vendredi 29 septembre 2017

Vendus !

C'est en effet à ce cri, vendus !, que nous devrions accueillir la dramatique absorption d'Alstom, la grande entreprise française qui nous avait valu le TGV,  par Siemens l'Allemande. Car il ne s'agit pas de mariage, loin de là, ou alors s'agit-il d'une union bancale et déséquilibrée où l'on voit dès maintenant quelles en seront les victimes.

Car c'est désormais Siemens qui commande et qui pourra, bien avant les quatre ans pendant lesquels, nous promet-on, rien ne serait commis en terme de licenciements, faire la pluie, le beau temps, et le gel surtout sur le territoire de Belfort.

Oui, comme le dit Montebourg, il aurait fallu nationaliser pour éviter cette énième catastrophe  de politique industrielle. Et tant pis si un ou deux imbéciles eussent pu alors, pour empêcher sottement tout débat, nous parler du Venezuela ou, comme Attali un jour, un des chantres de Macron, de la Corée du Nord.
Non, même le courage a été privatisé, ou plutôt confisqué des mains de ceux qui sont censés nous gouverner aujourd'hui. Ils ne nous gouvernent plus mais restent néanmoins, par leur inaction coupable, des facteurs de la carence industrielle qui sévit aujourd'hui en France.

La concurrence infra-européenne est faussée et bénéficie principalement aux pays du Nord de l'Europe et à l'Allemagne au détriment d'un équilibre et d'une harmonie qui devait être l'objectif européen.

L'épisode Alstom Siemens, tout comme le contrôle de STX par l'Italien Ficantieri, sont les récentes et spectaculaires illustrations de notre déclin industriel présent ou annoncé.
La CGT rappelait que l'emploi industriel avait reculé de près 25% en quinze ans et ne représentait plus aujourd'hui que trois millions de salariés.
L'industrie française n'atteint même plus les 10% du PIB alors qu'il se monte à 16% dans l'ensemble de la zone euro. C'est dire le danger qui nous guette, qui guette à terme notre indépendance politique et démocratique dans l'ombre d'une Union Européenne aujourd'hui en perdition.

La financiarisation outrancière des grandes entreprises sans que l'Etat veuille s'en mêler, même s'il fait semblant, est la cause de leur évaporation du territoire français. La gestion industrielle n'est plus la priorité, elle a laissé la place à une gestion financière qui échappe aux pouvoirs publics et bien entendu aux salariés qui sont les premiers à en souffrir.
Ce sont eux, en première ligne, qui sont ciblés par des politiques irresponsables qui laissent faire et s'en remettent au "marché",  par lâcheté ou par intérêt.

Au lieu de se laisser aller, comme Macron, à l'esbroufe d'une hypothétique nouvelle économie, et de s'acharner à détruire le droit du travail qui ne fera que faciliter les licenciements et donc à se priver de précieux savoir-faire, il est urgent de s'attacher à mener une politique véritable de ré-industrialisation.
Celle-ci demeure encore possible.

Commençons par dénoncer ces politiques d'austérité, dans l'obsession de la réduction des dépenses publiques, alors que la commande publique, comme aux Etats-Unis, est un des moteurs essentiels de l'activité industrielle.
Et profitons-en pour faire des choix stratégiques cruciaux, par exemple en investissant massivement dans la transition écologique !

                                                                       JMG



dimanche 24 septembre 2017

Paris brûle-t-il ?

Les soutiens d'en "Marche" ne savent plus où donner de la tête pour discréditer l'opposition à la loi travail, qu'elle soit de nature politique ou syndicale. Pour cela les adulateurs de Macron en empruntent au mensonge ou à l'inculture. 
Ainsi ce weekend Mélenchon est-il vilipendé parce qu'il a déclaré dans son discours de la Bastille samedi 23 septembre :

"c'est la rue qui a abattu les rois, les nazis, le plan Juppé et le CPE..."

