mardi 26 janvier 2016

...il y a cinq ans exactement, un accident du travail

Il y a cinq ans exactement, le mercredi 26 janvier 2011, mon frère, Jacques, mourait dans un accident du travail, écrasé par un arbre, un marronnier du Japon de neuf tonnes. Cela semble étrange dit comme cela...Mais "ça" s'est produit, sur son lieu de travail à 8h30mn, au dépôt  des espaces verts, au Stade Tissié à Pau, en bas du boulevard des Pyrénées, pas si loin de la montagne qu'il aimait tant et qui constituait une de ses raisons de vivre. Il était agent technique, fonctionnaire territorial à la ville de Pau, jardinier, il fut donc tué par l'objet de son travail.

Il avait mentionné quelques années auparavant, dans le registre de sécurité, le caractère dangereux de cet arbre. Et il a fallu que cet arbre tombe sur lui. Depuis, la ville a mené une politique de sauvegarde des arbres qui tienne compte prioritairement des personnes. Combien d'arbres ont été abattus depuis à la ville de Pau, et dans d'autres, sensibilisées désormais par cette question ? Les arbres vivent puis meurent, et en mourant parfois blessent et tuent  qui se trouve sur le passage de leur naufrage.
Mon frère a été désincarcéré, mais alors que tout était fini pour lui dans ce monde, libéré par ces camarades du SDIS, comme une ironie du sort : il était lui-même pompier volontaire, membre du GRIMP ( Groupe de reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux) des Pyrénées Atlantiques.

Toute mort est mystérieuse, absurde, celle-ci particulièrement, elle pénètre le monde familier, le détruit ou en en révèle le caractère précaire, artificiel. Celle-ci fut le fruit du hasard (on nomme par "hasard" ce que nous ne comprenons pas), partiellement par hasard en tout cas comme toute mort accidentelle, mais elle est due aussi à des événements successifs, dont certains prévisibles, et dont on n'a pas suffisamment tenu compte, sa mort en est la preuve. Une information judiciaire avait été ouverte et nous nous sommes portés partie civile pour avoir connaissance du dossier . Le juge d'instruction, en novembre 2012, a rendu une ordonnance de non-lieu et nous n'avons pas fait appel.  Seul nous importait de savoir ce qui s'était passé, sans vouloir absolument dénoncer ou souligner telle ou telle éventuelle responsabilité individuelle venant de la ville de Pau. Nous aurions aimé cependant que la responsabilité pénale de celle-ci, en tant que personnalité morale, fût au moins reconnue.

Le hasard a fait que cet arbre centenaire est tombé un matin sur le camion qui le menait à un chantier, mais il aurait suffi de quelques secondes pour que mon frère soit encore avec nous aujourd'hui, il aurait suffi d'un instant pour que le camion dans lequel il se trouvait démarre et se fut donc éloigné du danger. Le hasard, le destin, les circonstances, l'imprévoyance en ont voulu autrement. Comme souvent en pareil cas, on se demande comment le drame a pu advenir alors que les probabilités était faibles. Il aurait suffi qu'il fût appelé pour une intervention en montagne par exemple et ne pas se trouver à cet instant sous cet arbre, à sa merci, et surtout il aurait suffi que cet arbre fût abattu avant qu'il ne s'abatte.

Ces interrogations alimentent la douleur qui persiste et reste aussi vive cinq ans après.

Depuis ses collègues de la mairie de Pau et du SDIS 64 organisent un tournoi sportif dont la première édition a eu lieu l'année dernière. Cette année la finale de ce tournoi aura lieu au gymnase Paul Jean Toulet à Pau le samedi 28 mai prochain.
Je reproduis ici le communiqué de l'équipe organisatrice de cette rencontre annuelle désormais (je remercie en particulier Jean-Vincent Carol, et beaucoup d'autres):

