samedi 18 juin 2016

Fin de manif un 14 juin à Paris

Je relaye ici le témoignage de Pierre qui était venu de Normandie pour manifester mardi 14 Juin à Paris, jusqu'aux Invalides où ont eu lieu de violents affrontements avec la police. Ne perdons jamais de vue que les premiers responsables de ces situations de violence sont ceux des politiques qui essayent d'imposer par la force une loi travail, anti-sociale, anti-économique, dont la grande majorité des français ne veulent pas, tout comme la majorité des organisations syndicales.

Malheureusement bien nommées, les Invalides

Comme beaucoup d'autres, j'étais à Paris mardi.
Comme plusieurs centaines d'autres, avec le camarade qui m'accompagnait, j'ai dépassé le service d'ordre intersyndical qui n'avait plus beaucoup d'apparatchiks à protéger au moment où nous l'avons doublé.
Et quelques secondes après, j'étais abasourdi à Duroc, deux des nôtres étendu-e-s au sol, entouré-e-s d'abord de pompiers, puis de manifestants. inanimé-e-s sous des couvertures de survie.

Nous avons avancé, le bus pour la Normandie nous attendait pour 18h00 aux Invalides, fin du parcours déclaré.
et ce fut un déluge de gaz, de camion à eau (je ne le connaissais que dans les sketchs de Felag...).
J'ai hésité à écrire à mon père, pour lui signaler la "douche" que prenaient gratuitement des camarades de sa *confédération.
Mais j'étais trop occupé à scruter les dispersantes qui s'épanouissaient, tantôt en cloche, tantôt tendues, bien mieux qu'un 14 juillet.

Je ne parlerai seulement de ce que j'ai vu (le reste vous y avez accès), l'interpellation, sous mes yeux, par une flic-e de la BAC d'un manifestant, bientôt écrasé par plusieurs de ses collègues tandis qu'elle déclenchait sa gazeuse alentours. J'avais goûté les lacrymos, là c'était corsé.
Me retrouver à étouffer par terre alors que je téléphonais au secrétaire départemental de mon syndicat pour savoir où retrouver le bus, j'ai pas aimé.
Comme dis l'autre, l'omelette, les œufs... c'était rien, avançant vers la Seine pour tenter de sortir de cette immense nasse j'ai vu les flics rivaliser dans l'illégalité. 
Déboulant tel Usain Bolt, un copain était chargé par trois motos, deux montées par des voltigeurs (pourtant interdits, pour des légalistes, on reviendra), et l'autre avec un casqué qui l'a renversé avec sa roue avant, à trois mètres de moi. Le copain s'est relevé, bientôt poussé au sol par le bouclier d'un CRS détaché d'un cordon, extrait par des copains-ines. Sur ce set là, notre camp a gagné et le sprinteur s'en est tiré, rendant ainsi un bel hommage posthume à Malik Oussekine.

Les flics étaient déchaîné-e-s, à tel point que j'ai vu une quadra s'en prendre au dit motard, qui derechef lui foutait sa gazeuse sur le museau.
Dans cette nasse, black blocs, syndicalistes, militant-e-s partisans ne faisaient plus qu'un dans la solidarité et l'autodéfense populaire, tel cette fanfare qui n'a pas arrêté de jouer "el pueblo unido, jamas sera vencido" sous les gaz. J'ai même pensé "camarades" en voyant des militant-e-s de Force Ouvrière s'approprier le répertoire d'action de ce que l'on appelle, loin de toute rigueur, des casseurs.
Révolté et inquiet, au retour, j'ai cherché des nouvelles des blessé-e-s, notamment ceux vu-e-s à terre. 
A défaut de nouvelles, j'ai vu la cause de leur état. vous la verrez ci-dessous :

vous saluer, Hélder Câmara, le fera bien mieux que moi ce soir :

"Il y a trois sortes de violence.

La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. 

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. 

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue."

Pierre

* la CGT

lundi 13 juin 2016

Pourquoi ils s'en prennent à la CGT

Il se confirme que le pouvoir veut la peau des syndicats, mais pas n'importe lesquels bien sûr, la CFDT est épargnée, et pour cause , mais ni la FSU, ni Sud, ni FO dans certains cas, ni moins encore la CGT, devenue l'ennemie jurée du gouvernement, n'échappent aux attaques gouvernementales. 

