jeudi 15 septembre 2016

Pour l'abrogation de la loi Travail, ne rien lâcher

En cette journée du 15 septembre, je remets ici un article publié dans le journal du syndicat CGT du Conseil Général du Jura publié en juin dernier. La lutte continue pour mettre en échec et abroger une loi qui, si elle était appliquée, remettrait en cause des garanties collectives conquises de haute lutte au niveau national, et donnerait des idées à d'autres, issus des droites extrêmes, pour une extension malheureuse de la précarité, notamment dans les fonctions publiques dont la territoriale.
Rassemblements le 15 septembre dans le Jura, Lons-le-Saunier à 15 heures place de la Liberté, Dole à 10h30 place de la sous-préfecture, Saint-Claude à 10h 30 place de la sous-préfecture 

La loi travail, dite encore loi El Khomry, remet en cause toute la philosophie du Code du Travail, d’une façon violente et inattendue de la part d’un gouvernement qui n’avait pas mandat pour le faire. On nous répond parfois que cela ne concerne pas la fonction publique. Détrompons-nous. Outre la solidarité indispensable avec les travailleurs du privé, soyons persuadés qu’elle concernera l’ensemble du monde travail, public comme privé.
 Ainsi dès l’article 1, le projet de loi subordonne le droit des salariés au bon fonctionnement des entreprises. L’article 2 est encore plus explicite puisqu’il inverse la hiérarchie des normes, plaçant l’accord d’entreprise devant la primauté de la loi. Cela signifie qu’il pourrait y avoir autant de codes de travail qu’il y a d’entreprises, les mettant de fait dans un contexte de dumping social, le « gagnant » étant celle qui pratiquera des salaires ou des conditions de travail les moins contraignants possibles.
Les autres articles sont tout autant contraires aux intérêts des travailleurs, en légalisant les licenciements boursiers, en généralisant le chantage à l’emploi avec l’extension des accords de compétitivité y compris pour les entreprises sans difficultés économiques (art 30) ; nous ne pouvons non plus accepter l’article 44 qui remet en cause la médecine du travail, l’article 52 qui traite du remboursement des indus par les privés d’emploi, et d’autres sur lesquels on ne revient pas ici mais qui alourdissent encore plus ce code du travail qu’on voulait soi-disant simplifier !
Ces quelques articles justifient en eux-mêmes notre demande de retrait et une suspension du processus parlementaire. Le gouvernement est responsable de la situation de blocage que notre pays connait aujourd’hui. Il ne tient qu’à lui d’ouvrir des négociations. Il a voulu jouer en force contre les principales organisations syndicales, en s’appuyant sur une direction nationale de la CFDT qui nous avait fait le même coup lors de la réforme des retraites en 2003 et 2010.
 Cette loi est essentielle car elle pourrait remettre en cause, si par malheur elle passait, des années de conquêtes sociales sans créer aucun emploi, bien au contraire ! C’est pourquoi nous nous battons pour son retrait pur et simple.

dimanche 28 août 2016

Présidentielles, n'en jetez plus

Beaucoup de monde à gauche (mais aussi à droite bien sûr, une droite qui atteint le fond de la démagogie, mais ici n'est pas le sujet) beaucoup de monde devant le portillon étroit de la présidentielle généreusement offert pourtant, et c'est là le paradoxe, par la cinquième république, institutions dépassées s'il en est qui font se reposer sur un seul individu le devenir politique et social d'un pays. On l'a vu tout récemment à propos de la loi travail travail avec un 49-3 qui a fini de souligner, grâce à une gauche de gouvernement en lamentable perdition, le caractère autocratique de cette constitution.

Il conviendrait d'abord de définir ce qu'est la gauche, grossièrement, ou plutôt ce qu'elle n'est pas, j'ai nommé des gens comme Hollande, Valls, excusez du peu...Il s'agit d'épousseter légèrement pour continuer l'analyse.
Ainsi nous avons depuis cette année une façon assez commode, et assez objective de distinguer ce qui n'est pas de gauche : tous ceux qui ont commandé ou soutenu la Loi Travail sans en avoir dénoncé les moindres dangers prévisibles. C'est un excellent tamis, un peu grossier certes dénonceront certains, mais faut bien commencer par faire un début de commencement de tri.

