mercredi 9 octobre 2024

Echos de la haine ordinaire

 A La Seyne-sur-mer, un jour de juin entre deux fameux tours des élections législatives de juin 2024 qui suivirent la géniale dissolution de l'Assemblée Nationale par notre tout aussi génial Président de la République. Avec quelques autres camarades  nous distribuions sur le marché des tracts pour la campagne de la candidate du Nouveau Front Populaire dans une circonscription largement dominée par le rassemblement national. 

L'accueil jusque là n'avait été si mauvais même si un peu plus de la moitié des gens nous faisaient plutôt la gueule. Il y avait là des équipes d'autres bords, Macronistes, LR, RN, Centre droit etc...Tous ces gens distribuaient leur propagande dans une ambiance plutôt apaisée, échangeant, mais pas trop quand même, des traits d'humour susceptibles d'éviter la confrontation inutile.

Nous baignions dans cet état pacifié lorsque nous fûmes agressés par un gars tonitruant qui se mit à verser sa haine contre nous qui représentions le NFP. Ainsi avons nous été traités, entre autres choses, de "violeurs de petite fille juive de 12 ans". Le type, qui je le précise ne se revendiquait ouvertement d'aucun parti, faisait référence à un fait-divers particulièrement horrible, largement relayé par les chaines d'informations continues telles CNews dont on connait le sens de la nuance et l'impartialité. 

Le gars visait nommément La France Insoumise. L'amalgame, à propos du conflit israélo-palestinien, était formé. Les prises de position supposées de LFI avait prétendument entrainé ce fait-divers atroce, et l'amalgame avait ainsi été relayé à l'envi par cette presse à la bêtise complaisante et dangereuse. 

Le gars qui nous gueulait dessus avait peut-être trop bu mais son agressivité outrancière révélait les limites et les violences potentielles du débat politique en France, favorisées par un climat de haine savamment entretenu.


vendredi 4 octobre 2024

Budget pour les riches, budget de fortunes

Soixante milliards d'euros manqueraient au budget de l'Etat. C'est peu, comparé à un montant total d'environ 300 milliards, et pourtant...ils correspondent aux 60 milliards de recettes confisqués sous forme de cadeaux fiscaux de Macron aux plus riches ou aux entreprises qui font le plus de profits.

Le gouvernement Barnier entend récupérer 20 milliards par des hausses d'impôts notamment appliqués aux 300 premières entreprises, et 40 milliards par une diminution drastique de dépenses publiques.
C'est peu ? Non c'est beaucoup 40 milliards lorsqu'on sait que ce manque à gagner touchera les services publics, la richesse de ceux qui n'en ont pas, et se traduira notamment par des suppressions d'emplois, 100 000 dit-on, dans la fonction publique. Ainsi seront touchés pêle-mêle les hôpitaux, les aides sociales, les retraites, l'éducation nationale, la justice, tout qui constituent pourtant la colonne vertébrale d'un "vivre ensemble" dont on nous rebat les oreilles mais dont le pouvoir conservateur se moque.

Comment ne pas être en colère ? Cette austérité touchera les plus fragiles et sera comme à l'accoutumée, accompagnée d'une propagande mettant en avant les affres supposées d'une "dette" alimentée délibérément par des exonérations sociales ou fiscales.
Cette dette tout en enrichissant ceux qui la détiennent sera devenue le prétexte, ou le ressort quasi-imaginaire, d'une politique économique désastreuse pour l'ensemble de la population.

vendredi 27 septembre 2024

De sang-froid

Netanyahu et son extrême-droite n'en démordent pas.

Netanyahu entend continuer de bombarder le Liban, comme il l'aura fait dans la bande de Gaza, ne serait-ce que pour garder le pouvoir. En l'occurrence celui de tuer.

Il tue indistinctement hommes, femmes, enfants, vieillards. Cet assassin ne veut ni ne sait négocier, il refuse la paix, terrorise les populations et, en tuant, prépare les assassinats suivants, y compris ceux perpétrés contre son peuple.


jeudi 30 mai 2024

Pénurie de médicaments : Reprendre la main sur un bien commun

Les pharmaciens s’en plaignent, ils sont sur la ligne de front, les premiers concernés à gérer une pénurie devenue endémique et qui plus est s’aggrave. 

L’industrie du médicament en France est malade, nous la voyons sombrer, impuissants, alors qu’il est bien question de vie et de mort. Doit-on être nécessairement en grande souffrance pour le comprendre ? L’industrie pharmaceutique en France est en péril par le biais d’une démission délibérée de l’Etat qui ne paraît plus capable, même s’il le voulait à nouveau, de défendre l’intérêt de la population dans un souci égalitaire réduit à peau de chagrin.

 Est-ce trop tard ?

Les logiques privées des laboratoires, dans leur course effrénée à la rentabilité financière, ont pris le pas sur des politiques qui ont oublié le rôle primordial de l’Etat dans son rôle de régulation, voire de création de richesse et de bonheur, un Etat Providence auquel on fait semblant de ne plus croire, ou que l’on dédaigne pour des raisons idéologiques.

Ainsi manquons-nous désormais de médicaments anti-cancéreux, d’antalgiques, dans un pays, la France, qui pourrait se vanter encore d’être le cinquième producteur de médicaments dans le monde. 

