samedi 14 juin 2014

Parti socialiste : ne pas laisser la clé aux conservateurs

Le parti socialiste n’est plus ce qu’il était et il faut le retrouver. Non en vertu d’un sentiment d’appartenance dont on serait nostalgique mais parce qu’il est encore nécessaire à la gauche toute entière. On est aujourd’hui dans une impasse dans laquelle ceux que j’appellerais les conservateurs-libéralistes, à l’intérieur même du parti, l’ont placé.

Qui sont ces conservateurs ? Ils tiennent aujourd’hui les commandes du parti, ce sont ceux qui se définissent pourtant comme les modernistes, à coup par exemple d'illusoire réforme territoriale, ou pire de réforme ferroviaire, qui à tout bout du champ nous parlent du 21éme siècle sans nous en dire aucun contenu, aucun projet quelconque. Où nous mènent-ils ? Ce sont aussi ceux qui à tout prix veulent conserver leur place, avant d’en conquérir d’autres, alors qu'il nous faudrait songer à gagner la bataille des idées pour le progrès social.

Ce qui nous importe, à nous militants socialistes, c’est de retrouver les chemins du progrès et de la transformation sociale, dans la justice. Tout est à construire ou à reconstruire. Les élections municipales, puis européennes, nous ont montré s'il en était encore besoin, que le PS comme le gouvernement faisaient fausse route. Qui parmi ces conservateurs-libéralistes l’a entendu ? Mais les élections perdues ne sont rien par rapport à l’enjeu que représente aujourd’hui le combat que nous devons mener pour la défense de l’état social.

Celui-ci aujourd’hui est mis en danger par ceux-là mêmes auxquels nous avons fait confiance. Le gouvernement actuel de Manuel Valls va dans le mur, non seulement il met en péril l’ensemble du parti socialiste et de la gauche tout entière, mais surtout il est en passe de briser l’espoir d’une société plus égale, plus juste, moins violente. La politique dite de l’offre qu’il a choisi de conduire, fondé sur le monétarisme qui tourne le dos aux droits sociaux, sans voir que ceux-ci sont la condition même du développement économique, est une politique suicidaire qui fait entrer notre pays dans la déflation économique et la désespérance sociale.

Pour quelques points positifs, insuffisants, combien de décisions réglementaires ou législatives ont pu depuis l’élection de mai 2012 nous plonger dans un tel marasme avec des reculs que la droite elle-même n’aurait pas osé faire. Il faut d’ores et déjà en faire l’inventaire. Qu’en sera-t-il quand la droite revancharde sera revenue au pouvoir ? Ne sera-t-il pas trop tard, la droite ne prendra-t-elle pas prétexte de ce que ce gouvernement aura fait ou pas fait pour appuyer plus encore sur le bouton de la régression ?

C’est pourquoi il faut aujourd’hui nous ressaisir et appeler à un véritable débat à l’intérieur de notre parti et si besoin changer les directions locales et nationales. Car ce n'est pas à nous de partir pour leur laisser la clé.
Il est nécessaire de débattre à nouveau pour retrouver nos valeurs historiques en vue d’une autre action que celle qui nous est offerte. Il est hors de question de suivre aveuglément un gouvernement ou une direction nationale qui ont abandonné les exigences idéologiques et politiques débattues et votés en Congrès, il est hors de question de mettre sous le boisseau des promesses présidentielles pourtant très modérées.

Il faut tenir un congrès le plus rapidement possible, comme l'ont déjà demandé des membres du courant "maintenant la gauche", c’est notre seule chance pour tenter au moins de nous réapproprier notre parti.

Sur le plan fédéral j’appelle le premier secrétaire à réunir à une date fixée par le bureau fédéral une réunion de l’ensemble des militants du département du Jura pour faire le bilan de ce qui s’est passé depuis deux ans et ouvrir le chemin pour des réformes authentiques fidéles aux idéaux que nous avons toujours jusqu'ici défendus.

Il y a urgence.

Jean-Marc Gardère
membre du bureau fédéral PS Jura
mandataire "maintenant la gauche"

samedi 7 juin 2014

Pourquoi faire simple quand on peut faire encore plus compliqué qu'avant ?