Bonjour,
Il y a 5 ans, ce 26 janvier, à 8h00 du matin, notre collègue Jacques Gardère décédait, victime d'un accident sur son lieu de travail.
Depuis, après un long et douloureux travail de remise en question pour les uns et les autres, nous avons réussi à mettre en place un certain nombre d'actions qui nous permettront de surmonter cette épreuve.
Parmi celles-ci, le Challenge sportif Jacques Gardère, dont la première édition en 2015 a réuni une centaine d'agents et certainement celle qu'il aurait le plus apprécié.
Au-delà de nous retrouver dans un moment de convivialité autour des valeurs du sport, l'édition 2015 a permis de réunir quelques 2800 €, au profit de l'association KOALA, choisie par Benjamin, le fils de Jacques.
Cette association locale, dynamique, qui œuvre pour le bien être des enfants à l’hôpital a pu faire réaliser grâce à vous des travaux par un artiste aux urgences pédiatriques de l’hôpital François Mitterrand de PAU. Vous trouverez les photos en cliquant sur le lien suivant : https://www.flickr.com/gp/139380123@N06/1smdJ8
Il est temps de préparer l'édition 2016 en vous inscrivant sans plus tarder (date limite le 4 avril) afin de renouveler l'exploit de l'année dernière.
Le tirage au sort des équipes aura lieu le 6 avril pour une journée de badminton entre les équipes de la ville de PAU/CDAPP/CCAS et du SDIS 64
le samedi 28 mai 2016 au gymnase Paul Jean Toulet à partir de 9h.
Comme l'année dernière, 2 séjours d'une semaine en pension complète dans un hôtel 4* à Lloret del Mar sont en jeu !!!
Pour plus d'informations, écrivez nous à challengejacquesgardere@gmail.com
A très bientôt.
L'équipe organisatrice.

jeudi 14 janvier 2016

Vœux pour 2016 et les années qui viennent

Il est encore temps d'émettre des vœux, on a, parait-il, jusqu'à la fin du mois de janvier.
Meilleurs vœux à tous, que cette année soit celle de la résistance. Faute de mieux, faute de pouvoir, ici et maintenant, créer un monde plus juste, plus égalitaire, plus fraternel. Mais au moins faisons ce vœu collectif de conserver ce qu'on voudrait nous enlever, ce qui nous reste encore.
L'heure, mais parce que nécessité fait loi, est à la résistance. On nous bassine avec l'état d'urgence (inutile et dangereuse pour nos libertés), avec la déchéance de nationalité que l'on voudrait constitutionnaliser pour des raisons politiciennes indignes de la gauche.
Mais nous sommes avant tout en état d'urgence sociale. Les plans sur la comète nous les bâtirons plus tard, même si il ne faut surtout pas les perdre de vue, même si parfois nous pourrons même en expérimenter quelques-uns comme des rêves éveillés.
Nos vœux doivent aller vers le courage, la lucidité active à défendre les acquis du Conseil National de la Résistance que les néo-libéraux voudraient faire passer pour ringards et contraires à la modernité. Il s'agit de leur modernité à eux, déjà bien vieillie, sans avenir, faite essentiellement de cupidité financière, à l'opposé de ce que nous nous souhaitons les uns les autres, la solidarité.

Ces acquis sont d'autant plus nécessaires aujourd'hui qu'ils sont le seul véritable rempart contre les crises financières qui s'annoncent encore, (tout récemment qui nous viennent de Chine...affaire à suivre), et qui sont la résultante d'une dérégulation financière que personne au pouvoir ne s'attelle à remettre en cause. 
Notre ennemi c'est la finance, bien sûr, nous avons appris à nos dépens qu'il ne suffisait pas de le dire ou de l'entendre. Défendre les acquis sociaux, nos richesses, c'est aujourd'hui la meilleure façon de nous battre contre la finance et contre un gouvernement qui, contre-nature et contre toute espérance, en a pris la défense.
Défendons l'acquis (plutôt "le conquis" comme dirait Michel Etievent, le conquis n'étant jamais acquis), l'acquis de la sécurité sociale, défendons le principe de la retraite par répartition au lieu de la retraite par capitalisation que certains oligarques, par intérêt, voudrait nous imposer contre notre intérêt à nous. Respectons le mouvement syndical authentique celui qui ne collabore pas a priori avec les classes dirigeantes, mais permet d'entretenir l'esprit critique et revendicatif qui permet la démocratie sociale tout comme la démocratie tout court. Défendons les syndicalistes que des voyous voudraient emprisonner.

