vendredi 10 avril 2015

Y'a la maison qui brûle

Elle a été plutôt réussie la journée d'action intersyndicale interprofessionnelle du 9 avril menée par la CGT, FO, la FSU et Solidaires, journée de lutte contre l'austérité et ses méfaits économiques et sociaux. Les media pourtant n'en ont que très peu parlé, à part précisément un "téléphone sonne" le même jour sur France-Inter...
L'essentiel médiatique a préféré commenter à l'envi les déboires de la famille Le Pen. C'est dire que la défense de l'information publique est essentielle aujourd'hui pour que la gauche un jour  puisse reprendre la main dans le débat politique.

Ce qui se passe aujourd'hui à Radio France (ou à France Télévisions) est significatif et emblématique du pouvoir actuel qui aime à se dire de gauche tout en menant une politique d'austérité. En politique aujourd'hui l'essentiel c'est d'arrêter le débit de la pompe à finance, fermer le robinet est devenu le nec plus ultra de l'action publique, et Radio France en fait les frais.

On aimerait que tout le mal vienne de Matthieu Gallet, pédégé de son état, ce serait plus pratique. Jeune technocrate, ce type déborde de toutes les caractéristiques du parfait petit soldat du conservatisme économique et financier lequel est en train de nous brûler à petit feu sans que l’on puisse crier assez fort ou assez nombreux pour avoir quelque chance de se faire entendre.

Mais en réalité, et c'est bien dommage, Matthieu Gallet, l'homme au bureau à je ne sais plus combien d'euros, et même plus, n'est pour rien dans la crise, ou presque. Et le médiateur qui vient d'être nommé n'y pourra rien lui-même. Car ce n'est pas Gallet au fond le plus coupable, ce n'est pas lui qui met en péril cette boîte de plus de 4500 salariés qui fait encore de l'exception culturelle comparée à ce qui existe tout à côté, à RTL ou Europe 1 et à tous ceux qui sont obligés, substantiellement, de faire de la pub pour vivre.
Il a l'air comme ça, avec sa tête de premier pompier de la classe, mais c'est pas lui le chef des pyromanes qui mettent le feu à la maison ronde. Lui c'est tout juste une étincelle qui embrase le bidon d'essence et met le feu à l'information publique.

Le vrai corps de sapeur-pompiers pyromanes ce serait plutôt les gouvernements successifs de Sarkozy et de Hollande. C'est même Fleur Pellerin qui le dit en accusant Sarko d'avoir commencé sans nier qu'elle, Fleur, et le gouvernement à qui elle appartient, continuent de plus belle.

Matthieu Gallet c'est seulement le fusible qui n'a pas encore sauté. On le regarde comme on regarde le doigt au lieu de la lune qu'il montre.

Oui, car il ne faut se leurrer, la flamme des économies tueuses d'emplois c'est bien le pouvoir actuel qui l'entretient en se désengageant de la radio-télévision publique. Le gouvernement finira bien par couvrir les 21 millions de déficit à Radio France, mais ce ne sera bientôt que partie remise, car des déficits il y en aura d'autres et ils seront si faciles à créer, en multipliant les externalisations hors de prix par exemple, déficit que l'on dénoncera pour permettre de tailler dans les dépenses et dans les moyens de fonctionner.

Le mal est bien plus profond qu'une mauvaise gestion réelle ou supposée. Le mal c'est Bruxelles et l'idéologie qui le soutient avec l'aide de Macron, autre technocrate jeune et plein d'avenir, ou Valls, le communiquant, qui donne à Hollande la bonne conscience de continuer de plus belle ces mesures d'austérité qui vont jusqu'à mettre en péril ce qui reste de la pluralité de la culture et de l'information.

JMG

dimanche 29 mars 2015

Voilà, c'est fini ?

Ou presque ? On peut légitimement se poser la question après le basculement à droite du Conseil Général du Jura, basculement qui s'accompagne du sauvetage de seulement trois cantons. Va falloir se bouger si on veut sauver ce qui peut l'être encore. Et donc colère bien sûr, mais retenue, dans la mesure où on pouvait s'attendre à cette défaite. Celle-ci n'est pas due au hasard, elle s'enracine dans quelques années de compromissions ou d'impostures. Ayant gagné à peine voilà quatre ans (il s'agit principalement du département du Jura) la fédération PS du Jura a tout perdu entraînant dans sa chute avec elle une gauche divisée.

