lundi 15 juillet 2019

De mémoire de homard


Cette histoire de homard est décidément amusante, elle est aussi édifiante, quasi-morale. Elle tombe sur un de Rugy exemplaire, tête de turc ou de gondole d’un régime de monarchie républicaine dans lequel nous baignons sans même plus nous en apercevoir, et depuis longtemps, depuis que le Président de la République est élu au suffrage universel avec les pouvoirs exorbitants que  l’on sait. Exemplaire, oui, ce de Rugy en tant qu’il est un produit de cette noblesse républicaine qui pense, du haut de sa superbe, faire en France la pluie et le beau temps.

Que M. de Rugy s’aperçoive mais un peu tard que le homard n’est pas sa tasse de thé, et qu’il y soit même intolérant, ajoutent au drame de ce feuilleton estival qui aura eu le don de faire oublier (un peu) toute la nuisance de la politique gouvernementale.

Mais ne gâchons pas pour autant notre (bon) plaisir.

Voilà quelqu’un pour qui manger du homard tient lieu de corvée et qui pourtant se fait prendre la main dans le pot de confiture. On comprend que l’on puisse en retirer de l’amertume. Surtout si l’histoire pour de Rugy venait à mal se terminer, par sa démission par exemple, mais pas davantage espérons-le pour lui, car de là à en faire tout un fromage… Le plus rageant pour lui c’est qu’il se fasse pincer pour une affaire de homard dont il est peut-être innocent. Il se fait prendre en effet là où on ne l’attendait pas. C’est d’une belle facture dramatique.

Il faut se demander pourquoi le « peuple », avec l’aide active de Mediapart puis de la presse qui en fait ses choux gras, se réjouit de cette affaire, même si au bout du compte, après une enquête administrative, astrologique, et juridique on s’aperçoive que c’en n’est pas vraiment une.
Comme celui qui l’a fait prince, F. de Rugy est arrivé là par effraction, il a trahi, il est un traître comme on en trouve dans les contes pour enfants. Voilà c’est ce que les gens aiment, que la fatalité s’acharne enfin contre celui qui a retourné sa veste, le peuple se réconfortant par cette résurgence inopinée d’une morale politique que l’on croyait perdue.

De Rugy à la veille des présidentielles s’était présenté à la primaire socialiste et, en cas d’échec, s’était engagé à soutenir la candidature du vainqueur, en l’occurrence Benoit Hamon (a-t-on des nouvelles au fait ?). Sentant le vent tourner il avait alors rallié Emmanuel Macron. Il fallait bien ce tour de force pour faire de M. de Rugy un grand, un énorme président de l’Assemblée Nationale, puis un non moins extraordinaire ministre d’Etat chargé de la transition écologique.

Il n’est pas le seul à profiter des ors de la République et pas l’unique à en avoir abusé, il paye pour beaucoup d’autres, et même pour le premier d’entre eux qui n’est pas encore atteignable, pour un crime qui juridiquement n’en est peut-être pas un.

Mais sur un plan moral c’est une autre affaire.

C’est ce que l’opinion publique, qui a dépassé pour une fois sa mémoire de poisson, n’a apparemment pas supporté.

Le peuple, avec cette histoire,  aura eu sa (petite) part de homard.

JMG


vendredi 21 juin 2019

Le macronisme n'est pas qu'un opportunisme

C'est une épidémie, des dizaines de maires de droite s'en iraient rejoindre, à un an des municipales, "la république en marche". En voilà qui n'ont pas peur de trébucher et tomber entre le quai et la roue du train, des courageux en somme.

Les maires en question le sont souvent de grandes villes, celui d'Angers, d'Amiens, de Cherbourg, de Saint-Malo, on en passe et des meilleur-e-s. Mais bien sûr c'est pour le bien général, pour notre bien, celui de la droite, celui de la gauche, celui du ni droite ni gauche, celui du sucré et du salé, du bouillu et du foutu, et en même temps celui du peuple qui n'aura plus qu'à obéir, qui n'aura plus à réfléchir, qui votera comme un seul homme ou presque, et implantera ainsi pour des années des équipes "en marche" qui se feront une obligation d'appliquer partout localement les désirs du monarque républicain.

