samedi 21 février 2015

Loi Macron piège à c...

Voilà il a sorti son 49-3, Valls qui ne connaît que le rapport de force, tant pis si l'Assemblée Nationale ne sert à rien, on le savait, faut pas en faire tout un fromage en fifth republic zone.
La loi du sieur Macron ressemble à tout sauf à une loi, car l'Assemblée Nationale est sommée de fermer sa gueule sous peine de dissolution, (je suis particulièrement grossier ce soir, excusez-moi).
Difficile d'appeler loi cette liste interminable d'articles minables qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, qui passe du coq à l'âne sans braire ni glousser, une liste qui ressemble plus à une liste de courses pour super marché ouvert un dimanche terne et brumeux alors qu'une montagne dehors en plein soleil vous tendrait les bras, pas une liste à la Prévert en tout cas tant elle est triste et dénuée de la moindre poésie qui aurait pu malgré tout la sauver.

La forme n'est pas le fond mais ici curieusement la forme atteint le fond jusqu'à le dégrader et le rendre à sa misérable image, celle d'une législature qui s'enfonce, qui se noie dans les promesses non tenues et les régressions inattendues. 

Qui y a t-il de commun entre des articles qui permettront de faciliter les licenciements économiques et la libéralisation du transport voyageurs (au détriment du rail, de l'environnement et des transports publics en général), qui y a -t-il de commun entre un article qui organise la fragilisation de la justice prud’homale et un autre qui permet la privatisation de l'aéroport de Nice ?
Quel rapport entre permettre aux touristes Chinois d'aller faire leur marché le dimanche aux Galeries Lafayette et s'en prendre à tout va aux notaires, avocats, huissiers comme si ces derniers pouvaient coûter moins chers à la société que les multinationales américaines qui ne manqueront pas d'inonder ce nouveau "marché" ?
Et quel rapport avec la remise en compte des institutions représentatives du personnel ?

Cette loi est antidémocratique car sans même l'appui d'un calibre 49-3, elle est dans les faits à prendre ou à laisser, sans grande possibilité pour les citoyens d'être en mesure de séparer le bon grain, s'il en est, de l'ivraie. 

L'hétérogénéité de ce projet affaiblit l'Assemblée Nationale, il révèle une fois encore les limites d'une constitution à bout de souffle.
Où sont les grands textes législatifs qui par leur qualité, leur concision, leur cohérence ont forgé la République ?

Inacceptable ce texte de Macron, autant sur la forme donc, une forme substantielle, que sur le fond comme cette disposition qui défiscalise les actions gratuites et qui ferait perdre à terme aux finances publiques plus de 200 millions d'euros. Pire encore, la remise en cause une fois encore du code du travail mais là dans son essence même en voulant réduire le contrat de travail à un contrat civil de gré à gré. Une loi de fond donc qui sape les fondamentaux du monde du travail tout comme son moral. 

Tout cela confectionné, on ne le rappellera jamais assez, par un président qui fait le contraire ou à peu près de ce qu'il avait promis, et qui choisit un premier ministre qui fut largement minoritaire dans son propre parti, sans compter un ministre de l'économie qui manifestement méconnaît le monde réel.
Là sont les sources de la désespérance, de la désaffection politique, de la montée des extrémismes de droite et autres poujadismes.
Cette loi ne relancera en rien ni la croissance, ni l'activité, elle ne se justifie que comme gage livrée à une Europe qui allie l'austérité et le mépris des principes démocratiques.

Les urnes n'y pourront bien, on le sait, elles pourraient même apporter pire. La solution serait un réveil du mouvement social pour reconstruire la solidarité économique et sociale, et préserver ce qui peut l'être encore.

Gageons que ce mouvement social saura se déchaîner de toutes ces années de mensonges, et de tromperies assumées sans vergogne. Gageons qu'il saura reprendre enfin l'initiative du progrès véritable. 

JMG


lundi 9 février 2015

Grèce, mais qui c'est donc qui commande ?

Faut-il avoir été assez naïf pour croire que la BCE fût indépendante...des milieux financiers. Oui, Mario Draghi est un ancien cadre dirigeant de Goldman Sachs. Il connaît la musique, l'avait-on oublié ?