Faut dire que la fédération du Jura n'a pas été aidée par Solférino ni par un gouvernement Valls-Hollande-Macron qui fait tout le contraire de ce pourquoi il fut porté au pouvoir. Il s'agit là d'une véritable trahison, historique, qui continue de mettre en péril la gauche toute entière et ses idéaux de justice, de progrès et de transformation sociales.
 Ce qu'on doit reprocher au PS, ici dans cette lointaine contrée du Jura (vue de Paris, s'entend), et à ses responsables locaux,  c'est cette incapacité à accepter un débat qui aurait pu sauver les meubles. Ils ont accepté de Solférino, au nom parfois d'une carrière à portée de main, les oukases idéologiques qu'autrefois ils avaient combattus...ou fait semblant de combattre. 
Je me souviens de ces élus qui participaient, avant qu'ils ne soient élus, (et qu'ils ne le sont plus aujourd'hui, ou si peu) aux manifestations contre les réformes d'inspiration néo-libérales.Pourquoi se sont-ils tus désormais ? Que ne voit-on pas ces mêmes (ex)-élus manifester, au moins leur désapprobation, contre le projet de loi Macron, incroyable recul, digne d'une droite dure, thatchérienne?

Ces élus pensaient avoir raison parce qu'ils croyaient détenir le pouvoir, et surtout qu'ils pourraient le conserver. Cela n'était qu'un leurre. Il aurait fallu un peu de modestie et revenir toujours à la source des fondamentaux, et au premier de ceux-ci :  la démocratie, et le respect qu'on lui doit. Or celle-ci a été bannie, foulée aux pieds. Le désormais ex-conseiller général de Lons-Nord parce qu'il se pensait en "élu émergeant" (nouveau produit politique ) s'auto-proclamait candidat investi aux municipales avant que le parti ne le décide en faisant appel à des appuis extérieurs sans concertation interne, tout en s'efforçant à l'intérieur du parti d'écarter celles ou ceux qui pourraient lui faire de l'ombre dans cette irrésistible ascension.
L'égocentrisme tint lieu de programme municipal cohérent, réaliste et démocratiquement partagé.
On se souvient aussi du soutien public du Président du Conseil Général, fort du prestige de sa fonction, trois mois avant que les militants concernés ne se prononcent. Pauvre démocratie interne.
Plus graves certaines pratiques politiques condamnables dans l’exercice du pouvoir comme cet anti-syndicalisme assumé, contre la CGT en particulier, impardonnable de la part d'un Président élu grâce aux forces de gauche.

Tout est à reconstruire, l'histoire est à suivre. A suivre, au niveau national, en juin prochain, avec le Congrès de Poitiers.  Mais les événements de ces trois dernières années, depuis celui de Toulouse, ont malheureusement montré qu'on pouvait s'en moquer et passer au-dessus de ce que pouvaient voter les militants.

Agir en dehors ou dans le parti, voilà donc la question telle qu'elle se pose aujourd'hui. Agir en dehors c'est diviser encore plus la gauche, l'éparpiller, la morceler. Ce n'est pas bon.

Mais agir à l'intérieur tient plus que jamais de la gageure.

JMG

lundi 16 mars 2015

L'extrême-droite se nourrit de l'imposture néo-libérale

On ne le dira jamais assez, la meilleure façon de combattre le Front National, en plus de s'indigner et de combattre ses idées xénophobes, c'est de faire une politique authentiquement de gauche, de respecter l'esprit de mai 2012 qui entendait contenir le pouvoir de la finance, et de tenir compte des décisions de congrès du parti socialiste pourtant bien modérées.  C'est à notre gouvernement que je m'adresse en sachant qu'il s'en contre-fout car, hélas, l'exigence de la transformation sociale aura été rangée par ce dernier, sous prétexte de pragmatisme, au rang des accessoires.