Tout syndicaliste sait qu'une organisation syndicale, et plus précisément son appareil, ne peut déclencher une grève sur un simple claquement des doigts ; qu'elle puisse susciter un mouvement certes mais seulement par la sensibilisation ou l'information faite en direction des salariés, ceux-ci restant libres de faire grève ou pas. C'est pourquoi le syndicalisme est un lieu essentiel de la démocratie, c'est pourquoi il est criminel de le criminaliser comme le fait aujourd'hui l'exécutif.

Les medias principaux entendent donner l'image d'une CGT uniquement protestataire et jusqu’au-boutiste qui aurait le pouvoir, dans sa grande capacité de nuisance, de mettre le pays à feu et à sang dans un grève générale imposée à des usagers ou à des citoyens devenus otages d'un syndicalisme réputé irresponsable.
 Cette perception est par ailleurs encouragée par la direction nationale de la CFDT qui essaiera coûte que coûte de récolter les effets d'une lutte dont elle aura par ailleurs critiqué les principaux acteurs. Déjà Berger, son secrétaire général, déclarait dimanche que la CFDT soutenait un projet de loi qui désormais, grâce à la lutte qu'elle avait menée (sic), était devenu tout à fait acceptable. On sait bien sûr qu'il n'en est rien et qu'au contraire le texte, s'agissant notamment de l'article sur l'ubérisation, n'a rien perdu de son caractère nocif pour le monde du travail.

Valls, depuis le début de cette loi travail et des mouvements qu'elle a entraînés, veut en découdre et va plus loin, sous certains aspects, que n'aurait fait la droite dans la répression du mouvement social. Valls n'est pas un social-démocrate, on le savait, avant tout parce qu'il n'est pas un véritable démocrate. C'est l'homme des rapports de force, celui qui a viré Montebourg ou Hamon (même si l'on concède que ce n'était pas le plus grave), lui surtout qui s'avère être un anti-syndicaliste primaire qui n'entend rien au monde du travail, infidèle aux idées pour lesquelles il fut porter au pouvoir  grâce aux militants et électeurs de gauche.
Raffarin en 2003, lors du premier grand conflit sur les retraites avait dit fièrement, et quelques autres après lui, "ce n'est pas la rue qui gouverne", Valls de son côté dénigre précisément la CGT en utilisant un langage guerrier, donnant le ton ou le signal  d'un langage outrancier repris par des "responsables" du patronat ou des media qui vont jusqu'à comparer la CGT à Daesh.
Valls est en retard d'une guerre parce qu'il le veut bien. Cette individualisation, ou plutôt cette discrimination de la CGT, vise à l'isoler pour la réduire si possible à sa plus simple expression, il retrouve là certains accents de la guerre froide toujours présente dans l'inconscient collectif d'une partie de la société française sensible aux thèses de la droite extrême.

Il est malheureux de constater que cette attitude est suivi encore par quelques militants ou sympathisants socialistes. Par charité je mettrai cela sur le compte d'un manque de formation ou d'expérience politique, ou de simple sottise, ce parti étant devenu depuis longtemps un simple lieu où se jouent les ambitions personnelles, sans fond, sans conviction, sans véritable pensée politique.
Lors du dernier congrès du parti socialiste à Poitiers la motion majoritaire dont faisait partie Valls, Cambadélis...se prononçait clairement contre l'inversion de la hiérarchie des normes. Comment peut-on à ce point trahir ses propres engagements et surtout la confiance de ses propres militants !?

La CGT, comme la FSU ou Solidaires, sont les derniers remparts contre la libéralisation du droit du travail et la mutation définitive de notre République en terrain de jeux de la finance mondialisée ou des grands groupes industriels.
C'est ainsi qu'il faut comprendre les attaques de Valls, mais aussi de Hollande, contre le mouvement social. De nombreux militants de la CGT sont aujourd'hui devant les tribunaux, ces comparutions étant sciemment confondues avec celles dont les véritables casseurs sont l'objet.
On notera aussi au passage la différence de traitement avec les manifestants de la FNSEA (qui ont pu se livrer à des exactions ou des destruction de biens publics) et qui furent davantage écoutés sans être pointés du doigt comme peuvent l'être aujourd'hui les militants des organisations qui sont en première ligne pour défendre l'Etat social.

J'insiste sur le fait que cette remise en cause violente d'un syndicalisme d'action et de résistance, auquel se livre de façon légitime la CGT, ne vient pas seulement de l'exécutif gouvernemental. Celui-ci reçoit le soutien paradoxal et contre-nature de la CFDT qui reste dans son rôle désormais habituel depuis plus d'une vingtaine d'années : critiquer les gouvernements en place mais seulement dans la forme pour mieux les soutenir sur le fond dans des contre-réformes néolibérales.