Mais revenons à nos moutons : Jean-Luc Mélenchon, Gérard Filoche, Marie-Noëlle Liennemann, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Cécile Duflot, sept cent millions de Chinois et moi, et moi et moi...J'ai dû en oublier, ce billet n'a pas la prétention d'être encyclopédique.
Il est dans la nature de la cinquième de cultiver les égos, c'est normal, nous sommes dans un régime ultra présidentiel, gagnera celui ou celle qui le plus fermement,  avec le plus de détermination, illusoire ou pas, croit en son étoile.
Montebourg, Hamon, Duflot, permettez moi de les mettre un peu à part de ce sous-ensemble, ils ont en effet participé à ce gouvernement Hollande et donc ont souscrit peu ou prou à des mesures que ce dernier a pu prendre. En cela ils ont de mon point de vue un peu perdu de leur virginité. Après Hollande il faudra en priorité des hommes neufs. 

Filoche en est un, de par son expérience, de part sa connaissance du monde du travail, il n'est pas hors-sol, ou déjà vieux, comme Valls, Macron, et propose de véritables solutions, bien que celles-ci bien sûr puissent paraître révolutionnaires et iconoclastes aux yeux des acteurs néo-libéraux qui de Hollande à Sarkozy, pensent et surtout proposent la même chose autour des thèmes éculés de la compétitivité, de la contraction des dépenses publiques, du dépérissement de l'Etat social et de l'Etat tout court.

Gérard Filoche surtout propose une stratégie. Il est peut-être le seul à avoir compris, alors que cela apparaît comme l'évidence même dans le cadre actuel des institutions, qu'une candidature unique de la gauche sera la seule façon de ne pas laisser aux droites extrêmes le soin de conduire les destinées du pays en 2017. Pour ce faire il s'agit de passer par une primaire de toute la gauche, qui ne soit pas celle dénommée, par un comique peut-être involontaire, la "belle alliance populaire" concoctée par les dirigeants actuels du parti socialiste.

Le principe des primaires n'est pas à l'origine une excellente idée, elle m'apparaissait à l'époque comme le symptôme d'une maladie de parti sans projet, s'en remettant à un seul homme dans le cadre institutionnel que l'on connait, le début de la fin en quelque sorte, dans la purée d'une dilution idéologique et programmatique dont on voit malheureusement les effets aujourd'hui.

Il faut cependant faire avec ça : et donc prendre les avantages d'une primaire auxquels participeraient tous les éléments de la gauche progressiste, sociale, écologiste, tous ceux qu'on a pu citer, mais y compris bien sûr JLuc Mélenchon sans lequel aujourd'hui rien n'est possible à gauche.
Sans doute ce dernier ferait-il un excellent score dans un premier tour d'élections présidentielle, peut-être irait-il à un second tour, mais après ? Serait-il en capacité, alors que d'autres seront sur les rangs, nombreux, de l'emporter pour un second ? Rien n'est moins sûr, c'est même couru d'avance. 
Et donc, dans l'urgence c'est vrai, il s'agit de construire une primaire, en décembre, qui mette en compétition loyale, à partir de programmes politiques clairs, tous les candidats défendant le progrès social comme seule condition au fond d'un développement économique harmonieux et durable.

Il faut un seul candidat pour une gauche rassemblée, il n'est pas trop tard, il faut absolument y travailler avec toutes les forces communistes, écologistes, socialistes de progrès.Cette primaire* de toute la gauche, progressiste, que Gérard Filoche défend, n'est un piège pour quiconque.
Elle peut au contraire constituer un grand espoir pour tous.

JMG

* une primaire de toute la gauche des 4 et 11 décembre est encore possible, mais le temps presse

jeudi 21 juillet 2016

Les vautours

Le malheurs des uns fait le bonheur des autres, du moins le croient-ils. Il est déroutant, dégoûtant même de voir à quel point les hommes politiques, ici de "droite", hurle avec les loups, dénonce ce qui n'aurait pas été fait pour éviter  le massacre de Nice le 14 juillet. Ainsi Juppé, ainsi Wauquier, ainsi Sarkozy, ainsi Le Pen, toute la fine fleur de l'opposition se rue sur l'occasion qui lui est donnée de contester et de blâmer les insuffisances d'un gouvernement qui entend lutter contre ce qu'on nomme communément le terrorisme.

