samedi 21 novembre 2015

Paris, guerre et paix

Je me souviens de ce séjour en mars 2003 en Grande-Bretagne, c'était à quelques jours de l'intervention britannique et américaine en Irak, la veille je crois même, tous les tabloïds titraient sur cet événement annoncé comme si sa survenance enfin allait libérer d'un coup des tensions contenues durant des semaines. Quelque chose d'étrange, le pays cessait de respirer avant ce grand saut dont nul ne savait où il allait mener. Mais l'excitation était à son comble, celle surtout des va-t-en guerre, ceux-là mêmes qui avaient gagner semble-t-il la partie, mais, comme l'histoire l'aura révélé quelque années plus tard, sûrement pas la guerre.
Dans le nord de l'Angleterre, à Durham notamment, nous tombions sur des manifestations pacifiques et le fait d'être français nous ouvraient quelques portes, sinon quelques sourires approbateurs, chez ceux qui se mobilisaient, de plus belle et dans l'urgence, contre la guerre. Avec nous ces Britanniques avaient ce mot : "peaceful", avec une nuance d'admiration, "peaceful" ce dont précisément leur gouvernement à l'époque ne voulait pas. Je me sentais fier d'être français non pas pour des batailles hypothétiques victorieuses mais pour celles que notre pays allait heureusement éviter.

Ainsi pendant quelques années la France fut épargnée, non pas seulement par le terrorisme mais surtout par la terreur ou la peur qu'elle pouvait auto-alimenter en direction de son propre peuple. La place était encore laissée à la diplomatie au lieu de la guerre dont Clausewitz pensait qu'elle n'était que "la continuité de la politique par d'autres moyens". On sait, on imagine ce que ce sont "ces autres moyens", des larmes, du sang, de la souffrance, et de l'absurde par dessus-tout.

Cette neutralité guerrière de la France ne pouvait pas être lue comme de l'indifférence mais au contraire comme la volonté d'agir dans l'arène internationale en ne choisissant pas qu'un seul camp. Était laissée ouverte la possibilité de les écouter tous aux seules fins d'épargner la paix. Le discours de Villepin devant l'assemblée générale de l'ONU, -il n'est pourtant pas de mon camp-, fut efficace, réaliste, vrai. Et courageux aussi face à des États-Unis particulièrement fermés et absolutistes dans leur désir d'en découdre avec "le terrorisme", en faisant semblant de croire et en répandant l'idée mensongère que celui-ci venait uniquement de l'Irak de Saddam Hussein.

Sarkozy vint, puis Hollande, et là tout devint différent. Au discours de Villepin de 2003, et donc au lieu de la politique et de la diplomatie, se succédèrent les interventions militaires de Sarkozy puis à partir de 2012, celles tout aussi guerrières de Hollande. En mars 2008, faisant fi de ces engagements de campagne, Sarkozy envoyait un millier de soldats en renfort en Afghanistan, s'alignant ainsi de fait sur les positions américaines. Puis le même, en mars 2011, déclencha l'intervention en Libye, ce qui devait achever de déstabiliser l'ensemble de la région, jusqu'au Mali où François Hollande, début 2013, se révéla en un inattendu chef de guerre.
L'intervention de la France en Syrie à l'été 2013 fut évitée seulement parce qu'Obama lâcha Hollande au dernier moment. Comme on le sait ce ne fut que partie remise, tout récemment en septembre dernier qui vit le déclenchement des frappes aériennes françaises contre Daesh sur ce même territoire. Pour quels résultats tactiques et stratégiques ?

Il faut donc lire les attentats de Paris à la lumière de la politique étrangère de la France depuis 2007 jusqu'à aujourd'hui. Le nier ajouterait au drame.
Ce sont bien ces engagements militaires, au mépris du travail diplomatique, qui nous auront fait  devenir le pays cible que nous sommes devenus aujourd'hui, au péril y compris de nos libertés comme on le voit aujourd'hui avec la promulgation et le prolongement d'un état d'urgence décidé dans la précipitation, alors que peinent à s'évanouir la peine et l'émotion de ces attentats horribles et lâches.

JMG

samedi 7 novembre 2015

Grosse bourde chez Bourdin

Que la nouvelle ministre du travail ne connaisse rien, ou pas grand chose au Code du Travail, finalement ce n'est pas trop grave, elle n'a pas fait l'ENA et ne sait donc pas répondre aux questions dont elle n'a pas la réponse.

