dimanche 24 avril 2016

Valls ou Macron, pile ou pile

Macron et Valls sont les deux faces d'une même réalité politique, deux ambitieux, dont l'un Macron se découvre à peine, dans le style "pourquoi pas moi ?". Macron fait propre sur lui, jeune, enthousiaste, énarque, ancien de la banque Rothschild, bien peigné, nouveau, souriant, gendre idéal, et même philosophe paraît-il (mais c'est un bon point, le seul peut-être, on aimerait même qu'il le soit davantage), tout ce qu'il faut, avec l'active complicité des media, pour plaire en une classe moyenne supérieure qui aura été l'une des plus oubliées de la présidence Hollande.

Valls est plus vieux en politique, vieux un mot pourtant qu'il ne doit pas aimer, lui qui veut faire du neuf en renversant la table, le Sarkozy de "gauche", qui comme son mentor est passé par le ministère de l'Intérieur pour gagner cette image d'homme à poigne et qui donc lui a permis de faire son Clémenceau.

On peut s'amuser un instant de ces différences de style, on peut gloser à l'infini, et les magazines ne s'en privent pas, sur les attitudes de ces deux "génies" de la politique dont la presse se repaît des déclarations.
"La gauche ne me satisfait pas " dit Macron, sans rire, et tous les journaux de reprendre cette phrase, qui rentrera dans l'histoire, mais le temps d'un jour ou deux, le temps compté d'un week-end d'avril plus ou moins froid, humide et ennuyeux.

Cette déclaration fait penser à "la gauche peut mourir" de Valls, déclaration auto-réalisatrice s'il en est, qui pourrait passer à la prospérité, comme un mot de Cambronne lancé à ceux qu'il oserait encore appeler ses camarades.

Où sont les idées progressistes dans les propos de ces deux doués de la politique spectacle, qui veulent-ils défendre en priorité, ont-ils véritablement une vision politique, ou la politique pour eux n'est-elle le nom que de leur ambition ?
Il semble en tout cas, que c'est la guerre entre eux, comme si le reste, c'est-à-dire l'essentiel,  la situation économique et sociale dans le pays, plus que jamais divisé, plus que jamais soumis aux inégalités, n'avait pas d'importance.

Place au théâtre, place aux jeux du cirque, et à ce jeu pour une fois je me permettrai de faire des pronostics, voire même donner des conseils à ceux que l'ambition taraude, quitte à apporter un plus de confusion encore à une situation décidément désespérante.

Simplement pour l'amusement, je miserais sur Macron. Sous ses airs d'enfant de cœur, il est beaucoup plus malin que Valls.
Mais tous deux, sous leur faux-airs de premier de la classe, donnent une vision peu amène de la politique, et trahissent à l'envi les valeurs de la gauche. Et puis quel aura été leur bilan en leur qualité de ministre de l'économie ou de premier ministre ?
N'est-ce pas là une question plus importante que celle de ce concours de beauté qu'ils donnent en pâture au public ?

Gageons que le mouvement social les fasse revenir à l'essentiel.

JMG






samedi 23 avril 2016

El Khomry a-t-elle bien compris le texte qui porte son nom ?

On entend souvent reprocher aux étudiants ou aux militants qui se battent contre le projet de loi El Khomry ne pas l'avoir lu. Ceci est un faux procès, une astuce, une grosse ficelle pour faire croire au bon peuple que ces gens-là seraient le jouet d'une manipulation, qu'ils ne sauraient pas penser par eux-mêmes, qu'ils feraient de la politique avec quelques buts aussi fous que flous, irresponsables : renverser le gouvernement, foutre le bazar, faire la révolution.

Je fais l'hypothèse inverse : ce sont ceux qui sont à l'initiative de ce projet de loi, j'ai nommé les membres du gouvernement, qui ne savent pas vraiment ce que contient cette loi, loi dictée par un patronat français, ou ceux qui le représentent, qui ont perdu tout sens de l'intérêt général ou toute sorte de responsabilité sociale.
Le gouvernement en la matière ne leur sert que de porte-plume. Et donc il faut lui rappeler au gouvernement, ce que c'est que ce projet de loi, en quelques mots, nonobstant l'idéologie néo-libérale dont ils sont imprégnés et qui les rend aveugles et sourds à la réalité sociale et politique d'aujourd'hui.

