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lundi 3 octobre 2022

Privatisation du rail : pas bon pour les usagers, pas bon pour le climat

 Les transports collectifs par nature pourraient, si volonté politique il y avait, constituer un atout pour combattre le réchauffement climatique dont les effets s’imposent aujourd’hui au monde entier de manière dramatiquement évidente.

C’est pourquoi il est important de se pencher sur le mode de gestion des transports collectifs en les faisant correspondre à leur statut naturel de bien commun.

 

Le train en particulier est un moyen de transport collectif qui doit être géré dans le souci de cet intérêt général auquel l’idéologie libérale  fait obstacle depuis de nombreuses années en Europe.

Jusqu’au début des années mille neuf cent quatre-vingt-dix le rail était généralement sous gouvernance et gestion publiques.  

Dérégulation et démantèlements

Au Royaume-Uni le rail aura été libéralisé dès les années 1980 sous le règne sans concession de Margaret Thatcher qui donnera en quelque sorte le « la » à l’ensemble de l’Europe. Cela concernait aussi bien l’exploitation que la gestion du réseau. Cela aura conduit à des catastrophes, y compris humaines et sociales. Voir à cet égard le film de Ken Loach « The navigators » de 2001, qui brosse un tableau réaliste du monde des cheminots britanniques après la privatisation de l’ensemble du réseau ferroviaire.

En Italie la libéralisation se produit à partir de 2000 sur les lignes régionales, et c’est en 2012 que le gouvernement italien concédera des lignes à grande vitesse « low cost » à un opérateur privé.

En Allemagne la libéralisation remonte aux années quatre-vingt-dix mais l’Etat fédéral reste cependant maitre et responsable du réseau, et reprendra plus tard à son compte la dette de la « Deutsch Bahn ».

La France bien sûr ne sera pas en reste et aura la volonté de demeurer le bon élève de l’Europe en matière de libéralisation du transport ferroviaire.

Pour la Commission Européenne, enserrée dans l’obsession (1957) d’une concurrence libre et non faussée, cette dérégulation doit permettre  le renforcement de la compétitivité d’entreprises ferroviaires à visage nouveau, ainsi débarrassées du carcan que leur imposeraient les Etats dans leur fonction d’autorité organisatrice de transport.

La Commission dès 1991 se détermine pour une séparation entre la gestion des infrastructures et leur exploitation. Ainsi est créée Réseau Ferré de France (RFF) séparée désormais de la SNCF société historique ( RFF deviendra Sncf Réseau en 2015).

En 2001, sous le vocable d’un « premier paquet ferroviaire », les Etats membres de l’Union se mettent d’accord pour un projet de libéralisation du fret européen qu’il soit trans-national ou national. Il est même prévu de mettre en place des autorités indépendantes de contrôle permettant de veiller à l’instauration  de cette sacro-sainte concurrence.

Puis on assiste en 2004 à la mise en place d’un deuxième paquet ferroviaire qui libéralise complétement le fret pour tous les Etats de l’Union. Ainsi est effective en 2006 une ouverture à la concurrence du fret international et en 2007 celle du fret national. Le fret ferroviaire n’y aura rien gagné et au contraire le transport routier aura pris le dessus contre toute sagesse environnementale.

En 2007 encore un « troisième paquet ferroviaire » libéralise le transport international de passagers et ce à partir de 2010.

En 2016 un « quatrième paquet ferroviaire » vise alors le transport national de passagers. Rappelons-le que l’Allemagne et le Royaume Uni avaient déjà enclenché et largement réalisé l’ouverture de leur réseau à la concurrence.

Fin 2019, en France, s’ouvrent à la concurrence des lignes conventionnées telles que les lignes régionales TER et les lignes Inter cités dépendantes de l’Etat. Idem pour les TGV qui en principe sont eux aussi soumis à concurrence, notamment sur les lignes internationales.

Mais ce ne sera encore qu’une possibilité pour toute autorité organisatrice de transport, l’obligation ne deviendra effective qu’en 2023.

L’objectif est une ouverture totale à la concurrence en 2039 au plus tard, y compris le Transilien en région ile de France.

 

Un passage en force

Il faut bien souligner que rien n’obligeait l’Etat français à s’attaquer au statut des cheminots, ce qu’il fit pourtant en mettant fin aux embauches sous statut dès le 1er janvier 2020.