Dans la précipitation et le vif d'un discours on peut toujours commettre des raccourcis ou des apparentements, plus ou moins volontaires, que vos contradicteurs se pensant pris au piège ne manqueront pas en retour de relever et d'exploiter. C'est de bonne guerre.
Mais pour la République en Marche ainsi que le patronat, pour la droite en général, tous les moyens sont bons pour démonter une résistance pourtant légitime à la régression sociale qui continue de plus belle sous le gouvernement Macron.

Il se trouve que Mélenchon n'a pas tort, il est vrai que c'est la rue, composante historique de la démocratie, n'en déplaise aux incultes et aux tenants de la mauvais foi, qui a in fine pu abattre les rois, Juppé et le CPE.
S'agissant des nazis, la rue n'eût pas été suffisante mais elle fut à l'oeuvre du 19 au 25 août 1944 dans une France combattante rassemblée lors de Libération de Paris. Allons, cédons à rappeler le discours de De Gaulle :

"Il y a là des minutes, nous le sentons tous, qui dépassent chacune de nos pauvres vies. Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré, libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France toute entière ;c'est-à-dire de la France qui se bat, c'est-à-dire de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle."

Alors bien sûr comparaison n'est pas raison, mais l'heure est suffisamment grave aujourd'hui sur la question sociale pour rappeler que celle-ci, malgré d'évidentes difficultés, fut au cœur de la reconstruction au lendemain de la guerre. Elle en fut même le moteur.
Les "provocations" de Mélenchon en tout état de cause ne seront jamais aussi caricaturales que les attaques et approximations d'un pouvoir qui a décidé de continuer de détruire, dans une violence occulte, la République Sociale.


                                                                             JMG

vendredi 15 septembre 2017

Berger : et maintenant que va-t'il ne pas faire ?

Attention, avis aux âmes sensibles, ce billet est légèrement polémique. Quelque chose au moins aura pu nous amuser, faut bien rire en ces temps, même si c'est jaune, jaune précisément comme sait l'être Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. Qui d'autre en effet qu'un syndicat jaune eût pu se livrer  à cet appel à la non-grève en plein mouvement social l'année dernière contre la loi El Khomry ?
Berger aujourd'hui se sent et se déclare "déçu" par le contenu des ordonnances de la loi travail version Macron. Comme on dit dans les cours de récréation, bien fait pour lui ! Il ne voit dans ces ordonnances aucun élément qu'il pourrait soutenir au nom de la prétendue "démocratie sociale", ou de l'idée qu'il s'en fait. Comme si la "démocratie sociale" avait été à l'œuvre lors de l'adoption de la loi El Khomry !

On remarquera que Berger s'est fait damer le pion par un Mailly, premier responsable de FO, qui de son côté revendique d'avoir été pendant l'été un interlocuteur privilégié du gouvernement. Qui dit mieux ? Ce serait même grâce à lui que la loi travail serait moins dure que prévu, notamment en laissant quelques miettes aux négociations de branche. Des miettes qu'il se fera un plaisir de digérer à la santé de Macron. Par rapport au positionnement de FO l'année dernière, c'est à ni rien comprendre. Quels intérêts derrière tout ça ?

ET Berger, pourquoi est-il déçu au fond ? La CFDT, ou plutôt sa direction nationale, accompagne sans quasiment aucune hésitation, soutient même, toutes les réformes que les gouvernements néo-libéraux, de droite comme prétendument de gauche, nous servent depuis plus de trente ans.

Déçu notre Berger de voir que la place privilégiée que la CFDT occupe à détricoter le contrat social pourrait lui être ravie, ou au moins disputée, par le secrétaire général de Force Ouvrière. Déçu aussi sans doute que le pouvoir actuel, en quelque sorte, ne lui ait pas renvoyer l'ascenseur.

Berger est donc fidèle à lui-même, comme le fut avant lui, Edmond Maire d'abord, puis Jean Kaspar, Nicole Notat, Chérèque père ou fil et tous ceux qui dans cette confédération ont suivi le mot d'ordre du "modernisme", de la "concertation", du "réalisme" mais au prix de la remise en cause de nos principaux acquis sociaux, dans le secteur privé comme dans le secteur public, les reculs des uns entraînant le recul des autres dans une dynamique infernale.