Cette loi fait des accords d'entreprise le fondement même des relations de travail. S'agissant des heures supplémentaires notamment, c'est au niveau de l'entreprise que le taux de majoration de ces heures seraient déterminé, et non plus au niveau de l'accord de branche. Ainsi ce taux pourrait tomber à 10% au lieu de 25% ou 50% comme c'est prévu aujourd'hui.
La durée du travail hebdomadaire qui resterait au maximun à 48 heures sur une même semaine mais qui, en cas de circonstances exceptionnelles, pourraient aller jusqu'à soixante heures. On a hâte de savoir ce que seront ces circonstances exceptionnelles. Sur plusieurs semaines, un accord d'entreprise peut prévoir jusqu'à 46 heures de travail sur 12 semaines.

D'autres mesures constituent des reculs comme celles concernant l'astreinte par exemple, mais les plus sensibles, les plus emblématiques, sont celles qui remettent en cause le contrat de travail. Celui-ci désormais pourrait être modifié sans l'accord du salarié. Ainsi désormais : "lorsqu'un accord d'entreprise est conclu en vue de la préservation ou du développement de l'emploi, ses stipulations se substituent de plein droit aux clauses contraires et incompatibles du contrat de travail, y compris en matière de rémunération et de durée de travail." Ainsi l'accord collectif, au sein même de l'entreprise où les rapports de force sont le plus souvent à l'avantage de l'employeur, dans un contexte de financiarisation de l'économie,  commanderait la révision unilatérale du contrat de travail.

Les garanties individuelles de chaque salarié se trouvent gravement remises en causes par ce projet de loi qui donc fait la part belle à la flexibilité au détriment de la sécurité. La flex-sécurité ici est un leurre, un simple slogan, qui ne sert qu'à faire avaler la pilule d'une précarité devenue la norme sociale.
Cette loi, si elle passait, ne serait nullement favorable à l'emploi, mais par contre fragiliserait les emplois existants ainsi que l'ensemble de l'économie par l'abandon facilité des savoir-faire.
A lire une analyse de la loi dans le blog de Gérard Filoche.

On ne comprend pas comment un gouvernement, dit de gauche, a pu sortir un tel texte. On peut le voir alors comme un aveu d'impuissance, faire quelque chose plutôt que rien, mais ce faisant, faire pire que le camp conservateur classique, sans en mesurer les conséquences.
"Le Hollande bashing" qui en résulte ne vient pas de la gauche mais d'abord de la droite qui, malgré qu'il s'agisse d'une politique qu'elle ne renierait pas, enfonce sous l'eau, avec délectation, la tête d'un gouvernement qui se noie de ses propres reniements.
Et que ses soutiens habituels, y compris la bonne part de son propre parti, par dépit, sinon par dégoût, ont fini par laisser tomber.

JMG





jeudi 14 avril 2016

Macron, "en marche" à reculons

Macron un de ces jeunes devenu, en quatre temps trois mouvements, déjà si vieux. Ni de droite, ni de gauche, un néo-conservateur tout bonnement, qui peut en effet séduire les carriéristes, comme la confiture attire les guêpes, tous ceux qui désespèrent de se retrouver très bientôt sans poste, sans cabinet, sans avenir, orphelin d'une gauche dont ils se seront servis seulement pour leur parcours politicien.

La Véme République est friande de ce genre de situation, celle où un seul homme (ou femme, y'a pas de raisons que la parité n'aille pas jusqu'à l'incompétence), ici sous prétexte qu'il a été ministre, ou assez compétent aux yeux des libéraux pour avoir travaillé à la banque Rothschild (tu parles !), se retrouve à la tête d'un mouvement, "en marche", où s'agglutinent les ambitieux, parmi ceux qui mélangent allègrement la gauche ou la droite, ou le centre, profitant opportunément de la confusion idéologique entretenue par ceux qui y ont intérêt et qui en général travaille plutôt contre l'intérêt du plus grand nombre.