Un  autre vœu, que les nécessaires commémorations ne nous empêchent pas de nous interroger au delà des beaux discours, au delà de l'émotion qui nous font courir le risque de ne pas examiner les situations avec sang froid et lucidité.
Ainsi, contrairement à ce que prétend l'actuel premier ministre, il nous faut expliquer les raisons du terrorisme que nous subissons aujourd'hui. Contrairement à ses propos démagogiques, expliquer n'est pas excuser. Il nous faut connaitre les racines du mal, ce n'est qu'ainsi que nous parviendrons à les combattre. Le mal n'est jamais dû au hasard, ce n'est pas par hasard qu'Hitler en son temps accédait au pourvoir, ce n'est pas tout à fait le hasard qui nous a mené aux tragédies de janvier ou novembre dernier.

Il s'agit ainsi que nous nous interrogions sur une politique de la ville abandonnée au risque de la relégation sociale. Faisons le vœu aussi que nos dirigeants ait ce courage de reconsidérer la politique étrangère menée par la France, nous devons comprendre pourquoi nous sommes devenus une cible privilégiée  du terrorisme.

Que la gauche ne s'interdise pas, par seul calcul politicien, de vouloir comprendre et d'expliquer le monde, étape nécessaire pour qui veut le transformer.

JMG

jeudi 31 décembre 2015

Montesquieu pas si nul

"Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires".* Il y a donc aussi des lois nuisibles. François Hollande, que des paparazzi surprirent, un été 2006, à parcourir "l'Histoire pour les nuls", gagnerait de relire Montesquieu, ou pour le moins d'en retenir l'essentiel.

Ainsi notre Président, sous les applaudissements du Front National, veut-il "constitutionnaliser", c'est à dire incorporer dans la Constitution, des dispositions, comme celle de la déchéance nationale dont on parle tant ces temps-ci, qui n'ont rien n'a y faire et qui surtout sont, par nature, anti-républicaines, contraires dans le fond à la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Faire une distinction, qui plus est constitutionnelle, entre nationaux et bi-nationaux c'est écarter tout un ensemble de citoyens particulièrement nombreux pour un pays qui dans l'Histoire, pour le meilleur ou souvent pour le pire, a construit son image, sa fortune, sa renommée bien sûr, et son universalité, au delà de ses propres frontières.

Le pire dans l'histoire, ce n'est pas que l'Esprit des lois ne soit pas le livre de chevet de Hollande, mais que ce dernier, à l'instar de Sarkozy qui en fit ses chevaux de bataille politicienne, entende faire des lois de simples moyens de propagande. Hollande, mais aussi Valls, cheville ouvrière ces temps-ci de l’instrumentalisation juridique, y parviennent puisque plus de 90% des Français se montreraient favorables à la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux.

Voilà donc, tout ça pour ça : faire du sarkozisme, se fonder sur la folie et la paresse sondagières pour tenter de regagner l'estime de l'opinion, dans la perspective d'échéances électorales qui pourraient en effet se trouver compromises par un bilan économique et social catastrophique (inspiré et alimenté par un corpus idéologique d'un autre temps, d'un autre camp, et dont on constate le peu d'efficacité à combattre le chômage).

La Constitution, plus encore qu'une simple loi, est le texte sacré s'il en est de la démocratie, on ne doit pas s'en amuser. Il faudrait la réformer bien sûr, mais pour d'autres raisons, pour acter l’avènement d'une Sixième République qui ne soit pas la caution d'un coup d'Etat permanent dont nous voyons, au travers de l'Etat d'urgence, les effets antidémocratiques, comme si c'était bien le terrorisme, tout compte fait, qui avait gagné la partie.

Il faut que l'exécutif retrouve rapidement ses esprits, dont celui des lois, et par là-même sa base politique qu'il lâche pour des raisons purement politiciennes sans considérer l'intérêt général.
On ne construit pas un projet politique sur la manipulation d'une opinion fragilisée par la confusion idéologique mâtinée de misère sociale.