Il est à noter que la journée du 12 septembre n'a pas trop souffert de la non participation de FO et de la CFDT. La CGT principalement, mais aussi la FSU ou Solidaires, ont su mobiliser autant de salariés que lors du mouvement de l'an dernier dans ces débuts.

Que va faire Berger maintenant ? On ne l'entend plus. Va-t-il reprendre le train en marche pour donner une chance à la CFDT d'exister à nouveau en tant qu'organisation syndicale et non simplement comme supplétive d'un pouvoir décidé à s'en prendre frontalement au monde du travail ?
On a vu des militants de la CFDT dans les cortèges le 12 septembre, plus conscients que ne l'est leur patron du péril historique que représentent ces ordonnances pour notre contrat social.

On n'a pas besoin de Berger au vu des trahisons passées, mais gageons que cela le fera réfléchir.

JMG

jeudi 31 août 2017

Le coût de Pénicaud

Le cas Pénicaud, ministre du travail, aura singulièrement réussi pendant cet été parlementaire à attirer notre attention, et à trancher parmi une floraison de faits tout aussi graves ou incongrues venant d'un gouvernement que beaucoup d'électeurs gaffeurs regrettent, mais un peu tard, d'avoir porté au pouvoir.
Oui, Muriel Pénicaud aura fait un bon coup boursier. Et pourtant Castaner, porte-parole du gouvernement a pu déclarer que sa collègue ministre du travail, en empochant 1,13 millions d'euros de stocks options, n'avait pas fait une bonne affaire.
C'est ainsi, dans la macronie ambiante, qu'on peut sans coup férir se foutre de la gueule du monde. Plus c'est gros plus ça passe, c'est bien connu et, "dans les milieux autorisés" comme aurait dit Coluche, on ne s'en prive pas, la preuve.

Résumons : Muriel Pénicaud, avant d'entrer dans le gouvernement Macron, a participé activement en tant que DRH de chez Danone, à l'élaboration du "plan social" de cette multinationale qui se traduit alors par la suppression en 2013 de neuf-cents emplois en Europe dont près de deux-cent-cinquante en France.
L'annonce de ces licenciements a eu pour effet de faire augmenter le prix unitaire de l'action Danone, ce que les dirigeants de Danone ont pu mettre à profit (c'est le cas de le dire) en les revendant au meilleur prix possible. L'ensemble des administrateurs de Danone, dont notre ministre du travail, aura reçu une somme totale de 4,8 millions d'euros.
Ils n'auront pas travaillé plus pour autant, et bien au contraire auront fait perdre leur travail à d'autres. Plus vous licenciez plus vous gagnez, voilà le but, voilà la morale, et le plus beau c'est que peu de gens ou de journaux s'en émeuvent.
Ainsi ces bons gestionnaires de leur propre fortune ont pu l'augmenter sans aucun risque puisque ces stocks options leur avait été gracieusement offerts par Danone. Le yaourt et l'argent du yaourt !
Ainsi va le capitalisme et ceux qui peuvent en profiter aux dépens des salariés qui eux travaillent et ne sont pas seulement là pour percevoir le jackpot !

Le problème, et il est de taille, c'est que Pénicaud est ministre, ministre du travail, dans un gouvernent qui s'attache aujourd'hui à mener une politique anti-sociale dans la continuité du Sarko-hollandisme.
Pénicaud c'est celle qui prétend que les emplois aidés coûtent trop cher et qu'il faut donc les supprimer, ce qu'elle s'emploie à faire avec le même dynamisme que celui à faire fructifier sa fortune. Elle le fait en toute impunité, en toute inconscience morale, en toute irresponsabilité sociale. Ministre du travail quand même ! Où est donc l'intérêt général dans ses conditions, ou sont les principes républicains ?