Nous en avons un autre exemple, par la constitution d'un groupe aussi imprécis, vague et trompeur, mais avec un but affiché, celui d'organiser les primaires pour la présidentielle, et qui s'est auto-intitulé "primaire des Français", avec à sa tête un écrivain, Alexandre Jardin, qui se prend  pour un zèbre, en compagnie d'une ancienne ministre Corrine Lepage, extrémiste du centre. Là aussi on entend mélanger droite et gauche, ou favoriser la société civile (laquelle au fait ?), ce qui revient au même, comme si la politique avait encore besoin de tant d'imprécision. Pour le coup, quand c'est flou, y'a un loup. "La réalité est notre doctrine" a dit même Cavada qui fait partie du lot. Oui, et qui la décrète la réalité, qui l'a dit ou la devine ? N'y a-t-il pas autant de réalités qu'il y a de mouvements, ou de partis politiques, ou de citoyens, ou d'êtres humains ?
Lepage, Cavada, Jardin le zèbre, Macron bien sûr, sont les noms d'une seule et même réalité : l'arnaque politicienne doublée de la ringardise.

"Nuit debout" est plus authentique, plus clair, ils ont un but, outre celui de la démocratie qui pourrait s'auto-suffire tant celle-ci nous est précieuse, ils revendiquent le retrait de la loi Travail. Ils ont compris que cette loi signifiait l'accroissement de la précarité, cet excès de précarité qui existe désormais en Espagne, en Italie, après que, dans ces pays, les réformes que le pouvoir en France veut imposer, eurent produit tous leurs effets. C'est clair, c'est sans bavure (sauf venant de la police), on ne sait pas encore ce qu'ils veulent, le débat le leur dira, mais ils savent ce qu'ils ne veulent pas.
En débattant, on apprend que la réalité est multiple, qu'il faut être prudent avec elle, qu'elle n'est pas unique, ni mensongère, ni dépassé comme celle de Jean-Marie Cavada, qu'il y a plusieurs langues pour la nommer.

Ce faisant, "Nuit debout" réinvente, ou souligne la nécessité de la pensée critique, qui manque tant à la pensée politique aujourd'hui.

"Nuit debout" en même temps qu'une possible force de proposition, est un mouvement de résistance, ils sont là, debout précisément, parce que les pouvoirs actuels, économique, politique, ont pris toute la place et qu'il n'y avait rien, notamment par rapport à la loi travail, absolument rien à négocier de la part de tous les oligarques, masqués ou non, ou de la part d'un gouvernement devenu sourd et politiquement inconscient.
C'est vrai, nul ne sait ce que cela va devenir, pour l'heure ça continue, et c'est là l'essentiel...

C'est contre la marche à reculons que les manifestants de la place de la République, et un peu partout en France, sur les places, se sont levés, qu'ils se sont indignés et qu'ils nous invitent à rester éveillés.

JMG

dimanche 3 avril 2016

La CFDT, courroie de transmission des pouvoirs en place

La CFDT accompagne, soutient de fait la régression sociale, avec des arguments le plus souvent inspirés de la doctrine libérale, arguments faibles mais qui font mouche parce qu'ils prennent, naturellement venant d'une organisation syndicale, la couverture ou l'alibi de l'émancipation sociale ; arguments aventuristes et dangereux pour le monde du travail et qui sont présentés, par les principaux media, mais aussi par le gouvernement en place, comme responsables et modernes.

En réalité le réformisme de la CFDT n'est qu'un déformisme de la réalité sociale. Son principal argument se fonde sur le fait que la négociation locale, par entreprise, serait la clé de la réussite et de l'aboutissement du dialogue social, comme si en ces temps de pression sur les salaires, en ces temps d'austérité, le rapport de force était partout suffisant pour imposer des progrès ou, parce que l'heure est à la résistance, pour simplement défendre des acquis.

