jeudi 6 août 2026

CATASTROPHE

Je sais, cela ressemble à un procès d'intention et c'est pas bien : je soupçonne les gens qui nous gouvernent de tirer partie de catastrophes pour nous imposer des réformes visant à nous paupériser. Ils nous visent peut-être pas directement, mais leurs réformes oui. 

Les fortes chaleurs et les feux de forêt pourraient influencer la communication (ou la propagande ?) gouvernementale. Je l'ai bien senti en écoutant la ministre de je ne sais quoi, il y a quelques jours, sur France Inter. Vous ne m'en voudrez pas de ne pouvoir reprendre le verbatim exact de cette ministre dont j'ai  oublié le nom comme la fonction exacte. Ministre de quoi, déjà ? 

Mais, à un moment de son interview elle a bien dit que les catastrophes que nous affrontions aujourd'hui devaient nous conduire à relativiser les effets des "réformes" que le gouvernement s'apprêtait à mettre en place pour notre bien.

Ainsi justifiait-elle le doublement des franchises médicales décidé par le gouvernement Lecornu, celles ci passant de 100 à 200 euros par an. Nos élites gouvernementales, mues par un idéologie du chacun pour soi au plan économique, continue par petites touches successives, à démanteler voire à détruire la sécurité sociale, et donc l'Etat social, aidé en cela par des catastrophes qui, comme l'arbre qui brûle, cachent la forêt.

Ce sont ces mêmes gens, les Gabriel Attal, les Edouard Philippe, les Bardella-Le Pen des deux ou trois Sicile, qui râlent contre les dépenses publiques qui pourtant sont utiles à éteindre les feux. 

Ces gens-là s’accordent tous pour dire qu’il ne faut pas augmenter les impôts, conformément à la vulgate néo-libérale.

Pour financer la dette selon eux, il vaut mieux, tout en réduisant les dépenses publiques, faire payer les pauvres et préserver les très riches en leur offrant des avantages fiscaux indécents.

Rien ne vaut une catastrophe pour, le plus tranquillement du monde, s'attaquer aux services publics et trahir le principe d’égalité de tous devant l’impôt.

jmg




samedi 1 août 2026

BURN-OUT GENERAL AU SENAT

Si le Sénat n'est plus tout à fait, et uniquement, un repère de vieillards, il reste un terreau ou un refuge pour les irresponsables. Dommage pour une institution républicaine qui mériterait pourtant notre bienveillance.

Ces sénateurs là, pas tous mais l'écrasante majorité, sont déconnectés de la vraie vie et notamment de la vie professionnelle. Ainsi ont-ils rejeté en ce mois de juillet le rapport sur la souffrance au travail. Il n'y aura donc pas de mission d'information du Sénat sur ce sujet pourtant ô combien sensible et vital pour notre société.

Cela ne m'étonne guère. Il y a parmi ces sénateurs d'aujourd'hui et de toujours d'anciens élus-patrons auquel j'ai eu affaire durant ma vie professionnelle en tant que représentant syndical.
L'un d'eux comme président du Conseil Général du Jura avait ainsi interdit à un collègue de m'adresser la parole s'il voulait ne pas être entravé dans sa carrière. Je ne doute pas que ce président, devenu sénateur, ait voté contre ce rapport traitant de la souffrance au travail ! 

Ce rapport pourtant dresse un constat préoccupant. Il montre notamment la forte progression de la souffrance psychique laquelle touche indistinctement salariés, agents publics et travailleurs indépendants. La surcharge de travail, le manque d'autonomie, les réorganisations permanentes, le management inadapté, le manque de reconnaissance et l'isolement participent à cette souffrance.

Le rapport mettait en évidence que les dispositifs actuels de prévention des risques psychosociaux restaient insuffisants. Leur nature varie beaucoup d’une entreprise à l’autre et selon les secteurs d’activité.
Le rapport montrait que les travailleurs en burn-out ou en détresse psychologique avaient souvent du mal à être reconnus. Ils sont rarement pris en charge et encore moins réintégrés dans leur poste. 
Le système de reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle est complexe et restrictif à l'excès. C'est ce qu'établissait ce rapport ignoré superbement par nos sénateurs. Eux ne risquent pas, pour avoir reculé devant leur travail d'investigation, d'être victime d'un surmenage professionnel.

Nos sénateurs ont donc choisi de rester en dehors de tout ça. Pourtant, selon l’article premier de la Constitution, notre République est une démocratie indivisible, laïque et sociale. Le Sénat devrait s'en souvenir, lui qui jouit de moyens importants donnés généreusement par la République. C'est pourquoi certaines voix s'élèvent à raison pour remplacer le Sénat par le Conseil Economique Social et environnemental, sans doute bien plus compétent et motivé pour traiter des questions économiques et sociales.

L'impéritie sénatoriale en matière sociale fait écho à celle de la macronie. Macron a supprimé par ordonnances  beaucoup d'organes de concertation avec les syndicats ou les représentants du personnel. Les Comités d'Hygiène et de Sécurité ont ainsi été supprimés alors qu'ils avaient un pouvoir spécifique d'expertise en la matière. 

Il est grand temps qu’une gauche authentique, attentive au monde du travail, reprenne le pouvoir pour lui redonner confiance et assurer sa défense.

mardi 28 juillet 2026

AXIOME

Il est des accusations qui à force d'être répétées se transforment en axiomes. Un axiome c'est un principe fondateur non démontrable. Ainsi on ne peut démontrer, et personne n'a pu le faire pour la bonne raison que c'est faux, que Jean-Luc Mélenchon ainsi que l'ensemble de LFI seraient antisémites. Mais de cette qualification, non démontrable, on peut faire un axiome qu'on nourrit en le répétant à l'envi.