 Le montant total des dividendes versés en France est passé de 37 milliards en 2012 à 56 milliards en 2016. Alors que le prétendu coût du travail ne cesse de baisser en pourcentage du PIB, celui du capital ne cesse d'augmenter. Des cas Pénicaud il y en a trop en France.
Pour les faire oublier, pour les rendre invisibles, on assène que code du travail serait trop volumineux et qu'il serait de par sa complexité le facteur principal du chômage de masse, et qu'il faut donc le faire disparaître.

C'est bien le coût du capital qui ne cesse en France d'augmenter par le biais des dividendes et des intérêts versées aux détenteurs des grandes fortunes. C'est ce coup exorbitant du capital qui tue le travail. Ces sommes ne sont nullement réinvesties et sont la plupart du temps recyclés dans une bulle financière improductive et parasite qui risque à tout moment d'exploser.

Dans le même temps les salaires, qui eux n'augmentent pas, sont accusés de freiner la compétitivité des entreprises françaises.

La colère a donc ses raisons, elle ne devrait pas manquer de s'exprimer. Si toutefois on veut collectivement que cesse enfin le scandale.

JMG

jeudi 20 juillet 2017

Macron fait (toujours plus) fort

Ce doit être le soleil, la chaleur, ou alors le doping (non pas aux dépenses publiques dont le premier ministre ou le Président de la République croient les Français accros), mais à d'autres substances plus pernicieuses. Ces derniers jours ont été en effet le théâtre d'un véritable festival macronien :
mais c'est l'été, les vacances, l'insouciance, et donc passons,

passons sur la France qui, selon E.Macron, serait responsable de la rafle du Vel d'Hiv alors que les coupables sont connus et bien connus : les nazis et les collaborateurs et tous les sbires du régime de Vichy qui, bien que français, en aucune façon ne représentaient la France, ni légitimement, ni même légalement,

passons sur la visite officielle du premier ministre Israélien Netanyahu, notoirement d'extrême-droite, et pas vraiment un homme de paix, pour commémorer en France les 75 ans de ce sinistre événement,

passons sur l'invitation faite à Trump de fouler le bitume des Champs Elysées ou de s'envoyer un gueuleton au deuxième étage de la Tour Eiffel (après tout pourquoi pas, il n'est pas interdit de parler au beau monde pourvu, même si on peut en douter, que cela serve la paix),

passons sur les 800 millions que l'on refuse à une armée de plus en plus fragilisée par manque de moyens, ce qui se traduit par la démission inhabituelle et tonitruante de son chef d'état-major,

passons sur le projet de loi dit de "sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme", projet liberticide qui ne fait que reprendre, pour les inscrire dans le marbre législatif, les principaux éléments d'un état d'urgence encore en vigueur,

et j'en passe en effet des pires et des meilleures

Et ne retenons pour l'heure que le discours de notre président prononcé au Sénat sur la réduction des finances publiques dans les collectivités territoriales, dans le cadre d'une "conférence des territoires" où on parla de tout sauf de l'intérêt bien compris de ces derniers.

Ainsi le Président de la République devant le Haute Assemblée, garante pourtant de la défense des territoires, a-t-il annoncé la nécessité de tailler dans les dépenses des Communes, des Régions, des Départements et autres Communautés de Communes...

Notre président a annoncé le chiffre de 13 milliards (au lieu des 10 milliards annoncés durant la campagne) envisagés d'ici à 2022. C'est considérable, et c'est à ajouter au 11 milliards d'euros d'économie que le gouvernement  Valls, Hollande, et Macron déjà, avait voulu imposer aux collectivités durant le précédent quinquennat !
Encore une fois on montre du doigt, pour le vilipender, le monde des collectivités qui pourtant représente, on ne le dira jamais assez, 70 % des dépenses d'investissement public.
Tailler ainsi dans ces dépenses de façon brutale, et non justifiés autrement que par la volonté de tuer la démocratie et l'économie locales, signifie aussi la fragilisation voire la disparition de nombreux services publics locaux auxquels pourtant, et parfois sans en avoir conscience, les habitants dans les territoires sont attachés.