De plus beaucoup de ces maires ne quittent pas le parti républicain, prennent le beurre et l'argent du beurre. Ralliement tardifs ? Non, le macronisme à leurs yeux ne ferait que commencer, alors pourquoi se gêner ? En tout cas, ce dernier représente aujourd'hui un avenir politique un peu plus sûr que celui de Fillon, Wauquier, et même Juppé, paix à leur âme...

En réalité il n'y a là rien d'original,  la droite cahin-caha, ou résolument, continue d'aller à la droite, en une sorte d'attirance et de concentration des énergies conservatrices en un seul et même point, "en marche". Il n'y a pas grande différence entre E.Macron et E.Philipe, il n'y en a même pas du tout, ils s'auto-alimentent. Philippe, ancien de la "french-american foundation", fut et reste un juppéiste convaincu, n'oublions pas non plus qu'il a fait parti de l'équipe de campagne de Fillon, l'homme qui entendait supprimer 250 000 emplois publics dans la seule fonction publique territoriale.
Nous étions déjà dans le règne du "toujours plus" vers la régression sociale. Que Macron l'ait fait vice-roi ne relève pas du hasard et correspond bien à une stratégie politique qui porte ses fruits.

L'actuel président de la république, avec l'appui de cette droite classique et conventionnelle, aura donc plus de facilités pour appliquer son projet ultra-conservateur. Ce projet vise à contrôler le monde du travail en affaiblissant ses corps intermédiaires, il vise à favoriser une France davantage encline à la financiarisation de son économie qu'à sa nécessaire réindustrialisation.

Et donc Macron c'est la droite qui va encore plus loin, sans gêne, une droite extrême dont témoigne toutes les "réformes" entamées ou réalisées depuis deux ans. Et cela se fait dans la violence, violence sociale, mais aussi violences policières exercées et dirigées contre le mouvement social, qu'il soit populaire, spontanée et inorganisé comme celui des gilets jaunes, ou plus proprement syndical. Manifester aujourd'hui en France devient de plus en plus périlleux et risqué. En témoignent les blessures, les visages éborgnés, les mains arrachées, les gardes à vue, les amendes injustifiées.
Vous aviez le choix au deuxième tour des présidentielles entre Le Pen et Macron, vous aurez eu la droite extrême, quoi que vous votiez.

Et donc les attaques contre la République sociale, dans ce contexte de guerre civile larvée, continuent de plus belle, attaques dont évidemment le citoyen a peine à mesurer de suite les conséquences tant elles sont nombreuses,variées, massives.

Ainsi aujourd'hui les réformes rétrogrades, archaïques, contre le statut de la fonction publique,
contre l'hôpital public, contre la liberté d'expression avec des rumeurs persistantes de remise ne cause de loi sur la presse de 1881, contre les 20 à 300 000 chômeurs qui auront à souffrir de la réforme de l'assurance chômage, contre l'école émancipatrice avec le projet de loi Blanquer, contre les retraites...

La mise en place de ces contre-réformes est aussi facilitée par un appui d'anciens du parti "socialiste", dont certains au gouvernement actuel, d'autres investis par LREM pour les échéances électorales dont bien sûr les municipales, candidat essentiellement motivés par le besoin d'un reclassement politique inespéré.

N'est-ce pas que nous avons un banquier au plus haut niveau de l'Etat, qui en cultivant comme il le fait la confusion idéologique, favorise les banques commerciales et les grands groupes financiers ?

A quand le retour d'un Etat stratège, social et démocratique, avec le souci retrouvé et bien compris de l'intérêt général ?

JMG








samedi 1 juin 2019

Petit retour désespérant sur les européennes

Revenons sur ces élections : il faut essayer de comprendre. J'étais assesseur ( désigné par LFI) dans un bureau de vote à Lons-le-Saunier, au "Boeuf sur le toit" précisément pour ceux qui connaissent. J'ai été tout de suite étonné de l'affluence, alors qu'était attendue, comme d'habitude pour des élections européennes, une abstention record. J'ai cru même un moment, pour m'expliquer cette affluence, que le bureau avait été fusionné avec un autre. La suite montra que ce bureau n'était pas unique, que finalement la participation partout en France dépasserait celle enregistrée lors des dernières élections législatives de 2017.