Comme créateur d'axiome nous avons, parmi beaucoup d'autres, Alain Finkielkraut. Dans une tribune publiée par le Figaro en juin 2024 ce dernier, paré des titres prestigieux de philosophe et d'académicien, baptisait Mélenchon de "chef de file de la judéophobie contemporaine" Rien que ça ! Il suffisait de l'affirmer, surtout venant de cette autorité morale, pour que cela devienne vrai.

Le "Monde Diplomatique" rappelle aussi des propos de Bernard-Henri Lévy dans le Point,  également en juin 2024, en pleine campagne électorale : "la France insoumise est un parti antisémite. Ce parti antisémite est en position dominante dans le nouveau front populaire." Voilà deux axiomes pour le prix d'un. Ce qui compte c'est bien le massacre de la vérité, tout en cachant ou en minimisant celui du peuple palestinien. Car tout est lié. La défense du peuple palestinien serait-elle devenue un délit ? N'est-ce pas cela que l'on reproche à ceux que l'on traite d'antisémite ?

Ces procès à l'emporte-pièce en effet sont facilités par la confusion savamment et massivement entretenue entre anti-sémitisme et anti-sionisme. Les lobbys israéliens, qui fréquentent autant le Parlement français que les couloirs de la presse convenue, ne sont pas pour rien dans ce confusionnisme. Il suffit d'écouter CNews (pas trop) pour comprendre.

La coupe de l'axiome revient peut-être à Raphaël Einthoven qui a qualifié la France Insoumise de "passionnément antisémite". Le mouvement qui avait porté plainte a perdu son procès et Einthoven a donc été relaxé du délit d'injure. Cela permet aux adversaires bienveillants de LFI, notamment à l'extrême droite, mais pas seulement, de colporter l'axiome en toute tranquillité, un peu partout et n'importe quand.

Et donc autour de l'Axiome, s'amalgament, au gré parfois d'événements dramatisés à l'excès (comme le chahut tout récent du concert de Barbara Butch) ou à travers de menus faits montés en épingle comme par exemple l'usage du mot "camper", ou la façon de prononcer le nom d'Epstein. 

Il faut rappeler alors qu'aucune condamnation n'a été prononcée pour antisémitisme contre des membres de LFI.  Mais vont bon train les contre-vérités, les insinuations, les interprétations, relayées par les mass-média conventionnels, servis par les partis de droite, mais aussi certains de "gauche", ce qui est bien plus gênant encore. Ceux-ci feraient mieux de garder l’œil avant tout sur le racisme et l’antisémitisme historiques des extrêmes droites.

L’électeur moyen est réceptif à ce type d’accusation et facilement impressionné, même sans vraiment savoir sur quoi elle repose. 
Car ce harcèlement est redoutable, il fait mouche, en dépit ou à cause du mensonge radical qui le nourrit.

Il n'est pas certain, à force, que la gauche réconciliable (je me fais fort de ce "nouveau" concept) puisse s'en remettre.
A elle de retrouver l'unité et la solidarité pour éviter que les droites extrêmes prennent le pouvoir, la première des exigences étant, même si l'on se doit à tout égard d'exercer son esprit critique,  de ne pas hurler avec les loups.

JMG

dimanche 31 mai 2026

Les pâquerettes

J'ai entendu à la radio que deux types se présentaient, parmi beaucoup d'autres, à la présidence de la République, deux anciens premier ministres, un certain Edouard Philippe et un certain Gabriel Attal. Ces deux-là auront poussé, aux yeux en tout cas du commun des mortels, comme des pâquerettes, c'est-à-dire on ne sait trop comment et pour quoi. Ils font partie depuis quelques années  du décor politicien, deux potiches. 

On peut déceler chez ces deux-là les effets logiques de la vacuité. Ils ont un réel talent en la matière.  Mais ils savent parler sur les plateaux de télévision et savent n'avoir pas honte d'eux-mêmes, et même jouissent d'une estime de soi bien ancrée. Il paraît que le vide, d'après les astrophysiciens, n'est jamais tout à fait vide, c'est vrai. Il y faut quelque chose au départ et chez eux c'est une ambition sans mesure. "Pourquoi pas moi" doivent-ils se dire chaque matin en se rasant. 

Mais pour quel programme ? Il faut chercher mais on gagne du temps en inspectant leurs actions passées chacun à la tête de leur gouvernement. Quel aura été leur bilan respectif ? poussés qu'ils étaient par celui qui les nomma à ce poste réputé essentiel

Les réformes conduites par Edouard Philippe furent essentiellement "libérales" c'est-à-dire contraires à l'intérêt général et au monde du travail. Ce fut pour E.Philippe une énième réforme du code du travail prises par ordonnance (démocratie dans la Vème République quand tu nous tiens), et tout aussi énième réforme de l'assurance chômage pour "aider" les salariés privés d'emploi à chercher du travail. Et puis il y eut cette loi PACTE dont on attend encore les effets positifs. On en passe et des meilleures.

Quant à Attal aucune "réforme" ne peut lui être réellement imputées tant son séjour fut court à Matignon. Il fut en quelque sorte un premier ministre raté surfant tel un artiste sur l'écume laissée par son mentor.

Et donc, pour revenir à ce que pourrait être leur programme, c'est à leur histoire récente qu'il faut se référer, dans cette continuité macronienne qui eut le projet de n'en avoir aucun. Sauf que...

Sauf que le programme fantôme de ces deux là peut faire très mal. Ils ont élu domicile politique dans le sillon de ceux qui les ont faits. Ils continueront à servir une idéologie et une pratique néo-libérales qui s'acharnent à détruire le modèle social français. Pour cela ils continueront à affirmer que ces réformes seront réalisées et prévues pour le sauver. 