On ira se plaindre après qu'il n'y aura pas suffisamment d'assistantes maternelles dans les écoles, pas assez de crèches pour faire garder ses enfants, pas assez de piscines municipales ou de stades sportifs, rien pour "occuper" des jeunes en déshérence, plus ou pas assez d'agents publics pour entretenir les voieries ou les espaces-verts, et moins que rien pour les maisons de retraite, et encore moins que rien pour  des pauvres de plus en plus nombreux victimes de la relégation économique et sociale...

Parallèlement les entreprise du bâtiment ou de travaux publics, parce que les budgets communaux, départementaux ou régionaux seront encore plus serrés, se plaindront que leur carnets de commande ne soient pas assez garnis pour maintenir l'emploi et les richesses dans nos régions !

Que veut Macron ? On peut se demander ce qui l'anime ainsi, si ce n'est recentraliser le pouvoir, le sien, ou bien encore, en parfait petit soldat d'une Union Européenne ayant délibérément opté pour un néo-libéralisme destructeur, exécuter sans broncher la feuille de route qui lui aura été donnée par Bruxelles, voire le FMI...

Oui, en attendant de percer le mystère, il est permis de s'inquiéter.

JMG

samedi 8 juillet 2017

Une Assemblée à côté de ses pompes

Cette époque politique, la nôtre, a quelque chose de surréaliste, d'étrange, d'inquiétant, oui Macron et son assemblée qui paraît être à sa botte, m'inquiètent, me dérangent, dans le genre tout nouveau tout beau mais trop beau pour être vrai.

Cette assemblée s'apprête comme un seul homme (ou femme, puisque leur nombre a augmenté de plus de 10 %, elles sont aujourd'hui 39% et tant mieux) à voter des projets de loi dangereux pour la démocratie sociale, comme pour la démocratie tout court. Pas étonnant quand on a tant soit peu examiné sa composition et la façon surtout dont elle s'est constituée. Imaginez que pour marcher avec Macron il fallait envoyer son CV comme si l'assemblée nationale de notre pays, cinquième puissance mondiale quand même, n'était désormais à diriger que comme une vulgaire entreprise multinationale cotée à Wallstreet.

Et donc quels CV auront été retenus ? L'auront-ils été sur des critères de "compétences" ? On constate que le nombre des cadres à l'assemblée nationale a augmenté de 8%, celui des professions libérales de 5%. On peut supposer que la victoire "d'en marche" organisation qui regroupe plutôt les classes moyennes supérieures n'est pas étrangère à cette augmentation, même légère.
Et bien sûr pas un seul ouvrier ! Mais cela aurait-il changé quelque chose ? La question avant tout  est idéologique. Le pouvoir n'est pas aux mains des classes populaires, d'ailleurs celles-ci ne sont se sont pas mobilisées (69% des ouvriers se seraient abstenus étude Ipsos). Notre démocratie s'approche dangereusement de l'abstentionnisme qui règne aux Etats-Unis, c'est le lot des sociétés qui se paupérisent ou dans lesquelles les inégalités gagnent du terrain. La dépolitisation va de pair avec le découragement social.

Résultat : l'Assemblée Nationale, en tout cas dans sa majorité, est l'ombre d'un président-monarque qui s'apprête à remettre en cause de fond en comble notre contrat social. La politique économique et sociale de Macron ressemble à s'y méprendre à celle que Le Pen ( père) rêvait d'imposer à la France dans les années quatre-vingt-quatre-vingt dix, une politique à la Reagan ou à la Thatcher qui remette notamment en cause les acquis sociaux au profit des grandes entreprises multinationales.
La politique de Macron sera de nature à accélérer la montée du Front National, c'est pourquoi il ne fallait pas voté Macron, ni au premier ni même au deuxième tour, car on ne combat pas l'extrême-droite en favorisant par son vote une politique qu'elle aurait pu mener elle-même.