Rappelons, au passage, que le dernier attentat s'est produit à Nice, ville dans laquelle Estrosi, le Maire, se targuait d'avoir mis en place un système de vidéo-surveillance super moderne, super efficace, sensé faire échec à toute sorte d'insécurité. Cela montre, s'il en était besoin, que ces caméras ne sont pas d'une grande utilité si il n'y a pas derrière un peu d'humanité, et suffisamment avisée pour tenter de traduire et d'interpréter des images le plus souvent insignifiantes.
Le plus étonnant c'est que ces personnes, qui sautent sur leurs petites gambettes et  nous crient sécurité, sécurité, savent pertinemment ce qu'ils font. Ils savent que leur discours, avec l'aide des media, fera effet sur une population que l'on presse d'être terrorisée, même si dans le fond elle ne l'est pas.
On peut saluer le courage des Français, ils peuvent craindre les attentats sans pour autant se priver de sortir de chez eux.

C'est que le souci de l'hyper-sécuritaire relève d'une idéologie de nature à déterrer les immondices du racisme et de la xénophobie. C'est un feu qu'on allume et qui ensuite s'auto-alimente au gré des événements dont certains ne relèvent même pas du "terrorisme." Les mauvais politiques en profitent donc pour jouer ce jeu malsain de la récupération démagogique.
La droite n'est pas la seule, pour le malheur de ce pays, à manger de ce pain là. Hollande et Valls en jouent aussi, et n'ont pas hésité, autant par inconscience que par opportunisme, et dans la précipitation, à prolonger un état d'urgence dont a vu jusqu'ici le peu d'efficacité pour la sécurité, et perçu déjà le péril qu'il représente pour la liberté.

Tout cela sur fond d'un aveuglement qui empêche de voir les racines du mal lesquelles se trouvent pour une bonne part dans la conduite par la France d'une politique étrangère catastrophique, particulièrement au Moyen-Orient où notre pays pourtant, à une époque encore récente, avait l'estime de la plupart des pays arabes, nous épargnant ainsi la haine de fanatiques.

JMG

samedi 16 juillet 2016

La paix c'est maintenant

Il est temps de s'interroger sur la politique étrangère de la France, notamment depuis les mandats de Sarkozy et Hollande lesquels, de ce point de vue, sont à peu près les mêmes, et produisent donc les mêmes effets. Les deux sont "Américains", l'un un peu plus que l'autre dans la mesure où il avait annoncé la couleur. C'est moins vrai pour Hollande dont beaucoup, et j'en suis, ont été surpris par le degré d'atlantisme dont il s'avère porteur.
Hollande en Europe, s'agissant d'économie et de finances, suit l'Allemagne aveuglément, et il suit tout aussi aveuglément les Etats-Unis au niveau de la politique menée au Proche et au Moyen-Orient.

Hollande n'est peut-être pas un chef de guerre, mais il la fait volontiers pour les autres, et notamment pour les Etats-Unis. Ces derniers, après avoir répandu et créé le chaos en 2003 en Irak, se retirent peu ou prou des théâtres d'opération, dans l'espoir que l'Europe prenne le relais, ce que celle-ci fait très partiellement en passant le bébé à la France. 

Question efficacité militaire, c'est rien ou presque, la France n'est pas une super-puissance, mais sur le plan idéologique le fardeau est inestimable et d'une lourdeur inhumaine.

Il s'agit bien d'un fardeau dont notre pays a hérité. Mais c'est parce que nos gouvernants, sans débat démocratique digne de ce nom, l'ont bien voulu. Nous en avons les résultats tragiques à Paris au Bataclan, puis tout récemment à Nice. Nous en reverrons d'autres tout aussi dramatiques. Dans ce domaine on peut croire Valls qui nous dit à l'envi que la France est en guerre (ce qui heureusement est encore faux) et que les Français doivent s’attendre à d'autres crimes de masse, et donc "s'habituer au terrorisme". Il le dit avec une telle conviction qu'on se demande même, question politique intérieure, si cela ne l'arrange pas un peu.