C'est vrai qu'on a pu s'y tromper lorsque le 22 janvier la BCE décidait d'inonder de mille  milliards la zone euro, donnant à penser, et à espérer, qu'enfin la banque centrale européenne avait pris conscience qu'il fallait au nom de la croissance, de la prospérité, de la lutte contre le chômage, et à l'instar de ce qui se passe aux Etats-Unis, même en moins massif sans doute, faire tourner la planche à billets.

On pensa alors que c'était là la préfiguration, ou une réponse anticipée, de ce qui devait (heureusement) arrivé quelques jours plus tard, la victoire de la gauche "radicale" en Grèce.

 Mais patatras, la BCE, décide quelques jours plus tard à peine, le 4 février, prise d'on ne sait quelle mouche punitive, de priver les banques grecques de leur source de financement. Elle décide de ne plus garantir les titres de la dette Grecque et laisse cette responsabilité (si j'ai bien compris...) aux banques centrales nationales, enfin celles qui le voudront bien...

En d'autres termes, la BCE soufflant le chaud puis le froid décide de ne plus rien prêter à la Grèce par "présomption" que celle-ci refuserait de conduire la politique d'austérité voulue principalement par l'Allemagne de Merkel.

Qui commande en Europe, Merkel, Goldman Sachs ? En tout cas ce n'est ni nous qui composons le peuple dans sa grand ignorance supposée, ni la Grèce, ou son gouvernement pourtant choisi par le peuple.
L'Europe a-t-elle jamais été un jour démocratique ? Rappelez-vous de 2005 où l'on faisait avaler au peuple français ses bulletins de vote majoritaires contre une Europe qu'aujourd'hui nous subissons, avec une peuple grec en première ligne de la souffrance sociale.

A jouer ce petit jeu, Merkel, Goldman Sachs, et leur complices que par charité...socialiste je nommerai pas ici, risquent de mettre définitivement le feu à une Europe déjà sur des charbons ardents.

Compte tenu de la situation intenable qu'on lui fait subir, le parti Syriza pourrait conduire la Grèce et son peuple à s'éloigner définitivement de la zone euro ( mais peut-être est-ce la volonté profonde de l'Allemagne après tout), en finançant elle-même à la place de la BCE les moyens publics d'un retour véritable à la croissance, la prospérité, et sortir enfin d'une austérité mortifère causée par une Europe décidément ennemie de la démocratie.
Oui, soutenons sans réserve le peuple grec, c'est dans notre intérêt, avant que notre tour n'arrive.

JMG

samedi 7 février 2015

Un accident du travail

Le 26 janvier dernier des collègues et amis de Jacques Gardère, mon frère, se sont réunis pour la quatrième année consécutive au dépôts des Espaces Verts du Stade Tissié à Pau pour lui rendre hommage. Etaient présents le nouveau maire de Pau, François Bayrou et le Président du SDIS (Service Départemental d'Incendie et de Secours) des Pyrénées Atlantiques. L'année dernière la cérémonie, à laquelle je n'avais pas participé, avait donné lieu en pleine campagne des municipales à quelques échanges politico-burlesques entre la maire de l'époque et celui qui le devint quelques semaines plus tard. Mon frère en aurait ri, j'imagine même ce qu'il aurait dit avec ses mots à lui, du revers d'un esprit qui ne se faisait plus d'illusion, mais avec une certaine bienveillance, sur les choses humaines.
Mon frère était membre du GRIMP (Groupe de reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux) mais ce n'est pas cette appartenance comme on pourrait le penser qui est à l'origine de sa disparition brutale.
Il est décédé dans le cadre de ses activités professionnelles  au service des espaces verts. Cette mort  pour l'ensemble de sa famille reste et restera à jamais une plaie ouverte, une douleur quotidienne.
Voilà ce que j'avais écrit pour le journal Sud-Ouest il y a deux ou trois ans, texte que ce journal avait passé en majeure partie.


Mon frère Jacques Gardère est décédé le 26 janvier 2011 sur son lieu de travail à Pau écrasé à 8heures 26 précises par un marronnier blanc, au nom poétique de « marronnier des chevaux ». Il était salarié de la ville de Pau, agent technique, et jardinier. Sa mort est intervenue dans le dépôt des espaces verts au stade Tissié à Pau.