Combattre le Front National signifierait de lutter contre les inégalités qui ces dernières années n'ont cessé de se creuser comme s'est aggravé un chômage encouragé par des politiques d'austérité qui ont fait leur entrée jusque dans le monde des collectivités locales. Onze milliards d'euros en moins sur trois ans c'est peu par rapport à l'ensemble du budget de l'Etat, c'est considérable en conséquences néfastes sur l'investissement public. Sans compter côté culture, autre effet, ces dizaines de festivals appelés à disparaître pour des raisons idéologiques mais aussi économiques.

La meilleure façon d'arrêter l'irrésistible attention de l'extrême droite serait de cesser de conduire cette politique néo-libérale reprise à son compte par le gouvernement Valls-Hollande continuant ainsi une politique que la droite aujourd'hui a quelque difficulté à renier. Et pour cause.
Il semble bien que ce pouvoir fait le pari d'isoler cette droite dite républicaine, pour avoir affaire à la seule extrême-droite et de penser la battre. C'est refaire le coup de 2002 mais cette fois-ci conscient et à l'envers. Le jeu est dangereux.

Hollande attend depuis trois ans une "croissance" qui finira bien par arriver, ne serait-ce que parce qu'on sera tombé bien bas. Certains en voit déjà les prémisses, mais ce retour annoncé de l'activité se fonde essentiellement sur la baisse du prix du pétrole et sur une baisse de l'euro (au moins par rapport au dollar) consécutive au mille milliards d'euro que la BCE a décidé de verser sur la zone comme un gros seau d'eau destiné, on nous prie de le croire, à éteindre l'incendie déflationniste.

Si donc la croissance revient ce ne sera pas le fait des politiques menées au niveau national. En quoi la loi Macron est-elle de nature à redresser la barre ? Est-ce en dérégulant le marché du travail ?
La crise de 2008 aurait été amortie en France par la réalité et la persistance des droits sociaux. Pourquoi alors s'acharne-t-on à les faire peu à peu disparaître ?

Les électeurs traditionnels de la gauche dès lors se demandent si se déplacer dans les bureaux de vote peut en valoir la peine.
Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de la montée du Front National. Il est d'abord dans le découragement abstentionniste d'un peuple qui se sent abusé, victime d'une imposture dont il ne voit pas l'issue.

JMG

samedi 7 mars 2015

Georges Abdel-Sayed, militant et citoyen de souche

Il est arrivé dans notre pays en 1975, presque par erreur, la destination première celle qu'il avait choisie parce qu'il parlait anglais et pas encore le français, c'était la Grande-Bretagne.
Auparavant il aura connu, et subi comme acteur, les péripéties de l'histoire récente du Moyen-Orient, il aura vécu la guerre des six-jours et ses horreurs : ses compagnons de guerre, et d'infortune, massacrés, anéantis sous ses yeux par l'aviation israélienne qui bombardait les positions de l'armée de Nasser dans le Sinaï. Il en réchappe, indemne mais seulement physiquement. Dans son livre l'épisode est tout juste évoqué, précisément parce que la douleur doit encore être vive aujourd'hui.

Issu d'une famille du Caire relativement aisée, de religion copte ( Chrétiens d'Egypte, le nom "copte" désignait au départ les Egyptiens eux-mêmes),  il choisit en 1972, contre les avis de son père et de l'ensemble de sa famille, "le parti des plus démunis", le parti communiste, interdit dans le pays.
Il quitte l'Université et se rend à Moscou pendant quatre mois pour suivre les cours, dispensés en Arabe, de l'Ecole du parti communiste. Invité par des membres du PC il se rend au Liban et en Syrie où là aussi les partis politiques évoluent dans la clandestinité. C'est là qu'il rencontre Yasser Arafat et Georges Habache, qui finissent de le sensibiliser à la cause palestinienne. Il s'étonnera un peu plus tard de l'image de terroristes dont la France les affuble.
A la suite d'une manifestation interdite, il est une première fois emprisonné, sans procès, pendant trois mois. Ni la prison ni la torture n'entament sa détermination politique et militante.
En 1974 il est de nouveau emprisonné puis l'année suivante expulsé manu militari d'Egypte sans même pouvoir prévenir ses proches. Son père n'aura pas pu lui venir en aide puisque il meurt entre-temps dans un accident de la route.
Le voilà donc à Genève puis rapidement en France où il est accueilli comme réfugié politique par la Cimade et le secours catholique. 