De la même manière voudront-ils assurer un avenir aux services publics en taillant dans les dépenses publiques, lesquelles seraient la cause d'une France prétendument déchue. Ils agiterons leur sécateurs pour tailler dans les moyens de l'éducation nationale, les hôpitaux, les retraites, et pour satisfaire pleinement le patronat, détruire en passant le code du travail, tout ça sans en mesurer les conséquences sur l'économique er le social. Ainsi nous parle-t-on du déficit de la Sécurité Sociale qui serait dû à l'irresponsabilité supposée des affiliés sans voir que la sécu est malade d'abord des exonérations des "charges" patronales .

Pour ces "présidentiables" le projet est clair, prendre ou conserver le pouvoir. Ils sont pour cela incités et épaulés par les puissances d'argent qui entendent bien contrôler la vie politique du pays.

Attal et Philippe sont conscients de ce qu'ils font, ils savent pour qui ils roulent. Ce ne sont que deux petites pâquerettes mais qui, sans en avoir l'air, veulent nous faire bouffer les pissenlits par la racine.

 Comment font-ils pour que des gens, qui n'y ont aucun intérêt, puissent encore voter pour eux ?

dimanche 10 mai 2026

Nostalgie

Il y a quarante-cinq ans, jour pour jour, le 10 mai 1981, Mitterrand était élu président de la République. Cela est passé si vite, comme décor fugitif de notre histoire, voire un non-événement pour certains, mais qui pourtant entend nous imposer ses jalons. 

Il faut bien que l'histoire, — celle que l’on nous raconte autant que celle que nous nous racontons — il faut bien que cette histoire continue et se déroule dans un cadre qui autorise nos repères. En voilà donc un, la victoire d'une gauche devenue si rare et divisée qu'on se prend à douter de ce qu'elle est au fond. 

La victoire de Mitterrand n'aura-t-elle été qu'une parenthèse joyeuse ou une illusion portée jusqu'au pouvoir ? A moins qu'il ne s'agisse d'une victoire qui sert encore le présent, qui éclaire tant soit peu notre destin collectif, qui peut donc nous être utile pour envisager autre chose que le reniement ou un découragement coupable.


vendredi 20 mars 2026

Procès en antisémitisme : l’arme atomique du pauvre politicien

 Le parti socialiste ne se gêne pas pour accuser Mélenchon d’antisémitisme. Il en fait même un programme, ou au moins un cheval de bataille comme s’il avait compris ou craint que LFI était sur le point d’emporter définitivement la bataille du leadership au sein de la gauche. Et pour empêcher ce qui pour l’heure constitue pour lui une menace, tous les coups sont bons, y compris les plus retors.

Le problème pour eux c’est que Mélenchon n'est pas antisémite, et cela commence à se voir. Il est vrai que ses propos, comme ceux s’amusant de la prononciation des noms ou des pronoms, ont pu être perçus comme autant de bâtons pour se faire battre.

Lui-même, il est vrai, sans doute à son corps défendant, a pu alimenter la polémique, une polémique loufoque, absurde, disproportionnée qui se renforce au grès de commentaires malveillants ou assassins, comme ceux d’un Manuel Valls ou de l’actuel responsable du parti socialiste, rejoignant ainsi les coups ajustées de la droite…et, surprise !, de l’extrême-droite. A force de se faire traiter d'antisémite, on peut être tenté, par dépit, et par fatigue, d'en convoquer les codes, rire jaune, le rire du dépit ou de la provocation.

Merleau-Ponty disaient "nous sommes ce que les autres pensent de nous". Jeremy Corbyn, l’ancien chef de l’opposition travailliste en Grande-Bretagne, est devenu « antisémite » par la pensée accusatoire excellemment relayée de ses adversaires politiques. Ceux-ci se révélèrent si efficaces que Corbyn finit même par s’excuser d’un délit, l’antisémitisme, dont il n’était nullement coupable. Ses ennemis voulaient sa mort politique et ils y ont finalement, en tout ou partie, réussi.

Le mot antisémite a été vidé complètement de sa substance, il ne veut plus rien dire, sauf à servir d'ignoble accusation contre ceux qui précisément le combattent. Nous assistons à un véritable changement de paradigme, l'extrême droite désormais combattrait l'antisémitisme alors que la gauche s'en ferait le chantre. Cette idée est relayée par l’ensemble des media de presse écrite ou audiovisuelle. Il faut voir à qui cela profite. N'est-ce pas à la droite ou aux droites extrêmes qui ainsi, à bon compte, se font une virginité idéologique ?

L'antisémitisme réel, non imaginaire, se nourrit aujourd’hui du racisme anti-arabe et des conflits moyen-orientaux. Il s’alimente notamment de la violence imposée au peuple palestinien. C’est pourquoi ceux qui dénoncent le génocide actuellement en cours sont les premiers visés par cette accusation infamante.

Les vecteurs de l'antisémitisme ne sont-ils pas à chercher plutôt en Israël, et plus précisément au sein même du gouvernement, suprématiste et d’extrême-droite, de Netanyahou ?

lundi 16 février 2026

Acharnements

L'agression et la mort affligeantes du jeune Quentin Deranque n'ont pas même été élucidées qu'elles servent à discréditer "La France Insoumise", première formation politique de gauche. L'intention malveillante et propagandiste ne fait plus illusion. 

Dès les premiers instants, alors que la nouvelle venait de tomber, les media de Bolloré ( et d'autres bien en cour) se sont acharnés sans discontinuer sur Mélenchon sans même connaître les tenants et les aboutissants de cet événement dramatique. Celui-ci n'aurait jamais dû avoir lieu dans une "démocratie apaisée". Mais la paix manifestement n'est pas à l'ordre du jour de certains politiques. Au contraire ce drame instrumentalisé concourt à alimenter des conflits intérieurs violents qui minent la démocratie, et qui le plus souvent, chiffres à l'appui, sont le fait de l'extrême-droite. 