De même rien ne contraignait les conseils régionaux à appliquer de suite les directives européennes de libéralisation. C’est pourtant ce que firent plusieurs régions, fortes de la possibilité, qu’elles ont désormais depuis décembre 2019, d’attribuer l’exploitation de leur réseau ferroviaire à d’autres opérateurs que la SNCF.

La région PACA vote ainsi sans tarder, en décembre 2019, le principe d’une délégation de service public pour la ligne emblématique Marseille-Nice. Son président de droite, Renaud Muselier, reprochait à la SNCF sa « mauvais productivité ». Cela prenait les accents d’une véritable punition infligée à l’opérateur historique.

Quant à la région Grand-Est, elle aussi à la pointe de la libéralisation, son président naïvement ou coupablement, se plaisait à parier sur une économie de 30% des frais de fonctionnement.

 Le cas de la région Bourgogne Franche Comté

Un cas en effet puisque ce fut la première région de « gauche » à vouloir ouvrir son réseau de TER (trans-express régional) à la concurrence. L’ensemble de ses 17 lignes qui représentent 1951 kms au total seront donc soumis à appel d’offre mettant de fait l’opérateur historique, la SNCF, en difficulté. Le droit européen implique que soit mis en concurrence l’ensemble du réseau au travers d’un seul contrat (à la différence des lignes TGV qui peuvent se négocier ligne par ligne.)

La région BFC, qui s’est donc prononcée (le parti communiste et le rassemblement national avait voté contre) pour une libéralisation du rail sur tout son territoire pouvait tout aussi bien signer avec la seule SNCF avant le 25 décembre 2023 pour une durée de dix ans ce qui prolongeait le contrat avec l’opérateur historique jusqu’en 2033.

Pour l’heure, les agents de la SNCF restent dans une incertitude quant à l’évolution de leurs carrières. Et surtout ils s’interrogent sur la perte de sens de leurs métiers ainsi que sur la marche de leur entreprise publique au service d’usagers qui eux-mêmes bien souvent ne s’y retrouvent plus.

Bien sûr les organisations syndicales, et en particulier la CGT, se sont élevées contre ce passage en force de la région BFC. A sa tête une présidente appartenant au parti socialiste mais qui  aura choisi E. Macron dès le départ pour ensuite soutenir des candidats de la NUPES aux législatives de 2022.

Ce confusionnisme politique n’est pas tout à fait le fruit du hasard, il épouse ou fait craindre une absence de sérieux politique quant à l’avenir du rail. La bonne gestion de celui-ci commanderait pourtant, dans l’intérêt général, plus de stabilité et davantage de sérénité.

On sait que le secteur du  transport (y compris le fret) représente une part importante dans l’émission de CO2 (plus de 33% en France). La route en représente plus de 80%, suivie du transport aérien avec 15%, et du ferroviaire avec seulement 2%.

C’est dire l’enjeu stratégique du rail en matière de transition énergétique. La France en la matière semble vouloir rattraper son « retard » mais à l’envers du progrès contrairement à des pays comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne ou l’Italie qui reviennent, forts de l’expérience,  à des gestions plus transparentes et davantage maîtrisées des transports collectifs.

Notre pays semble plus que jamais au cœur d’une course effrénée vers une dérégulation qui ne mène à rien d’autre qu’à un sous-investissement des réseaux ferrés, et qui donc  empêchent une stratégie de développement du rail. Il est temps de remettre en cause cette politique même si la Commission Européenne, appuyée voire instiguée par un gouvernement français complice, exige de rester maîtresse du jeu en faisant valoir coûte que coûte, d’une manière peu démocratique, une doctrine néo-libérale incapable de répondre à l’exigence d’une transition écologique harmonieuse et efficace.

JMarc Gardère


NB : article publié dans Démocratie et Socialisme n° 297 de septembre 2002

 

vendredi 5 octobre 2018

"Réformes" et ruines

Le pouvoir politique aujourd'hui en France, et depuis quelque temps, de par sa faute, n'a plus prise sur le réel. Il lui reste à se faire remarquer et à occuper la place pour surtout ne pas la laisser à d'autres. Le pouvoir n'est plus à construire un objet politique nouveau qui fût innovant, structurant, rassembleur, véritablement progressiste.
Il lui reste alors à détruire ce que d'autres pendant des années ont patiemment construit et édifié parfois dans la souffrance et la lutte, souvent dans l'inconfort et l'incertitude.