Il avait mentionné dans le registre de sécurité, en 2007, la dangerosité de cet arbre « le marronnier surplombant notre dépôt représente un danger pour notre sécurité et met en péril les bâtiments et les véhicules ».
L’arbre était là depuis plus de cent ans, « dans sa prairie » à l’époque, bien avant que la maison à côté ne fût construite à la fin du 19éme siècle. On y ajouta ensuite les constructions qui sont toujours là aujourd’hui et abritent et constituent le dépôt, juste en dessous du boulevard des Pyrénées. Ces constructions ont dû affaiblir l’arbre du fait qu’il s’est trouvé planté dans à peine neuf m2, « comme dans un pot de fleur », contraint par du béton.

Jacques Gardère n’était pas le seul à avoir remarqué que cet arbre penchait dangereusement. D’après certains témoins, cet arbre était de plus en plus incliné. Mais l’habitude a estompé la nécessité qu’il y avait à en prévenir le danger potentiel.

Que mon frère ait été au mauvais endroit en ce moment précis où l’arbre est tombé tient d’une improbabilité à peine croyable, que le véhicule démarre quelques secondes plus tôt et il serait toujours là ,parmi nous. Mais peut-être qu’à sa place aurait été tué ou blessé quelqu’un d’autre que lui, à la vie tout aussi précieuse.

On n’ose à peine imaginer sa colère si cela était arrivé à l’un de ses collègues ou à un ou plusieurs de ces enfants dont le chemin pour se rendre au stade faire du sport serait passé sous cet arbre. Même s’il est vain dans ces circonstances de rechercher telle ou telle responsabilité individuelle, celle collective de la ville, en tant que personnalité morale, demeure.

 Nous comprendrions mal que la justice ne passe pas, ne serait-ce que pour l’euro symbolique, compte tenu des éléments du dossier pénal dont nous avons pu prendre connaissance en tant que partie civile.

 Quoi qu’il en soit, nous serions favorables, tout comme l’ont souhaité certains membres du CHS de la ville de Pau, à une expertise des conditions de cet accident, y compris sous l’angle de l’organisation du travail. Cette étude compléterait utilement toutes les mesures que la Maire de Pau a déjà prises en prévention de tels risques, tout en continuant de protéger et de conserver le patrimoine arboricole auquel Jacques lui-même était attaché de par son métier et son amour de la nature.

En tant que secouriste et sapeur-pompier volontaire il aurait tout autant apprécié l’expertise indépendante que nous appelons ici de nos vœux...( "Sud-Ouest'' du 10 août 2012)


Je ne sais pas si une expertise digne de ce nom a pu avoir lieu, ou si elle a bien été à la hauteur, ce que je retiens c'est que l'affaire a été classée par le procureur de la République et nous avions décidé, à tort ou à raison, de ne pas faire appel de cette décision.

Bien sûr, j'en demeure amer, j'aurais aimé au moins que la responsabilité de la ville, en tant que personnalité morale, fût reconnue...Depuis les mesures de sécurité ont été renforcées, et peut-être aussi, du moins je l'espère, mieux prise en compte la parole des agents qui travaillent tous les jours sur le terrain.

Les collègues de la mairie de Pau et ceux du SDIS, ses amis, ses camarades, ont décidé pour perpétuer sa mémoire d'organiser tous les ans un tournoi sportif, à son image. Qu'ils en soit remerciés.

JMG



vendredi 30 janvier 2015

Râleurs

Ce qu’on appelle les charges des entreprises sont en réalité des cotisations sociales constitutives du salaire que perçoivent les véritables acteurs de l’entreprise que sont les employés, les ouvriers et les cadres.
Simplement ce sont des salaires différés qui se traduisent tôt ou tard en prestations sociales, en offres de santé ou sous forme de retraites lesquelles d’ailleurs ne sont pas perdues pour l’économie mais au contraire redistribuées.
Or contrairement aux idées reçues, et aux diverses manifestations de patrons qui attendrissent même notre ministre de l'économie, ces « charges », autrement dit ces salaires, ont baissé depuis la fin des années quatre-vingt -dix, et en tout cas n’ont pas augmenté.
En pourcentage de la valeur ajoutée de ces entreprises, les cotisations ou les impôts représentaient près de 24 % de la valeur ajoutée alors qu’ils n’en représentent aujourd’hui que 23%.

