceux de l'autre bord qui détiennent toujours le pouvoir, et qui le clament, comme Warren Buffet, ce grand financier, riche parmi les riches. Il faut encore et toujours le citer, ne serait-ce que pour ouvrir les yeux, voire même la conscience, de ceux qui n'y auraient jamais cru : "la guerre des classes existe, dit-il, mais c'est la mienne...la classe des riches qui mène cette guerre et nous sommes en train de la gagner."

Que cette lucidité gagne enfin la classe des salariés, des travailleurs, non par la haine mais la conscience que l'action et la solidarité sont nécessaires aussi parmi ceux qui créent les richesses, ne serait-ce que pour défendre, par exemple, des idées aussi belles que la sécurité sociale, ou le principe du contrat à durée indéterminé, remis en cause en cette période de "négociations sociales", par un Medef plus que jamais arrogant.
"Ce que la vie m'a révélé...c'est la nécessité du combat" disait Jaurès. La lutte des classes c'est simplement l'avoir compris.


JMG

http://www.maintenantlagauche.fr/

dimanche 30 décembre 2012

Beaucoup de bruit pour rien

Ainsi  le conseil constitutionnel a invalidé la fameuse disposition fiscale que François Hollande avait par surprise sorti de son chapeau au cours de la campagne présidentielle. Cette taxation de 75% des revenus au dessus de un million d'euros était devenue emblématique d'un président qui ainsi, pensait-on, montrait sa volonté de faire une politique fiscale résolument de gauche. Et la droite, fidèle à son habitude de crier haro sur n'importe quelle mesure prise par le gouvernement, surtout s'agissant d'une mesure fiscale, d'appeler en renfort tous ses aboyeurs de la presse écrite ou télévisée pour crime de lèse-richesse.
Pour les rasséréner, rappelons d'abord à ces victimes innocentes de la barbarie gouvernementale, ou à leur défenseurs éplorés,  que la mesure n'est prévue que pour deux ans, qu'elle ne concerne que mille cinq cent personnes et qu'elle n'aurait rapporté, si elle n'avait pas été invalidée, qu'à peine 500 millions d'euros, une paille pour un budget d'un montant total de 371 milliards d'euros.

Et donc, pour que l'ensemble de la droite puisse trépigner, crier, pleurer, rager pour quelque chose qui en vaille la peine, le gouvernement pourrait prendre prétexte de cette invalidation pour oeuvrer au rétablissement d'une véritable politique fiscale qui soit à la hauteur des crises que nous traversons depuis maintenant trop longtemps, non pas simplement pour faire payer les riches mais pour leur demander de participer efficacement à l'effort national.

Et pour cela il n'y aurait pas trente six mesures : d'abord simplifier les dispositifs fiscaux pour les rendre plus lisibles, rétablir davantage de tranches pour réhabiliter une véritable progressivité de l'impôt, imposer les entreprises en fonction de l'utilisation de leurs bénéfices, et puis entamer le chantier d'une réforme d'impôts locaux particulièrement injustes.

Ainsi la droite pourrait crier, enfin à raison, contre une fiscalité devenue socialement et économiquement efficace.

JMG


http://www.maintenantlagauche.fr/

dimanche 16 décembre 2012

Avis de précipitation sur le bassin lédonien

On ne peut pas faire de la politique comme il y a cinquante ans. Les membres du parti socialiste, qui est encore un grand parti démocratique, qui doit le rester, ne peuvent tolérer qu'un candidat issu de ses rangs s'autoproclame pour une élection municipale. Lons-le-Saunier n'est pas n'importe quelle ville. La gauche dans son ensemble n'a rien à gagner à ce petit jeu. La section du parti socialiste de Lons-le-Saunier, ses militants sont seuls habilités à donner l'investiture au futur candidat socialiste pour la ville de Lons-le-Saunier. Par ailleurs une campagne pour les municipales doit s'inscrire dans un programme clair. On ne peut uniquement se fonder sur des intentions vagues et sur une simple image, si séduisante soit-elle.