Cette façon de faire (plutôt de défaire), en la cachant derrière le rideau d'une communication le plus souvent mensongère, aura été l'affaire des trois ou quatre derniers quinquennats avec une mention spéciale pour le tout dernier, celui qu'aujourd'hui nous subissons avec plus ou moins d'esprit de résistance. L'enjeu est d'importance puisqu'il s'agit de la pérennité ou non de l'Etat social dont l'idée est née à la fin de la dernière guerre mondiale.
Ces destructions successives, massives, qui cachent un changement de société réel dans le seul intérêt d'une finance qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, ces destructions se font appeler "réformes".

Dans le moment Macron, que revêtent ces "réformes", quelles formes prennent-elles ? Elles sont annoncées comme des progrès, le peuple français serait à la traîne, il ne saurait accepter aucune idée de changement ce qui constituerait une tare même si tout cela le ramenait à une époque de non-droits.

 Il s'est agi par exemple de la réforme de la SNCF qui vise à terme à sa privatisation pure et simple dans le cadre d'une concurrence illusoire et néfaste, mais c'est aussi la loi Pacte qui prétend libérer les entreprises alors qu'elle programme des privatisations d'entreprises les plus rentables comme la française des jeux, engie, l'aéroport de Paris...
"Réforme" encore dans la fonction publique que l'on voudrait purement supprimer en lui enlevant sa substance statutaire au travers notamment d'un plan, CAP  22, qui prévoit déjà la suppression de 120 000 emplois de fonctionnaires.

Notons aussi, et ce n'est pas la moindre des choses, la disparition programmée de la sécurité sociale qu'on ampute de ses recettes. On abaisse brutalement les cotisations sociales (que les media avec le gouvernement dénomme "charges") en faisant croire aux salariés que leur salaire de ce fait augmente. C'est le contraire puisque le salaire brut lui diminue, salaire brut qui précisément fonde l'ensemble des prestations sociales qui jusqu'ici ont pu bâtir  le socle d'une société solidaire et moins inégalitaire.
 
L'idéologie de l'ultra-libéralisme a donc envahi les cerveaux, fragiles ou serviles, de gouvernants que le peuple a installés ou laissé installer au pouvoir. Parfois même ces "réformes" sont accompagnées voire soutenues par des syndicats "réformistes", tels l'UNSA ou la CFDT, qui de fait semble avoir renoncer à la défense du monde du travail.

 Le bilan de Macron au bout d'un an est déplorable. Les "réformes" évidemment ne donnent rien  en terme de créations d'emploi ni même en termes de "croissance".

On aura compris que Macron est bel et bien le président des riches, ses réformes ne visent qu'à servir une oligarchie sourde à l'intérêt général du pays.

JMG


dimanche 29 juillet 2018

Macron président des riches, et des violents ?

Macron comme il a dit lui-même a pris le pouvoir par effraction, il l'a dit, reconnu, c'est son penchant bonapartiste. Il a une conception du pouvoir qui en appelle à la violence. Qu'il ait recruté un homme comme Benalla, en parallèle des forces de police régulières, témoigne de sa propension à contourner les règles et à abuser d'un pouvoir rendu déjà exorbitant dans une version présidentialiste de la Constitution de la Véme République.

Le contre-pouvoir que semble exercer les commissions d'enquête parlementaires, celle en tout cas formée par le Sénat, est de bon aloi mais demeure exceptionnel et d'abord motivé par la nécessité pour la droite de se recomposer sur le dos d'un macronisme qui semble-t-il a déjà mangé son pain blanc. Reste à consommer le noir, ce qui promet encore à notre démocratie quelques heures difficiles.

Les violences dans les manifestations ne datent pas d'hier, mais elle ont pris aujourd'hui une tournure singulière que l'on pourrait dater de la période Hollande-Valls, c'est en effet sous ce règne que s'est installée une violence pour imposer des réformes néo-libérales remettant en cause les droits acquis du monde du travail. Le fait que la loi  travail ait été poussée par des gens provenant de la "gauche" historique constituait déjà une violence d'ordre moral qui ne pouvaient qu'être accompagné par ses avatars physiques.