L'attentat de Nice a été perpétré par un raté, nous le savons maintenant, un simple mais dangereux délinquant, rendu amer, à la folie et à la mort, par une vie de misère matérielle, intellectuelle, et spirituelle, ce qui est un comble pour quelqu'un qui entendait mener sa guerre sainte. Cette situation individuelle, faite de rancœur et d'humeur dépressive, s'est amalgamée avec une idéologie mortifère et guerrière. Daesh ne s'y est pas trompé qui revendique, on devrait dire récupère, finalement cet acte aujourd'hui, deux jours après ce crime qui aura fait près de quatre-vingt-dix victimes innocentes.

En ces jours de deuil le gouvernement français serait bien inspiré de ne pas en rajouter dans le discours belliqueux. Pour combattre le "terrorisme", mieux vaut s'attacher à donner les moyens aux services de renseignement pour qu'ils fassent discrètement leur travail, (ce qui serait autrement plus productif qu'un état d'urgence qui n'aura pas empêché la tuerie de Nice.)

Sur le plan géo-politique il est temps que notre pays promeuve la paix, c'est encore possible. Il s'agit donc de tempérer ces discours guerriers qui ne font qu'attiser le feu dans les esprits malades. il s'agit surtout de renouer avec un vrai travail diplomatique qui évite la guerre

La France, pour ce faire, retrouvera-t-elle son indépendance et sa neutralité pour gagner finalement en influence au Moyen-Orient, sans devenir le cible privilégié des terroristes de tout poil ?
Le passif est devenu lourd après des années d'une politique étrangère calamiteuse que l'on doit à Hollande autant qu'à Sarkozy.
Il faudra de l'énergie, du temps, de la volonté, du courage surtout, pour sortir du guêpier dans lequel, sans notre accord, on nous aura plongés.

JMG





lundi 4 juillet 2016

De l'art des lois inutiles

On aura été bien servis ces temps-ci de lois inutiles, et tout aussi nuisibles. Réforme territoriale, lois Macron, loi El Khomry, autant de textes qui n'auront fait l'objet d'aucun travail démocratique, et qui auront agi contre cet idéal même, à coups de 49-3 ou de votes bloqués, moyens bien commodes de la Constitution qui permettent à de grands (?) politiciens mais de piètres (!) politiques d'aller chasser dans les terrains vagues et scabreux de l'autocratie.

D'autant que ces textes, qui n'ont donc de législatifs que le nom, l'Assemblée Nationale étant rangée au rang des accessoires malheureux du débat national, n'étaient en rien inscrits dans les soixante propositions, rétrospectivement risibles, du candidat Hollande. Cela a déjà été dit, maintes fois, et ici même, mais il convient de répéter les choses contre lesquelles, pour diverses raisons, on ne peut rien...apparemment. Il nous reste une petite liberté d'expression, profitons-en, défendons la coûte que coûte, tant qu'on peut et qu'il n'est pas trop tard. Au moins on ne pourra pas nous reprocher d'avoir fermé notre gueule.

Lois inutiles que les Français auront bientôt oubliées, ou digérées, mais qui n'en seront pas moins nocives dans leur vie quotidienne. Cette nocivité, ni vue ni connue, rendue invisible par l'instantanéité et la superficialité médiatiques, aura bien vite été mise au crédit de ce qu'on nomme "la crise".
La loi Notr(e) est la dernière, mais pas l'ultime, d'une longue série commencée il y a plus de quarante ans et qui veut nous faire croire que les réformes territoriales, dites aussi lois de décentralisation, étaient d'une nécessité vitale pour alléger l'hypothétique et repoussant mille-feuilles territorial, comme si ce dernier eût été la cause de tous nos ennuis.
La loi Notr(e) en réalité en aura rajouté une couche dans l'illisibilité citoyenne. Celle-ci est renforcée par le changement permanent et continue des règles, ce qui ne fait que déstabiliser le système.  Ce seront les métropoles, au détriment des territoires ruraux, qui en auront été les grands gagnants, dans le but de satisfaire une Europe des régions qui éloigne les citoyens des lieux de décision. C'est la mort annoncée de la "commune" qui constitue, encore mais jusqu'à quand, la base démocratique dans le découpage administratif français

Les lois Macron quant à elles peuvent être perçues comme la préfiguration de la Loi travail qui poursuit le dérèglement comme le déséquilibre des rapports de subordination du salarié à son employeur. Cette loi inutile et pernicieuse, et cela serait encore plus particulièrement rageant, serait même née de la surrenchère entre Macron et Valls ce dernier ayant la volonté de faire encore "mieux", et plus "moderne" que son collègue Macron. Quel gâchis !