Il dort même quelque temps dans la rue jusqu'à ce qu'il trouve son premier travail, serveur à Rueil- Malmaison où les délices de la langue française (argotique), qu'il découvre et apprend, lui font un jour, face à des clients amusés, confondre jus (café) et jus de fruit.

Puis c'est peu à peu l'intégration, intégration patiente et résolue qui le font devenir fonctionnaire territorial, d'abord à Villetaneuse, puis à la mairie de Romainville, Tremblay, et Bagnolet.
Il devient élu local à Bobigny dans le 9-3 dans la municipalité conduite par Bernard Birsinger dont la disparition à l'âge de 50 ans l'affectera tant.

Son engagement politique se sera donc poursuivi en France par l'adhésion, en 1976, au parti communiste, et à la CGT où il découvre l'engagement syndical. Il goûte à la liberté de militer sans entrave, ce qui lui était interdit en Egypte. Ses fonctions d'élu et de syndicaliste le placent au cœur de tous les événements importants de notre vie politique.
Il évoque dans son livre sa vie privée forcément chahutée par un engagement citoyen déterminé et constant.

C'est à Montreuil, à la commission exécutive de l'ufict-CGT des services publics, que je fais sa connaissance.
Nous y bénéficions de son expérience militante, et de ses remarques et prises de position toujours argumentées. Son histoire est singulière, elle signe le courage et la détermination incroyables et si rares aujourd'hui d'un citoyen du monde, et qui a voulu devenir français, fièrement, fidèlement, sans renier pour autant ses origines.

JMG

"Du Nil au canal de l'Ourq" par Georges Abdel-Sayed, Editions les points sur le I, 158 pages

jeudi 5 mars 2015

L'austérité en pratique dans les collectivités

L'austérité, de droite comme de "gauche", n'est pas nouvelle, elle dure depuis déjà de nombreuses années ponctuée de réformes territoriales souvent irresponsables au regard de l'aménagement du territoire, et qui cachent l'essentiel, à savoir la destruction à terme de pans entiers de services publics locaux. Je donne ici quelques extraits d'un tract de la CGT du Conseil Général du Jura sur la question des routes :

"L’organisation territoriale de l’entretien et de l’exploitation des routes du département du Jura sous la responsabilité de la DDE reposait sur 13 subdivisions dans les années 80, puis 11 dans les années 90 et 9 dans les années 2000.

Outre, la maintenance du réseau routier, ces services publics de proximité délivraient les permis de construire, les certificats d’urbanisme et portaient assistance aux communes dans leurs différents projets.

 C’est tout le sens du service public et du système de la redistribution des impôts.

Arrivent la décentralisation et les divers transferts de compétences et de personnels des DDE vers les collectivités.

En 2005, une nouvelle réorganisation du service des routes est à l’étude et aboutie à la nouvelle configuration de celui ci sous l’autorité du Conseil Général, le réduisant à nouveau.

Au 1er janvier 2007, le maillage territorial du service des routes du Conseil Général passe à 6 Centres Techniques Routiers Départementaux. Les 28 Centres d’Exploitation subsistent encore.

Mais c’est encore trop !

 Après de longues études et de multiples réflexions, une énième implantation territoriale apparaît au 1er janvier 2015 :

v    Les 6 CTRD laissent place à 4 agences et 26 Centre d'Exploitation.

Mais dans les décisions de nos décideurs politiques, il y a un sujet qui leur est difficile à compacter, celui du volume des routes, surtout quand celui-ci à tendance à progresser tel qu’avec l’ouverture de la déviation de Lons-le-Saunier.

Réduire nos services et le nombre d’agents devient un problème face aux 3560 kilomètres de routes départementales à entretenir.

Réduire les niveaux de service tel que durant la saison hivernale, c’est déjà en partie fait, mais il reste une autre solution, « se débarrasser » de quelques kilomètres de trop.