Ainsi le service d'ordre de LFI était-il mis en accusation sur les chaines d'information continue ; les commentateurs sur les plateaux de CNews tiraient à boulets rouges sur  "l'extrême-gauche". Et cela en quelque sorte tombait bien puisque LFI venait juste d'être classée, en vue des municipales, par le ministère de l'intérieur dans cette catégorie.

Pour la propagande, l'origine du crime était bien identifiée. La participation de Rima Hassan à un colloque qui se tenait non loin des lieux du drame entrait en résonnance parfaite avec ce terrible événement. Mélenchon, LFI, la jeune garde, Rima Hassan étaient désignés comme les grands responsables de cette rixe menant à la mort. Pour un peu on en oubliait la victime, seule importait l'accusation sans preuve et sans autre forme de procès, préfigurant l'atteinte à l'Etat de droit dont Retailleau a pu dire un jour, en un éclair obscurantiste, qu'il n'était ni intangible, ni sacré. 

Le ministre de l'intérieur pointait du doigt "l'ultra-gauche et la "jeune garde". La voix  de Glucksman se faisait entendre aussi en désignant "une responsabilité de tous les dirigeants politiques qui attisent la haine, y compris ceux de La France insoumise ». Joliment dit ! Attaquer LFI, la disqualifier sans en avoir l'air, tout dans le "y compris", puis l'estocade pour finir : "impensable que la gauche cultive le moindre doute sur une possible alliance avec la France Insoumise".

La justice doit faire son travail. N'en déplaise à Retailleau, l'Etat de droit est sacré, il est le fondement de la liberté et de la démocratie. Rima Hassan notamment a le droit de défendre son peuple sans qu'on l'accuse de tous les maux, sans qu'on empêche son expression juste et légitime. 

Par ailleurs la gauche dans son ensemble, dans sa nécessaire unité, ne devrait pas accepter que LFI soit constamment disqualifiée et ostracisée. On sait pourtant à qui profite cette diabolisation.

Une gauche digne de ce nom a le devoir de se montrer solidaire d'un mouvement qui, qu'on le veuille ou non, la sert, la compose et, aujourd'hui encore, contribue à la sauver du néant.

JMG

mercredi 15 octobre 2025

Palestine

Gardons-nous de reprendre comme des perroquets le discours des media mainstream !

Ainsi les prisonniers palestiniens libérés au terme de l'accord de cessez-le-feu passé ce mois-ci sous la houlette de Trump, avaient été  pour la plupart enfermés dans les geôles israéliennes sans qu’aucune charge contre eux ne soit établie,  et parmi eux beaucoup de mineurs ou de vieillards. En tout cas ils ne sont pas tous, et de loin, des assassins assoiffés de sang. Ceux-là d’ailleurs sont liquidés par l’armée israélienne sans autre forme de procès. 

Après le massacre du 7 octobre 2023, débutait l’enfer tous les jours sur la bande de Gaza, sans répit depuis maintenant deux années, bombardements, famine ou insuffisance alimentaire servant d'armes de guerre. Il n’est pas étonnant que les otages aient pu, et c’est un euphémisme, en souffrir également. Pourtant Netanyahu fait peser cette "responsabilité" uniquement sur le Hamas. 

Plus de 80 000 morts Palestiniens ont été recensés par les organismes internationaux et parmi eux une majorité de femmes et enfants, trois ou quatre fois plus de blessés et de handicapés à vie, des structures hospitalières détruites, des écoles, des universités rayées de la carte, des cultures vivrières saccagées pour longtemps…bref le chaos généralisé qui s’apparente à la volonté de faire disparaitre tout un peuple, physiquement et culturellement, un génocide en effet, en passe d’être reconnu comme tel par les juridictions internationales.

S’il l’avait voulu Netanyahu aurait pu faire libérer les otages beaucoup plus tôt et ainsi éviter toutes ses souffrances dont il est le grand ordonnateur, à la tête d’un  gouvernement d’extrême-droite impitoyable qui va au-delà de la loi du Talion. Il n'aura pas hésité le 15 septembre dernier de neutraliser, c’est-à-dire assassiner à Doha au Quatar, les négociateurs du Hamas. Méthode barbare s'il en est ! Et qui révèle surtout la volonté de ne pas négocier une paix juste et durable

Le cessez-feu  est bienvenu, gageons qu’il permettra à chacun des deux camps de souffler un peu et de recouvrer la raison. Mais l’accord de paix est encore loin ; cette guerre, faute de solution politique, risque de repartir de plus belle et d’entraîner une nouvelle fois le massacre des innocents, de quelque bord soient-ils.

Par ailleurs la question de la Cisjordanie dans cet accord n'a même pas été évoquée, sans perspective tant que l'Etat d'Israël ne reconnaitra pas le droit pour les Palestiniens d'avoir un Etat.

Netanyahu et son gouvernement sanguinaire auront mené une politique de terreur propre à alimenter le terrorisme, l’arme des peuples en désespoir, pour plusieurs générations.

 

lundi 8 septembre 2025

Fake-news, en boucle

Raphaël Enthoven, philosophe de son état, a été déprogrammé du festival "Livres dans la boucle" qui se tient à Besançon du 19 au 21 septembre. Il devait y présenter son dernier livre dont je ne parlerai pas ici pour ne l'avoir pas lu (et ce dont d'ailleurs je n'ai pas l'intention). 

Anne Vignot, écologiste, première magistrate  de la ville de Besançon, qui est soutenue dans cette décision par le parti communiste, entend par ce biais condamner les propos du "philosophe" au sujet des journalistes à Gaza. D'après Enthoven, ceux-ci, non contents de se faire assassiner par l'Etat d'Israël et "son armée la plus morale du monde", seraient en réalité des terroristes du Hamas. 