JMG

samedi 21 mai 2016

Epreuve de force pour un choix de société

La loi travail, tout au moins son projet, est révélatrice de la société que l'on veut...ou pas. C'est pourquoi elle est importante, c'est pourquoi elle fait parler, c'est pourquoi surtout elle rassemble contre elle et suscite les combats qui se déroulent sous nos yeux.
On ne revient pas sur le fait qu'elle est imposée par un gouvernement qui prétend appartenir à la gauche, on sait bien qu'il n'en est rien, que la traîtrise est amère et qu'elle redouble la haine et la détermination à ne pas laisser passer l'impensable.

D'abord la loi travail est une loi qui se révèle anti-démocratique par les chemins qu'elle prend pour se faire adopter, par le biais notamment d'un article (le 49-3) d'une constitution qui elle-même est déficitaire sur ce plan, comme "un coup d'état permanent" en effet.
L'article 49-3, une fois de plus avec le gouvernement Hollande-Valls, se révèle nécessaire à un exécutif qui a perdu la confiance de sa majorité. Cela permet à notre premier ministre, qui lui même s'est fait nommer alors qu'au sein de son camp  au cours de primaires il ne faisait que 5% des voix,  d'imposer une réforme de régression sociale contre l'avis de la plupart des organisations syndicales aujourd'hui, et si on en croit les sondages, de la population dans son ensemble.

Le gouvernement, comme les confédérations syndicales qui habituellement soutiennent le pouvoir telle la CFDT, nous parlent de démocratie sociale. Force est de constater qu'ici celle-ci n'existe plus, qu'elle est devenue un vain mot, une simple incantation qui permet de cacher une violence sociale de plus en plus détestable. A cela s'ajoutent aujourd'hui des violences, celle des "casseurs" bien sûr, mais aussi des violences policières qui ne sont pas forcément le fruit de l'imagination de ceux qui, dans la rue, pacifiquement, défendent leur vision de la société, plus égale, plus solidaire, plus fraternelle.
En face le gouvernement joue avec le feu, et le fait même savoir pour décourager les bonnes volontés. Tourt cela dans "un état d'urgence" qui se prolonge et dont on se demande s'il sert à combattre le terrorisme.

Ensuite, qu'on le veuille ou non, cette contre-réforme est menée dans le cadre d'une Union Européenne qui a été imposée au peuple français en 2005.
On avait raison de s'en inquiéter : l'UE aujourd'hui pratique un dumping social qui fait se dresser les économies les unes contre les autres dans un tourbillon de remises en cause des acquis sociaux.
Les dévaluations internes se sont substituées à des dévaluations externes dans une Europe dominée par le Mark, à la merci de la spéculation financière et dans un contexte de défense de la rente à tout prix.

Enfin, cette loi est une étape supplémentaire vers une espèce d'anglo-saxonisation de la société française, favorisant les rapports de force sans la modération des corps intermédiaires. Le pouvoir actuel persiste donc un travail de sape contre les syndicats qui ne sont pas dans sa norme néo ou "socio-libérale", avec le soutien paradoxal d'organisations dites "réformistes" qui ne font qu'accompagner, voire encourager, le virage qu'on veut imposer au monde du travail.
On en voit l'illustration dans les attaques dont FO, la FSU et plus encore la CGT, sont l'objet aujourd'hui. Sous prétexte de défendre la police on condamne un syndicat CGT pour une affiche qui ne fait que traduire, avec véhémence certes, une violence policière dont des manifestants pacifiques ont à souffrir dans leur chair.
Cela n'a pas pris encore l'ampleur répressive que les Etats-Unis ont connu sous la présidence Reagan ou celle de Thatcher en Grande Bretagne dans les années quatre-vingt, mais ce rempart syndical, lycéen, universitaire ou ouvrier, est attaqué de toutes parts, avec la complicité des media détenus par le pouvoir économique.
Par ailleurs, les dernières déclarations de Valls appelant les syndicats à organiser moins de manifestations instillent l'idée dans l'opinion qu'ils seraient les véritables responsables des violences.