Je me suis mis à la place Myriam El Khomri, ministre du travail presque malgré elle. C'est vrai qu'il ne doit pas être si facile, assez vexant même, de se faire piéger par un Gourdin au moins aussi ignorant et imbécile que soi-même. Mais lui au moins n'est pas ministre ! Il est juste à RTL, et a donc beaucoup d'excuses ou "à décharge" à faire valoir.

Reste le problème de fond, en dépit de cet épisode qui pourrait cacher ce qui au fond fait le plus mal : comment a-t-on pu de la sorte mettre au premier rang du débat public la question du Code du Travail alors que d'autres priorités pourraient et devraient être stratégiquement mises en avant de la part d'un gouvernement...de gauche ?

Pardon de remuer le couteau dans la plaie mais...quelle irresponsabilité ou quelle traîtrise, au mieux quelle inconscience, ont pu être assez puissantes pour transformer la défense du monde du travail, pourtant une des missions essentielles de la gauche, en des attaques quasi-obsessionnelles contre le Code du Travail ? Et tout cela,bien entendu, avec la bénédiction et les encouragements d'un Medef qui n'en demandait pas tant. Ce code du travail, qui n'est pas moins complexe ou volumineux que le Code du Commerce, n'est-il pas fait précisément pour compenser le rapport de subordination entre l'employeur et l'employé, pour le rendre plus vivable ?

Et donc ce n'est pas cette ministre que j'accuse d'incompétence, mais c'est bien Rebsamen par exemple, le père géniteur des fameux trois CDD en 18 mois qui furent à l'origine des questions de Bourdin : car il faut être complètement à l'ouest pour croire que la précarisation des plus jeunes sera de nature à combattre le chômage. C'est le contraire qui se passera ! C'est aussi Macron, Valls, Hollande que je soupçonne de traîtrise et d'incompétence, ce sont eux les responsables, ce sont eux qu'il faut blâmer en premier.
Car l'affaire est grave, et en effet elle n'est pas fini, la destruction en règle du code du travail ne fait que commencer ne serait-ce que parce que bientôt, trop tôt, le mimétisme et la surenchère aidant, la droite pourrait revenir avec une volonté plus que jamais destructrice des droits des salariés.

Non content de la précarisation de la jeunesse, le gouvernement prévoit, pour rendre plus "fluide" le marché du travail, de donner la priorité aux accords d'entreprise au détriment de la loi. Cette remise en cause de la hiérarchie des normes, bien qu'elle ait été démentie par Manuel Valls, risque d'être catastrophique pour l'emploi. Comme se plaît à le répéter Gérard Filoche, "autant de contrat que possible, mais autant de loi que nécessaire", car la loi reste l'ultime rempart contre l'arbitraire des employeurs lesquels aujourd'hui sont eux-mêmes souvent confrontés aux exigences et à la dictature des financiers.

En ces temps de crise endémique, revenir sur les droits collectifs des salariés, faciliter de fait le recours aux licenciements ne favorisera pas pour autant les embauches. Les négociations n'ont pas commencé mais cela n'a pas empêché Valls (communiqué de la CGT en date du 4 novembre) d'indiquer que la réécriture annoncé du Code du travail ne se ferait pas à droit constant.

Comme quoi la simplification du code n'est qu'un prétexte grotesque et mensonger pour cacher le recul des droits des salariés au nom de la compétitivité des entreprises qui pour autant ne reviendra pas. Et pas, en tous les cas, parce que le Code du Travail aurait perdu dans la course quelques grammes ou quelques pages.

JMG




samedi 31 octobre 2015

Ce qui m'épate le plus

C'est bien l'entêtement de ce gouvernement à vouloir continuer une politique qui ne marche pas et qui nous fait reculer tous ensemble !
Le gouvernement Valls ne peut pas penser autrement qu'en termes de réduction de dépenses publiques, à tout prix, pour prétendument relancer la croissance. En cela il est parmi le pire des gouvernements néo-libéraux connus jusqu'ici.

 Hollande n'était pas obligé  de décider, fin 2013, ce pacte dit de responsabilité qui va au delà des exigences de Bruxelles. Le carcan européen apparemment, de façon suicidaire, ne lui suffisait pas !
Ce "pacte", toujours en vigueur aujourd'hui, est censé faire reculer le chômage en créant pas moins de 200 000 emplois d'ici 2017. Comment ? En accordant 41 milliards d'euros d'aide aux entreprises sous forme de réduction d'impôts ou d'exonérations sociales (lesquelles affaibliront plus encore la sécurité sociale...)