Je cite le "philosophe" : "il n'y a aucun journaliste à Gaza. Uniquement des tueurs, des combattants ou des preneurs d'otage avec une carte de presse". 

Devant cette exclusion Enthoven crie au scandale, à l'unisson des bonnes âmes qui défendent la liberté d'expression. Sur le principe ils n'ont pas tort. Mais peut-on réellement être libre en maltraitant la vérité comme il le fait à propos de Gaza et de la Palestine ? Le président du festival David Foenkinos, ainsi que d'autres écrivains tels qu'Emmanuel Carrère, lui ont apporté son soutien et menacent de boycotter l'événement.

Or la vérité à Gaza est tragique, elle ne doit pas souffrir de fakes-news à la C-Niouze. Bref un philosophe ne devrait pas parler comme ça.

Je ne suis pas forcément pour l'exclusion de Enthoven. Il a droit comme il veut de s'exprimer en effet, et même à dire des énormités, ce qu'il fait souvent avec un talent qu'il faut bien lui reconnaitre. 

On aimerait cependant qu'Enthoven s'excuse auprès des reporters journalistes, et des journalistes palestiniens auxquels au contraire il devrait rendre hommage pour leur courage.

Mais je doute fort  que le "philosophe" y ait même songé tant l'esprit philosophique aujourd'hui ne court ni les rues, ni les places, ni surtout les plateaux télé.

jeudi 4 septembre 2025

La dette est son dada

Il y a bien longtemps que je n'ai pas touché à ce blog, gagné par ce sentiment que cela ne servirait à rien, qu'il vaut mieux regarder l'eau qui coule, et laisser filer le temps.

Tout ce qui se passe (aujourd'hui) dans le monde est difficilement croyable tant le tragique l'emporte sur le quotidien, comme en Palestine ou en Ukraine...On continue à vivre ou à survivre, le nez dans le guidon, pour ne plus voir un malheur qui ne demande tous les jours qu'à frapper à la porte.

Pendant ce temps Bayrou, à la fois ignoble et dérisoire, Bayrou qui, se disant au centre, énonce un projet de droite rance, fondé sur une vieille lubie qui toujours fonctionne à merveille : la dette. Il laisse à la droite classique, notamment celle des Républicains qui portent si mal leur nom, les thèmes démagogiques de la sécurité et de l'immigration qui permettent de distiller la haine et, l'espèrent-ils, de s'emparer du pouvoir. 

Car la dette à Bayrou c'est son dada à lui, à dada sur son bidet, son cheval de bataille depuis des années, c'est ce sur quoi il a assis sa renommée. Et son projet d'exister enfin arrivait avec les habits de premier Ministre, sa chance ultime. Il pouvait enfin  jouir à ce titre de sa trouvaille politique, se prendre enfin pour un Pinay, celui-ci  sera parti avec les honneurs de la vérité arithmétique laquelle à vrai dire n'a rien à voir avec le réel économique et social.

Son projet de budget est (ou était désormais ?) désastreux. Il appuie sur l'accélérateur d'une politique de l'offre qui pourtant a déjà fait ses preuves en matière d'inégalités et de paupérisme. Politique qui consiste à arroser indistinctement les entreprises, surtout les plus grosses, sans contreparties et au grand profit d'un actionnariat sans morale au lieu de consacrer cet manne à des investissements producteurs de richesse et de services. 

Politique conservatrice et monétariste menée déjà en son temps par un Hollande géniteur d'un certain Emmanuel Macron que nous avons dû apprendre à connaitre et subir. Hollande "socialiste" mais Président des riches lequel qualifia ensuite Macron de "président des très riches". 

Comment voulez ensuite qu'un type comme Bayrou ne trouve pas sa voie dans ce marigot ? A quelques heures d'une démission qu'il a lui-même voulue et organisée, certain que son budget ne passerait pas, il trouve encore le moyen de prendre trois décrets qui abîment encore plus la sécurité sociale.

Ainsi prend-il la voie réglementaire pour relever le reste à charge sur chaque consultation (mais aussi tout acte de radiologie ou de biologie) qui passeront de deux à quatre euros. Quatre au lieu de deux, c’est sûrement un détail pour eux mais pas pour une grande majorité de Français dont de plus en plus renoncent aux soins médicaux.

D’autre dispositions réglementaires, sans même passer par le Parlement ce qui en dit long sur la volonté de concertation, portent sur la hausse des transports ou ou des actes paramédicaux. Bayrou entend aussi doubler le montant des franchises pharmaceutiques qui passeraient de un à deux euros. Rappelons que l’an dernier en 2024 la participation forfaitaire pour les consultations avait déjà été doublée. Le gouvernement reste donc planté dans son obsession de "responsabiliser" les malades comme si le malheur naturel ne suffisait pas et qu'il fallait renoncer à combattre la maladie et soulager la souffrance.

Les droites extrêmes, dont Bayrou est l'un des principaux acteurs, continuent de casser notre contrat social. En réalité c'est la seule chose qu'ils savent faire : défaire. 

 C'est pourquoi la colère monte et que, on l'espère aussi, le vent se lève.


 

mercredi 25 décembre 2024

C-Nouille

Il est permis d’écouter de temps en temps CNews, la chaîne de Bolloré, ils peuvent faire rire parfois. Flaubert aurait bien aimé ces Bouvard et Pécuchet des temps modernes, il aurait aimé, on suppose, beaucoup les haïr. Il y a une sorte de jouissance à écouter ce que l’on pressent plus bête que soi, alors même que rien n’est sûr en la matière, la bêtise (mêlée de la folie) étant une des choses les mieux partagées du monde.

Cnews c’est de la bêtise à l’état pur qui se promène en bandes, bandes d’escrocs ou de délinquance intellectuelle et journalistique.