Au travers de ce conflit, on constate que le fait syndical en France est remis en cause par le pouvoir, de  gauche ou de droite gouvernementales.
Il sera mis d'autant plus en difficulté si le mouvement social aujourd'hui ne parvient pas à ce que le gouvernement retire son projet. Ce serait là un échec qui s'ajouterait à ceux de 1993 et surtout 2003 et 2010 lesquelles portent encore aujourd'hui leurs fruits amers dans le monde syndical.
Le tournant vers une société inégalitaire, contraire à celle encore prônée par la république pourrait alors bel et bien se concrétiser. C'est ainsi qu'il faut lire la déclaration de Valls "la gauche peut mourir". C'est ce qu'il veut au fond.

Il faut que le gouvernement retire son projet. Car la menace est concrète, elle touchera nos vies plus vite qu'on ne le croit, c'est déjà commencé. S'opposer à cette loi n'est pas seulement s'opposer à un gouvernement hors-sol, c'est refuser une société qui aurait perdu l'essentiel de son idéal social, démocratique et républicain.

JMG

samedi 14 mai 2016

Qui fait la courte échelle à Juppé ?

Ce sera pire avec la droite, et Valls, Hollande, le gouvernement dans son ensemble, le savent. L'on dirait même qu'ils comptent là-dessus, se servent de la droite comme d'un épouvantail, comme d'une planche de salut : que les autres, en face, déclarent haut et fort qu'ils feront pire que lui. Le piège pour ainsi dire est en passe de fonctionner, sa première étape en tout cas : les candidats "républicains" ou centristes font la course à l’échalote, c'est à celui ou celle d'entre eux de proposer le mieux-disant "libéral", celui ou celle qui aura le plus de "courage" pour réduire les dépenses publiques, et donc tailler dans les services publics, en y détruisant des emplois, comme si cela pouvait constituer la condition unique d'un retour à la prospérité.

C'est dans l'air aujourd'hui, (il y a même une émission à la télévision, qui porte ce nom et qui en instille l'idée, comme l'ensemble des media, peu à peu, ou grossièrement, de jour en jour): les emplois publics empêcheraient la richesse, leur diminution en nombre serait donc le moyen infaillible d'un retour à la "croissance". Cela est dit ou écrit à longueur de journaux, comme autant d'incantations religieuses, sans le moindre début de démonstration sérieuse, ni encore moins de preuves.
Ainsi oublie-t-on de faire l'hypothèse tout à fait plausible qu'au contraire ces emplois, tout en soutenant l'activité, sont de nature à servir la population à un coût social et économique moindre que celui proposé par l'entreprise privée, et pour cause, puisque celle-ci devient de plus en plus le jouet de la financiarisation extrême de notre économie.

Quelles mouches donc les piquent, tous ces libéraux qui poussent le néo-libéralisme jusqu'au bout de la caricature : ainsi Juppé, soit-disant pour atteindre le plein emploi, mais au risque de déstabiliser tous les transferts sociaux, propose ni plus ni moins de baisser les prélèvement obligatoires de 28 milliards d'euros et de réduire les cotisations familles de 10 milliards. Il faut y ajouter son projet de porter l'âge de la retraite à 65 ans et celui de supprimer les 35 heures (il y avait longtemps !). Je ne cite pas les autres, Le Maire, Sarkozy et compagnie, qui font pire dans cette surenchère propre à aggraver les inégalités, comme si celles-ci n'étaient pas déjà assez fortes en France comme dans l'ensemble de l'union européenne.

Nul doute que cette folie néo-libérale, qui plus est à l'approche d'une élection capitale, est encouragée par la politique gouvernementale qui conduit à la démesure et la surenchère dans un conservatisme habituellement attaché à la droite. La loi El Khomry en est le dernier et éclatant exemple. Elle ne créera aucun emploi, et si jamais c'était le cas elle serait plutôt de nature à en susciter des plus précaires. En tout cas elle va dans le sens d'encore plus de précarité et d'instabilité dans le monde du travail. Elle finit d'insinuer dans les esprits que l'emploi à vie c'est fini et que c'est le sacro-saint "marché" en définitive qui désormais devrait être le maître de nos vies.

C'est pourquoi, compte tenu du désastre politique, du rejet qu'il n'a pas fini de susciter, de son inefficacité économique probable, et de sa nuisance sociale assurée, il conviendrait que le gouvernement, dans sa grande sagesse enfin retrouvée, retire son projet, au besoin en convoquant dans le même temps, une grande conférence sociale, digne de ce nom, celle-là même que l'on pouvait attendre après les promesses du candidat Hollande.