On pourrait faire un premier bilan des effets de ce cadeau monumental aux entreprises. On est loin en effet encore des 200 000 emplois prévus et sans doute n'y parviendra-t-on jamais.
Car le gouvernement, et de manière délibérée, réfléchie, n'a prévu aucune contre-parties, celles-ci   ayant été laissées aux bons soins des partenaires sociaux. Et donc, comme il était prévisible, le Medef se fait prier. Il ne lâchera rien. C'est que le rapport de forces, dans les entreprises, ou plus largement dans les branches d'activités, n'est pas aujourd'hui à l'avantage des organisations de salariés qui les défendent encore. 
D'autant que les directions nationales des syndicats dits réformistes comme la CFDT sont à l'appui sans sourciller d'un patronat de plus en plus arrogant, de plus en plus exigeant envers le monde du travail.
Ce que le Medef lâchera le sera bien évidemment au profit des actionnaires, très peu pour les investissements des entreprises et encore moins pour les salaires !

Mais il y a plus grave encore, ces quarante milliards il faut les trouver quelque part. Le financement se partage donc en des réductions drastiques de crédits sur la période 2015-2017 : moins 18 milliards aux dépens des services de l'Etat, moins 11 milliards pour la protection sociale, moins 11 milliards pour les collectivités locales.
C'est ainsi qu'un gouvernement dit socialiste continue d'appauvrir les citoyens et, ce faisant, aggrave les inégalités. Ces aides en effet se traduisent surtout par des augmentations de dividendes.

Les diminutions de ces crédits correspondent à des choses bien concrètes, comme par exemple le gel du point d'indice de fonctionnaires, le gel de certaines prestations sociales, la non-revalorisation des retraites, on en passe et des meilleures.

Par ailleurs, les 11 milliards dont elles devront se passer sont en train de déstabiliser les collectivités locales. Ces réductions de crédit, peu importantes en valeur absolue mais essentielles en valeur relative, atteignent de manière de plus en plus préoccupante les économies locales. Il n'y a pas un jour où un patron ( le même parfois qui n'a pas de mots assez durs contre la dépense publique) se plaint dans la presse de la baisse d'activité consécutive à des commandes qui ne sont plus passées par les communes, les départements, les régions.
Les travaux publics se réduisent comme peu de chagrin et ont des conséquences désastreuses en matière d'emploi !

Tout cela à la veille des élections régionales. Mais de cela le gouvernement  n'en a cure, il est hors-sol. Et la foi aveugle que garde la majorité du parti socialiste en ce gouvernement, confine à la bêtise, à l’inconscience, ou pire à la lâcheté. Mais où est passé l'esprit critique qui faisait la force il n'y a pas si longtemps encore de ce parti ?

C'est triste, c'est inacceptable, c'est irresponsable. Cela se traduira prochainement dans les urnes.

JMG






samedi 24 octobre 2015

La réforme territoriale, une stratégie du choc à la française

Standard & Poors, l'agence de notation, s'intéresse aux régions qui vont passer, aux termes de la loi NOTRe (loi portant nouvelle organisation territoriale de la République), de vingt-deux à seulement treize.
Continue-t-on ainsi à vouloir imiter l’Allemagne ? Alors même que le poids budgétaire des régions françaises restera, malgré la réforme, ridiculement bien inférieur à celles d'outre-Rhin ?
Réforme phare, voire pharaonique, qui n'était pas prévue dans les soixante propositions du candidat Hollande, mais réforme qui présente l'avantage de faire oublier, peut-être !, le désastre de la politique économique actuellement menée. L'accroissement indéfectible d'un chômage de masse, on le sait, n'est pas l'effet du hasard, c'est bien le résultat d’une politique d'inspiration néo-libérale qui sape le moral de l'ensemble de la société.
Les souffrances qu'endurent les chômeurs, qui par ailleurs seront encore plus contrôlés, ne mériteraient-elles pas qu'on s'y attarde sérieusement ? A la place, comme pour cacher la misère au sens propre comme au figuré, le gouvernement propose cette réforme qui loin de rendre les régions plus efficaces les rendra certainement plus coûteuses. On nous avait pourtant vanté que cette loi révolutionnaire constituerait par-dessus tout une réelle et prodigieuse source d'économie d'échelle.