Le projet de loi sur la réforme territoriale a été portée cette semaine à la connaissance de la presse. On en retiendra que le redécoupage des régions, pourtant d'importance, n'est pas le sujet principal même s'il aura alimenté allègrement les conversations de café du commerce et les bavardages du monde médiatique.
Car on a voulu  amuser le bon peuple avec ces histoires : pour ma part je ne veux retenir que la Corse restera bien une île, et la Bretagne une péninsule, quoique, pour la Bretagne à force de"réformes" je n'en suis plus tout à fait sûr...

On entre dans le vif du sujet : le projet de loi en son article 9 dispose notamment que les routes deviendront compétence des régions, régions telles qu'elles auront donc été redessinées, à la hâte paraît-il, sur une table élyséenne. Idem pour les transports ( article 8) voire même, et ce n'est pas un détail, les collèges (article 12). Pour ce qui concerne la voirie (les routes) l'article 9 précise encore que le conseil régional pourra déléguer leur gestion aux communautés d'agglomération, communautés urbaines ou métropoles...Sauf pour la métropole de Lyon...et la métropole de Paris...

Franchement on se demande à quoi ça sert que Raffarin il s'est décarcassé en deux-mille-quatre pour simplifier le mille-feuille tout en le rendant encore plus compliqué. Son record pourrait être battu car cette nouvelle loi ne va pas arranger les choses en matière de clarté pour tous les citoyens que nous sommes.
Par ailleurs on peut prévoir, alors qu'on espère des "économies", une accroissement des dépenses nécessaires pour la mise en place, sur le terrain, de ces dispositions. Cela ne pourra se faire sans heurt, ni perte d'énergie : sans entrer ici dans la technique, ni l'intendance, on peut s'attendre à des déménagements, des transferts de personnel ou leur mise à disposition d'une collectivité à telle autre... Etrange réforme qui ne simplifie pas grand-chose, pour laquelle on va passer beaucoup de temps alors que d'autres apparaissait bien plus urgentes et utiles. Mais la modernité n'attend pas, passez pour modernes et vous serez pardonnés.

Il est une chose enfin qui me tarabuste : l'article 26 crée les « maisons de services au public » en remplacement des (actuelles) « maisons de services publics ». Contrairement aux apparences, c'est loin d'être un détail. "Destinées à améliorer l’accès des populations aux services, elles peuvent, je cite l'exposé des motifs, relever de l’Etat, d’EPCI à fiscalité propre ou d’organismes de droit privé chargés d’une mission de service public. Elles rassemblent, dans les conditions prévues par une convention cadre, des services publics et privés."
Le langage a son importance : "services au public" et "services publics" ce n'est pas du tout la même chose. Cela signe la véritable signification de cette loi, celle d'une privatisation rampante, avec le risque à terme de la rupture de l'égalité d'accès aux services publics. Elle reflète la tendance résolument libérale de ce gouvernement.

A suivre donc, et avec attention, pour ne pas laisser porter cette blessure à la République, fût-elle décentralisée.

JMG

jeudi 29 mai 2014

On ne change pas les équipes qui perdent

Difficile de dire si le gouvernement et le Président de la République  ont bien mesuré l’échec de la gauche et celui du parti socialiste le 25 mai pour ces européennes. Je ne suis pas sûr qu’à un niveau plus modeste, celui de la fédération du Jura du parti socialiste, les responsables politiques en ayons pris beaucoup mieux la mesure.

Cet échec cinglant n’aurait donc servi à rien, faut-il se persuader qu’on ne change pas une équipe qui perd, même au prix de la catastrophe ?

Le FN a gagné ces élections, et ce ne pourrait être qu’un début si on prend ces résultats à la légère comme semble le faire le Président de la République à l’instar d’une belle brochette de responsables ou élus du parti socialiste dans une mélasse idéologique indescriptible empruntée à la droite ou au centre-droit.

Que disent-ils en gros ? Que c’est un cycle d’une crise qui va se terminer, tôt ou tard, bientôt nous dit-on, par un retournement. Ouarf !