L'arrivée "effractive" de Macron, fils de Hollande, frère ennemi de Valls, n'a fait qu'amplifier, en plus lisible encore, cette violence. Les réformes telles que celle de la SNCF ou les suppressions massives de postes dans les fonctions publiques déstructurent la solidarité nationale aux dépens des classes les moins favorisées de la population.

On a pris coutume dans les media comme dans la classe politique de faire porter la responsabilité des dérapages, plus ou moins graves selon les manifestations et sans les distinguer des véritables casseurs, sur les manifestants eux-mêmes ou sur les syndicalistes, ceux en particulier de la CGT qui plus clairement que les autres appelaient à une résistance non violente mais ferme et combative.
On taisait dans le même temps les exactions et violences policières qui ont pu, de manière significative, se produire ici où là dans les manifestations du mouvement social. En février 2017 le Haut-Commissariat des droits de l'homme aux Nations-Unies dénonçait le nombre croissant des exactions policières en France.  On se doutait par ailleurs qu'il existait des forces para-policières dont le but était de décourager les simples citoyens de manifester afin d'isoler et de discréditer les organisations syndicales dans leur action.

L'affaire Benalla révèle au grand jour cette réalité, que ces exactions étaient permises voire encouragées au plus haut sommet de l'Etat quitte à la négation par nos "élites" des valeurs républicaines.

La République ne peut tolérer le retour des barbouzes. Certes l'affaire Benalla de par la variété de ces épisodes et de ses rebondissements est "une affaire d'été" qui finira par s'éteindre au bon vouloir des media.
Mais elle reste à jamais une véritable affaire d'Etat de par l'implication directe du Président de la République pourtant garant des institutions.

JMG

dimanche 17 juin 2018

TGV à Lons-le-Saunier : petit accès de schizophrénie

On apprenait cette semaine que l'unique TGV qui dessert quotidiennement  Lons-le-Saunier (Jura) dans l'après-midi, en  provenance de Strasbourg direction la côte d'Azur, était fortement menacé. Autrement dit, ce TGV aura à court ou moyen terme probablement disparu. Il est en quelque sorte le successeur d'une fameuse ligne qui reliait Strasbourg à Marseille en passant donc par Lons-le-Sauner, patrie de Rouget de Lisle, allons z'enfants!
Pour nous réconforter la députée de la circonscription de Lons-le-Saunier (ancienne du PS mais aujourd'hui "en Marche" dans la même direction que le vent) a avancé que la disparition  de cette ligne était liée aux travaux d'agrandissement et de rénovation de la gare de la Part Dieu...à Lyon. Ben voyons ! Cet alibi ne tient pas une seconde mais on veut bien y croire lorsqu'on est "en marche" à pied, les doigts dans le nez, et  le nez dans le guidon.

Une pétition a été lancée  pour sauver ce train et parmi les signataires, outre des gens sincères, on trouve un candidat présumé aux prochaines élections municipales de Lons-le-Saunier, l'ancien Président de "gauche" PS du conseil général mais tout aussi présumé d'en Marche, et quelques autres qui ont pu également se prononcer  contre le statut des cheminots comme si celui-ci était pour quelque chose dans la raréfaction des dessertes décidée par la SNCF ou l’État français.

Ceci est bien plus que paradoxal, c'est contradictoire, c'est même à la limite de la schizophrénie. Il m'arrive de signer des pétitions, notre époque en abonde, je pourrai très bien signer celle-là. Mais je n'aurais pas ni la naïveté, ni le cynisme de croire qu'une pétition, au regard du combat que mène courageusement les cheminots, va changer fondamentalement la politique du gouvernement dans le domaine ferré.
Parmi les signataires on trouve donc de nombreux responsables qui soutiennent sans compter le gouvernement dans des contre-réformes qui ne feront qu'affaiblir encore davantage la SNCF, cela au nom d'une concurrence qui empêchera toute stratégie de la part de l’État en matière de transport ferroviaire.

L’État est la seule collectivité capable de déterminer et de réaliser une politique d’aménagement du territoire dont le système ferroviaire est une des clefs. Or cet l’État a depuis fort longtemps abandonné ses responsabilités d'aménagement pour combattre les inégalités territoriales. Il prévoit au contraire de laisser au secteur privé le soin de dessiner le réseau SNCF, au gré des caprices du marché ou de dépenses publiques à contenir inutilement.