Les pénuries concernent principalement les médicaments  aux molécules les plus anciennes. Leur moindre rentabilité désintéresse les laboratoires et les industriels, pressés par les impératifs financiers. Que fait le gouvernement ? 

Les effets d’annonce ne suffisent plus à un gouvernement Macron à cet égard démissionnaire.

Pourtant le Code de la santé publique garantit le principe d’un « approvisionnement approprié et continu » en médicaments. Pour y répondre le gouvernement tente d’instaurer depuis 2021 des plans de gestion pour contrecarrer une disette qui ne veut pas dire son nom. Ainsi oblige-t-on les industriels et les laboratoires à constituer des réserves au moins pour les médicaments MITM (Médicaments d’Intérêt Thérapeutique Majeur). 

La Commission Européenne a dressé un inventaire de ces substances actives qui, au nombre de 200,  peuvent constituer une base de fabrication de médicaments essentiels et vitaux. Une liste de 450 médicaments a été également dressée par le gouvernement français mais sans que cela aboutisse à vaincre la pénurie. Par ailleurs, beaucoup de médicaments tout aussi essentiels n’étaient nullement répertoriés, comme dans les domaines de l’ophtalmologie et de la gynécologie.

Des listes, pour quoi faire ?

Sauf que dresser des listes ne résout pas les problèmes de fond.

Aux yeux du gouvernement français, le cas du paracétamol reste emblématique, ou symbolique. Le gouvernement a mis un point d’honneur à relocaliser cette fabrication. Cette relocalisation à l’intérieur de nos frontières bénéficie d’un taux de 40% de  subvention (ou d’avance remboursables) venant de l’Etat. L’usine ainsi implantée en Isère devrait couvrir en 2025 jusqu’à la moitié de la consommation de paracétamol en Europe. 

Notons que l’entreprise en question, du groupe Sequens, dépend financièrement d’un fonds de pension américain, ce qui illustre s’il en était besoin, la difficulté de sortir des logiques financières. Logiques qui de surcroît sont susceptibles d’entraîner des fusions-acquisitions fragilisant grandement ces entreprises. En dix ans, dix-mille emplois en France ont été supprimés dans l’industrie pharmaceutique.

C’est pourquoi d’une manière ou d’une autre, en France comme à l’étranger, les Etats seraient inspirés de reprendre la main pour créer un rapport de force qui leur soit plus favorable afin de combattre une financiarisation mortifère parce que sans foi ni loi. 

Les relocalisations pour l’heure demeurent extrêmement limitées. Cet hiver la pénurie d’amoxicilline a marqué les esprits car elle concernait plus particulièrement la pédiatrie. Quatorze producteurs se disputent ce marché dont six seulement dans l’union européenne. 

Les principes actifs de cet antibiotique sont produits, comme l’ont documenté récemment certains reportages télévisés, en Chine ou en Inde, soit 80% de la production (contre 20% il y a trente ans). Outre les effets désastreux pour l’environnement, ces sites de production ne bénéficient pas d’un contrôle approprié comme ils peuvent heureusement l’être en France ou en Europe.

On mesure mal combien les industries pharmaceutiques, malgré le discours libéral ambiant auxquelles elles tiennent,  fonctionnent et vivent grâce à de l’argent public. En France le principal pourvoyeur reste la sécurité sociale. 

Mais les aides aux entreprises sont également mis à contribution pour engraisser indirectement des actionnaires qui trouvent là un formidable filon d’enrichissement. Le monde financier considère la santé comme une mine potentielle qu’il convient d’arracher aux pouvoirs publics.

Un rapport du Sénat relève que le secteur pharmaceutique est l’un des plus grands bénéficiaires en volume du CIR (crédit impôt recherche), soit plus de 700 millions d’euros en 2020. Ne perdons pas de vue par ailleurs que les risques financiers liés au vaccin ARN contre le Covid 19 ont été assumés principalement par la puissance publique.

C’est dire que l’Etat est en droit d’avoir des exigences en direction d’entreprises privés largement épaulées par des aides étatiques diverses, en contradiction le plus souvent avec l’intérêt général. Ces entreprises revendiquent des prix suffisamment élevés pour prétendument financer la recherche et le développement de nouveaux remèdes innovants. Ce sont ces médicaments aux prix artificiellement prohibitifs qui entraînent les profits les plus élevés. 

Tout cela aux dépens d’une sécurité sociale dont on se plait à dénoncer par ailleurs le déséquilibre chronique. Si on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage. 

Les gouvernements se refusent à demander des comptes aux industries pharmaceutiques au nom d’un libéralisme sensé être plus efficace qu’une régulation et des stratégies étatiques. Ainsi les accords de libre-échange infligent-ils aux Etats des situations de compétition qui participent à l’opacité générale du secteur. Le voudraient-ils que les Etats ne sont même plus capables de réguler un marché qui aujourd’hui met en péril notre système de santé. Ne voit-on pas la menace ? Que fait-on pour l’éviter ?

Pour un pôle public du médicament

Le libre-échange débridé met en péril des entreprises pourtant jusqu’ici réputée robustes comme Sanofi par exemple. Cette entreprise va jusqu’à tailler dans ses effectifs et erre, comme d’autres, de plan de restructuration en plan de restructuration. Ainsi l’entreprise décidait de supprimer la recherche et développement dans les domaines du diabète et des maladies cardio-vasculaires. Course folle et criminelle à la rentabilité ! 