JMG

*L'Esprit des Lois (Montesquieu, 1748)

samedi 26 décembre 2015

Virer les arrivistes, mais y'a du boulot

Oui, il faut virer les arrivistes, il faut les empêcher de nuire, c'est d'autant plus nécessaire qu'une fois arrivés les arrivistes oublient bien vite de d'honorer les idées ou les promesses qui les ont fait arriver si vite.
Il faut en politique renouer avec l'éthique. Voeux pieux bien sûr mais bon...c'est le temps d'en formuler. Ce n'est pas que l'éthique ou la morale fassent toujours défaut, bien au contraire dans la plupart des cas, fort heureusement, mais force est de constater que beaucoup d'élus ou de responsables politiques, et parmi eux les plus visibles, jettent avec aussi peu de gêne, toutes les promesses et les idées qui les auront fait arriver là où ils sont, c'est-à-dire en situation d'exercer le pouvoir, notamment dans un régime républicain, le cinquième du nom, qui ressemble à s'y méprendre à un régime monarchique.

Ainsi Hollande et Valls qui nous auront trompé à tel point que toutes les valeurs et tous les repères politiques désormais sont effacés, au point que nul ni personne ne s'y reconnaît plus. Au point que nombre d'adhérents au parti socialiste, pour ceux en tout cas qui n'en sont pas encore partis, en ont honte. Honte de ce qui a pu être fait (ou pas) jusqu'à présent en leur nom.

L'affaire de la déchéance de la nationalité révèle la duplicité de ce pouvoir, mais le plus marrant c'est que celle-ci s'exerce dans une certaine transparence. Tout le monde sait en effet, sauf les imbéciles, que cette mesure ne servira à rien, ce n'est pas comme cela qu'on va empêcher le kamikaze moyen de se faire sauter. Cela n'empêche pas notre gouvernement d'agiter le chiffon rose, il sait qu'une grande majorité de Français, à qui on a posé la question par voie de sondage, est d'accord pour accorder aux islamo-suicidaires l'ultime et posthume déshonneur de n'être plus français.

On se demande d'ailleurs si la mesure qu'entend prendre le gouvernement, annoncée par Hollande devant le congrès à Versailles, puis abandonnée, puis reprise à nouveau entre deux parts de bûche au chocolat, ne serait pas plutôt le fruit de la simple incompétence. C'est peut-être tout le problème des arrivistes qui, à force de s'exténuer à des stratégie d'accaparement du pouvoir, oublient carrément d'être sensés et efficaces.

L'état d'urgence me fait encore moins rire. Donner à la police ou à l'administration tous les droits sans passer par le pouvoir judiciaire est autrement dangereux, cela pourrait donner aux apprentis autocrates, que l'on voit poindre à droite et à gauche, des idées auxquelles ils n'auraient peut-être pas pensé eux-mêmes.

Il est d'autres moyens, bien plus efficaces, de combattre le terrorisme, à commencer par se demander d'où il vient. C'est la condition première de toute bonne politique, y compris lorsqu'il s'agit comme ici de combattre la barbarie.

En tout cas ce n'est pas en niant l'Etat de droit qu'on arrivera à s'en débarrasser.

JMG






dimanche 13 décembre 2015

Et demain qu'est-ce qu'on fait ?

On doit se réjouir de la non-victoire du Front National pour ces élections régionales après un premier tour particulièrement inquiétant. Mais non-victoire en effet, car ce n'est pas encore une défaite, loin de là, l'extrême-droite dans le proche avenir peut revenir de plus belle, en raflant les présidentielles de 2017.
Lundi, qu'est-ce qu'on fait ? 
On continue les politiques stupides d'austérité et de recul social ? On poursuit et on affirme, en le constitutionnalisant, un Etat d'urgence sans efficacité réelle contre le terrorisme, mais qui tue les libertés publiques à tel point que le FN même pourrait en pâlir de jalousie ? On s'acharne encore à faire reculer les droits des salariés en réformant le code du travail sous le prétexte imbécile qu'il serait trop lourd et incompréhensible ? 
On persiste à faire les yeux doux au monde de la finance sans l'ambition et le courage de l'affronter et lui enlever la capacité de nuire à la démocratie, tout comme aux progrès social et économique ? On continue à ne pas réaliser, malgré les promesses, une réforme fiscale qui remette à l'honneur la progressivité de l'impôt ? On se refuse à envisager, avec l'entêtement que l'on connait, une augmentation des salaires susceptible de relancer la consommation ? On continue à aggraver le chômage, et la précarité de l'emploi des jeunes en autorisant trois CDD consécutifs en 18 mois ? 
On continue à remettre en cause, en multipliant les exonérations,  les bases de la sécurité sociale ?