Il semble que la CFDT, sa direction nationale au moins, évolue dans un pays où le patronat, a priori, serait bon et soucieux de l'intérêt des salariés. Nous serions en quelque sorte dans le pays des bisounours, le seul fait de "négocier", comme ils disent, serait suffisant pour faire faire reculer le chômage ou pour prévenir des licenciements qui, le plus souvent, s'avèrent anti-économiques en plus d'être "anti-social". 
Il ne peut être pour autant question de faire le procès des chefs d'entreprise qui, dans la grande  majorité des cas ont les yeux rivés sur un carnet de commandes souvent désespérément vide, et pour lesquels, contrairement aux patrons voyous,  licencier ne fait pas plaisir. 

La solution ne doit donc pas être recherchée dans une vision microscopique de la réalité sociale. Ou pas seulement. Cette réalité doit être considérée en effet dans toute sa dimension macro-économique. Et, en l'occurrence, la défense du Code du Travail participe, dans la mesure notamment où il place les salariés et les entreprises dans un cadre équitable, à contenir un dumping social qui s'aggrave de jour en jour. Il s'agit de défendre et de promouvoir un développement économique harmonieux tout en préservant, sur l'ensemble du territoire, les droits essentiels des salariés. 

Ainsi la CFDT n'est pas plus "moderne",  plus "réfléchie", ou encore plus "responsable" qu'une CGT qui, elle, serait jusqu'au-boutiste, fanatique, extrémiste. La CGT se soucie au contraire de la réalité économique, il est injuste de la présenter comme une adversaire du dialogue social. 
Mais, contrairement à la CFDT qui semble avoir abandonné le terrain de l'action et de la pensée critiques, elle en sait le prix. 


JMG






dimanche 20 mars 2016

Georges

Georges Henry était mon beau-père, le père d'Isabelle. Il est aussi le père de Françoise Henry, écrivaine. Il vivait depuis une quinzaine d'années à Lons-le-Saunier, ville pour laquelle lui et son épouse avaient quitté Paris. Son épouse est disparue en février 2012 et il en resta très affectée, ils se vouaient  un grand amour. Depuis on pouvait reconnaître, dans les rues de Lons-le-Saunier, sa silhouette humble et solitaire. Lorsqu'il nous le rencontrions, son visage resplendissait, tout à la joie de nous revoir.

Il est décédé vendredi en fin d'après-midi, le 18 mars dernier, sur la route de Chalon-sur-Saône à Louhans et venait de Digoin où il avait rendu visite à sa sœur. D'après les photos de l'accident le temps était au beau, préfigurant un printemps aussi proche qu'attendu. Ce printemps il ne l'aura donc pas connu. Peut-être s'est-il assoupi l'espace d'une seconde, ou moins, une absence, qui lui ont suffi à prendre de plein fouet l'autocar qui venait en face. 

Il était ancien élève de l'école centrale de Paris. Georges Henry était un expert en géophysique reconnu de sa profession. 
Il avait été désigné avec deux autres ingénieurs, à démonter, sous le sceau du secret-défense, la supercherie des "avions renifleurs" qui fut un des grands scandales de la présidence Giscard d'Estaing, à la fin des années soixante-dix. Le "Canard Enchaîné" en avait fait ses choux gras, un feuilleton dont la France et le monde s'amusèrent. Il nous avait raconté, l'air espiègle, qu'un jour il avait oublié dans le métro sa serviette qui contenait des documents classés secrets sur cette affaire. Angoissé, et en désespoir de cause, il s'était rendu aux objets trouvés rue des Morillons à Paris : elle y était.

La supercherie était grossière mais le gouvernement de l'époque, comme la direction de la société qui s'appelait encore Elf-Aquitaine (avant de devenir Total que nous connaissons aujourd'hui), avaient cru trouver là, du haut de leur superbe, la pierre philosophale de la recherche pétrolière, en faisant fi de la prudence scientifique qui était précisément l'une des qualités exigeante de Georges Henry.