Ces élections auront donc vu la vraie-fausse victoire de Macron-LePen, la déception de Manon Aubry, la défaite de Wauquier au travers celle de Bellamy le champion tant attendu des "Républicains", et la petite mais non moins surprenante percée de Jadot l'écologiste.
D'une certaine manière l'élection de Macron en 2017 continue de redistribuer les cartes. Mais en apparence seulement.

Car au fond, lorsqu'on y réfléchit, rien ne change à part que la droite a pris un autre visage, une autre incarnation en la personne de Macron. Oui, la droite (excusez le terme mais j'y tiens) est la grande victorieuse. Ses électeurs se sont déplacés et au lieu de voter Bellamy ont opté pour Loiseau, voire pour Le Pen, sachant pertinemment où se place son intérêt. 

Macron a bel et bien attiré à lui les électeurs de ce qui s'appelait encore l'UMP, ou ceux de Fillon, ceux de la droite classique en quelque sorte pour laisser Bellamy le catho sur le bas-côté.

Quant au Rassemblement National, il aura encore profité du vote protestataire. Macron habilement aura pris soin d'en faire son allié objectif en le désignant comme sa seule opposition crédible et en dramatisant l'enjeu : moi le "progressiste" (tu parles !)  contre le chaos extrémiste.

Les écolos eux s'en sortent bien, ils occupent désormais un centre (droit ou gauche ?) qui se sera considérablement élargi, et au diable l'UDI qui passe, comme les formations traditionnelles,  pour un (tout petit) parti désormais ringardisé ! Pourquoi centriste les écolos ? Parce que ce fut, outre celui favorisé par l'actualité brûlante des mobilisations sur le climat, le vote de ceux qui ne savent pas tout à fait ce qu'ils veulent, le vote à bon compte qui rachète une bonne conscience écologique. Sans compter que le duel Macron-Le Pen  aura constitué l’épouvantail des "modérés".

A gauche, la France Insoumise, le Parti Communiste et l'extrême-gauche, dont les programmes étaient proches, se révèlent en difficulté, c'est pas peu dire. Ils sont de ceux pourtant qui ont travaillé sur le fond, c'est-à-dire en dénonçant une société française de plus en plus inégalitaire et violente, laquelle favorise la crise écologique.

Le fond, une fois de plus, n'a pas été rendu visible, il n'est pas remonté.

JMG


mardi 28 mai 2019

La lenteur et ses vertus


L'émotion et la précipitation peuvent être mauvaises conseillères, c'est ce que l'on constate encore quelques semaines après l'incendie de Notre-Dame.

Le gouvernement croit devoir agir vite pour reconstruire ou restaurer la cathédrale emblématique de Paris. En cinq ans seulement, comme l’a promis le Président de la République, tout doit être reconstruit…ou restauré. 
Et donc tout le beau monde des arts, de la culture, du patrimoine doit se plier en quatre, et être sur le pont, pour rendre aux Parisiens et aux Français ce trésor que leur avaient légué les bâtisseurs d’il y a huit siècles. Sans perdre de temps, ou sans le prendre suffisamment, contrairement à ce qui se faisait au Moyen-Âge. Il semble qu’au plus haut niveau de l'Etat il faille tout mettre en œuvre pour récupérer la mise émotionnelle généré par l'incendie d'un des plus beaux monuments français.

Le Parlement est lui-même appelé à la rescousse pour voter une loi qui déroge aux règles en vigueur de l'urbanisme. Le projet aura été adopté par l'Assemblé Nationale dans la nuit du 10 au 11 mai dernier. Le gouvernement veut être autorisé à agir par ordonnances pour la création, notamment, d'un établissement public chargé des travaux et de la gestion des dons générés par la catastrophe.

Sauf que dans le projet de loi la composition de cet établissement public n'est pas précisé, et les experts du patrimoine paraissent être écartés.