Ce n’est pas le café du commerce pour lequel on peut avoir une certaine tendresse, le café  du commerce est dépourvu de cette méchanceté qui signe à ravir les émissions et les plateaux de CNews.

Cnews est née de l’admiration de son propriétaire pour la chaine américaine Foxnews. Cette dernière n’est pas étrangère à la montée irrésistible des ultra-conservateurs et des trumpistes aux Etats-Unis. En France, de même, CNews entend être utile à la droite extrême.

Bolloré et les media qui lui appartiennent (dont Europe 1 par exemple) défendent un occident gagné par les excès d’une finance qui établit à son tour un pouvoir politique à son service.

Cnews entend donc s’adresser au peuple, media populiste s’il en est, mais avec les parements de « l’expertise ». Elle emploie pour ce faire des « animateurs-journalistes » qui jouent le rôle d’arbitre et de diffuseur d’une vérité indépassable, laquelle, plus grave encore, se mêle parfois de racisme et de xénophobie, comme en témoigne le traitement déséquilibré et partisan du conflit israélo-palestinien.

CNews s’appuie sur des présentateurs et des animateurs qui imposent leurs talents de propagandistes. Tel Pascal Praud notamment englué dans une idéologie qu’il ne soupçonne plus lui-même tant elle est devenue sa nature même, sans qu’il lui soit possible d’en envisager d’autres.

On a pu tomber un jour sur cet épisode où l’on voyait Pascal Praud s’acharner sur un ancien ministre socialiste (un certain André Vallini), pour lui faire dire, avouer ou cracher qu’il n’allait jamais jusqu’au bout de ses idées et qu’il lui fallait donc renoncer à jamais au vote « socialiste ». C’était d’autant plus urgent aux yeux de Praud que les « socialistes »étaient dominés par des « mélenchonistes » (accusés  par ailleurs et diffamatoirement d’être antisémites).

Le pauvre Vallini (mais faut-il être soi-même un imbécile pour tomber ainsi dans le piège), face à cette agression, finit par cracher qu’il réfléchirait à ses futurs votes.

Cette chaîne d’info sera devenue une pièce importante dans le paysage idéologique et politique français. Elle continuera à sévir si l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audio-visuelle et numérique) refuse de jouer pleinement son rôle d’arbitre et de rééquilibrage raisonné de l’information.


jeudi 12 décembre 2024

Historiettes

 Voilà, il parait que Hollande reparle de Cazeneuve comme premier ministre, qu'il avait lui-même nommé en son temps. On dirait que l'histoire (ou les historiettes) repassent les plats.

Cazeneuve en concurrence d'un autre pressenti par d'autres, Bayrou. Ou peut-être ni l'un ni l'autre. Ainsi court le débat politique en France, rien plutôt que rien, on se dispute les ors ou les oripeaux de la république, la Vème qui n'en finit pas d'agoniser.

Mais le fond est là néanmoins qui nous nargue quoi que nous fassions, une pauvreté en France qui se répand et s'approfondit, des inégalités factrices de tensions sociales qui se développent et s'aggravent, des services publics qui se meurent faute de volonté politique pour les sauver, des services publics qui se meurent par volonté ou lâcheté politiques qui voudraient les achever.

mercredi 11 décembre 2024

Un jeu dangereux

 Il est périlleux aujourd'hui de laisser Macron maître du jeu. C'est ce qui semble se passer depuis quelques jours, une bonne partie de la gauche jusqu’à présent constituée en Nouveau Front populaire semble renoncer à exiger du président de la République la nomination d'un premier ministre issu du NFP, formation arrivée en tête des dernières législatives.

Accepter de négocier avec Macron c'est reconnaître une défaite qui va bien au-delà de celle subie par la Macronie. Celle-ci s'attache encore à vouloir tout maitriser au travers une aveugle interprétation de la constitution digne de celle portée par Carl Schmitt en son temps (de sinistre mémoire), une vision qui favorise un « décisionisme » contraire au principe de la séparation des pouvoirs et au parlementarisme.

Reste à savoir ce que les négociateurs de l'Elysée parmi le PC, les écologistes, les socialistes pourront retirer de ces discussions. Qu’espèrent-ils ? Si au moins ils parviennent à faire reculer la droite sur la question des retraites ce sera tant mieux, ou sur l’augmentation du Smic…mais peut-on y croire encore ?

Il n’en reste pas moins que ces réunions autour de Macron isolent Mélenchon et LFI qui sont confirmées comme cible privilégiée de la droite ; pour cette dernière c’est bien d’où vient le danger, elle ne s’y trompe pas, LFI constitue de loin la première force pour une gauche de résistance contre une droite ou un centre prétendument «raisonnable ».

Les autres composantes du NFP ont mieux à faire que de s’aligner sur ce mensonge.

mercredi 30 octobre 2024

Le sabre ou le bâton

Les Israéliens auront donc « neutralisé » le chef militaire du Hamas, Yahya SInwar, assassin réputé être le cerveau du massacre du 7 octobre. Mais ce 7 octobre 2023 aura été les prémisses d’autre massacres, encore plus meurtriers, dirigés cette fois contre le peuple palestinien.

L’exécution de Sinwar se sera produite après celle du chef politique du Hamas, Ismaël Haniyeh, et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nassrallah.

Chaque jour ou presque plusieurs dizaines de Palestiniens sont massacrés, trente morts par exemple dès le lendemain de l’assassinat de Sinwar, comme pour condamner prématurément tout espoir de règlement pacifique du conflit. On ne peut donc se réjouir de la mort de Sinwar. On ne tue pas un symbole. Et le symbole est encore plus grand depuis son exécution. L’homme, juste avant de mourir, poursuivi et observé par un drone de la taille d’une mouche parait-il, guerrier jusqu’au bout, ou assassin si vous voulez, « terroriste », a lancé son sabre (qui en fait n’était qu’un bâton), non pas pour se rendre mais en dernier geste, désespéré et vain, osons le mot, de résistance.