Au niveau jurassien le premier fédéral nous écrit : « aucun militant et aucun élu ne doit faillir à son devoir de soutien absolu au Président de la République, au gouvernement et à la Majorité présidentielle".
Je goûte avec gourmandise l'adjectif "absolu". Il est savoureux en ces temps de monarque ou princes républicains déclinants.

 Bien chef, oui chef ! Cela est désolant, cela en dit long sur ce que devient le parti socialiste, un parti dont on voudrait faire des militants de simples godillots  après les avoir forcé à abandonner toute pensée critique. Voilà aujourd’hui ce qui mine le parti socialiste, le déficit démocratique, le manquement aux règles, le mépris en direction des militants, le manque de formation politique qui fait les (jeunes) ambitieux soucieux avant tout de leur carrière.
Alors, depuis deux ans, et c’est là l’essentiel malheureusement, les contre-réformes font florès qui reviennent violemment sur des lois sociales protectrices et de progrès, et dont on ne dit rien sauf à les encenser.
Ainsi en-est-il de la loi de sécurisation de l’emploi qui porte si mal son nom, qui en réalité bouleverse notre droit du travail, issue d’un accord avec des syndicats dit réformistes » telle la CFDT (ou sa direction nationale) dont les militants mêmes découvrent, sur le terrain, peu à peu, les effets négatifs du texte.

Loin de tenir ses promesses, Hollande en applique d’autres, celles que nous avons, alors dans l’opposition, combattues. On pourrait en multiplier les exemples. Jusqu’à la pièce maîtresse annoncée par le 1er ministre, ces cinquante milliards d’économie à faire qui seront de nature à déstabiliser l’Etat et ses services, qu'ils soient centraux, déconcentrés ou décentralisés et qui nous font passer du socio-libéralisme  -on n’ose même plus parler de social-démocratie- à l’ordo-libéralisme inspiré de l’Allemagne d’Angela Merkel.

Plus aucune volonté de progrès social et économique alors qu’il serait temps de parler de retour à une véritable progressivité de l'impôt sur le revenu, d’augmentation des minima sociaux, de réduction du temps de travail. Bien loin la loi des 35 heures de Lionel Jospin et de Martine Aubry qui à l’époque, malgré tout le mal que la droite a pu en dire, a retardé la crise et créé de 300 à 400 000 emplois.

Aujourd’hui on nous parle au contraire de suspension (dernières déclarations du ministre du travail) des seuils dans les entreprises pour la représentation du personnel. Comme si toutes les décisions prises jusqu’alors au bénéfice d’un politique de l’offre ne suffisait pas, voilà qu’on en rajoute dans l’atteinte de la démocratie sociale dans l’entreprise.

Voilà pourquoi le parti socialiste, s’il veut survivre, doit enfin redresser la tête et dire non à toutes ces politiques rétrogrades qui ne servent en définitive qu’à la spéculation financière, et qui tourne le dos à tous ceux, employés, ouvriers, cadres qu’il est encore tout de même censé représenter.

La politique comme la nature a horreur du vide.

Le vide politique se remplit par ceux qui sont arrivés en tête le 25 mai dernier et qui voudraient nous prendre jusqu’au langage.

JMarc Gardère

dimanche 25 mai 2014

Cela m'aurait pas plu

Un conseiller général, celui de Lons-Nord pour ne pas le nommer, a qualifié un autre conseiller général ( et non des moindres ) de syndicaliste. Cela m'aurait pas plu. L'invective, si c'en est une et c'en est peut-être à l'oreille ou aux yeux de certains, se faisait au sujet de la réforme territoriale initiée par notre gouvernement, réforme que notre conseiller général entendait donc défendre alors même que personne en France n'en connait encore le contenu précis, y compris ceux qui en seront en définitive les auteurs. Car plusieurs solutions sont sur la table et on ne sait laquelle aura finalement les faveurs de nos politiciens les mieux placés pour emporter la décision.

Notre conseiller général sous-entendait qu'il fallait être élu pour avoir une vision, le message subliminal disposant qu'un syndicaliste lui n'en aurait pas. S'agissant de réforme territoriale, au point où nous en sommes aujourd'hui, toute vision ne peut-être que brouillée.