Mais point n'est besoin pour Macron d'imiter Le Pen de ce temps-là, il lui suffit de suivre la stratégie européiste décidée à Lisbonne en mars de l'année 2000, stratégie qui entend ravager les droits et les acquis sociaux pour installer une concurrence prétendument libre et non faussée.
Ces acquis sont encore défendues, mais de plus en plus péniblement, par des syndicats que l'on accuse d'emblée, comme le procès fait à la CGT, de ringardise ou d'irresponsabilité, que l'on voue à la vindicte publique par media interposés parce qu'ils ne seraient plus adaptés à une mondialisation heureuse qui, paraît-il, finira par arriver. On peut attendre longtemps, et d'ici là...

Ainsi l'Assemblé Nationale telle qu'elle se révèle aujourd'hui est-elle à côté de ses pompes, composée plutôt d'ambitieux, ou pire d'arrivistes, ou encore de curieux qui voudraient jeter, sans payer, un œil amateur sur la vie politique, une assemblée de godillots cornaqués par quelques députés lucides et cyniques chargés par le pouvoir de donner le "la" néo-libéral à la majorité parlementaire.

L'état social est en grand danger, il a fait pourtant la richesse de notre pays en amortissant les crises financières et en contentant les inégalités. Ce n'est pas la remise en cause du droit du travail, ou la destruction des services publics, ou encore l'état d'urgence permanent qui vont nous enrichir ou consolider notre démocratie.

L'Asssemblée Nationale n'est pas prête aujourd'hui, de toute évidence, de servir de contre-pouvoir à la décadence qui vient, au contraire elle l'encourage.

JMG

 

samedi 24 juin 2017

Des mots et des mensonges

"Mal nommer un objet c'est ajouter au malheur de ce monde" ce mot d'Albert Camus peut s'appliquer à cette entourloupe gouvernementale revendiqué et appuyé depuis fort longtemps par le Mouvement des entreprises de France (Medef).
Plus c'est gros plus ça passe, et plus le mensonge, incarné ici par la confusion des termes, s'installe pour créer du malheur supplémentaire dont le peuple français comme le monde du travail n'avaient vraiment pas besoin.

Ce n'est pas de l'humour mais c'est vrai qu'on pourrait en rire tant c'est gros et grossier.
Déjà les salariés du bâtiment connaissait les CDI de chantier. Aujourd'hui E.Macron avec un nouveau droit du travail qui voudrait laver encore plus blanc que blanc, sous prétexte que cela combattrait le chômage, entend imposer à l'ensemble de salariés la possibilité d'un contrat dit de projet, "à durée indéterminé". En réalité, c'est tout le contraire d'un CDI tel qu'on a coutume encore de l'envisager. Mais cela devrait faire mouche, on dira que le président Macron est déterminé à se battre contre la précarité de l'emploi.

On veut donc nous appâter par un mensonge, en jouant sur le vocabulaire, et on y réussit en partie, les honnêtes citoyens n'y verront que du feu comme la plupart des gens pour qui le droit social restera toujours du chinois, peu enclins à vouloir y comprendre quelque chose,  découragés en cela par quelque Bayrou démagogue qui jetait comme un pavé le Code du Travail en prétextant qu'il était trop gros, trop lourd !
Mais le quidam en entendant le vocable CDI comprendra à tort que le pouvoir veut promouvoir la stabilité et la permanence dans l'emploi plutôt que d'encourager une précarité dont on affuble précisément le Contrat à Durée Déterminé, CDD.
Ainsi avec cette nouvelle disposition, par une habile et pernicieuse inversion des termes, le nouveau CDI, le "mal-nommé" comme aurait dit Camus, sera encore plus précaire que le CDD !