Il est bien tard déjà mais le retrait du texte est devenu une nécessité urgente et absolu, si l'on veut sauver ce qui peut l'être encore.

JMG

dimanche 24 avril 2016

Valls ou Macron, pile ou pile

Macron et Valls sont les deux faces d'une même réalité politique, deux ambitieux, dont l'un Macron se découvre à peine, dans le style "pourquoi pas moi ?". Macron fait propre sur lui, jeune, enthousiaste, énarque, ancien de la banque Rothschild, bien peigné, nouveau, souriant, gendre idéal, et même philosophe paraît-il (mais c'est un bon point, le seul peut-être, on aimerait même qu'il le soit davantage), tout ce qu'il faut, avec l'active complicité des media, pour plaire en une classe moyenne supérieure qui aura été l'une des plus oubliées de la présidence Hollande.

Valls est plus vieux en politique, vieux un mot pourtant qu'il ne doit pas aimer, lui qui veut faire du neuf en renversant la table, le Sarkozy de "gauche", qui comme son mentor est passé par le ministère de l'Intérieur pour gagner cette image d'homme à poigne et qui donc lui a permis de faire son Clémenceau.

On peut s'amuser un instant de ces différences de style, on peut gloser à l'infini, et les magazines ne s'en privent pas, sur les attitudes de ces deux "génies" de la politique dont la presse se repaît des déclarations.
"La gauche ne me satisfait pas " dit Macron, sans rire, et tous les journaux de reprendre cette phrase, qui rentrera dans l'histoire, mais le temps d'un jour ou deux, le temps compté d'un week-end d'avril plus ou moins froid, humide et ennuyeux.

Cette déclaration fait penser à "la gauche peut mourir" de Valls, déclaration auto-réalisatrice s'il en est, qui pourrait passer à la prospérité, comme un mot de Cambronne lancé à ceux qu'il oserait encore appeler ses camarades.

Où sont les idées progressistes dans les propos de ces deux doués de la politique spectacle, qui veulent-ils défendre en priorité, ont-ils véritablement une vision politique, ou la politique pour eux n'est-elle le nom que de leur ambition ?
Il semble en tout cas, que c'est la guerre entre eux, comme si le reste, c'est-à-dire l'essentiel,  la situation économique et sociale dans le pays, plus que jamais divisé, plus que jamais soumis aux inégalités, n'avait pas d'importance.

Place au théâtre, place aux jeux du cirque, et à ce jeu pour une fois je me permettrai de faire des pronostics, voire même donner des conseils à ceux que l'ambition taraude, quitte à apporter un plus de confusion encore à une situation décidément désespérante.

Simplement pour l'amusement, je miserais sur Macron. Sous ses airs d'enfant de cœur, il est beaucoup plus malin que Valls.
Mais tous deux, sous leur faux-airs de premier de la classe, donnent une vision peu amène de la politique, et trahissent à l'envi les valeurs de la gauche. Et puis quel aura été leur bilan en leur qualité de ministre de l'économie ou de premier ministre ?
N'est-ce pas là une question plus importante que celle de ce concours de beauté qu'ils donnent en pâture au public ?

Gageons que le mouvement social les fasse revenir à l'essentiel.

JMG






samedi 23 avril 2016

El Khomry a-t-elle bien compris le texte qui porte son nom ?

On entend souvent reprocher aux étudiants ou aux militants qui se battent contre le projet de loi El Khomry ne pas l'avoir lu. Ceci est un faux procès, une astuce, une grosse ficelle pour faire croire au bon peuple que ces gens-là seraient le jouet d'une manipulation, qu'ils ne sauraient pas penser par eux-mêmes, qu'ils feraient de la politique avec quelques buts aussi fous que flous, irresponsables : renverser le gouvernement, foutre le bazar, faire la révolution.

Je fais l'hypothèse inverse : ce sont ceux qui sont à l'initiative de ce projet de loi, j'ai nommé les membres du gouvernement, qui ne savent pas vraiment ce que contient cette loi, loi dictée par un patronat français, ou ceux qui le représentent, qui ont perdu tout sens de l'intérêt général ou toute sorte de responsabilité sociale.
Le gouvernement en la matière ne leur sert que de porte-plume. Et donc il faut lui rappeler au gouvernement, ce que c'est que ce projet de loi, en quelques mots, nonobstant l'idéologie néo-libérale dont ils sont imprégnés et qui les rend aveugles et sourds à la réalité sociale et politique d'aujourd'hui.