Il en riait encore avec nous mais en avait gardé une amertume certaine : il avait découvert à cette occasion, lui qui avait une confiance quasi-naïve en l'homme, comment le pouvoir pouvait se pervertir au point de croire n'importe quelle fadaise du moment que cela le confortait. 
Ainsi les responsables de l'époque s'étaient-ils laisser berner par un magicien nommé Bonassoli, lequel s'était fait roi du pétrole, maître en imposture, et qui fit dépenser à l'époque des millions de francs à l'Etat français et à la société Elf-Aquitaine. 
Le pouvoir de l'époque avait été aveuglé par cette idée miraculeuse que l'on pourrait découvrir du pétrole par simple survol des territoires, et par la même occasion, surpasser, pour s'en passer définitivement peut-être, toutes les équipes scientifiques de recherche et d'exploration.
Sans compter toutes les implications que cette"invention", aux yeux des responsables politiques de l'époque, pouvait entraîner sur le plan militaire.

Il quitte ce monde après avoir vécu une vie riche, ayant visité de nombreux pays de par sa profession. Il était étonnamment modeste, il avait ce don du bonheur dont peu de gens peuvent se flatter, il se contentait de petites choses, faisait sa joie de tout ce qui lui paraissait beau. J'ajoute qu'il tenait un blog qu'il alimentait très régulièrement, notamment beaucoup de billets à caractère scientifique, spirituel souvent aussi, et politique ce qui nous valait quelques discussions animées.

C'est un homme rare qui nous quitte, modeste et généreux, nous ne pourrons ni ne voudrons l'oublier.

JMG

samedi 12 mars 2016

raisons de la colère

350 000 selon Sarko, 500 000 selon Fillon, la droite ne sait plus où donner de la tête. Non, ce ne sont pas les chiffres des manifestations du 9 mars, ou de celles à venir des 17 et 31, mais bien le nombre de postes de fonctionnaires que ces messieurs voudraient supprimer, comme si ces destructions de postes allait faire revenir la sainte croissance et donc combattre le chômage.

On aura relever le paradoxe, l'absurdité plutôt, qui fait que la suppression d'emplois publics, à laquelle on pourrait ajouter les milliers supprimés dans le privé pour "accroître la compétitivité des entreprises", participerait à...la création d'emplois tout court.

Le néo-libéralisme réussit à insinuer dans nos cerveaux de ces énormités : plus vous supprimez d'emplois, plus vous en créez.
Et le plus beau, parce ce que c'est gros sans doute, c'est que l'imposture fonctionne. Certains de nos économistes, ceux qui ont pignon sur rue, invités, écoutés, courtisés par les radios et télévisions, titulaires parfois même de prix Nobel, ont fini par instiller à l'esprit de nos "responsables" ces idées dont on dira plus tard, si la catastrophe ne survient pas d'ici là, qu'elles étaient saugrenues.
Ainsi voguent, sur l'océan des idées reçues, la croyance que les emplois publics ne créerait aucune richesse, et qu'au contraire ils empêcherait l'économie de se "libérer".
Et le CICE, combien d'emplois créés ? Aucun ! Plus de quarante milliards que nous payons, nous, les contribuables, au profit des multinationales sans que les PME d'ailleurs en profitent vraiment ! Personne ne se pose la question ?

Ces théories de pacotille, qui, loin de décrire et d'expliquer la réalité, ne font que la nier, sont d'autant plus pernicieuses et dangereuses qu'elles sont servies, comme c'est le cas aujourd'hui avec le gouvernement Hollande, par des néo-conservateurs qui, en l'occurrence, se cachent derrière le terme trompeur et mensonger de "socio-libéraux".

L'avant projet de loi El Khomry, qui remet en cause radicalement notre Droit du travail,  en constitue une preuve flagrante, douloureuse, pour la gauche toute entière, mais aussi pour l'avenir économique et social de notre pays.
Voilà pourquoi la droite surrenchérit, voilà pourquoi elle se frotte les mains, et qu'elle s'essuie les pieds sur le paillasson de la régression sociale. Jusqu'où iront-ils ? Jusqu'où iront ces sarko-hollandistes qui vont jusqu'à nier, comme le ministre Le Guen, la réalité même des manifestations du 9 mars lesquelles sont peut-être le prélude d'un mouvement social puissant et durable. Peut-on espérer que ce mouvement remettra enfin les pendules à l'heure, et que reviendront en odeur de sainteté des raisonnements en matière de politique économique qui tiennent enfin la route, et qui ne nous enlisent pas dans des crises sans fin ?