Mais au fond que sont ces lois inutiles, sinon les avatars d'un pouvoir qui a été délégué, par nos grands (?)  hommes d'Etat, à l'Union européenne devenue l'unique horizon politique.
Quelle est la nature profonde de ces textes nationaux sinon l'accompagnement des politiques européennes allié à la démission condamnables  de ceux que nous avons élus ?
Quelle est la destination de ces textes sinon celle de cacher la misère démocratique dans laquelle nous baignons aujourd'hui ?

JMG

vendredi 24 juin 2016

Violences

Le siège de la CFDT à Paris, dans le quartier de Belleville, a été vandalisé dans la nuit du 23 au 24 juin, les vitres de la façade ont été brisées. Ces actes sont condamnables, il ne servent pas la cause. Je connais bien cet immeuble pour l'avoir fréquenté lorsque j'étais moi-même à la CFDT jusqu'en 1995, année où la CFDT, celle de Notat à l'époque, avait décidé de soutenir la réforme de la Sécurité Sociale et celle des régimes spéciaux des cheminots dans le cadre de mesures projetées par le gouvernement d'Alain Juppé.
La réaction populaire avait été à la mesure de ces coups de canifs, ou de poignard, contre l'Etat Social, réaction massive et populaire à laquelle avec d'autres camarades je m'étais joint. Il faut rappeler cette histoire, celle d'une CFDT qui dès 1995, et même bien avant, et il faudrait en faire l'histoire, agissait contre la démocratie sociale, mais déjà en son nom, ce qui relevait à la fois du paradoxe, de la contradiction et soyons clair, de la trahison.

Les actes contre la vitrine de la CFDT, boulevard de la Villette, sont inacceptables. Un dirigeant de la CFDT déclarait à la radio ce matin qu'il hallucinait que l'on puisse s'attaquer ainsi à la démocratie. Il a raison, et les atteintes aux biens, même s'ils sont ici limités, une vitrine cassée, sont suffisamment graves sur le principe. La CGT sans ambiguïté a condamné cet acte. Les membres d'une organisation syndicale ne sauraient être inquiétés en effet pour les idées qu'ils défendent, qu'on soit d'accord ou pas.

Mais parlons clair, les idées elles-mêmes peuvent produire de la violence, les idées tout comme certaines pratiques ou attitudes anti-démocratiques. Ainsi l'attitude de la direction nationale de la CFDT elle-même est violente en cela qu'elle défie la démocratie sociale. Avec d'autres syndicats dits "réformistes" elle soutient une loi travail refusée par la majorité des Français, rejetée par la plus grande partie des organisations syndicales. Les responsables de la CFDT soutiennent une loi qui n'a fait l'objet d'aucune réelle négociation comme c'est pourtant prévu par la loi d'octobre 2012 : celle-ci prévoit la consultation préalable des partenaires sur tout projet de réforme gouvernementale "qui porte sur les relations individuelles et collectives du travail, l'emploi et la formation professionnelle et qui relève du champ de la négociation nationale et interprofessionnelle".
La violence se niche aussi dans le non respect des lois existantes et dans cette absence de dialogue rendu pourtant obligatoire.

Le gouvernement se rend fort de ce soutien cédétiste. Il l'utilise sans vergogne pour faire passer une loi qui, assez rapidement, pourrait changer la vie quotidienne de millions de salariés en les fragilisant, par l'abandon de garanties collectives nationales que contient encore le Code du travail.

Cette violence sociale est bien réelle. Le gouvernement doit retirer son projet. Peut-être qu'il ira jusqu'au bout, contre toute exigence démocratique. Il prend alors le risque de violences futures ou potentielles dont il se sera rendu seul et unique responsable.
Si Valls a cru bon, stupidement, de dire que la CGT ne faisait pas la loi, il a omis de dire que la CFDT non plus.