Et donc du point de vue du pouvoir, la plaie de notre société, c'était bien avant tout ce maudit mille-feuilles administratif qu'il fallait à tout prix remettre en cause ! Et voilà, c'est fait, comme une lettre à la poste, tant les citoyens n'y comprennent pas grand'chose, et surtout ont d'autres préoccupations, d'autres inquiétudes.
Sans parler ici des autres versants de la réforme territoriale ( suppression de la clause générale de compétences, métropoles, départements, fusion des communes …), la constitution des nouvelles régions est en train de déstabiliser l'ensemble du système administratif français comme si celui-ci avait besoin de ce chaos artificiel concocté par des politiciens en mal de stratégie politique.

Mais, alors que ce pouvoir comme ceux qui l'ont précédé font tout et n'importe quoi pour plaire aux marchés financiers, un de leur affidés, Standard & Poors, clame aujourd'hui que la fusion des régions ne sera la source d'aucune économie.

Cette agence, qui donne des notes aux institutions comme on un instituteur peut donner des bons ou des mauvais points à des élèves respectueux ou soumis, estime que la réforme territoriale, sous l'angle singulier de la fusion des régions, n'aurait aucun effet d'économie sur la Dépense Publique, grand Satan désignée de l'économie néo-libérale.

D'autant que Standard & Poors pointe aussi que les baisses des dotations de l'Etat, pour l'ensemble des collectivités locales, entraîneraient une diminution des investissements d'au moins trois milliards d'euros entre 2014 à 2016 (ce sera d’ailleurs probablement beaucoup plus élevé), sans que les impôts locaux baissent pour autant !
Et donc là aussi mauvais point pour Valls, Hollande, Macron, la réforme à cet égard ne servirait donc à rien, elle entraînerait même, dans un premier temps au moins, des surcoûts supplémentaires. Rappelons qu'à l'origine il avait été question, puisque le nombre des régions diminuait, de réduire d'autant le nombre des élus. Cette idée, sans doute pour ne décevoir personne, aura été bien vite abandonnée.

Nous ne sommes qu'au début de l'application concrète de la réforme. On entend déjà, et de plus en plus fort, les échos de la désorganisation des services déconcentrés de l'Etat qui eux aussi sont concernés comme ils l'ont été déjà à l'occasion des phases antérieures de cette prétendue "décentralisation".
Il faudra aussi compter les risques psycho-sociaux qui pèseront sur l'ensemble des agents publics, et s'attendre à la désorganisation de l'ensemble des services publics locaux.
N'est-pas là une sorte de stratégie du choc à la française ?

Quel en seront les effets ou les buts ultimes ? Le risque n’est-il pas au fond de désorganiser ces services publics pour les rendre encore plus vulnérables à des privatisations qui, elles, pourront bien plaire aux agences de notation et à tous ceux auxquels elles pourront profiter ?

JMG










samedi 17 octobre 2015

Valls et l'anticégétisme primaire

La crise d' "Air France" aura révélé, s'il en était encore besoin, la véritable nature politique de notre premier ministre et donc par extension, celle de son gouvernement, solidairement attaché à la stratégie conduite et à la manière dont est envisagé ce qu'on appelle encore le dialogue social.

Alors que l'affaire Cahuzac n'en était encore qu'à ses balbutiements, et pour cause, Valls le 4 avril 2013, déclairait dans une émission de radio : "déclencher les enquêtes n'est pas de mes prérogatives". On sait ce qu'il advint de cette affaire qui restera une des grandes hontes du quinquennat de François Hollande, et qui surtout aura plongé dans la désillusion et l'amertume de nombreux militants du parti socialiste, et dans la perplexité l'ensemble de l'électorat de gauche. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit un ministre "socialiste", chargé de combattre la fraude fiscale, la pratiquer lui-même avec autant de constance et de conviction.

Pour "Air France", dont l'Etat est encore le principal actionnaire, c'est une autre sémantique qui a été tout récemment employé par notre premier ministre. Ainsi, suite à des déchirures de chemises certes condamnables, employait-il les termes de "voyous" contre lesquels il faudrait prononcer "des sanctions lourdes". L'ennemi ce n'était donc pas la finance mais bien des salariés, et parmi eux des syndicalistes, auxquels on confisquait brutalement le travail et la dignité.