On se demande dès lors si ces chefs d’entreprise ne devraient pas chercher ailleurs les raisons de leur colère.

JMG


(billet paru dans le Progrès de Lyon du 9 décembre 2014) 









samedi 24 janvier 2015

L'euro moribond

Mais pas tout à fait mort encore, tout juste blessé, profondément, alors que certains s'ingénient à cacher ou retarder cette mort annoncée. Que la Banque Centrale Européenne autorise "une mesure d'assouplissement quantitatif", et de l'ampleur annoncée par Mario Draghi son président, est révélateur de cette lente agonie de la monnaie unique européenne.

D'abord apprécions comme il se doit les formules, leur côté étrange et savant qui permet à nos "économistes" de cacher la réalité, ou de penser l'enjoliver par un langage aussi pompeux que technocratique. Mais c'est que le bon peuple n'a pas besoin de comprendre : on pense pour lui.
Retenons sans nous laisser impressionner qu'une mesure d'assouplissement quantitatif, "quantitative easing" en anglais dans le texte, signifie faire tourner la planche à billet, pratique qui n'a rien de magique contrairement à ce que nos Européistes ont toujours voulu nous faire croire, et qui au contraire est largement utilisée par les États-Unis ou les Britanniques. La zone euro est la seule au monde qui s'interdit elle-même de battre monnaie se privant ainsi d'un moyen essentiel de sa politique économique.

Tous ses ennuis ne viennent pas de là mais il faudrait sortir de ce dogme premier pour combattre tous ceux qui en découlent dont les politiques d'austérité qui tuent les peuples ou, au mieux, les dégoûtent de l'Europe et de ses idéaux.

Ces rachats désormais possibles de dettes publiques, dont le gouvernement Allemand, et pas seulement pour sauver les apparences, ne veut pas qu'il soit opérés par la BCE mais par les États eux-mêmes, seront donc garantis par ces derniers.

Ainsi les dettes souveraines ne seraient plus un obstacle de la reprise économique, du moins le croit-on, du moins l'espère-t-on, les Etats nationaux devenant ou redevenant, responsables au final de leur dette publique (à hauteur de 80%) et redevables ainsi des pertes hypothétiques. Comment parler désormais de solidarité de la zone euro ? L'euro est-il toujours l'euro ? L'euro demeure-t-il une monnaie "unique" ? Peut-être, mais simplement du bout des lèvres.
Les Allemands y voient bien entendu le danger d'une inflation possible, accompagné d'une baisse de l'euro : pas bon pour les retraites par capitalisation pour lesquelles ils ont opté les préférant aux retraites par répartition. C'est pourquoi, ceci dit en passant, il faut continuer à nous battre pour notre système de retraite.

Que vaut-il mieux, le risque raisonnable de l'inflation ou la déflation mortifère qu'aujourd'hui les pays de la zone euro connaissent, et parmi eux plus cruellement la Grèce ?
Nos oligarques ont peur de voir la gauche, la vraie, triompher en Grèce. N'est-ce pas cette peur qui les a fait fait tant soit peu se bouger jusqu'à ce que la BCE elle-même remette en cause les dogmes des traités européens, donnant ainsi raison au peuple français qui les avait rejetés il y a dix ans déjà en 2005 ?

Mais cette opération de la BCE, acceptée de mauvaise grâce par l'Allemagne, ne servira à rien si on continue de mener des politiques d'austérité aussi inutiles et nuisibles que celle que nous connaissons.
Il faudra notamment se défaire du pacte de responsabilité, comme si les critères imbéciles de Maastricht ne suffisaient pas !, pacte dont le gouvernement Hollande s'est fait le chantre, plongeant ainsi le pays dans la récession dans la continuité du sarkozisme.
Il faut redonner confiance aux forces productives de ce pays, plutôt qu'aux milieux financiers qui ne produisent rien. Ainsi il est urgent qu'un gouvernement de gauche, notamment, s'attelle à des négociations salariales dignes de ce nom, et surtout renonce à s'attaquer, comme il le fait aujourd'hui, au droit du travail et à l'ensemble des salariés de ce pays. Bruxelles n'a pas à nous dicter sa loi, écrite ou non par le petit Macron.