JMG

vendredi 7 décembre 2012

Hors le mur

Oui, le local fédéral du parti socialiste place de la Comédie à Lons-le-Saunier a été muré, oui des affiches ou des tracts ont été apposés sur la vitrine, oui des inscriptions à la peinture  (à l'huile paraît-il) ont été tracés sur la façade, oui le parti socialiste a donc été la cible de tels agissements pendant une à trois manifestations organisés par des opposants à l'aéroport de Tavaux euh pardon...de Notre-Dame des Landes en Loire-Atlantique à plus de cinq-cents kilomètres de là, mais de toute évidence à quelques nautiques seulement de l'hôtel Matignon à Paris.
Quel est donc le malaise qui fait qu'un parti politique, de gauche, comme le parti socialiste devienne ainsi la cible de militants qui, il y a quelques mois encore, avant la présidentielle, pouvaient manifester ensemble avec nous ?

Au lieu de se poser sereinement la question , le secrétariat fédéral a décidé de porter plainte contre les auteurs hypothétiques de ces actes.

Il faut savoir, et je l'ai rappelé au conseil fédéral au cours duquel cette question a été évoquée, que le premier fédéral du PS du Doubs a retiré sa plainte pour des faits similaires qui se sont produits à Besançon. Sage réaction dans un contexte difficile aujourd'hui pour la gauche toute entière et pour le PS en particulier.

Car à quoi cela sert-il de porter plainte si on ne fait pas le travail collectif d'un retour sur soi ? Qu'est-donc aujourd'hui devenu le parti socialiste, ou plutôt quelle image donne-t-il aujourd'hui, à tort ou à raison, pour être devenu la victime de ces débordements autrefois uniquement réservé à la droite ? Notons au passage que ces derniers pour être traumatisants pour ceux qui les ont directement vécus, et je pense en particulier à la secrétaire qui était à l'intérieur du local ce jour-là, ne sont pas pour autant irrémédiables. Il convient donc de dédramatiser, et se rappeler que le parti socialiste, a pu dans un passé proche participé à des manifestations où de tels débordements se sont produits.

Il est clair que du côté de Notre-Dame des Landes, l'image du PS s'est flétrie, pire elle s'est muée en un parti repoussoir alors qu'historiquement du moins il se targuait d'être le lieu de la réflexion critique et de la contestation. Le Larzac est bien loin qui à la fin des des années soixante-dix fut un lieu d'élaboration d'une pensée politique, à bien des égards libertaire, qui aida les socialistes, à l'intérieur d'une gauche unie à venir au pouvoir. Aujourd'hui, après dix ans de droite, elle est au pouvoir cette gauche mais c'est pour aux yeux des autres gauches, contrarier les espoirs d'émancipation d'une population qui refuse un développement productiviste dévoreur d'énergies et surtout réservé qu'à un petit nombre.

On ne saurait justifié de tels agissements, de tels débordements, mais ils sont la manifestation que la contestation a changé de camp. Il n'est pas trop tard, le parti socialiste peut envisager une autre orientation, ou simplement la retrouve, celle qui fit dans l'histoire sa véritable identité.

JMG

vendredi 30 novembre 2012

Des raisons du déclin industriel en France

Depuis mars 1983 les salaires ne sont plus indexés sur les prix ou les gains de productivité. C'est une des raisons pour lesquelles la part des salaires dans la valeur ajoutée a baissé de 10 points de 83 à 87.
La protection sociale est financée par les salaires lesquels sont soumis à des cotisations sociales (cotisations patronales comprises).
Ces dernières n'ont cessé de baisser au travers les exonérations nombreuses dont ont bénéficié les entreprises. Cela explique en grande partie le déficit de la sécurité sociale dont on voudrait la mort. Ainsi 40% de la protection sociale seulement est prise en charge aujourd'hui par les entreprises contre 60% dans les années 80.
Le résultat en terme de commerce extérieur ne s'est pas pour autant amélioré puisque le déficit aujourd'hui se monte à 70 milliards.

Les entreprises au total bénéficient de 150 milliards d'exonérations fiscales ou sociales. Et donc non, globalement, on ne peut pas dire qu'elles sont étranglées. Par contre leurs profits eux ont très sensiblement augmenté. Ainsi en dix ans, la part des dividendes dans la valeur ajoutée créée par le travail a été multiplié par deux.