Il y avait, il y a toujours, d'autres réformes à faire bien plus urgentes que celle-ci laquelle ne faisait même pas partie des "promesses" de François Hollande. C'est qu'il doit être plus aisée de tenir les promesses que l'on n'a pas faite, pour faire oublier sans doute celles qu'on n'a pas l'intention de tenir, comme par exemple la grande réforme fiscale que l'on entend toujours.

Est-il visionnaire de défendre une réforme, pour l'heure invisible, dont on peut craindre qu'elle sera mise en oeuvre sans réelle concertation compte tenu de la précipitation qu'on veut subitement y mettre ? Ce serait amusant si ce n'était dramatique pour notre République, car cette réforme est là pour en cacher d'autres, celles qui verront la disparition, dans nos territoires, de milliers d'emplois publics utiles ou nécessaires à l'ensemble de la population.

Les statuts du parti socialiste, dans sa déclaration de principes, conseillent à ses adhérents l'adhésion à un syndicat. C'était même une obligation jusqu'en 2008. Car le syndicalisme est un moyen de garder les pieds sur terre. En matière de réforme territoriale le pouvoir aurait intérêt à respecter, au travers de leurs organisation, les salariés de ce secteur.

C'est loin d'être le cas aujourd'hui.


Jean-Marc Gardère
syndicaliste
membre de la commission exécutive de l'ufict-CGT

samedi 17 mai 2014

Ils se disent révolutionnaires

On parle de mille-feuille territorial mais ne s’agit-il pas plutôt d’un mille-feuille de réformes territoriales ? Entre communautés d’agglomération (qui devraient se transformer en métropoles…), communautés urbaines, fusion de régions annoncée, suppression des départements, clause de compétence générale supprimée fin 2010, son rétablissement en janvier 2014, puis sa disparition à nouveau annoncée par le 1er Ministre… Bien malin qui aujourd’hui se retrouve dans tout ce fatras. Il faudrait donc se calmer et laisser un peu de place à un minimum de stabilité permettant aux acteurs des services publics de travailler en paix.
La notion de territoire est devenu, depuis 2003 au moins, un enjeu politicien qui laisse de côté ce pour quoi le découpage administratif est fait, à savoir la gestion des services publics locaux dont les citoyens et usagers sont en droit de se partager équitablement les effets.
Car au fond on ne réforme rien du tout, par contre on réduit les moyens des collectivités en taillant dans leurs dotations. Ainsi douze milliards en moins annoncées qui manqueront aux routes, collèges, lycées, aide aux entreprises, assainissement, transports, à l'aide sociale si sollicitée aujourd'hui, et pour cause... C’est donc ça le choc de simplification ?
Si on en croit un chercheur du CNRS ce ne serait pas douze mais vingt-sept milliards d'investissement sur quatre ans qui serait ainsi économisés pour soi-disant rentrer dans les clous des comptes publics au nom du pacte de stabilité. 

Comptes publics qui, pour les collectivités, n'ont jamais souffert de déséquilibre.  Contrairement à l'Etat le vote de budgets déséquilibrés n'a jamais été ni la règle, ni la pratique. C'est donc un mauvais procès que l'on fait aux collectivités chez lesquelles on veut à tout prix importer la crise, quand on veut tuer son chien, on dit, où ici insinue-t-on, qu'il a la rage.
C'est ce qui compte : 27 milliards en moins de fonctionnement et d’investissement publics qui manqueraient à l'activité et qui donc constitueront une source supplémentaire de chômage et de pauvreté.
Cette réforme territoriale, dont on ne connaît pas encore les contours, lesquels se déforment et se reforment de jour en jour, selon les états d'âmes de nos politiciens, n'est que de la poudre aux yeux, elles entend dissimuler l'essentiel, à savoir la disparition prochaine de pans entiers de services publics de proximité.


Cette folie pourrait également avoir pour conséquence, et peut-être est-ce là le but recherché, de faciliter la privatisation de services rentables pour certains investisseurs indifférent, et pour cause, à l'égalité d'accès aux services publics qui est l'un des fondements de notre République.