On en passe, et des meilleures, qui visent à détruire l'Etat Social héritier du Conseil National de la Résistance.

Cela suffit, le gouvernement doit changer de politique et être fidèle désormais à ce pour quoi il a été élu. 
Il reste très peu de temps pour que l'extrême-droite ne prenne définitivement le pouvoir. Il reste en même temps très peu de crédibilité au gouvernement aujourd'hui.
Pourtant rien n'est perdu. Le sursaut, si étroit soit-il, du 13 décembre le démontre. Il faudra pour cela que l'exécutif, et ceux qui le soutiennent aveuglément en ayant abandonné tout sens critique, veuillent bien renouer avec la base politique qui les a portés au pouvoir.

JMG


lundi 7 décembre 2015

Mensonges et confusion

On ne ment pas au peuple, enfin on ne devrait pas. L'Elysée, qui n'en perd pas une, a paraît-il demandé à Cambadélis, le premier secrétaire du PS, d'exhorter les listes PS placées en troisième position de se retirer de la compétition pour permettre à la droite dite républicaine d'avoir quelque chance de battre, à elle seule, le Front National. Ce serait le cas en Alsace (mais on nous dit que le socialiste là-bas refuserait la combine), en Paca, en Nord Picardie...

Voilà une posture bien étrange qui pourrait ne pas être efficace, risquée même. Voter à droite, les électeurs de la gauche l'on déjà fait, au moins une fois, avec le résultat que l'on sait en 2002 à la présidentielle. On a vu un Chirac triomphant, grâce aux voix de la gauche, faire une politique résolument conservatrice et réactionnaire : Raffarin son premier ministre allait faire quelques mois plus tard une contre-réforme des retraites qui devait historiquement porter un coup très dur à la résistance sociale. La droite butée, pour qui on aura voté (on, dit-on, est un con), cette droite donc aura eu raison en 2003 de millions de manifestants battant le pavé durant plusieurs semaines. Et aura du même coup, comme une réplique, donné de mauvaises idées à cette gauche de gouvernement dont a vu encore tout récemment qu'elle se foutait du mouvement social comme de l'an quarante...

On a du mal à le comprendre mais la porosité entre ces droites existe bien, les combinaisons électorales n'en sont que l'écume. Bien sûr il en est une un peu plus "républicaine" que l'autre, mais les deux participent activement au glissement à droite et à l'extrême d'une société déboussolée par la confusion idéologique entretenue par la classe politique et le monde médiatique.

Cette confusion, il faut le savoir, provient en partie d'un pouvoir  qui a ignoré, sans vouloir en mesurer les conséquences, les valeurs et les projets qu'ils étaient censés défendre et porter.

Au lieu des renoncements auxquels nous avons assisté au cours des deux ou trois années écoulées, il eût fallu que la "gauche" au pouvoir s'empare d'un programme qui emporte l'adhésion et l'enthousiasme. Au lieu de cela elle a plutôt incarné le fait sécuritaire sans la sécurité, l'Europe néo-libérale, l'atlantisme, la répression sociale, la défense des entreprises et de son capital financier au lieu du monde du travail, autant de signaux qui l'ont fait passer aux yeux de son électorat traditionnel, les salariés, ouvriers, employés, cadres intellectuels, comme vecteur et accompagnateur des régressions sociale et économique. Et tout cela avec les résultats catastrophiques que l'on connaît, en terme de chômage notamment.