JMG

mardi 21 juin 2016

Déshonneur en journalisme

Je suis tombé dimanche sur l'émission de BFM "grand rendez-vous politique", pas tombé de bien haut mais quand même, l'heure était, en cet après-midi de juin, humide et sombre, temps de cochon qui allait bien avec cette émission.
Il y avait là, comme pour souligner la grisaille, l'ineffable JPierre Elkabach, d'Europe 1 je crois, une journaliste du Monde aussi (ce que ce "Monde" est devenu !), Fressoz dont je ne me souviens plus le prénom, et  puis aussi un certain Darmon, à ne pas confondre avec l'acteur Gérard Darmon, quoique...on pourrait bien le confondre sous l'angle singulier de la comédie.
Des journalistes se prenant pour des divas, qui se mirent et s'admirent à l'envi devant les miroirs que leur offre les télévisions qu'ils animent.
Tous ces braves gens étaient censés interroger le secrétaire général de la CGT.

J'ai dit "censés", seulement, car en vérité ils ne l'ont pas interrogé du tout. Ces trois journalistes se sont livrés à un véritable interrogatoire : accusé  Martinez Philippe levez-vous ! Elkabach dans le genre a été le meilleur, on voit que cet homme là a du métier. Il posait questions sur questions, comme on lance des briques, sans laisser répondre son interlocuteur. Ce n'était même pas des questions mais bien plutôt des affirmations, des accusations dirigées contre un homme et une organisation syndicale, dans l'exacte tonalité donnée par le pouvoir actuel qui a décidé d'isoler, de criminaliser la principale organisation syndicale du pays.

Pour le coup ce n'était pas des chiens de garde qui étaient à l'oeuvre mais bien une meute enragée dans une chasse à courre. A mort la CGT qui ose appeler à des manifestations alors que nous sommes en péril terroriste permanent, sus à la CGT qui maintenait ses grèves alors que certains de nos concitoyens pâtissaient des inondations, à mort la CGT qui ose encore revendiquer et faire de la résistance alors que nous sommes en crise économique, à mort la CGT qui couvrirait les casseurs, qui même seraient responsables des attaques contre l'hôpital Necker, contre des enfants malades...imaginez les barbares !
Tout ceci à la limite de la diffamation, nos trois journalistes continuent sur leur lancée sans prendre soin, ce qui est pourtant le cœur de leur métier, de vérifier leurs informations, ou d'essayer de comprendre la situation et de la restituer honnêtement à leurs auditeurs, en tirant partie de la présence d'un interlocuteur qui pour une fois pouvait donner une autre vision de la réalité sociale..Mais que valent les réponses d'un syndicaliste aux oreilles de journalistes aveuglés par leurs certitudes et en parfaite méconnaissance du monde du travail ?

Il était difficile dans ces conditions pour Philippe Martinez d'en placer une, et pourtant il s'est bien défendu, il est resté calme, la tempérance était de son côté, à l'opposé de l'image que les media voudrait donner de la CGT et de son secrétaire général.

Cela en dit long sur l'état démocratique de la France aujourd'hui. Pas étonnant que la CGT soit décriée, et avec elle le mouvement social qui souffre d'une criminalisation à peine croyable, alors même qu'est en jeu la survie du code du travail. Les journalistes ici n'en étaient pas vraiment, vecteurs qu'ils étaient de la pensée dominante au sein de groupes de presse concentrés et dont nous avons eu, à l'occasion de cette émission, une fois de plus, l’écœurante représentation.

JMG

samedi 18 juin 2016

Fin de manif un 14 juin à Paris

Je relaye ici le témoignage de Pierre qui était venu de Normandie pour manifester mardi 14 Juin à Paris, jusqu'aux Invalides où ont eu lieu de violents affrontements avec la police. Ne perdons jamais de vue que les premiers responsables de ces situations de violence sont ceux des politiques qui essayent d'imposer par la force une loi travail, anti-sociale, anti-économique, dont la grande majorité des français ne veulent pas, tout comme la majorité des organisations syndicales.