On a vu que les industries pharmaceutiques prenaient prétexte de prix bas imposé par les Etats pour gonfler les prix des médicaments les plus innovants, notamment ceux soignant  les maladies rares. D’où les bénéfices exorbitants des entreprises de médicament dont l’essentiel ne va pas forcément à des investissements productifs mais plutôt dans les poches d’actionnaires sans conscience. 

Ce chantage en rajoute sur la nécessité de créer un pôle public du médicament qui permette enfin une gouvernance excluant la mainmise d’intérêts financiers privés.

Un pôle public du médicament permettrait de relancer la recherche qui au bout du compte ne doit pas servir seulement à trouver des sources de profit destinées à des intérêts particuliers. Le monde du travail, par le biais de gouvernements qui le défende, doit garder la main sur une Sécurité Sociale véritablement solidaire et démocratique. 

Cela passe donc aussi par une ré-industrialisation de la production des médicaments à l’intérieur des frontières nationales, ou européennes pour le moins. 

L’enjeu au fond est de sortir le médicament du secteur marchand. 

Il est urgent, vital et nécessaire de reprendre le contrôle de l’industrie pharmaceutique. Il en va de l’indépendance thérapeutique de notre pays. La nationalisation n’est pas un vilain mot. On peut même envisager d’autres formules, par exemple la création d’un établissement  public industriel et commercial. Cet Epic serait chargé, en échappant ainsi à toute spéculation boursière, de miser sur une industrie pharmaceutique dirigée uniquement dans l’intérêt des populations.

JMG








samedi 30 mars 2024

Pour se sauver de la culture de la haine

Si la finance est le nerf de la guerre l’information est le nerf de la politique. Le 13 février dernier le Conseil d’Etat a sommé l’Arcom (Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle et numérique), l’ancêtre du CSA, de renforcer son contrôle sur la chaîne CNews. 

Cette décision est cruciale et historique. Le Conseil d’Etat juge que le contrôle de l’Arcom n’est ni suffisant ni à la hauteur de son rôle de régulation. Précisons que le Conseil d’Etat avait été saisi par RSF (reporters sans frontière, organisation non gouvernementale).

Cette ONG a obtenu gain de cause  sur le motif que l’ARCOM n’examinait pas le comportement de la chaîne dans sa globalité, et limitait son devoir de contrôle vis-à-vis de CNews au regard  de la neutralité et du pluralisme de l’information qui doivent être exercées par la chaîne. 

Cette décision, parce qu’elle parait à ses détracteurs difficile à appliquer, semble hésiter entre le jugement et l’avis. Mais il s’agit bien d’un jugement qui aura des conséquences juridiques (et politiques) majeures. 

La position du Conseil d’Etat n’aura pas manqué d’attirer le flot haineux des critiques, venant de CNews ou des droites sans complexe. La commission d’enquête parlementaire sur les fréquences de la TNT (télévision numérique terrestre) en mars est de nature également, on l’espère, à déceler des anomalies insupportables, en matière notamment d’indépendance de l’information dans une démocratie digne de ce nom. 

Gageons que cela mettra un terme à un laisser-aller « journalistique » sans entrave dont les éditorialistes de CNews, sous prétexte de liberté d’expression, usent et abusent. Il n’est qu’à voir la composition des plateaux de CNews pour se rendre compte que l’information est bafouée au profit d’opinions à sens unique. Selon une enquête de RSF seulement 13%  du temps d’antenne sur CNews sont consacrés à l’information.

Parfois les débats qui se déroulent sur les plateaux télévisés, pour prendre les apparences d’une plus grande crédibilité, s’embarrassent de cautions empruntées à la « gauche » comme la participation de Julien Dray par exemple, ou celle encore d’Olivier Dartigolles (dont on se demande s’il appartient toujours au PC). 

Il n’empêche  que les opinions proférées prennent souvent pour base les thèmes de l’immigration et de la sécurité qui constituent depuis des lustres les chevaux de bataille de la droite, « extrême » ou pas.  On passe sur les considérations peu amènes, ou les attaques directes en direction des représentants de la gauche avec une mention particulière contre la France Insoumise parée sans nuance aucune de toutes les abjections.

Pluralisme externe et pluralisme interne

La loi du 30 septembre 1986 veille au principe de pluralisme et d’indépendance des media. Cnews, comme C8, comme Europe 1 appartiennent majoritairement à ce néo-conservateur à la française qu’est Vincent Bolloré. 

Cette concentration singulière de media audio-visuels fait obstacle au pluralisme et à l’indépendance journalistiques dont l’Arcom doit être le garant. 

Christophe Deloire secrétaire général de Reporters sans Frontières tient à la distinction d’un pluralisme externe attaché à la presse écrite à l’opposé d’un pluralisme interne lié à la presse audio-visuelle. Le pluralisme dans la presse écrite tient à la multiplicité des supports autorisant dès lors la diversité des opinions ; à la différence de la presse audio-visuelle qui, de par la limitation naturelle des canaux hertziens, se voit contrainte, y compris en Droit désormais avec la décision du Conseil d’Etat, de respecter le pluralisme équitable des opinions, sans prendre en compte de manière exclusive les temps de parole partisane. 