Etudes, analyses fines et le verdict tombe : 600 kilomètres de linéaire à brader !

Le 9 décembre dernier, M. le Président du Conseil Général s’adresse par courrier aux maires des communes concernées invoquant les contraintes budgétaires qui nécessitent une optimisation des moyens financiers d’où le besoin de  réduire le réseau routier départemental d’environ 600 kilomètres, a savoir:

v  250 kilomètres de routes qui seraient déclassés du domaine public et rejoindraient le domaine privé en étant fermés à la circulation,

v  350 kilomètres seraient transférés aux communes en précisant qu’une discussion sera conduite avec les municipalités concernées »

Nous pouvons penser qu’il leur est difficile d’aller plus loin dans le principe des « vases communicants », les communes étant le dernier maillon administratif de notre République. Mais ce maillon n’en peut plus de se remplir des compétences des autres sans moyens supplémentaires.
Contraintes budgétaires, désengagement de l’Etat, contexte économique difficile, certes mais bien voulus et bien décidés par des choix politiques.

 Le programme de réductions budgétaires de 50 milliards d’euros pour la période 2015/2017 (19 milliards pour l’Etat, 11 pour les collectivités et 20 pour la protection sociale) établi par le président de la République et son gouvernement pour répondre aux injonctions de la commission européenne sont suicidaires.

 Différents stratagèmes ont été concoctés pour parvenir au redressement du déficit budgétaire ; l’accord national interprofessionnel, le pacte de responsabilité et de solidarité et actuellement la loi Macron pour la croissance et l’activité qui fait couler beaucoup d’encre !!

Nous connaissons la traduction de ces mesures, pour l’Etat ce sont de nouvelles économies de masse salariale avec la poursuite du gel des salaires, de nouvelles suppressions de postes et de missions publiques. De leur côté, les collectivités territoriales sont soumises aux mêmes contraintes. Les associations citoyennes qui sont souvent un lien important dans notre société se trouvent fortement impactées par ces restrictions. Et là aussi on s’achemine vers la destruction massive du tissu associatif et la suppression de milliers d’emplois.

Il est paradoxal que le gouvernement consacre en 3 ans 100 milliards d’euros de crédits publics au « pacte de responsabilité » pour espérer créer 300 000 emplois, et qu’il accepte d’autre part la suppression de plusieurs centaines de milliers d’emplois !

L’austérité : un véritable cadeau empoisonné !!

Le 25 janvier dernier, les citoyens grecs soumis à un régime drastique d’austérité avec une longue période de récession et plus de 25 % de chômage viennent de relever la tête et de dire NON avec l’élection de SYRIZA. Il est certain que la Troïka ne laissera pas faire. Le 5 février, la BCE  contre attaquait déjà en fermant l’un des robinets à liquidités de la Grèce. Le chemin sera long et parsemé d’embûches, mais il ne faudra pas baisser les bras.

Les entreprises du CAC 40 cumulent près de 50 milliards d’euros de bénéfices en 2014, de nouvelles révélations d’évasion fiscale avec l’affaire de la banque HSBC et quelques 180 milliards qui se sont volatilisés démontrent que l’argent existe et qu’il est possible d’inverser ce système économique pervers. Nos dirigeants politiques doivent se distinguer sur le sujet et contraindre les délinquants à régler leur dû.

 Le 9 avril prochain, les organisations syndicales CGT, FO et Solidaires appellent à une grande journée d’actions interprofessionnelles pour s’opposer à la rigueur budgétaire et au recul social inédit." 

samedi 21 février 2015

Loi Macron piège à c...

Voilà il a sorti son 49-3, Valls qui ne connaît que le rapport de force, tant pis si l'Assemblée Nationale ne sert à rien, on le savait, faut pas en faire tout un fromage en fifth republic zone.
La loi du sieur Macron ressemble à tout sauf à une loi, car l'Assemblée Nationale est sommée de fermer sa gueule sous peine de dissolution, (je suis particulièrement grossier ce soir, excusez-moi).
Difficile d'appeler loi cette liste interminable d'articles minables qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, qui passe du coq à l'âne sans braire ni glousser, une liste qui ressemble plus à une liste de courses pour super marché ouvert un dimanche terne et brumeux alors qu'une montagne dehors en plein soleil vous tendrait les bras, pas une liste à la Prévert en tout cas tant elle est triste et dénuée de la moindre poésie qui aurait pu malgré tout la sauver.