Le premier ministre fut relayé et encouragé par des membres éminents du parti socialiste, tout comme ici à Lons-le-Saunier, par un ancien de ces membres, président battu du conseil départemental, tout nouveau adhérent du mouvement des radicaux de gauche (on se demande pourquoi). Et donc Valls, pour tous ces gens, avait raison : au lieu de la finance, au lieu d'une gestion calamiteuse et de la concurrence déloyale qui sont les véritables responsables de tous ces maux, il fallait clouer au pilori cinq malheureux salariés dont on découvrait, comme une cerise sur le gâteau de l’anti-syndicalisme primaire, qu'ils faisaient pour certains partie de la CGT.

Et donc Haro sur ce syndicat, qui fête ces jours-ci ses cent-vingt ans, et sur l'ensemble de ses militants. On sait pourtant que certains d'entre eux furent à l'origine de l'exfiltration des deux cadres d'Air France. Ces derniers, grâce à ces mêmes militants, ne perdirent que leur chemise, seulement leur chemise.

On peut retenir de cette histoire que les gens qui sont au gouvernement aujourd'hui, bien qu'issus d'un parti censé les représenter et les défendre, ne connaissent pas grand chose du monde des salariés pour la simple raison qu'ils n'en firent jamais partie. Que connaissent Valls, Macron, Hollande du monde du travail ?
Dès lors, bien que "socialistes", comment peuvent-ils savoir ce qu'est un syndicat ? Et de quoi sont faites les luttes ? Ils n'en connaissent aujourd'hui que ce que peuvent marteler des media plus sensibles aux injonctions du Medef qu'à celles des organisations de travailleurs.

 D'où les fautes politiques et les erreurs d'un gouvernement dont l'action la plus remarquable aura été de tracer et de préparer une avenue pour l’avènement des droites extrêmes.
La politique ayant horreur du vide, il est à craindre que celles-ci ne manqueront pas de l'emprunter.

JMG

samedi 26 septembre 2015

Dévaluations

 On ne le sait que trop peu mais la « prospérité », relative et très peu partagée, de l’Allemagne se fait au détriment de ses pauvres qui eux sont de plus en plus nombreux avec un taux de pauvreté de 15,2%.
Ce taux est même plus élevé qu'en France (13,7%) lequel paraît-il en France aurait baissé un peu...(sauf pour les retraités qui  d'après l'INSEE seraient 39 000 supplémentaires cette année à avoir atteint le seuil pauvreté !)
Un hebdomadaire que l'on ne peut suspecter de gauchisme, l'Express, relatait même que des régions entières en Allemagne s’enfonçaient dans le déclin avec des fermetures de services publics, entraînant le désœuvrement et le désespoir de toute une jeunesse.

Avant l’euro-mark, les marchés se gagnaient pour une bonne part grâce à la dévaluation raisonnée des monnaies : cela pouvait avoir pour effet de contenir le chômage. On a aujourd'hui abandonné l'instrument monétaire pour le remplacer par  la  dévaluation et la paupérisation des populations et des territoires. Dans une Union européenne où domine une pensée politique et économique unique, les gouvernements néo-libéraux, comme celui que nous avons en France aujourd'hui, prétendent aider les entreprises par une politique de l'offre.

C'est cette course à l’échalote qui paupérise aujourd’hui, en Allemagne comme en France, les populations, dans un contexte de réduction délibérée de la dépense publique, laquelle est pointée du doigt par nos néo-libéraux comme la raison de tous les maux.
C'est oublier que les entreprises ne doivent leur salut qu'à une demande suffisamment forte et donc à un carnet de commandes consistant.

Puisse l'Allemagne, dont les media vantent la prétendue réussite, servir de contre-exemple à nos gouvernants. Cela n'en prend pas le chemin et, bien au contraire, tout laisse à penser que l'actuel gouvernement français "de gauche"  -il est vrai que l'on est toujours à la gauche de quelqu'un-  continue de mener sa politique de dévaluation interne au risque de se couper, définitivement cette fois-ci, de sa base politique, celle grâce à laquelle il est aux manettes aujourd'hui.

Tout cela pour un résultat économique et social nul, comme portent à le croire les chiffres de plus en plus mauvais du chômage.
Dans ces conditions, et si on peut encore le croire sur parole, Hollande aura bien du mal, dans deux ans, à se représenter.

JMG

samedi 19 septembre 2015

ça va vous faire de belles jambes...