En d’autres termes, on ne saurait apprécier le pluralisme en comptant seulement le temps de parole des personnalités parlant au nom d’un parti politique. Ainsi le temps de parole de Philippe de Villiers par exemple n’est pas comptabilisé comme « politique ». Il s’agit là d’une aberration à laquelle il faut mettre un terme.

On évalue à 80% les invités des plateaux de CNews pouvant être classés à droite et à l’extrême-droite de l’échiquier politique contre seulement 16% à gauche

. Loin d’être des journalistes, les intervenants sont des polémistes à l’instar d’un Pascal Praud qui sévit également sur Europe 1.

iTélé est devenue CNews en février 2017 après une grève historique qui aura conduit au départ de nombreux journalistes. Aujourd’hui CNews emploie de 200 à 300  journalistes, avec de nombreux intervenants réguliers ou occasionnels qui échappent à une véritable modération de la part des rédactions en chefs. 

Ainsi a-t-on pu subir les affirmations d’Ivan Rioufol, journaliste au Figaro et intervenant régulier sur CNews, selon lequel le ghetto de Varsovie était « un lieu de contaminés, un lieu hygiéniste » ; ou la sortie d’Emeric Pourbaix, dans l’ émission intitulée « En quête d’esprit » qui considérait les IVG comme cause de 73 millions de décès en travers du monde ;  ou enfin, à tout seigneur tout honneur, les dérapages contrôlés de l’animateur Eric Zemmour qui qualifiait indistinctement les mineurs accompagnés « d’assassins et de voleurs ».

Cette démagogie délictuelle s’accompagne malheureusement d’un certain succès d’audience, celle-ci atteignant aujourd’hui 2,8% après être parti de 0,6% pour iTélé…

Tremplin politique et idéologique

C’est dire la force d’un media qui utilise le mensonge, l’agressivité, la mauvaise foi, les fausses-nouvelles, les sondages approximatifs ou falsifiés, les débats qui s’apparentent le plus souvent à des lynchages verbaux contre tout ce qui est rouge, ou contre les syndicalistes, les immigrés, les musulmans...

Dans ce contexte la décision du Conseil d’Etat, suite au recours de RSF, se justifient pleinement. Les canaux hertziens, limités au nombre de 30, ne doivent pas être donnés sans garantie pour le bien et l’intérêt publics. Le droit d’expression ne doit pas se réduire à un droit à la propagande et au mensonge, le journalisme ne doit perdre ses lettres de noblesse mais se fonder pour le moins sur des faits et des événements dont on doit rappeler le contexte. 

On se souvient de ces éditorialistes de CNews, qui sans ambages un jour sur un plateau, se félicitaient d’avoir pu hisser les idées de Zemmour au centre de la vie politique. « C’est grâce à nous » annonçaient-ils en substance, ayant perdu tous sens de la mesure et en proie à une autosatisfaction infantile qui en disait long sur l’intentionnalité de leur projet.

De la même manière que Fox news aux Etats-Unis, Cnews aura déjà eu des effets désastreux sur la démocratie en France. Il est temps que cela s’arrête et qu’on rende au peuple, fût-ce par des moyens de droit, la liberté et la possibilité honnête de s’informer.

JMG

article paru dans "Démocratie et Socialisme" n°314, le Magazine de GDS, Gauche Démocratique et Sociale

samedi 17 février 2024

Guerre, et autres affaires intérieures

 Tolstoï pensait que les gouvernants d’un pays, a fortiori s’agissant de gouvernements autocratiques, entretenaient leur armée non pas pour se protéger des ennemis de l’extérieur, ou pour protéger leurs frontières, mais bien  pour se garder de leur propre peuple, potentiellement  coupable et susceptible à leur yeux de déstabiliser leur pouvoir.

Comparaison n’est pas raison mais on pourrait appliquer cette réflexion à la Russie de Poutine, à la Corée du Nord de Kim-Jong Un ou bien à l’Etat d’Israël de Netanyahu. Le but de chacun de ces chefs d’Etat est prioritairement de rester au pouvoir, le reste vient après, comme être au service de leur peuple, tant il est vrai que cette dernière exigence est à géométrie variable, à la merci d’une analyse politique autocentrée sur l’exercice d’un pouvoir sans partage.

Montrer ses forces à l’extérieur est une façon de les montrer aussi, et surtout, à l’intérieur. Et faire donner la guerre, la donner comme unique horizon au travers d’une course à l’armement inéluctablement mortifère, est une bonne manière de se détourner des problèmes domestiques. Ce n’est peut-être pas vieux comme le monde mais au moins aussi ancien que les nations qui le composent.

Le cas d’Israël reste cependant le plus singulier en cela qu’il se fait passer, du moins dans l’esprit occidental,  pour « démocratique ». L’Etat d’Israël figure, aux yeux des principaux media adepte de la pensée binaire, dans le camp des « bons » plutôt que celui des « méchants ». Ce n’est donc pas un Etat que l’on a coutume de qualifier de terroriste. On peut dire malgré tout, qu’en matière de terreur ou de mort, il excelle si l’on en croit les bilans des offensives terrestres et aériennes de l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

La violence n’est pas d’un seul camp, loin s’en faut, elle est même  disproportionnée : sans vouloir verser dans les juxtapositions funestes, le rapport aura été d’un mort israélien  pour plus de 20 palestiniens.