La forme n'est pas le fond mais ici curieusement la forme atteint le fond jusqu'à le dégrader et le rendre à sa misérable image, celle d'une législature qui s'enfonce, qui se noie dans les promesses non tenues et les régressions inattendues. 

Qui y a t-il de commun entre des articles qui permettront de faciliter les licenciements économiques et la libéralisation du transport voyageurs (au détriment du rail, de l'environnement et des transports publics en général), qui y a -t-il de commun entre un article qui organise la fragilisation de la justice prud’homale et un autre qui permet la privatisation de l'aéroport de Nice ?
Quel rapport entre permettre aux touristes Chinois d'aller faire leur marché le dimanche aux Galeries Lafayette et s'en prendre à tout va aux notaires, avocats, huissiers comme si ces derniers pouvaient coûter moins chers à la société que les multinationales américaines qui ne manqueront pas d'inonder ce nouveau "marché" ?
Et quel rapport avec la remise en compte des institutions représentatives du personnel ?

Cette loi est antidémocratique car sans même l'appui d'un calibre 49-3, elle est dans les faits à prendre ou à laisser, sans grande possibilité pour les citoyens d'être en mesure de séparer le bon grain, s'il en est, de l'ivraie. 

L'hétérogénéité de ce projet affaiblit l'Assemblée Nationale, il révèle une fois encore les limites d'une constitution à bout de souffle.
Où sont les grands textes législatifs qui par leur qualité, leur concision, leur cohérence ont forgé la République ?

Inacceptable ce texte de Macron, autant sur la forme donc, une forme substantielle, que sur le fond comme cette disposition qui défiscalise les actions gratuites et qui ferait perdre à terme aux finances publiques plus de 200 millions d'euros. Pire encore, la remise en cause une fois encore du code du travail mais là dans son essence même en voulant réduire le contrat de travail à un contrat civil de gré à gré. Une loi de fond donc qui sape les fondamentaux du monde du travail tout comme son moral. 

Tout cela confectionné, on ne le rappellera jamais assez, par un président qui fait le contraire ou à peu près de ce qu'il avait promis, et qui choisit un premier ministre qui fut largement minoritaire dans son propre parti, sans compter un ministre de l'économie qui manifestement méconnaît le monde réel.
Là sont les sources de la désespérance, de la désaffection politique, de la montée des extrémismes de droite et autres poujadismes.
Cette loi ne relancera en rien ni la croissance, ni l'activité, elle ne se justifie que comme gage livrée à une Europe qui allie l'austérité et le mépris des principes démocratiques.

Les urnes n'y pourront bien, on le sait, elles pourraient même apporter pire. La solution serait un réveil du mouvement social pour reconstruire la solidarité économique et sociale, et préserver ce qui peut l'être encore.

Gageons que ce mouvement social saura se déchaîner de toutes ces années de mensonges, et de tromperies assumées sans vergogne. Gageons qu'il saura reprendre enfin l'initiative du progrès véritable. 

JMG


lundi 9 février 2015

Grèce, mais qui c'est donc qui commande ?

Faut-il avoir été assez naïf pour croire que la BCE fût indépendante...des milieux financiers. Oui, Mario Draghi est un ancien cadre dirigeant de Goldman Sachs. Il connaît la musique, l'avait-on oublié ?

C'est vrai qu'on a pu s'y tromper lorsque le 22 janvier la BCE décidait d'inonder de mille  milliards la zone euro, donnant à penser, et à espérer, qu'enfin la banque centrale européenne avait pris conscience qu'il fallait au nom de la croissance, de la prospérité, de la lutte contre le chômage, et à l'instar de ce qui se passe aux Etats-Unis, même en moins massif sans doute, faire tourner la planche à billets.

On pensa alors que c'était là la préfiguration, ou une réponse anticipée, de ce qui devait (heureusement) arrivé quelques jours plus tard, la victoire de la gauche "radicale" en Grèce.