Bien sûr, on parle d’un tueur, mais il s’agit là d’artisanat, pardon pour ses victimes, artisanat comparé à la mort quasi-industrielle délivrée par un Etat qui prétend agir au nom de la civilisation, la nôtre. C’est en effet le gouvernement Netanyahu qui tue avec le plus d’efficacité, les chiffres l’attestent, fort d’une aide étatsunienne quasi-inconditionnelle, et de l’imbattable  technologie qui l’accompagne.

On ne peut se réjouir de la mort de Sinwar pour la bonne raison qu’il n’est pas le seul responsable de la situation. Pas le seul à avoir voulu cette guerre totale qui aujourd’hui depuis s’est étendue au Liban. Netanyahu entend bien continuer sa guerre qui en marge lui permet d’échapper à la justice de son propre pays, encouragé par un gouvernement israélien d’extrême-droite et suprémaciste.

Massacre sans merci, plus de quarante mille morts dans la bande de Gaza depuis un an, et au moins trois fois plus de blessés, sans compter toutes les victimes encore ensevelies sous les décombres de bombardements aveugles. On ne mesure pas non plus l’effet retard mortifère de la destruction quasi-totale des infrastructures médicales et hospitalières.

Le 22  octobre une frappe de l’armée de l’air israélienne a eu lieu tout près du plus grand hôpital public du Liban à Beyrouth, attaque qui n’aurait d’après le journal « Le Monde » même pas fait l’objet d’un ordre d’évacuation : 18 morts dont des enfants, près de soixante blessés. Les Israéliens auraient voulu atteindre une banque du Hezbollah qui dispense des micro-crédits dans la communauté chiite. On compte déjà selon l’AFP 1550 morts au Liban depuis un mois. La fin justifie les moyens quels qu’ils soient, même les plus terribles, les plus abjects. Netanyahu et son gouvernement dépassent volontairement les horreurs commises par leurs ennemis, qu’ils appartiennent au Hamas ou au Hezbollah.

Netanyahu, en refusant plusieurs fois un cessez-le-feu, parfois au dernier moment malgré ses engagements, comme à la veille de l’assassinat ciblé de Hassan Nassrallah, continue d’alimenter cette guerre sans fin, quitte à l’étendre à l’ensemble de la région.

Le 7 octobre 2023 ne peut plus constituer la base ou le prétexte des exactions perpétrées sous nos yeux et ceux de la communauté internationale. Netanyahu fait comme s’il avait décidé de sacrifier la vie des otages, rien dans son attitude ne montre une quelconque mansuétude à leur égard, ils seront bientôt passés pour perte et profits d’un conflit devenu incontrôlé et qui désormais se nourrit de lui-même.

Netanyahu aura choisi la guerre pour la guerre sans but politique clair, fermant la porte  à toute sorte de négociation, en tuant ses potentiels interlocuteurs, faisant fi du droit international face à une opinion publique mondiale indifférente ou sidérée.

Il faut exiger des Etats-Unis l’arrêt de ses livraisons d’armes à Israël. Cela contribuerait à résoudre un conflit qui met en péril la sécurité du monde et encourage tous ceux pour qui la violence guerrière reste le seul langage.

Il est temps que le camp occidental se ressaisisse pour retrouver ses valeurs ; il est en train de les trahir dans ce conflit sans souci de justice.

La paix est urgente, et pourtant en son nom la guerre s’ajoute à la guerre dans un combat sans fin. La France dans ce moment qui aura marqué l’histoire n’est pas audible, pire elle ne dit rien ou trop peu, ou trop tard, elle ne fait même plus illusion, ayant laissé la place à d’autres acteurs aujourd’hui plus crédibles. Il est temps pour la France de reconnaître l’Etat de Palestine.

Il serait opportun de promouvoir, (et c’est dans le programme du Nouveau Front Populaire),  une diplomatie qui soit à la hauteur des enjeux pacifiques ou environnementaux. Pour cela il s’agirait de revenir sur les réformes qui ces dernières années ont abimé le corps diplomatique français.

Cessez-le feu à Gaza, au Liban, voilà ce que doit être le maitre-mot, pour une paix juste et durable, pour sauver ce qu’on appelle encore « le monde libre ». En cas d’échec les retours de bâton sont plus à craindre que les coups de sabre erratiques et désespérés.

JMG


article paru dans le numéro 319 de "démocratie et socialisme", novembre 2024


mercredi 9 octobre 2024

Echos de la haine ordinaire

 A La Seyne-sur-mer, un jour de juin entre deux fameux tours des élections législatives de juin 2024 qui suivirent la géniale dissolution de l'Assemblée Nationale par notre tout aussi génial Président de la République. Avec quelques autres camarades  nous distribuions sur le marché des tracts pour la campagne de la candidate du Nouveau Front Populaire dans une circonscription largement dominée par le rassemblement national. 

L'accueil jusque là n'avait été si mauvais même si un peu plus de la moitié des gens nous faisaient plutôt la gueule. Il y avait là des équipes d'autres bords, Macronistes, LR, RN, Centre droit etc...Tous ces gens distribuaient leur propagande dans une ambiance plutôt apaisée, échangeant, mais pas trop quand même, des traits d'humour susceptibles d'éviter la confrontation inutile.

Nous baignions dans cet état pacifié lorsque nous fûmes agressés par un gars tonitruant qui se mit à verser sa haine contre nous qui représentions le NFP. Ainsi avons nous été traités, entre autres choses, de "violeurs de petite fille juive de 12 ans". Le type, qui je le précise ne se revendiquait ouvertement d'aucun parti, faisait référence à un fait-divers particulièrement horrible, largement relayé par les chaines d'informations continues telles CNews dont on connait le sens de la nuance et l'impartialité. 