Malheureusement bien nommées, les Invalides

Comme beaucoup d'autres, j'étais à Paris mardi.
Comme plusieurs centaines d'autres, avec le camarade qui m'accompagnait, j'ai dépassé le service d'ordre intersyndical qui n'avait plus beaucoup d'apparatchiks à protéger au moment où nous l'avons doublé.
Et quelques secondes après, j'étais abasourdi à Duroc, deux des nôtres étendu-e-s au sol, entouré-e-s d'abord de pompiers, puis de manifestants. inanimé-e-s sous des couvertures de survie.

Nous avons avancé, le bus pour la Normandie nous attendait pour 18h00 aux Invalides, fin du parcours déclaré.
et ce fut un déluge de gaz, de camion à eau (je ne le connaissais que dans les sketchs de Felag...).
J'ai hésité à écrire à mon père, pour lui signaler la "douche" que prenaient gratuitement des camarades de sa *confédération.
Mais j'étais trop occupé à scruter les dispersantes qui s'épanouissaient, tantôt en cloche, tantôt tendues, bien mieux qu'un 14 juillet.

Je ne parlerai seulement de ce que j'ai vu (le reste vous y avez accès), l'interpellation, sous mes yeux, par une flic-e de la BAC d'un manifestant, bientôt écrasé par plusieurs de ses collègues tandis qu'elle déclenchait sa gazeuse alentours. J'avais goûté les lacrymos, là c'était corsé.
Me retrouver à étouffer par terre alors que je téléphonais au secrétaire départemental de mon syndicat pour savoir où retrouver le bus, j'ai pas aimé.
Comme dis l'autre, l'omelette, les œufs... c'était rien, avançant vers la Seine pour tenter de sortir de cette immense nasse j'ai vu les flics rivaliser dans l'illégalité. 
Déboulant tel Usain Bolt, un copain était chargé par trois motos, deux montées par des voltigeurs (pourtant interdits, pour des légalistes, on reviendra), et l'autre avec un casqué qui l'a renversé avec sa roue avant, à trois mètres de moi. Le copain s'est relevé, bientôt poussé au sol par le bouclier d'un CRS détaché d'un cordon, extrait par des copains-ines. Sur ce set là, notre camp a gagné et le sprinteur s'en est tiré, rendant ainsi un bel hommage posthume à Malik Oussekine.

Les flics étaient déchaîné-e-s, à tel point que j'ai vu une quadra s'en prendre au dit motard, qui derechef lui foutait sa gazeuse sur le museau.
Dans cette nasse, black blocs, syndicalistes, militant-e-s partisans ne faisaient plus qu'un dans la solidarité et l'autodéfense populaire, tel cette fanfare qui n'a pas arrêté de jouer "el pueblo unido, jamas sera vencido" sous les gaz. J'ai même pensé "camarades" en voyant des militant-e-s de Force Ouvrière s'approprier le répertoire d'action de ce que l'on appelle, loin de toute rigueur, des casseurs.
Révolté et inquiet, au retour, j'ai cherché des nouvelles des blessé-e-s, notamment ceux vu-e-s à terre. 
A défaut de nouvelles, j'ai vu la cause de leur état. vous la verrez ci-dessous :

vous saluer, Hélder Câmara, le fera bien mieux que moi ce soir :

"Il y a trois sortes de violence.

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. 

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. 

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue."

Pierre

* la CGT

lundi 13 juin 2016

Pourquoi ils s'en prennent à la CGT

Il se confirme que le pouvoir veut la peau des syndicats, mais pas n'importe lesquels bien sûr, la CFDT est épargnée, et pour cause , mais ni la FSU, ni Sud, ni FO dans certains cas, ni moins encore la CGT, devenue l'ennemie jurée du gouvernement, n'échappent aux attaques gouvernementales. 

Tout syndicaliste sait qu'une organisation syndicale, et plus précisément son appareil, ne peut déclencher une grève sur un simple claquement des doigts ; qu'elle puisse susciter un mouvement certes mais seulement par la sensibilisation ou l'information faite en direction des salariés, ceux-ci restant libres de faire grève ou pas. C'est pourquoi le syndicalisme est un lieu essentiel de la démocratie, c'est pourquoi il est criminel de le criminaliser comme le fait aujourd'hui l'exécutif.