Il n'est pas trop tard, pas tout à fait, il est encore temps de redonner espoir en bâtissant dès à présent et en dépit de ce qui été fait jusque-là, des programmes politiques qui remettent la question sociale au cœur du débat politique.

Pour cela, il est vrai, il faudra bien, mais ça va pas être de la tarte, se passer de Macron, Valls et quelques autres qui nous font perdre espoir comme il nous font perdre tout court.

JMG

samedi 21 novembre 2015

Paris, guerre et paix

Je me souviens de ce séjour en mars 2003 en Grande-Bretagne, c'était à quelques jours de l'intervention britannique et américaine en Irak, la veille je crois même, tous les tabloïds titraient sur cet événement annoncé comme si sa survenance enfin allait libérer d'un coup des tensions contenues durant des semaines. Quelque chose d'étrange, le pays cessait de respirer avant ce grand saut dont nul ne savait où il allait mener. Mais l'excitation était à son comble, celle surtout des va-t-en guerre, ceux-là mêmes qui avaient gagner semble-t-il la partie, mais, comme l'histoire l'aura révélé quelque années plus tard, sûrement pas la guerre.
Dans le nord de l'Angleterre, à Durham notamment, nous tombions sur des manifestations pacifiques et le fait d'être français nous ouvraient quelques portes, sinon quelques sourires approbateurs, chez ceux qui se mobilisaient, de plus belle et dans l'urgence, contre la guerre. Avec nous ces Britanniques avaient ce mot : "peaceful", avec une nuance d'admiration, "peaceful" ce dont précisément leur gouvernement à l'époque ne voulait pas. Je me sentais fier d'être français non pas pour des batailles hypothétiques victorieuses mais pour celles que notre pays allait heureusement éviter.

Ainsi pendant quelques années la France fut épargnée, non pas seulement par le terrorisme mais surtout par la terreur ou la peur qu'elle pouvait auto-alimenter en direction de son propre peuple. La place était encore laissée à la diplomatie au lieu de la guerre dont Clausewitz pensait qu'elle n'était que "la continuité de la politique par d'autres moyens". On sait, on imagine ce que ce sont "ces autres moyens", des larmes, du sang, de la souffrance, et de l'absurde par dessus-tout.

Cette neutralité guerrière de la France ne pouvait pas être lue comme de l'indifférence mais au contraire comme la volonté d'agir dans l'arène internationale en ne choisissant pas qu'un seul camp. Était laissée ouverte la possibilité de les écouter tous aux seules fins d'épargner la paix. Le discours de Villepin devant l'assemblée générale de l'ONU, -il n'est pourtant pas de mon camp-, fut efficace, réaliste, vrai. Et courageux aussi face à des États-Unis particulièrement fermés et absolutistes dans leur désir d'en découdre avec "le terrorisme", en faisant semblant de croire et en répandant l'idée mensongère que celui-ci venait uniquement de l'Irak de Saddam Hussein.

Sarkozy vint, puis Hollande, et là tout devint différent. Au discours de Villepin de 2003, et donc au lieu de la politique et de la diplomatie, se succédèrent les interventions militaires de Sarkozy puis à partir de 2012, celles tout aussi guerrières de Hollande. En mars 2008, faisant fi de ces engagements de campagne, Sarkozy envoyait un millier de soldats en renfort en Afghanistan, s'alignant ainsi de fait sur les positions américaines. Puis le même, en mars 2011, déclencha l'intervention en Libye, ce qui devait achever de déstabiliser l'ensemble de la région, jusqu'au Mali où François Hollande, début 2013, se révéla en un inattendu chef de guerre.
L'intervention de la France en Syrie à l'été 2013 fut évitée seulement parce qu'Obama lâcha Hollande au dernier moment. Comme on le sait ce ne fut que partie remise, tout récemment en septembre dernier qui vit le déclenchement des frappes aériennes françaises contre Daesh sur ce même territoire. Pour quels résultats tactiques et stratégiques ?