Manquant d'argent frais pour cause d'austérité, les collectivités, et on sait la fragilité de certains de nos élus devant des lobbys particulièrement efficaces, pourraient être tentés de déléguer au privé des services gérés jusque là par eux-mêmes.
Car, comme pour la santé, pour les retraites, il y a là aussi de l'argent à se faire, des bénéfices à tirer aux dépens des contribuables qui, tout au moins au début, n'y verront que du feu mais qui pourront, bien vite, s'en mordre les doigts. Cela pourrait se faire notamment dans le cadre de partenariats public privé, indolores au début mais qui se révèlent être autant de catastrophes pour les finances publiques. On peut prendre l'exemple de l'hôpital d'Evry, que Manuel Valls connaît bien pourtant.

Si on voulait vraiment réformer nos territoires on s'y prendrait autrement, on commencerait d'abord par une réforme de la fiscalité locale pour la rendre plus juste et plus équitable. 

S'ils ne jouaient encore que leur petit destin politique, mais Hollande et Valls jouent ici les apprentis-sorciers...ils ne se montrent nullement au service des populations. Au passage, ils mettent en péril des milliers d'emplois publics, véritables sources de richesse, alors que notre pays souffre tant du chômage.
Cette réforme n'en est pas une et ils voudraient la faire passer pour révolutionnaire.

JMG



samedi 10 mai 2014

Mille-feuilles,tartes à la crème, ou l'art des réformes territoriales inutiles (suite)

André Vallini, le secrétaire d’Etat qui sera en charge de le conduire la réforme territoriale tout récemment accélérée par les propos du chef de l’Etat, a déclaré que cette réforme pourrait conduire à une économie de 12 à 25 milliards d’euros pour l'Etat ( douze à vingt-cinq, appréciez au passage l'extrême précision !) 

Prend-on les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, pour des imbéciles ou simplement pour des militants socialistes ? Ce gouvernement semble être un champion en matière de communication politicienne pour faire oublier les vrais problèmes, ce gouvernement continue en cela de suivre le chemin tracé par un Sarkozy. C’est d’autant plus grave, étonnant et rageant, que c’est nous militants socialistes, qui l’avons mis au pouvoir. 

Souvenons-nous que le premier ministre, Manuel Valls, a avancé le chiffre de 50 milliards d’économie de dépenses publiques dans le cadre du plan dit de responsabilité pour contenter la commission de Bruxelles et Mme Merkel. En effet, d’après notre gouvernement, il est impérieux de respecter les engagements pris et de respecter ainsi l'objectif ( inatteignable) d’un déficit budgétaire qui n'excède pas les trois pour cent. On voit ce que ça donne en terme de récession, mais le sujet n'est pas là...

Ces cinquante milliards sont partagés entre 12 milliards d’économie faits par l’Etat central, 11 milliards exigés sur le budget de la sécurité sociale et enfin 11 à 12 milliards pour les collectivités territoriales.

On retrouve là les douze ( à vingt-cinq ?) milliards de Vallini, et contrairement à ce que prétend ce secrétaire d'Etat, ils ne seront pas le fruit d’hypothétiques économies provenant de cette énième réforme.  Diviser le nombre des régions par deux, supprimer les départements, regrouper voire faire disparaître les communes, ne rapportera pas un kopeck aux contribuables !

Elle serait même de nature à augmenter indirectement la dépense publique que tous nos socio-libéraux thatchérisés veulent pourtant réduire. Songeons par exemple à quoi mènerait la disparition de nombres de petits maires ruraux qui travaillent bénévolement à rendre service à leurs administrés. Qui fera le travail à leur place ? Un travail inestimable sur un plan financier, c’est vrai.

La désertification et l’abandon des zones rurales s’en trouvera de plus accentuées. Quel sera le coût social de tout ce gâchis ? Où se nicheront véritablement les économies ? Aide sociale, routes, collèges, culture ?

Les économies d’échelle attendues ne se révéleront pas à la hauteur des espérances de certains de membres des cabinets ministériels ou de ministres eux-mêmes. 
Cette réforme, dont on ne connaît pas encore le détail, est une énième réforme dite de décentralisation. Elle n'aura que l'avantage de cacher la misère que l’on prévoit pour les collectivités.
Cette réforme n'apportera rien, elle s'ajoute aux précédentes, déjà nombreuses, elle ne fera qu'accentuer l'incompréhension des usagers et des citoyens.
Elle se révèle aussi comme une réforme à dessein politicien puisqu’elle permet de nous faire oublier par la même occasion les véritables problèmes qu'il serait urgent de traiter. On eût aimé que Hollande tienne les promesses qu'il a faites avant de projeter des lois qu'il n'avait nullement annoncées durant sa campagne.