Le dernier article du projet est encore plus inquiétant puisqu'il permettrait au gouvernement, toujours autorisé par ordonnances, de déroger non seulement à de nombreuses règles d'urbanisme ou de préservation du patrimoine, mais aussi en matière de commande publique, de protection de l'environnement, de voirie et de transports. Le projet prévoit également certaines déductions fiscales supplémentaires. Le Sénat devait à son tour examiner le texte fin mai.

Le risque est grand que ces dispositions, si elles étaient cette fois adoptées, en appellent d’autres et constituent un précédent fâcheux à l’occasion de tout événement jugé suffisamment traumatisant pour, sur le coup d’une émotion populaire sans doute légitime, permettre au pouvoir de s’affranchir de règles pourtant édictées à raison de l’intérêt général.

JMG

jeudi 23 mai 2019

Non à Macron : la meilleure façon de le dire

Pour qui voter ?
C'est pas peu dire que la gauche, du moins dans sa traduction électorale, est déchirée, pulvérisée, à la merci du débat droite-droite qui s'est instaurée dans le paysage médiatique sur proposition d'un pouvoir qui n'a que faire d'une presse libre et indépendante.

Tout est fait en effet pour que le Rassemblement National soit le seul interlocuteur ou du moins l'unique challenger d'un Macron qui veut à tout prix rester maître du jeu. Et derrière, toujours à l'affût, même si c'est sur un banc de touche, la droite classique attend patiemment son heure, tout en glanant ici ou là quelques promesses de voix supplémentaires, une droite qui monte ou qui remonte.

Et la gauche ? Bien sûr les sondages ne veulent rien dire, ne valent rien dit-on, et il peut y avoir des surprises, toujours. Mais les tendances, même si elles sont télécommandées, suscitées, n'en demeurent pas moins réelles, la gauche, la vraie, celle qui défend le monde du travail, et il faut bien l'appeler d'un nom qui fasse référence à son histoire, la gauche quoi qu'il en soit est dans la panade.

Si donc on incluait dans cette gauche y compris Europe Ecologie les Verts (je sais ça fait mal), les "socialistes" de Glüksmann (plus mal encore), on n'atteindrait pas, si l'on fait une rapide addition, les 28% d'intentions de vote.
La droite, et je suis attaché à cette distinction et ce terme essentiels même si certains aujourd'hui, y compris parmi les amis de LFI, voudraient les nier ou les rendre inintelligible, la droite donc atteindrait de son côté allègrement les 65%. Le résultat, même hypothétique, est tranchant et désespérant.

On voit qu'il y a à reconstruire, beaucoup, avec malheureusement, pour lui comme pour nous tous, un PC qui semble, à l'heure qu'il est, en perdition sur le plan électoral : c'est désespérant et dommageable pour l'ensemble de la gauche, gageons que ce n'est pas définitif.

Aujourd'hui pourtant, et dimanche prochain précisément, malgré le peu de confiance qu'inspire depuis des années l'Union européenne, il faut choisir son camp même si cela est douloureux dans ce contexte de désunion avérée, et le faire en envisageant une unité prochaine qu'il faudra nécessairement gagner par la suite.

Pour ma part je voterai dimanche pour la liste conduite par Manon Aubry, la mieux placée à gauche aujourd'hui pour contrer les politique de Macron et des droites, toutes économiquement et socialement désastreuses.
Voter pour la liste France insoumise c'est permettre aussi, singulièrement, de donner un député européen à Lons-le-Saunier en la personne de Gabriel Amard placé en huitième position sur la liste. C'est avant tout un militant, de gauche ne lui en déplaise, combatif, qui a montré sa détermination à défendre le droit essentiel à l'eau, soucieux de combattre les inégalités sociales et, entres autres défis à relever, l'évasion fiscale qui en est un des fondements.

JMG




dimanche 12 mai 2019

La "décentralisation" à la rescousse

"Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission" disait Clémenceau, "si vous voulez cacher une crise, faites voter une loi de décentralisation" pourraient dire les plus récents de nos présidents de la République.
C'est vrai que depuis les années quatre-vingts, où la première loi de décentralisation voyait le jour, les gouvernants n'ont cessé de légiférer sur l'organisation administrative de la France et sur les relations qu'entretiennent l'Etat d'une part, et les communes, départements, et régions d'autre part.