Il faut donc lire les attentats de Paris à la lumière de la politique étrangère de la France depuis 2007 jusqu'à aujourd'hui. Le nier ajouterait au drame.
Ce sont bien ces engagements militaires, au mépris du travail diplomatique, qui nous auront fait  devenir le pays cible que nous sommes devenus aujourd'hui, au péril y compris de nos libertés comme on le voit aujourd'hui avec la promulgation et le prolongement d'un état d'urgence décidé dans la précipitation, alors que peinent à s'évanouir la peine et l'émotion de ces attentats horribles et lâches.

JMG

samedi 7 novembre 2015

Grosse bourde chez Bourdin

Que la nouvelle ministre du travail ne connaisse rien, ou pas grand chose au Code du Travail, finalement ce n'est pas trop grave, elle n'a pas fait l'ENA et ne sait donc pas répondre aux questions dont elle n'a pas la réponse.

Je me suis mis à la place Myriam El Khomri, ministre du travail presque malgré elle. C'est vrai qu'il ne doit pas être si facile, assez vexant même, de se faire piéger par un Gourdin au moins aussi ignorant et imbécile que soi-même. Mais lui au moins n'est pas ministre ! Il est juste à RTL, et a donc beaucoup d'excuses ou "à décharge" à faire valoir.

Reste le problème de fond, en dépit de cet épisode qui pourrait cacher ce qui au fond fait le plus mal : comment a-t-on pu de la sorte mettre au premier rang du débat public la question du Code du Travail alors que d'autres priorités pourraient et devraient être stratégiquement mises en avant de la part d'un gouvernement...de gauche ?

Pardon de remuer le couteau dans la plaie mais...quelle irresponsabilité ou quelle traîtrise, au mieux quelle inconscience, ont pu être assez puissantes pour transformer la défense du monde du travail, pourtant une des missions essentielles de la gauche, en des attaques quasi-obsessionnelles contre le Code du Travail ? Et tout cela,bien entendu, avec la bénédiction et les encouragements d'un Medef qui n'en demandait pas tant. Ce code du travail, qui n'est pas moins complexe ou volumineux que le Code du Commerce, n'est-il pas fait précisément pour compenser le rapport de subordination entre l'employeur et l'employé, pour le rendre plus vivable ?

Et donc ce n'est pas cette ministre que j'accuse d'incompétence, mais c'est bien Rebsamen par exemple, le père géniteur des fameux trois CDD en 18 mois qui furent à l'origine des questions de Bourdin : car il faut être complètement à l'ouest pour croire que la précarisation des plus jeunes sera de nature à combattre le chômage. C'est le contraire qui se passera ! C'est aussi Macron, Valls, Hollande que je soupçonne de traîtrise et d'incompétence, ce sont eux les responsables, ce sont eux qu'il faut blâmer en premier.
Car l'affaire est grave, et en effet elle n'est pas fini, la destruction en règle du code du travail ne fait que commencer ne serait-ce que parce que bientôt, trop tôt, le mimétisme et la surenchère aidant, la droite pourrait revenir avec une volonté plus que jamais destructrice des droits des salariés.

Non content de la précarisation de la jeunesse, le gouvernement prévoit, pour rendre plus "fluide" le marché du travail, de donner la priorité aux accords d'entreprise au détriment de la loi. Cette remise en cause de la hiérarchie des normes, bien qu'elle ait été démentie par Manuel Valls, risque d'être catastrophique pour l'emploi. Comme se plaît à le répéter Gérard Filoche, "autant de contrat que possible, mais autant de loi que nécessaire", car la loi reste l'ultime rempart contre l'arbitraire des employeurs lesquels aujourd'hui sont eux-mêmes souvent confrontés aux exigences et à la dictature des financiers.

En ces temps de crise endémique, revenir sur les droits collectifs des salariés, faciliter de fait le recours aux licenciements ne favorisera pas pour autant les embauches. Les négociations n'ont pas commencé mais cela n'a pas empêché Valls (communiqué de la CGT en date du 4 novembre) d'indiquer que la réécriture annoncé du Code du travail ne se ferait pas à droit constant.