Signer cette pétition sans avoir lever le petit doigt pour aider les cheminots dans leur lutte, voire en les méprisant, et les avoir enfoncés en les considérant comme des privilégiés,  relève de la part de ces responsables politiques de l'hypocrisie ou du cynisme. Par leur contradiction, ils méprisent aussi le territoire qu'ils prétendent défendre.

L’État a beaucoup investi dans le TGV, d'ailleurs au détriment des territoires ruraux. On a tenté de nous faire croire que le déficit qui en résultait était de la seule responsabilité de la SNCF et qu'il fallait donc la punir en lui faisant supporter toute la dette. Or la SNCF ne pourra rendre un véritable service public que si on lui donne les moyens de fonctionner. Cela les cheminots le savent bien et c'est pourquoi ils se battent.

La réforme ferroviaire que vient de faire voter Macron avec l'ensemble de ses soutiens, qu'il soit de droite ou transfuges de "gauche", va vite se révéler catastrophique. Le gouvernement utilise cette réforme à des fins politiques pour casser  les organisations syndicales, mais aussi surtout pour marchandiser ce qui restera des services publics sans que l'usager du train en profite. Bien au contraire il paiera plus cher un service privatisé qui ne manquera pas, faute de moyens humains et matériels, de se détériorer.

Quand bien même il sera trop tard, il sera toujours temps pour les responsables de cette politique, faute de mieux, et pour cacher la misère, de signer des pétitions.

JMG

samedi 28 avril 2018

Courage !

Drôle de monde que ce monde qui porte aux nues les gens qui manquent de courage et qui au contraire vilipende ceux qui en font preuve.

Macron et les patrons de la SNCF sont réputés courageux parce qu'ils tiennent tête aux cheminots et ces derniers au contraire en manqueraient car faisant grève pour un oui pour un non.

Le pouvoir le sait, la fermeté peut payer politiquement et électoralement, comme elle eut payé en son temps pour Margaret Thatcher lors du conflit des mineurs en Grande-Bretagne en 1985, ou pour Reagan lors de de la grève des aiguilleurs du ciel aux États-Unis en 1981. Les aiguilleurs furent licenciés mettant fin à l'un des épisodes les plus douloureux du syndicalisme aux États-Unis, et dont la société américaine, par effet direct ou indirect, souffre encore aujourd'hui.

Macron est le successeur en somme de ces deux grands néo-"libéraux" fossoyeurs d'un contrat social pourtant indispensable aux sociétés qui se veulent civilisées. Macron, avec quarante ans de retard, suit ardemment, sans coup férir pour l'instant et surtout sans état d'âme qui eût pu le rendre plus humain, le chemin emprunté un temps outre-Atlantique et outre-Manche, en bon serviteur de la classe sociale à laquelle il appartient, celle qui s'alimente en spéculations financières et en boursicotage systématisé.

Qui sont les plus courageux ? Ceux qui, comme les cheminots, décident de se battre collectivement pour défendre, au delà de leurs intérêts professionnels, une société solidaire,  ou bien ceux aujourd'hui au pouvoir, prétendument "en marche", qui font preuve d'un entêtement coupable et imbécile ?

En réalité la paresse et la couardise sont bien dans le camp du pouvoir. Le gouvernement Macron est paresseux, il laisse faire, joue d'indifférence et de mépris face aux mouvements sociaux, en discréditant ou en niant les corps intermédiaires, en les humiliant, en les jetant en pâture à une démagogie ambiante qu'il entretient par media interposés.
Le gouvernement compte sur le pourrissement,  en cela il est irresponsable, il est le véritable fauteur de trouble sur le dos des usagers des services publics.
Il entend installer une contre-réforme dont on sait l'inefficacité et la nuisance, car une concurrence accrue, tout comme la destruction du statut des cheminots n'apportent rien, que ce soit en termes de tarification ou de service, et au contraire participent à la fin de l'égalité d’accès aux services publics de transport.

Face à ces offensives, contre ce gouvernement rétrograde qui utilise trop souvent la répression policière, à la SNCF, mais aussi à l'hôpital, dans les universités, dans les collectivités territoriales, dans l'ensemble des services publics, le courage déterminé, solidaire, organisé, conscient, reste la seule réponse possible. 