Les événements du 7 octobre, parce qu’ils furent abominables, auront donc donné le signal d’autres exactions, tout aussi impardonnables, sous le couvert de l’autorisation donnée à Israël de « se défendre » ; ce qui dans les faits signifiait la permission de frapper, à l’aveugle et à profusion, les populations palestiniennes.

Vous avez dit «démocratique » ?

Ce type de démocratie est en tout cas est bien malade. Démocratique, vraiment, un Etat qui réprime  les manifestations demandant des négociations pour la libération des otages, et ainsi les vouer fatalement à l’échec ? Netanyahu sur ce plan reste intransigeant, ne rien vouloir négocier alimente la spirale terroriste, celle qui est susceptible de le servir. La guerre contre le Hamas pour être légitime ne l’est pas lorsqu’il s’agit de contenir ou de nier les aspirations ou l’existence même des populations civiles quelles qu’elles soient.

Pourtant, et c’est sur quoi compte le leader israélien, cette guerre est dans le même temps, de nature à calmer les ardeurs de ses opposants. Le premier ministre Netanyahu, chef de l’extrême- droite, est accusé de corruption. Tant que la guerre fait rage la mise en cause de l’actuel premier ministre est en quelque sorte refroidie même si, malgré le cours de la guerre, son procès a pu reprendre formellement en novembre dernier mais au travers, guerre oblige, d’une réduction de l’activité judiciaire.

Plus grave encore, car il s’agirait là de la mise à mort de l’Etat de droit, le premier ministre israélien persiste dans sa volonté de mettre un terme à la séparation des pouvoirs. Cette réforme impopulaire, mais appuyée par l’extrême droite et par les religieux suprématistes, doit permettre l’introduction d’une clause dérogatoire permettant au Parlement d’annuler à la majorité simple  les décisions de la Cour Suprême. Cela constitue une remise en cause sans précédent d’un principe fondateur, s’il en est, de nos démocraties.

La guerre comme entrave naturelle à la démocratie

Le 7 octobre constitue-t-il vraiment le début de cette « guerre » ? N’est-elle pas qu’une étape, décisive certes mais parmi d’autres crimes de guerre insupportables instrumentalisés pour relancer vengeance et folies meurtrières. Les massacres du 7 octobre ne peuvent être considérés seulement en eux-mêmes mais comme la conséquence d’une guerre chronique dont les violences extrêmes réduisent d’année en année les espoirs de paix. Le 7 octobre vient après des centaines d’assassinats perpétrés à l’intérieur même de la bande de Gaza, y compris commis par les services secrets israéliens ou l’armée. En Cisjordanie les colons israéliens se livrent eux aussi à des crimes contre les Palestiniens dont on veut s’accaparer les terres.

Les colons bénéficient du soutien  des partis d’extrême droite qui sont aujourd’hui au pouvoir en Israël. En Israël même on s’étonne que le Hamas ait pu militairement prendre le dessus le 7 octobre. Ainsi l’opposition à Netanyahu avance-t-elle que cette attaque a été facilitée par le transfert de troupes israéliennes en Cisjordanie, dégarnissant ainsi la frontière avec Gaza. Tout cela pour épauler les colons dans leur œuvre d’appropriation de terres et permettre la construction de milliers de nouveaux logements actant d’une colonisation que condamne pourtant le droit international.

Pour certains opposants toute la stratégie du Likoud et de l’alliance avec les suprématistes ou les ultranationalistes religieux auront été de favoriser l’existence du Hamas au détriment de l’Autorité Palestinienne. Cela afin de justifier une guerre permettant la persistance d’une théocratie extrémiste. En tout état de cause les services de renseignements israéliens se seront bien montrés incapables de prévenir une attaque qui aura, par multiplication de violences, instauré dans les esprits le caractère inéluctable d’une guerre séculaire et sans merci.

Reste à savoir maintenant comment réagira la démocratie israélienne ? Sera-t-elle capable de relever le défi d’une guerre qui par nature l’empêche de prospérer ? Le discours guerrier et la guerre elle-même profitent à l’actuel pouvoir israélien qui s’est adjoint le soutien des ultranationalistes tels que Besalel Smotrich, tenant d’un intégrisme religieux qui n’a rien à envier à celui du Hamas ; pouvoir encore soutenu par une extrême droite radicale personnalisée notamment par Itamar Ben Gvir poursuivi à ses heures lui aussi par la justice.

La seule solution du conflit réside dans une réappropriation du pouvoir par le peuple. Facile à dire certes, mais réappropriation rendue de plus en plus nécessaire pour échapper aux ultimes catastrophes dont nous-mêmes ne sortirions indemnes. Il faudrait pour cela respecter et imposer le droit international, rendre la démocratie à ceux qui la respectent. Refuser aux autocrates, quel que soit le camp auquel ils appartiennent, la possibilité de sévir à l’intérieur de leur pays, rendre le pouvoir aux parlements, et en définitive refuser la guerre comme unique solution aux conflits devenus ancestraux.

JMarc Gardère

article paru dans le numéro 312, février 2014 de Démocratie et Socialisme

vendredi 20 octobre 2023

Le massacre des innocents

 Non au massacre des innocents, de quelque bord soient-ils. La situation, au lieu de fausses interprétations, doit convoquer notre mémoire, retracer cette histoire conjuguée de la Palestine et d’Israël.