Il est bon que les collectivités s'affranchissent d'une dépendance trop grande vis à vis de l'Etat central  (ce qui en réalité n'est pas le cas puisque ce dernier les muselle financièrement) mais l'excès inverse n'est pas plus recommandable lorsque ces réformes ont un but idéologique qui joue contre l'intérêt général de la population et l’aménagement harmonieux du territoire.

E. Macron vient encore d'en faire la démonstration en annonçant le projet d'une énième loi de décentralisation, prétendant ainsi répondre, à l'issue du grand débat et sans les nommer, aux préoccupations des gilets jaunes. 
Les propos tenus le 25 avril dernier devant la presse restent flous  : ce qu'il a lui-même appelé "un nouvel acte de décentralisation" devrait concerner, comme il l'a annoncé, "transition écologique, logement, transports". 

A l'entendre, tout est simple, c'est pourquoi son propos demeure des plus idéologiques sans prise au réel, et en contradiction surtout avec la politique que lui et sa majorité ont mené jusqu'ici à l'endroit des collectivités : la suppression notamment de la taxe d'habitation qui tue leur autonomie financière sans réforme fiscale digne de ce nom qui garantisse un développement équitable et non concurrentiel des territoires. 

Rien de concret en matière de financement des collectivités, si ce n'est l'annonce d'une nouvelle et hypothétique réforme de la fiscalité en 2020. Par contre, Macron a l'intention d'ajouter d'autres compétences fondées, selon ses termes, sur "des principes simples devant garantir des décisions au plus près du terrain".

Des mots, des mots, mais de quoi craindre le pire, d'autant que Macron introduit le concept, étrange ou flou, de "différenciation territoriale" pour soit-disant "adapter les règles aux territoires". Cela signifierait-il que le loi ne s'appliquerait pas partout de la même façon ? Mystère, et surtout danger pour une République réputée indivisible.

Tout aussi inquiétante, cette promesse macronesque de supprimer les doublons entre l'Etat et les collectivités, une ancirengaine ancienne qui le plus souvent aura servi ou servira encore de prétexte à une diminution de la qualité et du nombre des services publics dans les territoires.

Donc pas de véritable décentralisation en perspective, car moins de démocratie au final, les communes, base de la démocratie locale, continueront d'être engluées et englouties dans des communautés d'agglo de plus en plus éloignées des citoyens.

Ce n'est pas le mille-feuille territorial que notre république "décentralisée" doit craindre mais bien l’empilement de réformes qui sont autant de raisons pour un gouvernement de rester muet et inactif sur les vrais enjeux de notre société.

JMG




samedi 20 avril 2019

Notre-Dame, et le luxe des plus riches

La charité, comme le mécénat, sont le luxe inespéré des riches, ils ne leur coûtent rien mais leur apportent beaucoup en illusion morale. Par ailleurs cela permet aux politiques qui les représentent et qu'ils se sont échiné à faire élire, d'esquiver toute velléités de réforme fiscale qui pourrait se révéler plus équitable.

Cela est devenu clair à l'occasion du drame national de l'incendie de Notre-Dame de Paris. Drame national en effet que Macron lui-même, de façon intuitive ou non, a cru bon d'exploiter politiquement en retrouvant à l'excès les saveurs de cours d'art dramatique mal assimilés.

L'émotion produite par cette catastrophe, qui n'a fait heureusement aucune victime, a été à l'origine d'une mobilisation financière sans précédent de la part de nos grands capitaines de l'industrie financière (et exclusivement financière) tels que Pinault, Arnaut, Bettencourt plus quelques autres moins médiatisés mais non moins puissants. 
Près d'un milliard d'euros auront ainsi collectés dépassant à cette occasion le budget de l'Etat alloué à la protection des monuments historiques lequel ne dépassera pas en 2019 les 800 millions d'euros.

L'argent est donc là qui pour une fois ruisselle en effet, mais selon le bon vouloir de nos oligarques qui trouvent là l'occasion de se refaire une santé éthique de protecteur de chefs d'oeuvre en péril.