Où est la grande réforme fiscale promise, ou donc est passée la volonté de constituer une VI république susceptible de changer dans le bon sens les pratiques politiques en France ?

Rien de tout cela et à la place, ce projet, dont on peut craindre qu’il sera conduit sans concertation véritable, qui trompe les citoyens, qui portera atteinte à l'emploi public, et qui risque de casser la dynamique que les collectivités apporte encore, malgré la « crise », à l’ensemble du pays.

JMG

jeudi 8 mai 2014

Municipales : retour vers le futur

Ces élections municipales n'auront été finalement que le point d'orgue d'une tromperie généralisée. Fut-elle intentionnelle ? Peut-être pas. Mais le mal est profond.
François Hollande s'est fait élire, le discours du Bourget sur les finances l'atteste, sur un projet de gauche. Il conduit finalement une politique économique "de l’offre", réellement de droite, en évacuant la question sociale. Cela a produit chez nombre de militants un découragement, sinon un écœurement, que nous devons aujourd’hui assumer si tant est bien sûr que l'on décide de ne pas quitter le navire tout à fait. Ne parlons pas de l'électorat qui lui est complètement déboussolé, et impacte la gauche dans son entier, on le serait à moins.

Ne soyons pas naïfs, cela pourrait préparer un retournement, politique celui-là, vers le centre droit, le Modem, l'UDI, dont on voit bien déjà les prémisses. La nomination de Valls comme premier ministre n'est pas le fruit du hasard, dût-on sacrifier encore les intérêts du monde du travail. Doit-on laisser faire ?

Au niveau local et à Lons-le-Saunier, ce qui devait arriver est arrivé. Je passe sur les faux-faits (comme aurait dit Sartre) de l’histoire où on a vu un ancien membre du parti socialiste passé dans l’autre camp pour se faire nommer maire-adjoint par Jacques Pélissard toujours encarté à l'UMP. C’est un grand classique de l’opportunisme, les bénéficiaires n'en furent pas les citoyens en tout cas, et cela met plutôt de l’eau au moulin de la désaffection politique.

Du côté de la gauche, et plus particulièrement du parti socialiste qui existe encore malgré les nombreux avis de décès, cette campagne municipale lédonienne a en réalité été menée en dehors. Bien sûr on me dira que ce n’est pas grave en soi, que les partis ne sont pas l’avenir, que seul le suffrage universel compte, et qu'il faut avant tout faire confiance en la société civile. C’est si vrai que notre candidat s’était déjà auto-proclamé fin 2012, "un homme, une vision" annonçait-il, et s’appuyant sur des "experts" dont certains, peu nombreux au final pour cause de défaite, sont aujourd’hui membres du conseil municipal dans l’opposition. Et en lieu et place de militants qui se battent depuis des années.

Un "parti" s'est dès lors constitué à côté du nôtre le temps des municipales, mais sans respect de la démocratie puisque celle-ci s'élaborait en des formes de géométrie variable. Cela pouvait se traduire notamment par des réunions auxquels certains, à certains moments, pouvaient être convoqués, et à d'autres moments non, selon le bon vouloir de la tête de liste pourtant officiellement désignée par le parti socialiste. Ce dernier allait même jusqu'à ne pas donner au moment ultime la place qu'auraient les candidats sur sa liste.

Il ne s’agit pas ici de faire l’apologie des partis politiques. Pourtant on n'a rien inventé de mieux si tant est qu'on en respecte ses règles, en l'occurrence celles que le parti socialiste s'était fixées. Mais ce sont des hommes qui composent les partis. Ainsi, pour gagner la guerre des places a-t-on vu triompher l’individualisme, le carriérisme, et l'amateurisme au bout du compte. Voilà aussi pourquoi le parti socialiste est aussi affaibli aujourd'hui, en réanimation, et dont on ne connait pas encore l'issue.