Cette loi fait des accords d'entreprise le fondement même des relations de travail. S'agissant des heures supplémentaires notamment, c'est au niveau de l'entreprise que le taux de majoration de ces heures seraient déterminé, et non plus au niveau de l'accord de branche. Ainsi ce taux pourrait tomber à 10% au lieu de 25% ou 50% comme c'est prévu aujourd'hui.
La durée du travail hebdomadaire qui resterait au maximun à 48 heures sur une même semaine mais qui, en cas de circonstances exceptionnelles, pourraient aller jusqu'à soixante heures. On a hâte de savoir ce que seront ces circonstances exceptionnelles. Sur plusieurs semaines, un accord d'entreprise peut prévoir jusqu'à 46 heures de travail sur 12 semaines.

D'autres mesures constituent des reculs comme celles concernant l'astreinte par exemple, mais les plus sensibles, les plus emblématiques, sont celles qui remettent en cause le contrat de travail. Celui-ci désormais pourrait être modifié sans l'accord du salarié. Ainsi désormais : "lorsqu'un accord d'entreprise est conclu en vue de la préservation ou du développement de l'emploi, ses stipulations se substituent de plein droit aux clauses contraires et incompatibles du contrat de travail, y compris en matière de rémunération et de durée de travail." Ainsi l'accord collectif, au sein même de l'entreprise où les rapports de force sont le plus souvent à l'avantage de l'employeur, dans un contexte de financiarisation de l'économie,  commanderait la révision unilatérale du contrat de travail.

Les garanties individuelles de chaque salarié se trouvent gravement remises en causes par ce projet de loi qui donc fait la part belle à la flexibilité au détriment de la sécurité. La flex-sécurité ici est un leurre, un simple slogan, qui ne sert qu'à faire avaler la pilule d'une précarité devenue la norme sociale.
Cette loi, si elle passait, ne serait nullement favorable à l'emploi, mais par contre fragiliserait les emplois existants ainsi que l'ensemble de l'économie par l'abandon facilité des savoir-faire.
A lire une analyse de la loi dans le blog de Gérard Filoche.

On ne comprend pas comment un gouvernement, dit de gauche, a pu sortir un tel texte. On peut le voir alors comme un aveu d'impuissance, faire quelque chose plutôt que rien, mais ce faisant, faire pire que le camp conservateur classique, sans en mesurer les conséquences.
"Le Hollande bashing" qui en résulte ne vient pas de la gauche mais d'abord de la droite qui, malgré qu'il s'agisse d'une politique qu'elle ne renierait pas, enfonce sous l'eau, avec délectation, la tête d'un gouvernement qui se noie de ses propres reniements.
Et que ses soutiens habituels, y compris la bonne part de son propre parti, par dépit, sinon par dégoût, ont fini par laisser tomber.

JMG





jeudi 14 avril 2016

Macron, "en marche" à reculons

Macron un de ces jeunes devenu, en quatre temps trois mouvements, déjà si vieux. Ni de droite, ni de gauche, un néo-conservateur tout bonnement, qui peut en effet séduire les carriéristes, comme la confiture attire les guêpes, tous ceux qui désespèrent de se retrouver très bientôt sans poste, sans cabinet, sans avenir, orphelin d'une gauche dont ils se seront servis seulement pour leur parcours politicien.

La Véme République est friande de ce genre de situation, celle où un seul homme (ou femme, y'a pas de raisons que la parité n'aille pas jusqu'à l'incompétence), ici sous prétexte qu'il a été ministre, ou assez compétent aux yeux des libéraux pour avoir travaillé à la banque Rothschild (tu parles !), se retrouve à la tête d'un mouvement, "en marche", où s'agglutinent les ambitieux, parmi ceux qui mélangent allègrement la gauche ou la droite, ou le centre, profitant opportunément de la confusion idéologique entretenue par ceux qui y ont intérêt et qui en général travaille plutôt contre l'intérêt du plus grand nombre.