Car ne pas revenir sur les politiques d'austérité actuellement en usage en Europe ne servira à rien et la décision le 22 janvier de la BCE ne fera au contraire qu'accentuer les bulles spéculatives.
Il est grand temps de revenir à l'économie réelle en relançant une demande qu'on doit espérer sociale et écologique.

JMG

samedi 17 janvier 2015

Cruelles et étranges journées

Étranges journées que celles de cette mi-janvier, attentats ciblés contre le supermarché casher Porte de Vincennes, contre Charlie-Hebdo, contre les forces de l’ordre, balles soi-disant perdues mais pas pour cet agent de la voirie de la ville de Montrouge en région parisienne encore, les joues transpercées de part en part d’une balle de Kalachnikov, ou, au contraire, balle bien déterminée destinée à sa collègue policière municipale qui portait pourtant ce jour-là, à cause de ce qui s’était passé la veille à Charlie-Hebdo, un gilet pare-balles. Mais il est des gilets qui n’arrêtent pas les balles en tout cas celles qu’on vous tire dans le dos.
L’émotion donc, entière, à répétition au gré des événements, et des images qu’on vous lance en pleine gueule par chaînes d’information que l’on dit à continue, émotion nerveuse, fébrile, qui submerge tout un pays et qui se traduit par des rassemblements dont on avait oublié qu’ils pouvaient encore être possibles en ces temps de léthargie ou de découragement social.

 Et puis, exceptionnelle journée que celle de ce dimanche 11 janvier, à marquer d’une pierre blanche, ou d’une croix, des millions dans la rue, et, en tête, décalés, hors zone, une bande de chefs d’Etat dont certains, vu le contexte, n’avaient pas là leur place surtout qu'ils la prenaient au nom de la solidarité, ou de la défense du droit d’expression, eux qui dans leur pays ne les respectent pas ou qui signent leur action par des crimes de guerres dont ils frappent les autres peuples, le plus souvent leurs voisins immédiats. Cette journée parisienne leur aura donné l’occasion de se refaire, aux yeux du monde, une virginité dont le peuple, le vrai, on espère en tout cas, n’aura pas été dupe.

Et le peuple précisément, qui était-il ce-jour-là, que voulait-il au juste, et quelle était surtout la nature exacte de la réponse qu'il voulait donner à ces crimes ? Était-elle bien politique cette réponse ? N’était-elle pas dictée seulement par une indomptable désarroi qu'aurait pu soigner une monstrueuse et nécessaire psychanalyse collective, alimenté qu'il était ce désarroi par l‘impossibilité de penser ces événements hors du commun, hors du quotidien paisible ? Ce vaste, cet énorme rassemblement a eu cela de singulier qu’il demeurait indéfinissable. N’était-il pas porté seulement par une émotion dont on cherche encore l’issue ? Étrange aussi car cette marche n'était révolutionnaire que par son caractère inattendu.

Ces mouvements de foule ne sont pas de nature à éliminer le danger qui nous guette, celui précisément de contenir la liberté d’expression au nom de la lutte contre le terrorisme. Ainsi apprend-on que des agents municipaux à Lille ont été suspendues parce qu’ils auraient refusé de participer à la minute de silence ? L'ampleur de ces manifestations justifierait-il qu'on sonde ainsi les consciences et qu'on empêche de penser librement ? Serait-il interdit de ne pas s'appeler Charlie ? Plus grave encore le risque de réponse sécuritaire dont on voit poindre déjà les excès aux dépens des libertés qui pourtant justifiaient l'ampleur de "nos" mobilisations.
On a vu même, question bêtise, un maire UMP interdire la diffusion dans sa commune du film "Timbunktu" qui met en scène des Djihadistes. Ou encore le maire de Reims refusant que l'un des terroristes fût enterré dans sa ville, comme si le bannissement devait s'exercer même au-delà de la mort.  On a fait mieux en matière d'apaisement. Ces "terroristes" n'étaient-ils pas français ? Ne faudrait-il pas aussi pour expliquer le phénomène chercher dans nos insuffisances, celles qui empêchent la République d'être chez elle en France ?
La peur peut rendre idiot et certains politiques ne sont pas en reste alors qu'ils devraient être les premiers à donner l'exemple du sang-froid.
L’issue immédiate, irraisonnée, on la connaît, elle se traduit pour l’heure par, précisément, une remise en question de la liberté d’expression. C’est un paradoxe, je ne suis pas sûr que Charlie en aurait ri.