Israël doit respecter le droit international et les résolutions des nations unies au lendemain de la guerre des six-jours de 1967.

A l’instar d’Israël, les Palestiniens ont droit à un Etat souverain, ils n’ont pas à être enfermés dans cet immense camp à ciel ouvert que constitue la bande de Gaza, véritable enclave, véritable prison.

Il faut  condamner sans ambiguïté les agissements terroristes du Hamas. Il faut dans le même temps exiger de l’Etat d’Israël l’arrêt immédiat des bombardements et la levée du siège inhumain de Gaza.

On leur coupe les vivres, l’eau, le gaz, on les oblige à un exil impossible à l’intérieur même d’un territoire exigu, le plus densément peuplé au monde. On y détruit les hôpitaux, on tire sur des ambulances.

Tsahal doit renoncer à entrer dans ce territoire, le prix en vie humaines sera trop grand, en victimes militaires ou civiles. C’est une catastrophe humanitaire qui se prépare et il est encore temps de l’éviter.

Israël doit renoncer tout autant à la colonisation des territoires palestiniens en Cisjordanie. Cela constitue un obstacle de plus en plus grand à la création d’un Etat palestinien.

Le gouvernement français interdit les manifestations favorables à la Palestine sous prétexte qu’elles pourraient générer des troubles. C’est l’effet contraire qui risque de se produire. Ces interdictions sont de nature à alimenter les tensions dans la société française. On ne peut se résoudre à ces limitations des libertés collectives. Le droit de manifester est sacré, les pouvoirs publics doivent le garantir et en tout cas ne pas le nier.

Il faut exiger la levée du siège de Gaza ainsi qu’un cessez-le-feu immédiat et ouvrir à nouveau des négociations.

Demandons enfin la libération de tous les otages israéliens dont la vie est tragiquement menacée dans ce contexte de revanche exercée par chacun des deux camps. Il faut ouvrir des négociations immédiates dans le contexte d’un cessez le feu plus que jamais urgent et nécessaire. Halte au feu ! D’où qu’il vienne !

Arras

Il est trop tôt pour y voir un lien direct avec la situation au Moyen-Orient, mais le corps enseignant, l’ensemble de la communauté éducative se voient une nouvelle frappés dans leur chair par un acte terroriste perpétré par un agresseur se revendiquant de l’islamisme radical.

Cet acte est évidemment condamnable, il ne doit pas entraîner un amalgame facile qui consisterait à discriminer la communauté musulmane dans notre pays. Il s’agit de faire la part des choses et de prendre toute disposition utile à empêcher de nouveaux drames de ce type en ne se trompant pas d’ennemi. L’attentat d’Arras contre un professeur de français ne doit pas raviver la haine mais au contraire réaffirmer avec force l’exigence à vivre dans une république laïque à l’abri de tout fanatisme.

 Nupes

Alors que la gauche a besoin d’unité pour un jour avoir une chance de gagner et de faire échec à l’ensemble des droites, le parti communiste a décidé de quitter la Nupes pour envisager, selon Roussel, une autre forme d’alliance. Avec qui ?

Cette position a été, sans surprise, saluée par François Hollande qui appelle le Parti Socialiste à son tour à se séparer de la Nupes. On ne peut qu’être inquiet d’une dynamique qui voue l’ensemble des gauches à un échec quasi-certain. On ne peut, sous prétexte de différends d’ailleurs alimentés artificiellement à bien des égards par les droites, se satisfaire d’une situation mortifère pour les forces progressistes de ce pays.

JMG

samedi 30 septembre 2023

Rupture numérique, ou fracture sociale et citoyenne ?

Le numérique ne fait pas que des heureux, loin s’en faut, il est même facteur de distorsion sociale, de discrimination par le savoir ou le savoir-faire informatiques, et par un traitement inégal des territoires  en matière d’infrastructures. Et la fracture, loin de se résorber, parait s’aggraver encore…Nos gouvernants ne montrent aucun empressement à régler le problème ; ou seulement avec le secours du temps puisqu’à court ou moyen terme les principaux concernés (ceux qu’on appelle les séniors) finissent toujours par disparaître. Le cynisme en la matière, même involontaire, peut aussi passer par là.

En 2018, 27% des soixante et plus n‘avaient pas d’Internet. C’est énorme, et particulièrement sensible dans un contexte de disparition des services publics de proximité. Car en effet la fracture numérique s’accompagne de la disparition des services publics dans les territoires abandonnés par la République (comme on dit).

Une certaine élite fait encore semblant de croire que le numérique sera le « Deus ex machina » des carences ou des désengagements de l’Etat, qu’il prendra la forme d’un succédané de l’action publique et de la solidarité nationale,  qu’il se transformera en petite souris républicaine chargée d’infuser partout sa présence, en lieu et place d’une fonction publique qu’on aura fini, délibérément, par mettre hors d’état de servir.