Nous en avons un autre exemple, par la constitution d'un groupe aussi imprécis, vague et trompeur, mais avec un but affiché, celui d'organiser les primaires pour la présidentielle, et qui s'est auto-intitulé "primaire des Français", avec à sa tête un écrivain, Alexandre Jardin, qui se prend  pour un zèbre, en compagnie d'une ancienne ministre Corrine Lepage, extrémiste du centre. Là aussi on entend mélanger droite et gauche, ou favoriser la société civile (laquelle au fait ?), ce qui revient au même, comme si la politique avait encore besoin de tant d'imprécision. Pour le coup, quand c'est flou, y'a un loup. "La réalité est notre doctrine" a dit même Cavada qui fait partie du lot. Oui, et qui la décrète la réalité, qui l'a dit ou la devine ? N'y a-t-il pas autant de réalités qu'il y a de mouvements, ou de partis politiques, ou de citoyens, ou d'êtres humains ?
Lepage, Cavada, Jardin le zèbre, Macron bien sûr, sont les noms d'une seule et même réalité : l'arnaque politicienne doublée de la ringardise.

"Nuit debout" est plus authentique, plus clair, ils ont un but, outre celui de la démocratie qui pourrait s'auto-suffire tant celle-ci nous est précieuse, ils revendiquent le retrait de la loi Travail. Ils ont compris que cette loi signifiait l'accroissement de la précarité, cet excès de précarité qui existe désormais en Espagne, en Italie, après que, dans ces pays, les réformes que le pouvoir en France veut imposer, eurent produit tous leurs effets. C'est clair, c'est sans bavure (sauf venant de la police), on ne sait pas encore ce qu'ils veulent, le débat le leur dira, mais ils savent ce qu'ils ne veulent pas.
En débattant, on apprend que la réalité est multiple, qu'il faut être prudent avec elle, qu'elle n'est pas unique, ni mensongère, ni dépassé comme celle de Jean-Marie Cavada, qu'il y a plusieurs langues pour la nommer.

Ce faisant, "Nuit debout" réinvente, ou souligne la nécessité de la pensée critique, qui manque tant à la pensée politique aujourd'hui.

"Nuit debout" en même temps qu'une possible force de proposition, est un mouvement de résistance, ils sont là, debout précisément, parce que les pouvoirs actuels, économique, politique, ont pris toute la place et qu'il n'y avait rien, notamment par rapport à la loi travail, absolument rien à négocier de la part de tous les oligarques, masqués ou non, ou de la part d'un gouvernement devenu sourd et politiquement inconscient.
C'est vrai, nul ne sait ce que cela va devenir, pour l'heure ça continue, et c'est là l'essentiel...

C'est contre la marche à reculons que les manifestants de la place de la République, et un peu partout en France, sur les places, se sont levés, qu'ils se sont indignés et qu'ils nous invitent à rester éveillés.

JMG

dimanche 3 avril 2016

La CFDT, courroie de transmission des pouvoirs en place

La CFDT accompagne, soutient de fait la régression sociale, avec des arguments le plus souvent inspirés de la doctrine libérale, arguments faibles mais qui font mouche parce qu'ils prennent, naturellement venant d'une organisation syndicale, la couverture ou l'alibi de l'émancipation sociale ; arguments aventuristes et dangereux pour le monde du travail et qui sont présentés, par les principaux media, mais aussi par le gouvernement en place, comme responsables et modernes.

En réalité le réformisme de la CFDT n'est qu'un déformisme de la réalité sociale. Son principal argument se fonde sur le fait que la négociation locale, par entreprise, serait la clé de la réussite et de l'aboutissement du dialogue social, comme si en ces temps de pression sur les salaires, en ces temps d'austérité, le rapport de force était partout suffisant pour imposer des progrès ou, parce que l'heure est à la résistance, pour simplement défendre des acquis.

Il semble que la CFDT, sa direction nationale au moins, évolue dans un pays où le patronat, a priori, serait bon et soucieux de l'intérêt des salariés. Nous serions en quelque sorte dans le pays des bisounours, le seul fait de "négocier", comme ils disent, serait suffisant pour faire faire reculer le chômage ou pour prévenir des licenciements qui, le plus souvent, s'avèrent anti-économiques en plus d'être "anti-social". 
Il ne peut être pour autant question de faire le procès des chefs d'entreprise qui, dans la grande  majorité des cas ont les yeux rivés sur un carnet de commandes souvent désespérément vide, et pour lesquels, contrairement aux patrons voyous,  licencier ne fait pas plaisir. 

La solution ne doit donc pas être recherchée dans une vision microscopique de la réalité sociale. Ou pas seulement. Cette réalité doit être considérée en effet dans toute sa dimension macro-économique. Et, en l'occurrence, la défense du Code du Travail participe, dans la mesure notamment où il place les salariés et les entreprises dans un cadre équitable, à contenir un dumping social qui s'aggrave de jour en jour. Il s'agit de défendre et de promouvoir un développement économique harmonieux tout en préservant, sur l'ensemble du territoire, les droits essentiels des salariés. 