La question reste de savoir pourquoi est apparu le déclin industriel que nous connaissons, et qui fait son oeuvre de destruction sociale.
Il faut dire d'abord, comme le souligne Gabriel Colletis* que les grands goupes ont privilégié leurs investissements hors de nos frontières au détriment de la production effectuée en France.
Ainsi les entreprises du CAC 40 consacrent 20 à 25 % de leur investissements à la France, et 75 à 85 % à l'étranger ce qui se traduit en terme d'emplois : deux millions de salariés en France contre quatre millions à l'étranger. Il faut savoir que les groupes allemands eux investissent deux fois moins à l'étranger.
Pour prendre ( ou ne pas prendre)  en comparaison le modèle allemand, la production d'automobiles chez nos voisins a considérablement augmenté en volume et valeur sur leur territoire.
En France au contraire, la balance commerciale de l'automobile est désormais déficitaire. Ainsi Renault fabrique la majeure partie de ses autos à l'étranger entraînant par la même la disparition de tous ses sous-traitants.

Le tissu industriel en Allemagne est plus solide car les sous-traitants sont davantage respectés, et les donneurs d'ordre sont plus regardants qu'en France sur la qualité des produits, davantage en tout cas que sur les prix. D'où des coût industriels plus forts qu'en France, ce qui n'entraîne d'ailleurs pas une moindre compétitivité !

Enfin, en matière d'impôt, on fiscalise autant et de la même manière les bénéfices réinvestis et ceux qui sont distribués aux actionnaires.

Ajoutons, et c'est même l'essentiel, que la désindustrialisation est due aussi à une moindre activité générale liée à une baisse de la demande partout en Europe : en cause bien sûr les politiques d'austérité pratiquées aujourd'hui à l'échelle du continent.

JMG

* A lire Gabriel Colletis " Urgence Industrielle " Editions le bord de l'eau .

mardi 27 novembre 2012

La Grèce victime de l'Europe libérale et des banquiers

Je reproduis ainsi intégralement un texte de Gérard Filoche au sujet de la Grèce laquelle en Europe fait figure aujourd'hui de terrain d'essai, avant que d'autres pays, pour leur malheur social et économique, soient bientôt concernés eux aussi:

" Ils se sont tout permis pour étrangler le peuple grec !