Résultat : il n'y eut pas de projet municipal digne de ce nom, aucun projet phare, sans lesquels on ne peut gagner une ville, et autour desquels on aurait pu créer une vraie dynamique, il n'y eut pas non plus de rassemblement de toute la gauche. L'occasion était pourtant belle de mettre un terme à vingt-cinq ans de mandats consécutifs. Mais non, Jacques Pélissard est toujours là, et, comme on l'a déjà dit, pourra tranquillement préparer sa succession, au besoin en faisant se déchirer les jeunes loups qu'il aura placés en première ligne.

Le contexte national a fini le travail de l'échec. La gauche a perdu parce que l'abstention a gagné des électeurs de gauche découragés.
On est même tentés de ne plus faire appel aux électeurs, de quelque bord soient-ils, puisque le président de la république vient d'annoncer que les élections régionales et cantonales de 2015 pourraient être retardées d'un an pour cause d'une réforme territoriale que l'on veut accélérer. Comme s'il n'y avait pas d'autres priorités.

La droite avait en 2007 fait de même avec les municipales et les cantonales, faisant passer le mandat de six à sept ans pour je ne sais quel prétexte. La gauche au pouvoir l'imite donc au grand péril de la démocratie et du sien. Elle agit ainsi, une fois de plus, contre ses propres valeurs.

Une raison supplémentaire pour que les électeurs viennent aux urnes à reculons, ou pas du tout, la politique ne passant plus à leurs yeux, pour cause d'atermoiement démocratique, comme une chose sérieuse.

Place maintenant aux européennes qui seront hélas à l'image du référendum non respecté de 2005, mais aussi surtout à celle d'une "Europe" libérale incapable de combattre la misère et le chômage.

Il faudra là encore se battre contre l'abstention. On devine qui pourrait sinon tirer son épingle du jeu.

JMG

samedi 26 avril 2014

La face cachée d'une réforme

La disparition programmée des Départements posent des questions essentielles qui ne sont pas forcément celles que l’on croit. Observons d’abord qu'il y a loin de la coupe aux lèvres puisque le  Premier Ministre, dans sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, fixait une date d’effet pour 2021. D’ici là on peut penser que beaucoup de ministres, premiers ou pas, auront déjà coulé sous les yeux du peuple français, y compris Manuel Valls, à moins que celui-ci ne devienne Président de la République, ce dont personnellement je doute.

Pour l’heure, j'espère encore en un simple un effet d’annonce : il est politiquement correct, aujourd'hui encore, hélas, de montrer que le gouvernement fait quelque chose contre « le mille-feuille administratif » devenu depuis quelques années le nec plus ultra du projet politique en France. Faute de grives on mange des merles, on peut cacher l’inaction ou la paresse politiques par des projets douteux dont on sait qu'ils seront relayés par les media, ne serait-ce que par le vacarme polémique qu’ils pourront susciter. Et ça marche !
C’est le genre de sujet sensible comme le fut en 1969 celui, politiquement monumental à l’image de son initiateur Charles de Gaulle, de la disparition du Sénat. A partir du moment où cela concerne des élus, on peut être sûr en effet qu’il y aura du tangage. Car les élus en général ne font pas partie de la majorité silencieuse, ils font même du bruit, y compris avec des casseroles.

La question que pose ce projet est celle, en réalité, de l’avenir de services publics de proximité et du respect que l’on porte à leurs usagers. Les départements oeuvrent en premier lieu pour les routes, les collèges, les services sociaux…et bien d’autres domaines encore au nom de la clause générale de compétence que notre premier ministre s’attache à vouloir faire aussi disparaître. Ce n’est pas en tuant l’institution qu’on fera disparaître le bien fondé, comme la nécessité, de ces compétences.
Toute les velléités aujourd’hui des réformes de l’organisation administrative de la France s’envisage en termes d’économie de finances publiques et non en terme d’efficacité des services publics, ce qui ajoute à la confusion qu’on prétend vouloir combattre.
Attaquer l’institution c’est vouloir faire de l’austérité sans le dire en pensant que cela passera mieux dans les consciences, c’est sous-entendre qu’on dépense trop avant de couper dans le vif.
Le problème de fond est bel et bien l’avenir des services publics et non celui de l’institution qui n’en est que l’outil. Le problème de fond c’est bien l’austérité, ce sont bien les onze à douze milliards d’euros dont les usagers ou citoyens des collectivités dans leur ensemble devront faire le deuil dans leur vie quotidienne.