Ainsi la CFDT n'est pas plus "moderne",  plus "réfléchie", ou encore plus "responsable" qu'une CGT qui, elle, serait jusqu'au-boutiste, fanatique, extrémiste. La CGT se soucie au contraire de la réalité économique, il est injuste de la présenter comme une adversaire du dialogue social. 
Mais, contrairement à la CFDT qui semble avoir abandonné le terrain de l'action et de la pensée critiques, elle en sait le prix. 


JMG






dimanche 20 mars 2016

Georges

Georges Henry était mon beau-père, le père d'Isabelle. Il est aussi le père de Françoise Henry, écrivaine. Il vivait depuis une quinzaine d'années à Lons-le-Saunier, ville pour laquelle lui et son épouse avaient quitté Paris. Son épouse est disparue en février 2012 et il en resta très affectée, ils se vouaient  un grand amour. Depuis on pouvait reconnaître, dans les rues de Lons-le-Saunier, sa silhouette humble et solitaire. Lorsqu'il nous le rencontrions, son visage resplendissait, tout à la joie de nous revoir.

Il est décédé vendredi en fin d'après-midi, le 18 mars dernier, sur la route de Chalon-sur-Saône à Louhans et venait de Digoin où il avait rendu visite à sa sœur. D'après les photos de l'accident le temps était au beau, préfigurant un printemps aussi proche qu'attendu. Ce printemps il ne l'aura donc pas connu. Peut-être s'est-il assoupi l'espace d'une seconde, ou moins, une absence, qui lui ont suffi à prendre de plein fouet l'autocar qui venait en face. 

Il était ancien élève de l'école centrale de Paris. Georges Henry était un expert en géophysique reconnu de sa profession. 
Il avait été désigné avec deux autres ingénieurs, à démonter, sous le sceau du secret-défense, la supercherie des "avions renifleurs" qui fut un des grands scandales de la présidence Giscard d'Estaing, à la fin des années soixante-dix. Le "Canard Enchaîné" en avait fait ses choux gras, un feuilleton dont la France et le monde s'amusèrent. Il nous avait raconté, l'air espiègle, qu'un jour il avait oublié dans le métro sa serviette qui contenait des documents classés secrets sur cette affaire. Angoissé, et en désespoir de cause, il s'était rendu aux objets trouvés rue des Morillons à Paris : elle y était.

La supercherie était grossière mais le gouvernement de l'époque, comme la direction de la société qui s'appelait encore Elf-Aquitaine (avant de devenir Total que nous connaissons aujourd'hui), avaient cru trouver là, du haut de leur superbe, la pierre philosophale de la recherche pétrolière, en faisant fi de la prudence scientifique qui était précisément l'une des qualités exigeante de Georges Henry.

Il en riait encore avec nous mais en avait gardé une amertume certaine : il avait découvert à cette occasion, lui qui avait une confiance quasi-naïve en l'homme, comment le pouvoir pouvait se pervertir au point de croire n'importe quelle fadaise du moment que cela le confortait. 
Ainsi les responsables de l'époque s'étaient-ils laisser berner par un magicien nommé Bonassoli, lequel s'était fait roi du pétrole, maître en imposture, et qui fit dépenser à l'époque des millions de francs à l'Etat français et à la société Elf-Aquitaine. 
Le pouvoir de l'époque avait été aveuglé par cette idée miraculeuse que l'on pourrait découvrir du pétrole par simple survol des territoires, et par la même occasion, surpasser, pour s'en passer définitivement peut-être, toutes les équipes scientifiques de recherche et d'exploration.
Sans compter toutes les implications que cette"invention", aux yeux des responsables politiques de l'époque, pouvait entraîner sur le plan militaire.

Il quitte ce monde après avoir vécu une vie riche, ayant visité de nombreux pays de par sa profession. Il était étonnamment modeste, il avait ce don du bonheur dont peu de gens peuvent se flatter, il se contentait de petites choses, faisait sa joie de tout ce qui lui paraissait beau. J'ajoute qu'il tenait un blog qu'il alimentait très régulièrement, notamment beaucoup de billets à caractère scientifique, spirituel souvent aussi, et politique ce qui nous valait quelques discussions animées.

C'est un homme rare qui nous quitte, modeste et généreux, nous ne pourrons ni ne voudrons l'oublier.

JMG