Mais maintenant ? Que restera-t-il de tout ceci, l’émotion passée après l'essorage du réel ?

Il s'agit collectivement de garder son sang-froid, l'émotion ne doit pas être l'unique conseillère, combattre le terrorisme d'accord mais comprendre d'où il provient pour, à l'avenir, éviter le pire. L'urgence bien sûr, mais aussi l'action à long terme même de la réflexion morale et politique.

D'abord prendre conscience que la politique étrangère de la France n'est pas forcément la bonne, elle est atlantiste, à la merci de ce que veulent les Etats-Unis. Le monstre créé là-bas par l'Occident date déjà de 2003 au moins. Bush père ou fils ont joué un jour avec le feu et c'est nous qui nous brûlons. La France n'est grande que lorsqu’elle reste universelle, indépendante, disponible pour trouver des solutions politiques non partisanes et non guerrières. Aujourd'hui, et c'est bien dans la continuité sarko-hollandiste, elle prend parti le plus souvent contre le monde arabe qu'elle semble ne plus connaître. Hollande a envoyé ses Rafales en Irak comme si ces quelques bombes pouvaient faire taire à jamais l'Etat Islamiste, laissant notre pays en première ligne, sous le regard insistant de Washington. Cette attitude géo-politique fait plus d'effets que quelques caricatures de Mahomet, lesquelles ne sont en définitive qu'à la surface des volontés guerrières.

Ensuite il s'agit de renouer avec une politique sociale qui serait digne d'un gouvernement qui continue à se prétendre de gauche. Il est temps de reprendre les politiques de la ville, au besoin revisitées, dans les cités bien sûr, pour éviter, combattre au moins la relégation urbaine, ces endroits où la République, faute de crédits, faute de volonté, faute de services publics, recule d'année en année.

Les frères Coulibaly sont des fils de la prison, ils y sont nés, ou ce fut leur école, c'est en prison qu'ils ont appris leur métier de terroriste (décidément ce mot n'est pas le bon, il en faudrait un autre pour mieux rendre compte de cette triste réalité s'agissant de nos compatriotes), la prison est une école d'application de la délinquance ou comme ici du meurtre pur et simple. Il suffit d'y ajouter les effets d'une idéologie mortifère et débile qui d'ailleurs le plus souvent n'a plus grand chose à voir avec la religion. Et donc les seules réponses sécuritaires ne sont pas les bonnes. La tentation est grande de la part de certains politiques, et tellement plus facile, pour tout penser sous l'angle de la répression au détriment de l'éducation dont on fait les citoyens.


Pour que l’émotion légitime de tout un peuple puisse être productive il faut y adjoindre la réflexion érigée si possible en projet politique. Ce n'est pas le chemin qui est pris aujourd'hui. L'avenir de notre pays pourtant en dépend, il ne dépend pas seulement des larmes versées ou des sanglots, gardons-nous de l'émotion, ou plutôt de ses excès, dont nous laisserons la plus grande part aux esthètes.
Ils en feront meilleur usage.

JMG


mardi 6 janvier 2015

Vœux à la gauche et au parti…socialiste

Jean Ziegler dans une récente interview au Progrès de Lyon, déclarait, sévère : « En France avec Hollande le socialisme est même devenu un gros mot. » On souhaite néanmoins au parti socialiste de redevenir une force de propositions, d'être à nouveau écouté et respecté par ceux qu’il a portés au pouvoir mais aussi par sa propre direction nationale, d'être à nouveau un parti démocratique où le débat reste plus important et moins rare que l'invective ou la volonté de bannir.
Il est pathétique, triste, de voir ce grand parti ne pas réagir, ou si peu, ou de manière si limitée, aux actions ou à l’inaction d’un pouvoir qui manifestement - la nomination de Valls et de Macron, pourtant ultra minoritaires, est à cet égard symptomatique - se moque de lui et de ses militants. Ces derniers, s'ils ne l'ont pas déjà quitté, en ont-ils au moins conscience ? Qu’en attendent-ils ? Sa mort programmée ?