La deuxième question est de nature démocratique. Voulant imiter l’Allemagne parce que son mille-feuille, de par son Histoire, serait moins épais et moins crémeux que le nôtre, on voudrait supprimer les strates territoriales en oubliant de considérer qu’elles sont aussi, d’abord, la manifestation de la démocratie locale. Ainsi veut-on aussi supprimer la commune, au profit notamment des métropoles,  sans voir que la commune est la base, en France, de l’engagement citoyen, du plus petit village à la grande ville qui sont historiquement des lieux de solidarité et de débat démocratique. Ainsi veut-on aussi supprimer désormais les départements. Le citoyen a la tête qui tourne, il n’y comprend plus rien, le remède est devenu bien pire que le mal. Mais c'est parce que nous n'avons pas affaire à un remède, mais bien plutôt à un alibi.

Défendons plutôt les services publics en ne faisant pas porter aux collectivités le poids d’une crise que l’Etat central ne veut plus assumer. Tout ça parce qu’il a décidé de remettre son destin à une Europe dont le peuple a déjà refusé l‘actuelle orientation. Mais c’est encore une autre affaire.

JMG

vendredi 18 avril 2014

Salaires et discrimination syndicale

La journée du sept avril dernier était celle du combat pour l’égalité salariale. Elle concernait l’égalité entre les hommes et les femmes bien sûr, mais en principe devait également faire réfléchir sur l'ensemble des discriminations en matière salariale .

Thomas Breda, un doctorant de l’école d’économie de Paris, établissait dans une étude que les délégués syndicaux étaient payés en moyenne 10% de moins que l’ensemble des autres salariés. En moyenne, et pour être plus précis, l’écart serait de 8 à 11% inférieur, à âge égal, à expérience égale, à diplôme égal, et à sexe égal.

 Cette étude est déjà un peu ancienne car elle date de 2010 mais la pression auquel est soumis de plus en plus le monde du travail n’a pas dû arranger les choses depuis quatre ans. Les employeurs, loin de vouloir acheter la paix sociale, comme on le pense communément, pratiqueraient bien plutôt une discrimination envers les syndicalistes.
 On pourrait objecter que ces écarts de salaires puissent venir de ce que ces délégués syndicaux seraient moins bons ou moins productifs dans leur travail. Le chercheur a au contraire observé que ces écarts de salaires s’enregistrent cinq années après le début des mandats détenus par ces délégués. Ces discriminations se font principalement par le biais de refus de promotion ou d’augmentation de salaires.

A tout seigneur tout honneur : le syndicat le plus touché serait la CGT, ses délégués percevraient en moyenne 20% de salaire en moins, la discrimination dans la discrimination en somme. Gage d'efficacité militante, ou bien sa conséquence ? Ensuite viennent la CFDT (10% de salaire en moins) puis Force Ouvrière dont les délégués, toujours en moyenne bien sûr,  ne perdraient rien...
En tout cas Il serait temps que cette discrimination anti-syndicale cesse car il en va là de la santé de la démocratie sociale, à une époque où la classe politique ne trouve plus crédit, à tort ou à raison, aux yeux des citoyens.
Cette réalité discriminatoire montre, s'il en était besoin, qu'en France, bien loin même d'une social-démocratie à l'allemande, les syndicats ne sont pas considérés, ni reconnus à leur juste place alors que leur action demeure essentielle dans les rapports sociaux.
Elle montre surtout que dans notre pays le combat syndical reste rude et difficile, ce qui explique, au moins en partie, le faible taux de syndicalisation. 

Enfin, ou pouvait espérer qu'un pouvoir de gauche fasse davantage pour la dé-criminalisation de l'action syndicale. Pour l'instant il n'en est rien. A-t-il au moins conscience qu'il en va de sa propre survie ?

JMG