...mais ça me tenterait de me mettre en congé du parti socialiste, (j'aime bien ce mot, congé, ça fait vacances). Ce n'est pas encore fait, je revendique le droit à l'hésitation, la politique est une chose sérieuse, il est permis de douter. Sans dramatiser, nous ne sommes heureusement pas en guerre. Si je prenais congé ce serait d'abord par protestation et cela signifierait même que je pourrais revenir, comme on revient de vacances, congé seulement, au cas où, sait-on jamais, ce parti reprendrait majoritairement conscience de lui-même et de son histoire et par dessus tout de ces missions, celles qui étaient programmées tant soit peu en mai 2012. Programme, propositions dont on a pas vu grand'chose et auxquelles d'autres se sont substituées, qu'on  ne voulait pas, comme la réforme du collège par exemple, réforme qui montre à quel niveau le syndicalisme est considéré dans ce pays, qui plus est par un parti ou un gouvernement dits socialistes.

La question de quitter ou pas traverse aujourd'hui tout le parti et particulièrement, comme on le sait, son aile gauche. Finalement, c'est une question aussi légitime que saine. Compte tenu du contexte, il serait même anormal de ne pas se la poser.

Ce parti a fait ces dernières années l'objet d'un véritable coup d'Etat, pris d'assaut par quelques "militants", parmi lesquels beaucoup auront eu un destin national voire ministériel : charité bien ordonnée commence par soi-même. Ainsi les bases idéologiques et politiques naturelles de l'organisation s'en trouve déstabilisées et personne n'y retrouve ses petits, et surtout pas les électeurs, et moins encore ses militants les plus sincères.
Vals aura fait le pire score lors des primaires en 2012, et c'est lui pourtant que Hollande aura choisi comme son directeur de la communication pendant sa campagne présidentielle, c'est lui enfin qu'il aura choisi comme premier ministre. Il est là le "coup d'Etat".

A tel point que nous en sommes aujourd'hui à construire ou tout au moins soutenir des politiques qui sont exactement le contraire de ce pour quoi nous nous sommes battus depuis des années. Car l'idéologie ce n'est jamais abstrait tout à fait, et au contraire influe sur la réalité autant qu'elle en peut être le reflet.

Le légitimisme, disons simplement le suivisme, font le reste du travail de sape et donc participent à la mort maintes fois annoncée  de ce parti. Comment ? En désamorçant le débat, en le rendant tout bonnement impossible. "Tina", (there is not alternative) hérité des années quatre-vingt,  est devenu le lieu commun, je dirais vulgaire, de la pensée. Le mal vient d'assez loin, Mitterand avait ouvert les vannes dès 1983.

Il suffit que l'on dise qu'on n'est pas d'accord avec la politique de l'offre actuellement menée pour passer pour des rêveurs, des archaïques, des dinosaures, des irresponsables.  Les actuelles productions, ou contre-productions de ce pouvoir, les attaques contre le code du travail, la charge idiote pas plus tard qu'hier de Macron contre le statut de la fonction publique, une politique d'austérité qui se cache derrière un pacte dit de responsabilité, tout cela participe à conforter le doute, le découragement, et cette envie donc de laisser tout cela pour aller ailleurs, ou nulle part, laissant à d'autres, par lâcheté ou plutôt par dégoût, à ceux-là mêmes qui sont les véritables responsables de cette situation, le soin de mener et d'enfoncer la barque.

Un espoir peut-être Outre-Manche, où l'on voit un parti travailliste qui se retrouve en la personne de Jeremy Corbin et qui tente à nouveau ce qui n'avait pas été fait depuis longtemps : réconcilier le monde du travail avec un parti de gouvernement.

JMG


samedi 5 septembre 2015

Valls et Macron, ou les vertiges de l'amour

L'année dernière déjà, à l'université d'été du Medef, Manuel Valls avait fait sa déclaration en faveur des entreprises par un tonitruant, vibrant et énamouré "moi, j'aime l'entreprise". Peu de temps auparavant, à Londres, à l'adresse d'un parterre d'hommes d'affaires britanniques, il lançait avec un accent qui se voulait britannique, genre City sensible très favorisée, un vibrant "my government is pro-business".
Et c'est Emmanuel Macron à son tour qui assurait devant une assemblée de patrons plutôt bronzés pour cause d'université d'été, que lui, Emmanuel, ne se contentait pas d'aimer l'entreprise mais qu'en plus il en donnait les preuves. Tout ça sous un tonnerre d'applaudissements patronaux. Indécent.

Il fallait alors fixer son regard pour voir à quel point l'amour, surtout celui-ci, peut rendre idiot. Mais il n'est pas mort malgré le ridicule. Aucun des deux d'ailleurs, ni Manuel, ni Emmanuel, politiquement ils sont toujours là, contre l'intérêt du camp qui les aura portés au pouvoir.