Cette fracture numérique quelle est-elle ? De quoi, de qui, est-elle le nom ? N’est-elle pas au fond le pendant d’une fracture sociale ou bien, tout aussi grave, la cause ou les effets d’une fracture citoyenne ? Ainsi fabrique-t-on des sous-citoyens dans l’incapacité désormais de participer à la vie de la cité dans ce qu’elle a de plus banal et élémentaire  comme par exemple déclarer ses impôts. On a vu tout dernièrement des queues interminables de gens devant les services fiscaux pour remplir convenablement leur déclaration de revenus, des jeunes, comme de plus âgés, cherchant l’aide ou les conseils d’agents de service publics débordés. Servitude volontaire ? De la ténacité en tout cas, ou de l’obstination pour exercer ses devoirs de citoyen ! L’Etat devrait en être reconnaissant, mais notre gouvernement semble-t-il n’en a cure, les gens devront bien se débrouiller.

 On estime à 12% le taux de la population française en manque d’équipements informatiques, et à plus de 45 % en défaut de connaissances de base sans lesquelles le « tout-numérique » se transforme en chemin de croix.

Dans le même temps l’accès aux services publics est rendu de plus en plus difficile. Par exemple 7500 bureaux de poste ont encore disparu en 2020 (9500 en 2015) ; situation analogue pour les services fiscaux, ou ceux du Trésor, ou les caisses primaires d’assurance maladie… Pourtant le gouvernement reconnaissait que sur les 14 millions de Français en difficulté devant l’informatique, « 6 à 7 millions ne seraient jamais autonomes. » Un certain cynisme là encore, intolérable au regard de la continuité et de l’égal accès aux services publics lesquels dès lors ne sont plus garantis.

Usagers-citoyens

Ainsi, au plus près des territoires, 75 000 communes en 2020 n’avaient toujours pas d’Internet qui fût fiable ou suffisamment rapide. Comment dès lors, dans ce contexte de fragilisation, assurer un service crédible et accessible en l’absence de services publics dignes de ce nom  et à la hauteur des besoins et des demandes de la population ?

Ces services publics désormais, l’Etat ayant abandonné le terrain, ont pris des formes nouvelles et sont principalement assurés par les collectivités locales au travers notamment les espaces « France service ».  Ces structures n’ont pas, loin de là, la puissance et l’efficacité de services publics adaptés munis de moyens suffisants de fonctionnement, cela dans l’intérêt de la population des territoires « périphériques », urbains ou suburbains.

Défendant au fond une société plutôt individualiste,  le gouvernement entend bien continuer sa politique de dématérialisation en omettant de considérer et de régler les problèmes collatéraux posés aux usagers-citoyens.

Le Conseil économique et social, dans son dernier avis sur le sujet, revendique le droit au refus numérique. Ainsi le pouvoir en place serait moins tenté de se servir du « tout numérique » comme alibi pour délaisser les services publics dans ces territoires.

Par ailleurs l’usage de l’informatique commande de la part des utilisateurs des connaissances et une adaptation continuelle dont beaucoup ne peuvent se prévaloir. On observe que nombreux sont ceux qui abandonnent des procédures administratives pour cette raison-là, et délaissent des droits susceptibles de faciliter leur réinsertion.   

S’agissant des infrastructures, le pouvoir est tenté par une couverture inégale : un débit qualifié de « bon débit » à savoir  8 mégabits/seconde seraient suffisants pour les territoires périphériques, comparés au 30 mégabits/seconde réservés à des territoires réputés prometteurs et porteurs d’avenir, qui reçoivent toutes les faveurs et les aides du pouvoir.

C’est pourquoi il s’agirait d’éviter cette autre rupture  territoriale. Il est crucial de veiller à une couverture égale sur la totalité du territoire préservant l’égal accès  à Internet. Ce domaine, comme tant d’autres, doit impérativement être épargné par une rentabilité financière à court terme. Internet est un bien commun et devrait être géré démocratiquement, dans l’intérêt général.

Il en va d’un aménagement du territoire qui se doit d’être harmonieux et égalitaire. Il y a lieu de prioriser le traitement des zones blanches pour ne laisser personne ni aucun territoire à l’écart d’une technologie qui peut, malgré les réserves qui ont été brièvement présentées ici, contribuer au lien social.

Notons enfin que ce qu’on nomme l’illectronisme se fonde sur un illettrisme qui reste pandémique dans notre pays.

Le plus important aujourd’hui, le plus crucial, le plus urgent, est bien de garantir à tous une possibilité de saisir l’administration autrement que par le numérique, de permettre à tous l’utilisation des moyens classiques tels que le courrier postal, le téléphone et bien entendu l’accueil physique.

Se pose, plus que jamais, en même temps que les évolutions technologiques, l’ardente nécessité de réinstaurer l’humain au cœur  de la question.

JMG  

lundi 18 septembre 2023

Lois de finances 2024 : danger

Emmanuel Macron et ses soutiens, oligarques, mais aussi ses parlementaires « playmobil », ou membres de la droite élargie qui ne voit que ses propres intérêts, tel Eric Woerth ancien ministre du budget ayant trouvé là une ultime occasion d’exister politiquement, tous ces gens collaborent à saper les institutions sur lesquelles sont bâties les solidarités nationales susceptibles pourtant d’assurer une cohésion sociale nécessaire à la démocratie. Y sont-ils d’ailleurs attachés à cette démocratie alors qu’ils pourfendent ainsi l’Etat Social ?