Comme quoi la simplification du code n'est qu'un prétexte grotesque et mensonger pour cacher le recul des droits des salariés au nom de la compétitivité des entreprises qui pour autant ne reviendra pas. Et pas, en tous les cas, parce que le Code du Travail aurait perdu dans la course quelques grammes ou quelques pages.

JMG




samedi 31 octobre 2015

Ce qui m'épate le plus

C'est bien l'entêtement de ce gouvernement à vouloir continuer une politique qui ne marche pas et qui nous fait reculer tous ensemble !
Le gouvernement Valls ne peut pas penser autrement qu'en termes de réduction de dépenses publiques, à tout prix, pour prétendument relancer la croissance. En cela il est parmi le pire des gouvernements néo-libéraux connus jusqu'ici.

 Hollande n'était pas obligé  de décider, fin 2013, ce pacte dit de responsabilité qui va au delà des exigences de Bruxelles. Le carcan européen apparemment, de façon suicidaire, ne lui suffisait pas !
Ce "pacte", toujours en vigueur aujourd'hui, est censé faire reculer le chômage en créant pas moins de 200 000 emplois d'ici 2017. Comment ? En accordant 41 milliards d'euros d'aide aux entreprises sous forme de réduction d'impôts ou d'exonérations sociales (lesquelles affaibliront plus encore la sécurité sociale...)

On pourrait faire un premier bilan des effets de ce cadeau monumental aux entreprises. On est loin en effet encore des 200 000 emplois prévus et sans doute n'y parviendra-t-on jamais.
Car le gouvernement, et de manière délibérée, réfléchie, n'a prévu aucune contre-parties, celles-ci   ayant été laissées aux bons soins des partenaires sociaux. Et donc, comme il était prévisible, le Medef se fait prier. Il ne lâchera rien. C'est que le rapport de forces, dans les entreprises, ou plus largement dans les branches d'activités, n'est pas aujourd'hui à l'avantage des organisations de salariés qui les défendent encore. 
D'autant que les directions nationales des syndicats dits réformistes comme la CFDT sont à l'appui sans sourciller d'un patronat de plus en plus arrogant, de plus en plus exigeant envers le monde du travail.
Ce que le Medef lâchera le sera bien évidemment au profit des actionnaires, très peu pour les investissements des entreprises et encore moins pour les salaires !

Mais il y a plus grave encore, ces quarante milliards il faut les trouver quelque part. Le financement se partage donc en des réductions drastiques de crédits sur la période 2015-2017 : moins 18 milliards aux dépens des services de l'Etat, moins 11 milliards pour la protection sociale, moins 11 milliards pour les collectivités locales.
C'est ainsi qu'un gouvernement dit socialiste continue d'appauvrir les citoyens et, ce faisant, aggrave les inégalités. Ces aides en effet se traduisent surtout par des augmentations de dividendes.

Les diminutions de ces crédits correspondent à des choses bien concrètes, comme par exemple le gel du point d'indice de fonctionnaires, le gel de certaines prestations sociales, la non-revalorisation des retraites, on en passe et des meilleures.

Par ailleurs, les 11 milliards dont elles devront se passer sont en train de déstabiliser les collectivités locales. Ces réductions de crédit, peu importantes en valeur absolue mais essentielles en valeur relative, atteignent de manière de plus en plus préoccupante les économies locales. Il n'y a pas un jour où un patron ( le même parfois qui n'a pas de mots assez durs contre la dépense publique) se plaint dans la presse de la baisse d'activité consécutive à des commandes qui ne sont plus passées par les communes, les départements, les régions.
Les travaux publics se réduisent comme peu de chagrin et ont des conséquences désastreuses en matière d'emploi !

Tout cela à la veille des élections régionales. Mais de cela le gouvernement  n'en a cure, il est hors-sol. Et la foi aveugle que garde la majorité du parti socialiste en ce gouvernement, confine à la bêtise, à l’inconscience, ou pire à la lâcheté. Mais où est passé l'esprit critique qui faisait la force il n'y a pas si longtemps encore de ce parti ?

C'est triste, c'est inacceptable, c'est irresponsable. Cela se traduira prochainement dans les urnes.

JMG