Cette épisode aura permis non seulement de dévoiler concrètement et émotionnellement la puissance de l'argent privé mais aussi, et c'est lié, de démontrer la démission délibérée de l'Etat à s'occuper de ce qui pourtant devrait l'intéresser au premier chef. 

La lâcheté néo-libérale abandonne l'exigence démocratique au profit de grands groupes privés. La protection du patrimoine séculaire doit être le reflet fidèle d'une volonté collective et délibérée. Ce n'est pas à quelques grandes fortunes, favorisées par l'évasion fiscale ou par des politiques de moins-disant social, de décider en dehors du peuple quelle politique mener pour sauver et conserver ce qui reste encore de notre patrimoine.

C'est à nous, faisant peuple et composant l'Etat, de redevenir les généreux bienfaiteurs de ce qui nous appartient.

JMG

lundi 15 avril 2019

Fonction publique : le contrat contre la loi

Le projet de loi fonction publique devrait entraîner une augmentation significative du nombre d'agents contractuels. La rémunération de ces agents sera déterminée par l’administration compétente au regard des fonctions exercées, de la qualification, de l'expérience et en tenant compte des résultats professionnels.

En d'autres termes, il n'y aurait plus à terme de garantie collective jusqu'ici fondée sur des grilles de salaires définies nationalement, aggravant ainsi les disparités entre les agents publics eux-mêmes, mais aussi mécaniquement entre les territoires, avec ce risque de renforcer le clientélisme politique.

Le gouvernement a donc pour projet de serrer encore plus les relations de subordination entre administration et agents publics. Le risque est singulièrement grand dans l'Education Nationale où les agents ont toujours été attachés à une autonomie, même relative, sans laquelle un enseignement efficace n'est possible.

Changer les statuts c'est déjà changer d'horizon, c'est préparer les esprits à la privatisation, voire à la financiarisation des services publics ceux-ci devenant alors des services au public...puis aux "clients".

JMG


paru dans D&S Démocratie et Socialisme avril 2019

jeudi 4 avril 2019

Le mérite, quel mérite ?

L'idéologie contenue dans le néo-libéralisme fait primer l'individualisme sur la dimension collective. C'est pourquoi les divers gouvernements qui se succèdent depuis au moins 1983, date d'un premier basculement de la société dans la négation de la solidarité politique, s'en prennent à la fonction publique pour en fragiliser les statuts.

Dans l'optique de la réduction des dépenses publiques devenue boussole néo-libérale, la société médiatique a pris fait et cause contre la fonction publique et ceux qui en sont les acteurs essentiels, les fonctionnaires. Tout est fait pour les dénigrer alors qu'au sein de la population rien n'indique qu'ils aient une image particulièrement mauvaise au point en tout cas d'inspirer un rejet tel qu'on le représente dans les media dominants.

Un des angles d'attaque est constitué par le mérite qu'il faudrait mesurer, de manière à séparer le bon  grain de l'ivraie, à distinguer les "fainéants" de ceux qui seraient "courageux" à faire le travail ou remplir les fonctions pour lesquels ils sont recrutés.

Ainsi sont apparus les notions de "reconnaissance de l'engagement et de la performance professionnels" que le projet de loi sur la fonction publique, examiné en mars dernier en conseil des ministres, veut renforcer. Renforcer "seulement" car c'est déjà une vielle idée déjà en pratique dans la fonction publique territoriale et qui serait donc généralisée à l'ensemble de la fonction publique.

Les avancements, les promotions seront donc davantage liés à cette indéfinissable notion de mérite. Mais qu'en-est-il ? Un cadre chargé des marchés publics refusant un ordre illégal, celui de favoriser une entreprise sur pression politique par exemple, n'est-il pas plus "méritant" qu'un autre songeant prioritairement à sa carrière en abandonnant son esprit critique et son indépendance ?

Les fonctionnaires sont déjà dans le monde du travail le plus évalués, les plus contrôlés et il est étonnant que l'on revienne toujours sur cette question, si ce n'est pour des raisons suspectes : remettre en cause leur neutralité contre et à l'encontre des principes d'égalité, de responsabilité et d'indépendance attachés à la fonction publique.


JMG


paru dans D&S Démocratie et Socialisme avril 2019