C’est donc autour de ce risque a-démocratique que le travail souterrain se poursuit dans le plus grand mépris de l’intérêt général et contre une classe, celle des salariés, qui ne sait plus comment riposter, soit par découragement, soit aveuglée et trompée par une propagande gouvernementale, diviseuse et sournoise, alimentée par le caractère soit disant incontournable d’une « dette » sacro-sainte.

Se préparent actuellement, en cet été porteur de toutes les angoisses, dans la moiteur des cabinets ministériels, plus singulièrement à Bercy, les projets de loi de finance de la sécurité sociale comme celui de l’Etat.

Et comme toujours les conséquences sont concrètes même si, pour faciliter leur acceptation par la population, ces mesures peuvent être distillées à doses homéopathiques, mais, et c’est là que le bât blesse, depuis plusieurs années maintenant. On pourra toujours considérer que 50 cts d’euro de reste à charge pour un médicament est une somme modique et doubler cette somme ne portera pas à conséquences. Mais avec les années et les réformes successives il n’en reste pas moins que le taux de couverture de la sécu n’est plus aujourd’hui que de 50% en moyenne.

L’année 2024 verrait la franchise médicale ainsi que la  participation forfaitaire doubler sous le prétexte qu’il faut « sauver » la sécurité sociale insinuant par la même occasion l’irresponsabilité de l’ensemble des assurés sociaux. Cette franchise concernerait aussi le paramédical. Ce genre de mesures sera sensible pour les plus modestes lesquels de plus en plus renoncent aux soins (près de 27% des assurés sociaux.)

Elles s’ajoutent aux déremboursements des frais de transports médicaux qui passent de 65 à 55% après ceux encore plus significatifs des soins dentaires qui passeront à partir du premier octobre de 70 à 60% (décision qui date de juin dernier et qui est passé sous forte chaleur comme une lettre à la poste). Les premières victimes sont ceux des assurés sociaux qui ne pourront se payer une bonne mutuelle. Les complémentaires-santé devront compenser par une prise en charge globale de 500 millions d’euros annuellement. Elles devront en conséquence augmenter leurs cotisations. C’est encore une pierre supplémentaire apportée à la privatisation rampante de la « sécu » amplifiant les inégalités devant la santé.

Les mesures proposées pour l’année prochaine permettraient au gouvernement d’économiser 1,3 milliards d’économies. Mais le gouvernement Macron entend également poursuivre sa politique de lutte contre la fraude sociale (27% de l’objectif global aux dires du gouvernement). Les arrêts-maladies seront pour leur part l’objet de contrôles renforcés comme pour culpabiliser plus encore les praticiens et les patients.

Or, on sait bien que la question du financement de la sécu et de son déficit supposé proviennent d’abord d’un problème de recettes qui d’année en année s’amenuisent sous les coups de butoir d’une politique de l’offre, foncièrement néo-libérale, décomplexée.

En dix ans, entre 2012 et 2022, le montant des exonérations de cotisations sociales, de moins en moins ciblées, a été multiplié par 2,8 grossissant ainsi les aides publiques aux entreprises les plus grandes, sans contrepartie. Cela concourt à l’affaiblissement de la sécurité sociale et se traduit par des déremboursements touchant de façon inégalitaire les couches les plus démunies de la population.

Et le budget de l’Etat…

Côté budget de l’Etat au sens strict le ministre Bruno Lemaire  entend faire des économies à hauteur de 15  milliards d’euros. Rappelons que ces économies se justifient, aux dires du gouvernement, pour courir après une dette qui se monte désormais à 3000 milliards d’euros. Cela prêterait à rire si ces coupes budgétaires n’étaient sans conséquences sur le plan social et se traduisait par une baisse de 6% des budgets consacrés aux services publics dont ceux touchant les hôpitaux dont on sait qu’ils sont aujourd’hui à la limite d’une rupture mortifère.

Les aides à l’apprentissage seraient également touchées tout comme est annoncée la fin des boucliers tarifaires laissant présager une envolée des factures d’électricité et de gaz.

Les aides au logement seront aussi impactées à la baisse par le biais notamment d’une refonte du Prêt à Taux Zéro (PTZ).

Quant aux collectivités locales, elles sont aimablement appelées à un effort de « modération de la défense publique ». Certains élus locaux ne cachent pas leur inquiétude quant à une possible baisse de la Dotation Globale de fonctionnement qui de toute façon aura peine à suivre l’inflation.

Les dépenses sont contenues à l’excès pour faire plaisir à Bruxelles mais aussi à la « finance » dont E.Macron reste le grand ami. Tant et si bien d’ailleurs que les vaches sacrés de la politique fiscale de notre président ne sont nullement remises en cause. Ainsi le gouvernement ne veut-il  pas entendre parler du relèvement du taux de prélèvement forfaitaire unique (la fameuse « flat tax » importé du monde anglo-saxon) que le Modem lui-même, pourtant dans le camp gouvernemental, avait proposé.

Oui, les vaches sont bien gardées au service des plus riches dans un pays où nos 43 milliardaires ont vu leurs revenus augmenter de plus de 20 % en une année seulement (depuis2022).

Nous n’arriverons à sortir de l’impasse que dans l’unité retrouvée d’une gauche qui se rassemble autour d’un projet à la fois réaliste et ambitieux. La balle est dans le camp d’une gauche qui n’aura pas renoncé à sa mission.

JMG


article paru dans le numéro 307 de Démocratie et Socialisme