Le gouvernement Valls, tout comme une partie du PS qui le soutient encore aveuglément,  ont une responsabilité historique, calamiteuse. Le pouvoir exécutif est en train d'élargir l'avenue d'une droite encore plus dure, laquelle ose aujourd'hui prédire et programmer, entre autres inanités, la fin du statut de la fonction publique. Sarkozy, -mais pourquoi se gêner ?-, va jusqu'à proposer d'inscrire dans la constitution l'obligation qui serait faite aux collectivités territoriales de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux ! Pauvre Constitution, qui risque bientôt d'être reléguée au rang de simple circulaire préfectorale.

La casse du droit du travail, au travers la loi Khomry, ne peut pas passer, elle ne le doit pas. Car elle n'enterre pas seulement la gauche, elle supprime aussi tout espoir d'activité économique équitable. Elle ouvre la voie aux droites extrêmes et signe la fin de notre modèle social, celui-là même qui nous a aidé à résister, plus que les autres pays, aux crises financières majeures que le monde a déjà connues, notamment en 2007 et 2008, et qu'il rencontrera encore.

L'heure n'est pas au pessimisme, elle est à la légitime défense. Elle est à la résistance.

JMG

jeudi 3 mars 2016

Léa S, Agnès B, Myriam El Khomri (et François H)

J'ai écouté ce matin Léa Salamé sur France Inter, elle interviewait Agnès B.
Agnès B qui doit porter des talons hauts. Je ne fais que le supposer car je ne la connais pas personnellement, et je ne sais même pas ce qu'elle fait exactement. Je pense que dans la mesure où elle est interviewée sur les ondes de France Inter, et en plus par Léa Salamé, elle doit être une personne importante. Et j'ai remarqué que les personnes importantes, à la télé, et donc sans doute à la radio, portaient des talons hauts.

A la question posée par Léa Salamé, elle a répondu qu'elle était contre le "démontage" de la jungle de Calais. (Je ne savais pas qu'il y avait des jungles en kit, comme chez Ikéa).
Pour tout dire, cela m'étonne un peu cette déclaration de sa part, peut-être à cause des talons hauts, tant c'est difficile de marcher dans la boue avec ça. Mais cela montre que Agnès B est généreuse. D'autant plus sympa Agnès, qu'elle a ajouté, au micro de Léa S, que cette situation n'aurait jamais été tolérée par l'abbé Pierre. Le fait de citer cet abbé est un bon point pour Agnès B.

Agnès B a révélé à Léa S, et donc à nous aussi, qu'elle était une chef (oui cheffe, bien cheffe !) d'entreprise et, qu'en tant que telle, elle comprenait qu'il faille favoriser, comment qu'elle a dit déjà ?, "la fluidité de l'emploi dans l'entreprise" ou un truc comme ça. C'est pourquoi elle soutient Myriam à fond et la loi Khomri qui va avec, elle a affirmé que Myriam K était une femme courageuse, tout juste si elle n'a pas dit qu'elle en avait plus que d'autres, que je ne citerai pas.

Elle sait de quoi elle parle Agnès B question d'entreprise, comme elle sait de quoi elle parle question jungles de Calais.
Elle a même dit un moment qu'elle était une activiste, une rebelle je crois même, que toute sa vie elle avait signé des pétitions et que c'était même sa marque de fabrique.
Ensuite elle a affirmé que François Hollande faisait tout ce qu'il pouvait, et qu'il faisait bien, mais sans rappeler ou préciser dans le détail les victoires ou les réussites de notre président de gauche. En tout cas elle avait confiance en lui, et ça c'est fort, c'est courageux de sa part, surtout en ce moment où il est tout le temps critiqué.