Tout cela était préparé, la piste bien damée. De longue date la vulgate néo-libérale modèle les esprits pour nous donner qu'une seule vision de l'entreprise. Ainsi, le code du travail serait trop lourd, trop difficile à appliquer, constituerait de par son opacité ou son extrême complexité un frein à l'emploi. Et tous y vont désormais de leur petit discours, y compris "à gauche", comme Lyon-Caen ou Badinter, dans l'air du temps.

Avant c'était plutôt la droite qui osait dire cela, timide encore à rapporter ou relayer les propos d'un Medef prêt à toutes les impostures, comme la promesse de créer des millions d'emplois contre un allègement de leurs "charges". De là les exonérations des cotisations, un CICE en mal de discernement et toute autre forme d'aides qui en réalité n'auront en termes d'emplois ou de richesses rien apporté, à part une charge supplémentaire pour le contribuable.

Aujourd'hui, la droite évidemment surenchérit et c'est ainsi qu'on a attendu un Eric Woerth bronzé déclarer tout bonnement que le code du travail créait le chômage ! Pourquoi se gêner quand un gouvernement de "gauche" aura lui-même donné le départ, de façon concrète, comme la promulgation de la loi du 14 juin 2013 qui réformait fondamentalement le droit du travail ?

Ainsi la stratégie de nos néo-libéraux, plus ou moins parés du label de "socio", est fondée sur l'idée que l'efficacité d'une entreprise serait entravée par la loi comme opposable à tous sur le territoire national. Bouleversant la hiérarchie des normes ils voudraient ces "socio" que la loi fût soumise au contrat et donc, en l'occurrence,  en accords passées entre les salariés et les dirigeants d'entreprise. Ces accords étant conclus par branche d'activité voire par entreprise.
Cela est désolant, car c'est méconnaître les rapports de force sur les lieux de travail dans un contexte où l'action syndicale très souvent en France est dévalorisée voire entravée.

C'est en réalité une vieille idée qui fut avancée sous couvert de "modernisme" par la CFDT dès le début des années quatre-vingts. L'idée refait surface aujourd'hui avec une particulière acuité, sous la forme par exemple d'un rapport "Réformer le Droit du Travail" concocté par Terra Nova, Think Tank proche du parti socialiste. Réformer dans quel sens et dans quel intérêt ?

Un de ses auteurs, Gilbert Cette qui fut conseiller de Martine Aubry (bonjour la confusion idéologique !),  prône même un SMIC en fonction de l'âge et de la région.
Il est à déplorer que c'est sous le gouvernement actuel que ces idées prennent un tel essor médiatique et politique. La droite aura un programme tout tracé qui pourrait aller plus loin que les suggestions d'un Combrexelle, (chargé par le premier ministre de faire un rapport sur la place des accords d'entreprise qui aurait donc définitivement la primauté sur la loi.)

Ce n'est pas un hasard si Macron et Valls ont pour l’entreprise les yeux de Chimène, c'est l'aboutissement d'une pensée politique, d'une idéologie qui confondent business et entreprise.  C'est celle-ci qu'il faut aider mais comme lieu de création de richesses, et non les affairistes, en renouant avec une politique de la demande qui a été abandonnée par ce gouvernement.

Ce pouvoir donne au Medef des preuves d'amour sans contreparties. Pourtant la réduction du temps de travail pourrait en constituer une.
Mais Macron et Valls ne sont que des apprentis sorciers qui cèdent aux facilités idéologiques du moment. Il leur manque le véritable courage d'agir.

JMG


samedi 22 août 2015

François Hollande par le trou de la serrure

J'aurai profité de cet été pour lire "Merci pour ce moment" de la dénommée Valérie Trierweiler. J'étais en chasse de menues courses dans un supermarché lorsque je suis tombé sur le rayon "culture" ou apparenté. J'y ai vu pas mal de livres dont les "50 nuances de Grey", mais je n'avais pas trop envie de faire dans la nuance ce jour là, c'est pourquoi peut-être je me suis trouvé nez à nez avec le livre de celle qui fut, un moment seulement, maîtresse de notre Président.
C'était écrit sur le bandeau, "meilleur vente 2014", j'ajoutai donc mon choix 2015 à cette consécration commerciale. Je me suis dit, vacances pour vacances, cultivons-nous, voyons ce qu'est devenue la littérature à l'eau de rose.