En effet, le terme "indéterminé" est justifié ainsi non pas du point de vue du salarié mais de celui de l'entreprise. C'est le projet qui est indéterminé et c'est le projet qui donne la durée à ce nouveau contrat. On attend à cet égard des précisions du gouvernement mais quel sera précisément les contours du "projet", comment ce dernier sera-t'il défini, ne sera-t-il pas au contraire sujet à toutes les imprécisions, toutes les indéterminations ? 
Le salarié va donc se trouver encore plus démuni, dépossédé de droits que lui donnaient les véritables contrats à durée indéterminée. Il s'agira bien d'un contrat à durée déterminé par la durée du projet lui-même avec au passage la suppression de la prime de précarité. Il n'y a pas pour le Medef de petites économies.

Avec la multiplication de ces soi-disant CDI, il n'y aurait plus, ni vu ni connu, de licenciement économique. Le "projet" achevé le salarié pourra être remercié sans ambages. Ne se rapproche-t-on pas ainsi tout bonnement de l'emploi à la tâche, comme au dix-neuvième siècle, avant tout droit du travail codifié et respecté ?

Macron, et pas seulement lui en matière de droit social ou de vocabulaire, n'ont pas fini de nous faire marcher.

JMG

vendredi 16 juin 2017

La position du démissionnaire

Ça y est ils m'ont démissionné, ils y ont mis le temps mais c'est fait. Je viens de recevoir un brillant mail du premier secrétaire de la fédération PS du Jura, Marc Henry Duvernet, dit Marco, (qu'on ne pourrait confondre avec le sous-commandant Marcos), mail qui finit par un cordial mais banal "cordialement".
Jusqu'à présent les lettres, missives, messages du parti socialiste qui m'était gentiment destinés se terminaient toujours par "salutations socialistes" ce qui entre nous ne manquait pas de sel pour une formation politique dont beaucoup de responsables manquèrent, c'est le moins qu'on puisse dire, à leurs devoirs de défense de la république sociale.
De même, jusqu'à aujourd'hui, les messages débutaient par un tonitruant "camarade", à vous donner l'envie, même en plein été, de faire le matin au pied levé une ou deux Révolution d'Octobre. Nous nous serons contentés de quelques évolutions bien timides sans compter les plus amères à mon goût, loi travail, CICE, etc...

Le mail débute par un poli "Madame, Monsieur". La classe ! Franchement je ne m'attendais pas à une telle promotion, j'y perds peut-être en énergie mais y gagne en considération.

A moins d'une discrimination flagrante, certains indices me donnent à penser que je n'aurai pas été le seul à être démissionné, car en plus du "Monsieur" (que j'ai bien pris pour moi) il y aurait aussi une "Madame", au moins une. Je pensais que c'était déjà fait, peut-être s'agit-il de la candidate investie par la République en marche (République en marche qui d'ailleurs, l'avez-vous vu, commence de boiter).

Combien sont-ils ou t-elles dans la charrette des démissionnaires ? El Khomry par exemple en fera-t-elle partie ? Une frayeur tout à coup : j'aimerais pouvoir choisir la mienne de charrette, je n'aimerais pas être embarqué dans une où se trouveraient des admirateurs de Macron, de Valls ou de Hollande. Il n'est pas question pour moi, même en ces temps politiquement bouleversés, de confondre les torchons et les serviettes.

Ceci étant je trouve normal l'honneur qui m'est ainsi donné, même si "démissionnaire" (terme employé dans le courrier) dans les faits je l'étais depuis longtemps ; en raison déjà de mes prises de position qui m'ont bien valu quelques engueulades, au conseil fédéral ou dans d'autres instance du parti.

C'est donc la règle et je ne la remets pas en cause, j'ai trop demandé par le passé que les règles soient respectées pour aujourd'hui m'en plaindre et quémander le contraire. C'est d'ailleurs ce qui me chagrine le plus : me faire rappeler à l'ordre par des gens qui, sans vergogne parfois, pouvaient allégrement les contourner.
J'aurais dû peut-être prendre les devants, démissionner moi-même avant de devenir un démissionnaire "à l'insu de son plein gré". J'estime cependant que ce n'était pas à moi de partir le premier.

J'avais prévenu, ici même, ou ailleurs à plusieurs reprises. Mon seul tort, ceci dit sans me vanter, a été d'avoir raison trop tôt. Et mon regret de n'avoir pu, avec d'autres camarades, changer les choses avant que n'arrive à gauche la catastrophe que nous connaissons aujourd'hui.