 C'est le genre de truc qui donne confiance au peuple, ce dernier n'a qu'à bien se tenir jusqu'à l'inversion de la courbe du chômage. Et pis c'est tout. Car après j'ai fermé le poste, Agnès B ou pas, il fallait aller bosser.

JMG

samedi 20 février 2016

une bande de pignoufs

J'ai regardé dans le dico, pour voir ce que ça voulait dire "pignouf". Les hiérarques du parti socialiste sont tombés une nouvelle fois à bras raccourcis sur Gérard Filoche parce qu'il a déclaré, à propos de Badinter et de la réforme du droit du travail, je cite :

"J'ai beaucoup de respect pour le Robert Badinter luttant contre la peine de mort, mais en droit du travail c'est un « pignouf ». Il n'y connaît rien. On utilise un bon nom pour couvrir un sale boulot. Je dis ça avec le respect que j'ai pour lui : il s'est lancé dans une histoire qui n'est pas son problème. Je ne sais pas qui le lui a demandé, et je ne sais pas pourquoi il a accepté."

"Pignouf" entre nous je trouve pas ça méchant, ça a la rondeur des pis des vaches, et "gnouf" c'est vrai que ça me fait plutôt rire, vraiment pas méchant, ça détend même.

Et donc je trouve assez "pignouf" de la part de Cambadélis de chercher des noises à Gérard Filoche pour ça, et seulement ça. D'autant que Gérard Filoche déclare respecter Badinter, au moins pour son action décisive et historique contre la peine de mort.

Cambadélis ne retient qu'un seul pan de l'assertion de Filoche, le plus négatif bien sûr à ses yeux. Au risque de me faire exclure du parti, -mais est-ce réellement un danger, ne serait-ce pas plutôt une chance par les temps qui courent ?- je trouve ça assez pignouf de sa part.
Désolé de décevoir ses groupies mais c'est vrai que Badinter n'y connaît rien en droit du travail. Et vous savez pourquoi ? Bien qu'il soit juriste, et parfois bon en la matière sous certains de ses aspects, Badinter ne sait pas ce que c'est qu'un salarié en réalité, il n'est pas syndicaliste, il n'est pas un travailleur comme on dit, il ne l'a jamais été à ma connaissance, avocat c'est une profession libérale, ça n'a rien à voir avec la condition de salarié.
Et donc il est normal qu'en matière de droit du travail, Badinter puisse être pris pour un pignouf. De là à en faire, comme le premier secrétaire du PS, tout un fromage ! Comme aurait dit Jack Lang "il n'y a pas mort d'homme".

C'est comme Khomry, la nouvelle ministre du travail, je suis désolé de dire que non seulement il n'y connait rien en droit du travail mais en plus elle se fout pas mal des travailleurs (je sais que ce mot "travailleur" fait mal à la prétendue modernité de certains, mais je n'en ai pas d'autres sous la main)
Khomry non plus n'a jamais été salariée, et puis elle a fait des bourdes chez Bourdin en ne sachant même pas que le gouvernement qu'elle rejoignait, venait juste de réformer le CDD dans le sens d'une plus grande précarité encore pour les jeunes.
Un peu pignouve la nouvelle ministre, trouvez pas ? (oui, c'est un néologisme, la féminisation de pignouf, la pignouferie m'inspire).

Elle a même avoué, la nouvelle ministre El Khomri :"Le président voulait quelqu'un qui ne soit ni inspecteur du travail, ni professeur de droit social". Autrement dit, c'est sûr que Filoche n'aurait pas pu faire l'affaire.

Au total, il ne faut pas faire preuve de beaucoup de finesse pour nous sortir ce nouveau code du travail tout en se revendiquant encore de la gauche. Que je sache, ils sont encore au parti socialiste, officiellement ! Que ce soit Valls, Macron, voire même Hollande qui orchestre tout cela, ils nous préparent tous, à nous et à nos enfants, un monde où il faudra être pignoufs, ou rien qu'un peu, pour avoir le droit de survivre.

JMG





dimanche 14 février 2016

et qui d'autre ?