JMG


mercredi 18 avril 2018

Violence, violences

Macron devant le "journaliste" Pernaud sur TF1 n'a rien eu à proposer, mais il a tenu à remercier, par un humour involontaire qu'on ne lui connaissait pas jusque-là,  les personnels des EHPAD, les retraités, les infirmières, ceux qui sont les premiers touchés par une politique qui fondamentalement vise à donner encore plus de pouvoir aux plus riches, tout en fragilisant les plus faibles. Les Français qui écoutaient ce journal télévisé, le 11 avril dernier,  ont-ils été dupes ?

Probablement non, mais Macron, malgré tout, aura avec brutalité instillé sa petite musique qui suggère que cette politique, la sienne, est la seule possible, qu'il n'y a pas d'autre alternative malgré l'inefficacité sociale qu'elle contient par essence, et qu'elle montre tous les jours.

De ce point de vue il n'aura pas raté non plus, le dimanche suivant, son entretien avec Plenel et Bourdin, tous deux tombés dans le piège, et vilipendés le lendemain par leurs collègues journalistes incapables de concevoir d'autres formes d'interview que celles de la brosse à reluire. Mais comment pouvait-il en être autrement ?

Macron, et c'était bien son but, aura eu ainsi l'occasion de mettre en oeuvre tous ses talents de sophiste forgés au gré de ses études dans les meilleurs établissements de la méritocratie française lesquels comme l'ENA ne parviennent plus, manifestement, à instruire des exigences de l'intérêt général.

Macron, on l'a vu dans cette période de communication tous azimuts, et c'est là le plus important, aura montré son indifférence et son intransigeance face aux mouvements sociaux. Au fond c'est un violent, déterminé à appliquer un programme dont le peuple français dans son ensemble ne veut pas.

La violence est là qui se manifeste par la répression policière, notamment dans les universités, elle est aussi dans cette intransigeance imbécile vis à vis des cheminots qui vient de se traduire par un vote majoritaire à l'assemblée nationale approuvant la réforme de la SNCF.
Cette incapacité à tenir compte de la mobilisation sociale, et donc à refuser tout dialogue, est une honte qu'endosse également la grande majorité des parlementaires.
La loi "asile et immigration" participe également de la propension de ce pouvoir à favoriser la force.

Le macronisme est une violence qui se pare des vertus supposées de la fermeté, fermeté qui cache  en réalité une immense faille morale et politique.

JMG




samedi 24 mars 2018

Le plus populiste n'est pas toujours celui qu'on croit

Les politiciens néo-libéraux de droite, ou prétendument de gauche, s’acharnent depuis quarante ans, après une période marqué par un keynésianisme plutôt bien compris, à fragiliser un contrat social issu de la dernière guerre. 

Ces attaques systématiques, sur la base d'un appel maladif à la réduction à tout prix de la "dépense publique", sont devenues pour ces politiciens une valeur idéologique à laquelle s'accrocher pour décrocher le pouvoir institutionnel. Et Macron, aidé en cela par des fonds provenant des plus fortunés, a décroché la timbale. 

Pour cultiver ce pouvoir, l'actuel président de la République a besoin de la division de l'autre camp et, fidèle à une stratégie primaire mais bien rodée, il ne s'en prive pas, comme en témoigne l'incroyable diversion que constitue cette attaque contre le statut des cheminots. Or le statut des cheminots, lié au caractère public de la SNCF, n'est pas plus avantageux qu'un autre. Il suppose "l'emploi à vie" nécessité de surcroît par des impératifs de sécurité. Ce statut ne fait que compenser, tant soit peu, les horaires décalés, le travail la nuit ou le weekend. Il n'est pas digne, dans une République moderne, de montrer du doigt des salariés qui ne font que défendre leur emploi et améliorer leurs conditions de travail auxquels s'attaquent des politiciens sans scrupules, hors sol, et parfois sans aucune culture politique.

En cela Macron est un populiste, au plus mauvais sens du terme, c'est-à-dire qu'il cultive à des fins politiques, la faiblesse ou l'ignorance du peuple. L'ensemble de la population en effet, s'agissant de la SNCF, reste à l'écart d'une information digne de ce nom. On lui fait peur avec la "dette" sans mettre dans la balance la valeur des actifs.