Eh bien, pas du tout, ce fut au contraire d'un ravissant réalisme, ravissant s'entendant au premier sens du terme : je l'ai lu de bout en bout. C'est un bouquin pas cher surtout depuis sa parution en Livre de poche. Sa lecture m'a donc tenu en haleine. C'est écrit simplement, loin de la grande littérature ou qui prétend l'être, et surtout c'est un témoignage sur les mœurs du pouvoir dans la France de ce début (déjà bien entamé, ça nous rajeunit pas) de 21 éme siècle, en pleine Véme République décadente.
Bien sûr il y avait un air de déjà vu tant les épisodes de la vie amoureuse de notre président ont pu être relatés dans l'ensemble des media qu'ils soient écrits ou sonores, ou trébuchants dans toutes sortes de poubelles.
J'avais le sentiment étrange de revoir un film déjà maintes fois passé à la télévision, sauf qu'il était monté ici par une des principales protagonistes de la série. Au plaisir de revoir les épisodes, comme autant d'airs reconnus, s'ajoutait l'intérêt d'une relation, sans intermédiaire, d'événements dont nous fûmes, malgré nous le plus souvent, les témoins. Enfin plus ou moins les témoins : j'ai enfin compris cette affaire de tweet avec Ségolène à La Rochelle.

J'ai l'air de me moquer, mais ce n'est pas le cas tout à fait, je répète le livre est intéressant dans la mesure où il nous dit beaucoup de la cinquième République et de ce qu'elle fait de ces principaux acteurs, dont le premier d'entre eux bien sûr, le Président.

En fait ils s''ennuieraient presque à la cour de la famille Royal (je sais c'est facile, je fais même pas exprès), c'est un tout petit monde, et on a l'impression que le destin leur laisse le temps de s'occuper de tout sauf de nos propres affaires, celles des gueux, celles en tout cas pour lesquelles ils ont été élus. En effet, il faut du temps et de la disponibilité d'esprit pour se balader la nuit en Scooter à deux pas de l'Elysée, ce n'est pas donné au premier venu des peintres en bâtiment.

J'entends que ça ricane à droite, mais c'était du même acabit du temps de Sarko. A quelques nuances près, la monarchie républicaine aura produit des monstres de normalité...

Et donc on redécouvre au fil des pages les personnalités de ceux-là mêmes que l'on cite souvent dans la sainte Télévision et dans les journaux qui lui sont plus ou moins associés, les Hollande, les Valls, les Le Foll, les Royal donc, les Moscovici, les Bartolone et d'autres dont le caractère est dévoilé pour le meilleur ou pour le pire, tous décrits par une femme blessée qui, il faut le reconnaître, témoigne davantage d'un monde perdu, en tout cas pour elle, qu'elle ne règle ses comptes.  Elle ne se gêne pas cependant pour donner ici ou là quelques coups bien sentis, dévoilant l'arrogance, la duplicité, le cynisme qui habitent parfois l'esprit de ceux qui peuplent ou fréquentent les allées du pouvoir élyséen.
On découvre ainsi un Hollande pour qui le mensonge est une arme politique essentielle. On s'en serait douté.

On pourrait même en faire une lecture "lutte des classes". François est issue d'une famille (assez) riche, lui qui disait ne pas les aimer, les riches, alors que Valérie non, elle qui est née au sein d'une famille nombreuse, mère caissière de supermarché et père grand invalide de guerre. A l'en croire, et je veux bien par ses accents de sincérité, François ( elle l'appelle ainsi, car c'est comme cela qu'il s'appelle) n'avait pas vraiment le profil d'un président de gauche. Mais il a de l'humour ce qui, aux yeux de l'amour aveugle, peut sauver un homme ! On apprend aussi que c'est décidément un éternel optimiste : au point par exemple de croire dur comme fer à l'inversion de la courbe du chômage, quitte à être déçu sincèrement du résultat final. Naïf ?

Il y a un truc aussi qui m'a bien fait rire, c'est lorsqu'il confie à Valérie parlant de Fabius (page 292) : " C'est terrible pour lui, il a raté sa vie...Il n'est jamais devenu président."
C'est vrai ça, pauvre Laurent ! Tandis que François lui...

Qu'on le regrette ou non, les rumeurs de la vie privée font échos dans le grand hall de la vie publique. Au point d'en donner quelques clés.


JMG

"Merci pour ce moment" Valérie Trierveiller, Le Livre de Poche, 372 pages