Et donc la voilà ma faute : j'ai soutenu le candidat de la France Insoumise (ici) au lieu de soutenir Marco qui avait l'investiture officielle du PS aux législatives.

C'est ce choix mûrement réfléchi, à mes yeux politiquement cohérent, qui me vaut cette appellation d'origine contrôlée.
 "Démissionnaire", c'est-t-y pas beau ça ?

JMG

samedi 3 juin 2017

Législatives à Lons-le-Saunier, à gauche toute

Je le redis, je voterai et j'appelle à voter Gabriel Amard le candidat de FI dans la première circonscription du Jura, celle de Lons-le-Saunier, dans la ligne logique de mon vote au premier tour des présidentielles. J'avais considéré alors, faute et en dépit d'une unité dont la responsabilité est largement partagée, que JLuc Mélenchon était le mieux placé pour battre la droite ; battre y compris cette droite macronnienne d'autant plus dangereuse qu'elle marche et avance masquée. Elle prend les allures d'une force nouvelle soi-disant moderne et réformiste, mais en réalité ô combien rétrograde, ennemie de ceux qui en définitive créent les véritables richesses. La nomination d'un premier ministre issu de la droite partisane a fini de lever l'ambiguïté, cette nomination comme les premières mesures annoncées par ce gouvernement auront fini d'effacer tout doute à cet égard. Si l'on en croit le programme cette politique s'annonce désastreuse pour notre contrat social, sans aucune efficacité macro-économique, dans l'exacte lignée de celles conduites jusqu'alors depuis au moins trente ans.

On aurait pu se réjouir de l'unité retrouvée de la gauche dans cette circonscription autour du parti communiste, des verts et du parti socialiste ou de ce qu'il en reste.
Et il en reste trop peu.
Trop peu par le nombre des militants, mais trop peu surtout sur la question démocratique. Les instances fédérales du PS ne fonctionnent plus comme elle le devrait, faute de combattants, faute d'une pratique politique sérieuse, et tout cela accompagné d'un appauvrissement idéologique et programmatique qui d'ailleurs a favorisé localement le transfert opportuniste ou naturel d'une bonne partie des "cadres" du PS jurassien vers "en marche".

Malgré le dynamisme qu'il faut reconnaître à Marc-Henry Duvernet, ce qui reste du PS dans le Jura est donc devenue portion congrue, on ne sait plus qui est qui, qui défend quoi, sur quel programme on doit se prononcer ou pas. Des années de carence idéologique, de coup de butoir de hollandisme ou de vallsisme, ou de macronisme, ont tout cassé de la sincérité de ceux qui pouvaient l'être encore.

Et donc je n'ai pas confiance, malgré l'amitié que je peux garder pour lui, en la candidature d'un MHD qui n'est devenu un "frondeur" que bien tard,  trop tard en tout cas pour être suffisamment crédible. Il est des pratiques politiques que j'ai dénoncées, parmi celles qui visent à utiliser son parti pour  favoriser une carriérisme politique d'ailleurs bien illusoire. La moralisation de la vie politique, dont on parle tant, passe aussi dans le respect de la cohérence de ses propres idées.
Oui, je crains que mon ami Duvernet, s'il devenait député, devant un projet de loi comme la loi travail par exemple, rejoigne le camp des "réformateurs" pour quelque strapontin.

Et donc je vote pour le candidat le plus sûr à cet égard et le mieux placé à mes yeux pour défendre la cause du monde du travail contre les politiques austéritaires dictées par une Union Européenne qui continue aujourd’hui de nous perdre, et qui n'est pas l'Europe sociale et solidaire que nous voulons. J'entends surtout ne pas donner une majorité parlementaire à un gouvernement qui déclare sans ambiguïté la guerre à une république sociale seule capable de faire la richesse de notre pays, de ses habitants, et des citoyens que nous sommes.

JMG