Les medias principaux entendent donner l'image d'une CGT uniquement protestataire et jusqu’au-boutiste qui aurait le pouvoir, dans sa grande capacité de nuisance, de mettre le pays à feu et à sang dans un grève générale imposée à des usagers ou à des citoyens devenus otages d'un syndicalisme réputé irresponsable.
 Cette perception est par ailleurs encouragée par la direction nationale de la CFDT qui essaiera coûte que coûte de récolter les effets d'une lutte dont elle aura par ailleurs critiqué les principaux acteurs. Déjà Berger, son secrétaire général, déclarait dimanche que la CFDT soutenait un projet de loi qui désormais, grâce à la lutte qu'elle avait menée (sic), était devenu tout à fait acceptable. On sait bien sûr qu'il n'en est rien et qu'au contraire le texte, s'agissant notamment de l'article sur l'ubérisation, n'a rien perdu de son caractère nocif pour le monde du travail.

Valls, depuis le début de cette loi travail et des mouvements qu'elle a entraînés, veut en découdre et va plus loin, sous certains aspects, que n'aurait fait la droite dans la répression du mouvement social. Valls n'est pas un social-démocrate, on le savait, avant tout parce qu'il n'est pas un véritable démocrate. C'est l'homme des rapports de force, celui qui a viré Montebourg ou Hamon (même si l'on concède que ce n'était pas le plus grave), lui surtout qui s'avère être un anti-syndicaliste primaire qui n'entend rien au monde du travail, infidèle aux idées pour lesquelles il fut porter au pouvoir  grâce aux militants et électeurs de gauche.
Raffarin en 2003, lors du premier grand conflit sur les retraites avait dit fièrement, et quelques autres après lui, "ce n'est pas la rue qui gouverne", Valls de son côté dénigre précisément la CGT en utilisant un langage guerrier, donnant le ton ou le signal  d'un langage outrancier repris par des "responsables" du patronat ou des media qui vont jusqu'à comparer la CGT à Daesh.
Valls est en retard d'une guerre parce qu'il le veut bien. Cette individualisation, ou plutôt cette discrimination de la CGT, vise à l'isoler pour la réduire si possible à sa plus simple expression, il retrouve là certains accents de la guerre froide toujours présente dans l'inconscient collectif d'une partie de la société française sensible aux thèses de la droite extrême.

Il est malheureux de constater que cette attitude est suivi encore par quelques militants ou sympathisants socialistes. Par charité je mettrai cela sur le compte d'un manque de formation ou d'expérience politique, ou de simple sottise, ce parti étant devenu depuis longtemps un simple lieu où se jouent les ambitions personnelles, sans fond, sans conviction, sans véritable pensée politique.
Lors du dernier congrès du parti socialiste à Poitiers la motion majoritaire dont faisait partie Valls, Cambadélis...se prononçait clairement contre l'inversion de la hiérarchie des normes. Comment peut-on à ce point trahir ses propres engagements et surtout la confiance de ses propres militants !?

La CGT, comme la FSU ou Solidaires, sont les derniers remparts contre la libéralisation du droit du travail et la mutation définitive de notre République en terrain de jeux de la finance mondialisée ou des grands groupes industriels.
C'est ainsi qu'il faut comprendre les attaques de Valls, mais aussi de Hollande, contre le mouvement social. De nombreux militants de la CGT sont aujourd'hui devant les tribunaux, ces comparutions étant sciemment confondues avec celles dont les véritables casseurs sont l'objet.
On notera aussi au passage la différence de traitement avec les manifestants de la FNSEA (qui ont pu se livrer à des exactions ou des destruction de biens publics) et qui furent davantage écoutés sans être pointés du doigt comme peuvent l'être aujourd'hui les militants des organisations qui sont en première ligne pour défendre l'Etat social.

J'insiste sur le fait que cette remise en cause violente d'un syndicalisme d'action et de résistance, auquel se livre de façon légitime la CGT, ne vient pas seulement de l'exécutif gouvernemental. Celui-ci reçoit le soutien paradoxal et contre-nature de la CFDT qui reste dans son rôle désormais habituel depuis plus d'une vingtaine d'années : critiquer les gouvernements en place mais seulement dans la forme pour mieux les soutenir sur le fond dans des contre-réformes néolibérales.

JMG