 La grande majorité des mesures prises par le gouvernement actuel est contraire aux orientations contenues dans le projet socialiste voté au congrès de Toulouse de 2012, projet pourtant modéré mais qui avait encore quelques accents progressistes qu'on a coutume d'attribuer à la gauche. Il y avait notamment dans ce projet la volonté collective de porter à 40% le taux d'imposition des sociétés privilégiant les dividendes des actionnaires, tout comme étaient prévus les dispositifs pour dissuader les licenciements boursiers, on pourrait encore mentionner cette volonté de réinvestir les super profits des pétroliers dans l'aide à l'isolation et pour le développement des économies renouvelables, on proposait encore d'imposer au moins autant les revenus du capital que ceux du travail. Si cela s'avère n'avoir été que des mots, le traumatisme risque d'être grand et son écho n'a pas fini de résonner dans l'histoire de la gauche toute entière.

A la place qu'avons-nous eu ? Une politique de l'offre, austéritaire, inefficace, qui rappelle le libéralisme ringard d'un Giscard d'Estaing, une réforme territoriale inutile, dispendieuse et déstabilisante, telle une misère qui cache la misère, une remise en question fondamentale du code du travail, et banane sur le gâteau, une loi Macron dont le caractère conservateur n'épargnera pas le monde du travail. Alors, pourquoi ce silence, pourquoi cette propension à vouloir écarter ceux des militants qui, ne comprenant pas ces revirements, entendent bien encore s'exprimer ? Y aurait-il trop de monde au parti socialiste ?

Le parti s’étiole. Ce ne serait pas grave, car au diable le patriotisme partisan, si cela ne mettait en péril la gauche toute entière. Cette dernière, au lieu de se réjouir ici ou là de l'affaiblissement idéologique de ce parti ferait mieux de s’en inquiéter. Car c’est sa crédibilité même qui est touchée, la gauche est malade de l’ (encore) principal parti qui la compose.

Et donc il faut dénoncer, plus encore de l’intérieur que de l’extérieur, car ce sont les militants et adhérents qui ont été trahis, la dérive conservatrice du gouvernement mais aussi celle de la direction actuelle du PS laquelle, comme par magie, se propage dans les fédérations. Ainsi a-t-on vu à la fin du mois de décembre le texte signé d’une quarantaine de secrétaires fédéraux, dont celui du Jura, texte sans véritable contenu politique autre qu'un soutien sans condition à l’action de l’actuel gouvernement.

Où est passé l’esprit critique ? Où est passée surtout la démocratie, car ce texte n’a pas même été soumis aux militants.

Le traumatisme de la trahison est particulièrement violent, je forme ici le vœu que ce traumatisme militant ne signe la mort d'un parti socialiste encore nécessaire aux forces de la transformation sociale.
Rendez-vous est donné au congrès de Poitiers, ce pourrait être là sa dernière chance.

JMG

dimanche 21 décembre 2014

Y'a des limites à la macronnerie

La première chose à faire pour ce gouvernement serait de ne plus rien faire. Car il est aujourd'hui nuisible dans bien des cas. Il continue son oeuvre de destruction, ou de déconstruction de l'Etat social qui a fait pourtant la richesse de notre pays jusqu'à ce qu'au milieu des années soixante-dix "les forces de l'argent", comme aurait dit Mitterrand, reprennent le dessus au point d' inonder de leurs immondices nos idées et nos idéaux.

A la limite, et au point où nous en sommes, je me fous de ce que ce pouvoir qui se dit encore socialiste, (les mots comme l'histoire ont pourtant leur importance), ne fasse plus une politique de gauche, ce qui pourtant eût été possible, et souhaitable.
Nous sommes aujourd’hui tenus à un simple minimalisme : ne rien faire, ne plus trouer la barque dans laquelle nous voguons tant bien que mal, voilà aujourd'hui la priorité que ce gouvernement devrait se donner ou plus exactement que nous devrions, nous qui faisons ou composons le peuple, au moins lui imposer.(j'admets qu'il faudrait ici définir ce qu'est le peuple, mais admettons..)