Deux événements à mes yeux importants ont marqué ces derniers jours la vie politique en France (je passe sur le remaniement ministériel dont on se contre-fout). Ces deux événements sont à quelques égards plus ou moins liés, bien que sur ce plan, sur ce lien éventuel, c'est l'histoire à venir qui devra le dire.

Le premier c'est la déclaration du premier responsable du PS qui affirme, ou confirme, puisque on le savait plus ou moins, mais là au moins c'est dit, qui confirme donc que le parti socialiste n'aura pas de programme en vue des présidentielles. Quel aveu incroyable ! Ainsi il est dit que le débat politique dans les arcanes du plus important parti de la gauche ne mènerait qu'à cette conclusion : la politique ça sert à rien, et gouverner ce n'est rien d'autre que de n'avoir rien prévu du tout.

A la place d'un programme, il y aurait sept cahiers de réflexion pour alimenter le débat (lequel puisqu'il n'y a plus de programme ?), pas de cahier de doléances non, des cahiers de réflexion, la réflexion ça mange pas de pain ou si peu,  et puis il y a ce chiffre "sept", chiffre magique comme si à lui seul il pouvait désembourber un parti socialiste en mal de direction , faute d'une véritable pensée politique, et par là même d'esprit de résistance.
C'est tout le résumé de la Véme République, de ses limites, qui nous sont donnés là en pâture, à nos avis déconcertés. Il n'y a rien à attendre de ce président, présent et à venir, pourvu, et c'est bien là où voudrait en venir je suppose les responsables du PS, pourvu donc que ce soit le même ! Suivez mon regard. Dès lors il n'est pas étonnant que l'exécutif actuel s'ingénie à défaire des pans de l'état social. Cette dégradation rampante, ou parfois même spectaculaire comme la destruction du droit du travail, tient lieu d'un programme dont l'absence est désormais politiquement criante.

Le deuxième événement ces derniers jours, c'est bien la "proposition de candidature" de Jean-Luc Mélenchon. Il s'oppose ainsi, de fait, mais il l'avait annoncé, à des primaires de "toute la gauche" comme l'ont appelée la gauche du PS, un parti communiste en pleins doutes, et quelques personnalités qui ont des idées mais pas grand chose pour l'instant pour les incarner.

Mélenchon veut être de la partie en sortant du cadre des primaires : il joue en effet dans la cour aménagée par les institutions de la Véme république. Pour le dire tout net, JL Mélenchon en quelque sorte fait son De Gaulle, et même avec l'art et la manière, en fustigeant en passant l'atlantisme dans lequel la France aurait décider de sombrer. "La France insoumise et fière de l'être", la phrase a de la gueule, au moins de la tenue. Mélenchon fait son appel du 18 juin avec pour adversaires les traités européens. Il pourrait même citer l'Allemagne, on s'y croirait, cela va de pair.

Cette candidature ne manquera pas d'être pourfendue mais elle a quelque chose de positif, elle est propre en effet à relancer un débat que l'on croyait perdu. On peut aimer l'idée d'un programme à construire, sur quelques valeurs communes mais bien campées, à l'inverse de ce que ne veut plus faire le parti socialiste ou sa majorité silencieuse, bernée et cornaquée par des "responsables" qui auront tiré à eux toute la couverture d'un pouvoir qui pourtant leur échappe.  Ce programme dont les soutiens inconditionnels du président actuel ne veulent plus, quitte au laisser-faire antidémocratique.

Et donc voilà, les dés sont jetés, pas tous, mais je pense que cette candidature très cinquième république, -c'est vrai que cela peut paraître contradictoire pour quelqu'un qui la fustige, mais on a déjà vu ça, n'est-ce pas ?-, puisse générer quelques ondes gravitationnelles qui pourraient faire date.

Mélenchon sait qu'il répond à une attente, voire à une désespérance en un temps où la gauche politique est perdue et divisée.
Gauche perdue dans ce bavardage politicien incessant (la déchéance de nationalité par exemple) dont profite aujourd'hui, c'est bien là leur force,  l'extrême droite, et une droite que les divisions actuelles sont loin d'affaiblir malgré les apparences.

JMG