 Mais patatras, la BCE, décide quelques jours plus tard à peine, le 4 février, prise d'on ne sait quelle mouche punitive, de priver les banques grecques de leur source de financement. Elle décide de ne plus garantir les titres de la dette Grecque et laisse cette responsabilité (si j'ai bien compris...) aux banques centrales nationales, enfin celles qui le voudront bien...

En d'autres termes, la BCE soufflant le chaud puis le froid décide de ne plus rien prêter à la Grèce par "présomption" que celle-ci refuserait de conduire la politique d'austérité voulue principalement par l'Allemagne de Merkel.

Qui commande en Europe, Merkel, Goldman Sachs ? En tout cas ce n'est ni nous qui composons le peuple dans sa grand ignorance supposée, ni la Grèce, ou son gouvernement pourtant choisi par le peuple.
L'Europe a-t-elle jamais été un jour démocratique ? Rappelez-vous de 2005 où l'on faisait avaler au peuple français ses bulletins de vote majoritaires contre une Europe qu'aujourd'hui nous subissons, avec une peuple grec en première ligne de la souffrance sociale.

A jouer ce petit jeu, Merkel, Goldman Sachs, et leur complices que par charité...socialiste je nommerai pas ici, risquent de mettre définitivement le feu à une Europe déjà sur des charbons ardents.

Compte tenu de la situation intenable qu'on lui fait subir, le parti Syriza pourrait conduire la Grèce et son peuple à s'éloigner définitivement de la zone euro ( mais peut-être est-ce la volonté profonde de l'Allemagne après tout), en finançant elle-même à la place de la BCE les moyens publics d'un retour véritable à la croissance, la prospérité, et sortir enfin d'une austérité mortifère causée par une Europe décidément ennemie de la démocratie.
Oui, soutenons sans réserve le peuple grec, c'est dans notre intérêt, avant que notre tour n'arrive.

JMG

samedi 7 février 2015

Un accident du travail

Le 26 janvier dernier des collègues et amis de Jacques Gardère, mon frère, se sont réunis pour la quatrième année consécutive au dépôts des Espaces Verts du Stade Tissié à Pau pour lui rendre hommage. Etaient présents le nouveau maire de Pau, François Bayrou et le Président du SDIS (Service Départemental d'Incendie et de Secours) des Pyrénées Atlantiques. L'année dernière la cérémonie, à laquelle je n'avais pas participé, avait donné lieu en pleine campagne des municipales à quelques échanges politico-burlesques entre la maire de l'époque et celui qui le devint quelques semaines plus tard. Mon frère en aurait ri, j'imagine même ce qu'il aurait dit avec ses mots à lui, du revers d'un esprit qui ne se faisait plus d'illusion, mais avec une certaine bienveillance, sur les choses humaines.
Mon frère était membre du GRIMP (Groupe de reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux) mais ce n'est pas cette appartenance comme on pourrait le penser qui est à l'origine de sa disparition brutale.
Il est décédé dans le cadre de ses activités professionnelles  au service des espaces verts. Cette mort  pour l'ensemble de sa famille reste et restera à jamais une plaie ouverte, une douleur quotidienne.
Voilà ce que j'avais écrit pour le journal Sud-Ouest il y a deux ou trois ans, texte que ce journal avait passé en majeure partie.


Mon frère Jacques Gardère est décédé le 26 janvier 2011 sur son lieu de travail à Pau écrasé à 8heures 26 précises par un marronnier blanc, au nom poétique de « marronnier des chevaux ». Il était salarié de la ville de Pau, agent technique, et jardinier. Sa mort est intervenue dans le dépôt des espaces verts au stade Tissié à Pau.

Il avait mentionné dans le registre de sécurité, en 2007, la dangerosité de cet arbre « le marronnier surplombant notre dépôt représente un danger pour notre sécurité et met en péril les bâtiments et les véhicules ».
L’arbre était là depuis plus de cent ans, « dans sa prairie » à l’époque, bien avant que la maison à côté ne fût construite à la fin du 19éme siècle. On y ajouta ensuite les constructions qui sont toujours là aujourd’hui et abritent et constituent le dépôt, juste en dessous du boulevard des Pyrénées. Ces constructions ont dû affaiblir l’arbre du fait qu’il s’est trouvé planté dans à peine neuf m2, « comme dans un pot de fleur », contraint par du béton.