Ce pouvoir est en train de tuer la gauche, et ce faisant il prépare le retour d'une droite plus autoritaire parce qu'il ose faire ce que celle-ci peut-être n'aurait jamais osé imaginer. C'est peut-être un paradoxe, un piège plus simplement, mais il est vrai qu'il est plus difficile pour ce "peuple" de riposter contre un gouvernement qu'il a porté au pouvoir et auquel il a donné délégation pour agir en son nom. Et donc ce peuple est endormi ou plutôt assommé.

Qu'avec ça la gauche meure tient d'une simple mécanique quand les structures qui la soutiennent encore sont à ce point attaqués La résistance est d'autant plus difficile à organiser que l'attaque provient de ceux qui faisaient mine d'être de notre camp. C'est pourquoi, non contents de détruire certains de nos acquis sociaux, d'opérer de tels reculs comme la généralisation bientôt probable du travail le dimanche, ils sapent également notre moral, et se sont rangés du côté des conservateurs ou de ce qu'on nomme la révolution libérale laquelle, contrairement à la nôtre, et c'est bien sa force, peut se faire sans tambour ni trompette.

Ce qui se passe aujourd'hui, sous nos yeux, la mise à mort du code du travail, (on peut reporter au blog de Gérard Filoche qui examine les effets possiblement désastreux de cette loi), l'asphyxie de notre sécurité sociale, la remise en cause de son universalité pourtant essentielle à l'idéologie de la solidarité, tout cela n'est pas dû au hasard, c'est bien le produit d'un long processus acté par des libéraux qui ont usurpé le nom de socialiste au point de nous faire honte.

Il est indécent, moralement insupportable de voir des gens qu'on a élus se vautrer ainsi, non seulement dans le renoncement mais dans l'accélération de la destruction de tout ce qui faisait nos idéaux.

JMG


samedi 13 décembre 2014

Fusion Bourgogne-Franche-Comté, c'est à boire, à boire qu'il nous faut

Le débat essentiel aujourd'hui, qui transcende tout les clivages, dont dépendent nos vies, c'est de savoir quelle sera la capitale de cette désormais grande région constituée à la fois de la Bourgogne et de la Franche-Comté. Le reste, des compétences de cette grande région, du devenir des services publics de proximité, de la désertification en milieu rural, de savoir si en fusionnant on va encore supprimer des emplois, de combien de lycées on pourra se passer en les mutualisant, le reste dis-je c'est de la peccadille.

Le problème capital, c'est la CAPITALE, et déjà les arguments plus ou moins tranchants, s'élaborent...s'acèrent : Dijon, Besançon ? Une autre guerre, issue du plus profond de l'histoire, se prépare peut-être. J'aimerais, au stade où en est ce débat CAPITAL et sans vouloir embraser la polémique, y mettre seulement mon grain de sel.
Ainsi je pense, et tant pis si je fais mon petit Macron lequel fait du neuf avec du vieux, qu'il faut être moderne et en conséquence ne pas craindre d' élargir le débat, de ne pas se cantonner à des solutions ringardes qui consisterait à prendre les mêmes et de recommencer.

En tant que Jurassien d'adoption, j'opterais pour ma part pour Château-Chalon, ne serai-ce que pour prendre un peu de hauteur ( 439 mètres d'altitude) dans ce débat qui en manque tant. Bien sûr je vois déjà se lever les protestations de nos amis (et bientôt frères jumeaux) Bourguignons, je les vois même nous suggérer le nom de Gevrey-Chambertin, morne plaine (comparé à Château-Chalon). Ils ne reculeront devant rien, monteront sur leurs grosses barriques pour asseoir leur vanité viticole.

Une solution pour départager les protagonistes serait de désigner Jurançon (Béarn) comme capitale. Mais les choses sont suffisamment compliqué comme ça, je ne veux pas aggraver mon cas ni me faire reconduire à la frontière comme travailleur immigré.
Et puis surtout ce serait pousser la décentralisation un peu trop loin.

JMG