Les citoyens que nous sommes devraient mesurer l'importance de l'enjeu. Il convient que le peuple comme acteur politique reste propriétaire des infrastructures ferroviaires qu'il a principalement contribué à financer. La privatisation envisagée est immorale comme l'a été, dans un autre registre, celle des autoroutes. Elle serait économiquement catastrophique au regard de la tarification imposée aux usagers devenus de vulgaires clients, catastrophique également au plan écologique comme en témoigne déjà la privatisation du fret en France à partir de 2003. Et puis l'exemple britannique est édifiant, il convient urgemment de ne pas le suivre.

Seule une importante mobilisation des salariés ou des agents des services publics pourront obliger les media traditionnels à faire état du mécontentement, et de la combativité  de la population à vouloir conserver ses services publics, et ainsi faire reculer un gouvernement stupide et inutilement droit dans ses bottes.

Le combat des cheminots comme de l'ensemble de la fonction publique est juste, il dépasse largement les intérêts particuliers. Comme citoyens, quels que soient nos secteurs professionnels, nous avons intérêt à être solidaires de ceux qui défendent si ardemment leur outil de travail.
Cet outil nous appartient aussi, et il nous appartient donc, collectivement, de le défendre.

JMG

jeudi 19 juin 2014

CFDT ou le coucou du syndicalisme


Il y a bien longtemps que la CFDT, au sens confédéral du terme, n’est plus un syndicat. Je ne vise pas ici les équipes syndicales qui défendent les salariés au quotidien, la nécessité sur le terrain faisant loi, l’idéologie dans ces cas étant à mettre au second plan voire même oubliée dans l’action. Mais je précise que plusieurs structures cédétistes se sont par exemple prononcées, contrairement à leur confédération, au pacte de responsabilité concoctée par le gouvernement Hollande.

Je dis que la confédération CFDT a abandonné l’idée même de combat syndical pour privilégier la négociation au risque de n’être plus crédible aux yeux de ceux qu’elle est censée défendre. Aux yeux du monde du travail la CFDT en effet peut passer pour un syndicat « jaune », c’est une accusation grave mais qui glisse sur le plumage de ses dirigeants lesquels depuis longtemps confondent démocratie sociale et collaboration, parfois constructive d’ailleurs ( mais ça dépend pour qui), avec le pouvoir en place.

Aujourd’hui c’est le gouvernement « socialiste » Hollande-Valls qui en profite, mais hier ce pouvait être celui de Raffarin, Fillon ou d’autres. Et toujours les salariés qui trinquent.

Ainsi de multiples « réformes » ont pu être jugées acceptables parce qu’une confédération dite  "réformiste" avait donné son accord, ce fut notamment le cas de la réforme des retraites en 2003 ou plus proche de nous de l’accord national interprofessionnel en janvier 2014 qui donna naissance à la loi dite de flexi-sécurité de juin 2013 qui n'est forte qu' à déstabiliser notre droit du travail.

La CFDT parle beaucoup de démocratie sociale, mais nous à habitué a signer des accords qui engagent les salariés au mépris du respect qu’elle devrait pourtant au fait majoritaire sur le terrain et dans les luttes syndicales. Elle passe pur le chevalier blanc, responsable, à la différence de l’extrémisme ou du jusqu’au-boutisme supposés de la CGT ou de la FSU. En réalité la CFDT serait encore moins que le peu qu’elle est aujourd’hui sans la détermination et le courage de ceux qui se battent. La CFDT est à cet égard une espèce de coucou qui recueille les fruits du véritable combat syndical et peut dans le même temps appeler à l’arrêt de grèves qui sont tout à fait légitimes, comme celle des cheminots dont l'intérêt se confond avec celui de la société toute entière.

Les conditions du dialogue sont ainsi faites en France ou un syndicat minoritaire, en tout cas dans les luttes, peut servir à asseoir, au nom d’une soi-disant démocratie sociale, des politiques de régression sociale avérée. On prend souvent l’exemple de l’Allemagne. Eh bien en Allemagne, sans vouloir imiter leur système à tout prix, cela ne se passe pas ainsi.

Peut-être un jour un gouvernement de gauche aura-t-il le courage de remédier à cette bizarrerie des rapports sociaux en France.

JMarc Gardère