Jacques Gardère n’était pas le seul à avoir remarqué que cet arbre penchait dangereusement. D’après certains témoins, cet arbre était de plus en plus incliné. Mais l’habitude a estompé la nécessité qu’il y avait à en prévenir le danger potentiel.

Que mon frère ait été au mauvais endroit en ce moment précis où l’arbre est tombé tient d’une improbabilité à peine croyable, que le véhicule démarre quelques secondes plus tôt et il serait toujours là ,parmi nous. Mais peut-être qu’à sa place aurait été tué ou blessé quelqu’un d’autre que lui, à la vie tout aussi précieuse.

On n’ose à peine imaginer sa colère si cela était arrivé à l’un de ses collègues ou à un ou plusieurs de ces enfants dont le chemin pour se rendre au stade faire du sport serait passé sous cet arbre. Même s’il est vain dans ces circonstances de rechercher telle ou telle responsabilité individuelle, celle collective de la ville, en tant que personnalité morale, demeure.

 Nous comprendrions mal que la justice ne passe pas, ne serait-ce que pour l’euro symbolique, compte tenu des éléments du dossier pénal dont nous avons pu prendre connaissance en tant que partie civile.

 Quoi qu’il en soit, nous serions favorables, tout comme l’ont souhaité certains membres du CHS de la ville de Pau, à une expertise des conditions de cet accident, y compris sous l’angle de l’organisation du travail. Cette étude compléterait utilement toutes les mesures que la Maire de Pau a déjà prises en prévention de tels risques, tout en continuant de protéger et de conserver le patrimoine arboricole auquel Jacques lui-même était attaché de par son métier et son amour de la nature.

En tant que secouriste et sapeur-pompier volontaire il aurait tout autant apprécié l’expertise indépendante que nous appelons ici de nos vœux...( "Sud-Ouest'' du 10 août 2012)


Je ne sais pas si une expertise digne de ce nom a pu avoir lieu, ou si elle a bien été à la hauteur, ce que je retiens c'est que l'affaire a été classée par le procureur de la République et nous avions décidé, à tort ou à raison, de ne pas faire appel de cette décision.

Bien sûr, j'en demeure amer, j'aurais aimé au moins que la responsabilité de la ville, en tant que personnalité morale, fût reconnue...Depuis les mesures de sécurité ont été renforcées, et peut-être aussi, du moins je l'espère, mieux prise en compte la parole des agents qui travaillent tous les jours sur le terrain.

Les collègues de la mairie de Pau et ceux du SDIS, ses amis, ses camarades, ont décidé pour perpétuer sa mémoire d'organiser tous les ans un tournoi sportif, à son image. Qu'ils en soit remerciés.

JMG



vendredi 30 janvier 2015

Râleurs

Ce qu’on appelle les charges des entreprises sont en réalité des cotisations sociales constitutives du salaire que perçoivent les véritables acteurs de l’entreprise que sont les employés, les ouvriers et les cadres.
Simplement ce sont des salaires différés qui se traduisent tôt ou tard en prestations sociales, en offres de santé ou sous forme de retraites lesquelles d’ailleurs ne sont pas perdues pour l’économie mais au contraire redistribuées.
Or contrairement aux idées reçues, et aux diverses manifestations de patrons qui attendrissent même notre ministre de l'économie, ces « charges », autrement dit ces salaires, ont baissé depuis la fin des années quatre-vingt -dix, et en tout cas n’ont pas augmenté.
En pourcentage de la valeur ajoutée de ces entreprises, les cotisations ou les impôts représentaient près de 24 % de la valeur ajoutée alors qu’ils n’en représentent aujourd’hui que 23%.

On se demande dès lors si ces chefs d’entreprise ne devraient pas chercher ailleurs les raisons de leur colère.

JMG


(billet paru dans le Progrès de Lyon du 9 décembre 2014)