Après avoir infligé 11 plans d’austérité, une véritable destruction sociale, au peuple grec,  après l’avoir forcé à brader ses entreprises publiques, ruiné sa production, aggravé sa dette odieuse, liquidé ses droits sociaux, à l’éducation, à la santé, salaires et retraites, la troïka UE/BCE/FMI a  joué, mardi 27 novembre 2012, à relâcher la pression.
C’est un peu comme un chat jouant avec la souris qu’il a capturé et qui est à sa merci. C’est un peu comme les barbares des temps lointains, envahissant un pays,  brulant les maisons, violant les femmes,  détruisant les trésors puis rendant des terres aux vaincus pour qu’ils produisent à nouveau de quoi alimenter les occupants.
La politique d’austérité infligée par l’UE depuis 2009 sous prétexte de la « rembourser », a provoqué une telle récession qu’elle a porté la dette grecque de 100 points du PIB à 170 points du PIB !
 Cette dette odieuse provoquée par l’oligarchie grecque
-  qui avait soutenu la dictature des Colonels de 1967 à 1974,
-  qui avait acheté un énorme et vain armement à Thyssen Krupp,
-  qui avait dispensé armateurs et popes de payer des impôts,
-  qui avait ruiné le pays avec les Jeux Olympiques de 2004,
-  qui avait confié à Goldman Sachs le soin de truquer les comptes,
cette dette odieuse, chacun savait qu’elle ne serait et ne devait jamais être payée !
Pourtant les banques européennes et mondiales s’en sont servi à mort, prenant dessus des taux d’intérêts à 7, 8 , 12 et même 17 %.  Et la BCE, le FMI, l’UE Merkel se sont comportés comme des rapaces, exigeant non pas de l’oligarchie mais du peuple qu’il soit saigné pour le compte de ces banques privées usuraires.
 Ceux de la troïka qui ont infligé des mesures cruelles, cette immense souffrance au peuple grec pour le compte des banques privées devraient être arrêtés et jugés devant un tribunal pénal international pour crimes économiques. Quand on sait que la BCE a prêté 1000 milliards aux banques européennes privées en 2012 au taux de 1 %, et qu’elle a laissé ces mêmes banques imposer des taux de 7, 8 ou 12 % à la Grèce, le crime est signé ! Tout cela au nom d’une étrange et rituelle orthodoxie monétaire, d’une stupide « règle d’or » dont les seuls bénéficiaires sont les spéculateurs, les usuriers, les banques privées qui exercent ainsi une dictature contre les états, les républiques et les citoyens.
Ce mardi 27 novembre, la troïka a encore discuté 14 h de la façon dont elle pouvait tirer le maximum de marrons du feu qu’elle alimente en Grèce.
Elle a débloqué 44 milliards d’aide qui n’avaient pas été donnés depuis l’été. Car il faut savoir que toutes les « annonces d’aides à la Grèce » dont les journaux européens sont quotidiennement remplies ne sont que du « pipo ». Ce serait une grave erreur de croire que l’UE « aide » la Grèce. La Grèce ne reçoit rien. Pas un euro. C’est aux banques privées créditrices de la Grèce que ces fameuses « tranches d’aide » sont données ! Et du point de vue « communication », elles sont données plusieurs fois, d’abord dans votre poste de radio, ou votre journal quotidien et bien plus tard, sur les comptes des banques prêteuses à taux usuraire.
Ainsi, les 17 pays de l’euro et le FMI de Christine Lagarde, ont fini cette nuit du 27 novembre par autoriser le déboursement à partir du 13 décembre de trois tranches de crédits suspendues depuis l’été et qui permettent au trésor grec d’éviter la banqueroute. L’enveloppe d’aide en retard atteint 44 milliards, dont 10 milliards que le conseil du FMI devra lui-même débloquer à son tour. Soyez surs qu’on vous en fera encore plusieurs fois l’annonce !
Hors de la vue du peuple, Lagarde et Draghi ont allégé cette dette artificielle infligée à la Grèce et alors que tout le monde le sait depuis le début, elle ne pourra jamais la payer. La dette devra être ramenée à 124 % du PIB en 2020 (au lieu de 100 % en 2009). Elément nouveau : ils promettent de la réduire encore, « à moins de 10 % », en 2022. C’est un scénario de remise de dette en bonne et due forme. Comme l’écrit Le Figaro « Ils ont aussi balisé sur 10 ans le retour du pays vers davantage de stabilité financière. » Ils ont même réduit de 1 point le taux d’intérêt accordé à la Grèce par les créanciers publics. Ils rallongent les échéances de ces prêts de 15 à 30 ans, c’est-à-dire au-delà de 2040. Ils reportent de dix ans le paiement des intérêts au fonds de sauvetage FESF. Dès 2013, la BCE et les banques centrales nationales rétrocéderont  11 milliards de profits ( !) réalisés sur les obligations grecques. L’Euro groupe autorise enfin Athènes à racheter ses propres titres, avec une décote probable de plus de 60 %. Tout cela sachant que la Grèce doit encore théoriquement 240 milliards dont 80 milliards au privé et le reste au public, FESF et a la BCE.
Pourquoi maintenant et pourquoi si tard ?  Parce que la Grèce est exsangue. Il n’y a plus grand chose à en tirer. Le FMI considère que « les grecs sont arrivés au bout des efforts qu’ils sont capable de faire ». Impossible de les piller davantage. Et la peur que le sort  infligé aux Grecs a produit en Europe, a joué tous ses effets, en Italie, en Espagne, au Portugal qui se sacrifient à leur tour cruellement pour des taux de 6 à 7 %… … Le FMI poussait même à un abandon immédiat de créances publiques (pas privées). Les trésors européens et le ministre allemand Wolfgang Schäuble s’y opposaient  férocement puis ont cédé dans la nuit. Pour Jean-Claude Juncker, le Fonds est désormais « complétement revenu à bord ». Mario Drag hi a annoncé « un retour de la confiance envers la Grèce et l’Europe ». Selon Christine Lagarde : « la Grèce est à nouveau sur la voie d’une dette viable ».
«L’accord de cette nuit met fin à une trop longue incertitude, lâche le commissaire à l’euro Olli Rehn avant d’avouer clairement : « la Grèce avait fini par s’imposer comme un test de crédibilité et d’aptitude à prendre des décisions ».
Cette dernière phrase est la plus limpide : il s’agissait d’un vulgaire « test match ». Est ce que la troïka était capable de faire plier ce bouc émissaire, oui ou non ? Est ce que la dictature de la finance l’emportait, oui ou non ? Est ce que l’Europe entière peut être menacée et soumise à ce régime ? Est ce que « les marchés » rapaces toujours insatisfaits, après réflexion, ne vont pas juger que cela est prématuré, coûte « trop cher », tire sur le FESF, et revenir à la charge ? "

Démocratie et Socialisme ( Gérard Filoche)