Le gars visait nommément La France Insoumise. L'amalgame, à propos du conflit israélo-palestinien, était formé. Les prises de position supposées de LFI avait prétendument entrainé ce fait-divers atroce, et l'amalgame avait ainsi été relayé à l'envi par cette presse à la bêtise complaisante et dangereuse. 

Le gars qui nous gueulait dessus avait peut-être trop bu mais son agressivité outrancière révélait les limites et les violences potentielles du débat politique en France, favorisées par un climat de haine savamment entretenu.


vendredi 4 octobre 2024

Budget pour les riches, budget de fortunes

Soixante milliards d'euros manqueraient au budget de l'Etat. C'est peu, comparé à un montant total d'environ 300 milliards, et pourtant...ils correspondent aux 60 milliards de recettes confisqués sous forme de cadeaux fiscaux de Macron aux plus riches ou aux entreprises qui font le plus de profits.

Le gouvernement Barnier entend récupérer 20 milliards par des hausses d'impôts notamment appliqués aux 300 premières entreprises, et 40 milliards par une diminution drastique de dépenses publiques.
C'est peu ? Non c'est beaucoup 40 milliards lorsqu'on sait que ce manque à gagner touchera les services publics, la richesse de ceux qui n'en ont pas, et se traduira notamment par des suppressions d'emplois, 100 000 dit-on, dans la fonction publique. Ainsi seront touchés pêle-mêle les hôpitaux, les aides sociales, les retraites, l'éducation nationale, la justice, tout qui constituent pourtant la colonne vertébrale d'un "vivre ensemble" dont on nous rebat les oreilles mais dont le pouvoir conservateur se moque.

Comment ne pas être en colère ? Cette austérité touchera les plus fragiles et sera comme à l'accoutumée, accompagnée d'une propagande mettant en avant les affres supposées d'une "dette" alimentée délibérément par des exonérations sociales ou fiscales.
Cette dette tout en enrichissant ceux qui la détiennent sera devenue le prétexte, ou le ressort quasi-imaginaire, d'une politique économique désastreuse pour l'ensemble de la population.

vendredi 27 septembre 2024

De sang-froid

Netanyahu et son extrême-droite n'en démordent pas.

Netanyahu entend continuer de bombarder le Liban, comme il l'aura fait dans la bande de Gaza, ne serait-ce que pour garder le pouvoir. En l'occurrence celui de tuer.

Il tue indistinctement hommes, femmes, enfants, vieillards. Cet assassin ne veut ni ne sait négocier, il refuse la paix, terrorise les populations et, en tuant, prépare les assassinats suivants, y compris ceux perpétrés contre son peuple.


jeudi 30 mai 2024

Pénurie de médicaments : Reprendre la main sur un bien commun

Les pharmaciens s’en plaignent, ils sont sur la ligne de front, les premiers concernés à gérer une pénurie devenue endémique et qui plus est s’aggrave. 

L’industrie du médicament en France est malade, nous la voyons sombrer, impuissants, alors qu’il est bien question de vie et de mort. Doit-on être nécessairement en grande souffrance pour le comprendre ? L’industrie pharmaceutique en France est en péril par le biais d’une démission délibérée de l’Etat qui ne paraît plus capable, même s’il le voulait à nouveau, de défendre l’intérêt de la population dans un souci égalitaire réduit à peau de chagrin.

 Est-ce trop tard ?

Les logiques privées des laboratoires, dans leur course effrénée à la rentabilité financière, ont pris le pas sur des politiques qui ont oublié le rôle primordial de l’Etat dans son rôle de régulation, voire de création de richesse et de bonheur, un Etat Providence auquel on fait semblant de ne plus croire, ou que l’on dédaigne pour des raisons idéologiques.

Ainsi manquons-nous désormais de médicaments anti-cancéreux, d’antalgiques, dans un pays, la France, qui pourrait se vanter encore d’être le cinquième producteur de médicaments dans le monde. 

Les pénuries concernent principalement les médicaments  aux molécules les plus anciennes. Leur moindre rentabilité désintéresse les laboratoires et les industriels, pressés par les impératifs financiers. Que fait le gouvernement ? 

Les effets d’annonce ne suffisent plus à un gouvernement Macron à cet égard démissionnaire.

Pourtant le Code de la santé publique garantit le principe d’un « approvisionnement approprié et continu » en médicaments. Pour y répondre le gouvernement tente d’instaurer depuis 2021 des plans de gestion pour contrecarrer une disette qui ne veut pas dire son nom. Ainsi oblige-t-on les industriels et les laboratoires à constituer des réserves au moins pour les médicaments MITM (Médicaments d’Intérêt Thérapeutique Majeur). 

La Commission Européenne a dressé un inventaire de ces substances actives qui, au nombre de 200,  peuvent constituer une base de fabrication de médicaments essentiels et vitaux. Une liste de 450 médicaments a été également dressée par le gouvernement français mais sans que cela aboutisse à vaincre la pénurie. Par ailleurs, beaucoup de médicaments tout aussi essentiels n’étaient nullement répertoriés, comme dans les domaines de l’ophtalmologie et de la gynécologie.

Des listes, pour quoi faire ?

Sauf que dresser des listes ne résout pas les problèmes de fond.

Aux yeux du gouvernement français, le cas du paracétamol reste emblématique, ou symbolique. Le gouvernement a mis un point d’honneur à relocaliser cette fabrication. Cette relocalisation à l’intérieur de nos frontières bénéficie d’un taux de 40% de  subvention (ou d’avance remboursables) venant de l’Etat. L’usine ainsi implantée en Isère devrait couvrir en 2025 jusqu’à la moitié de la consommation de paracétamol en Europe. 

Notons que l’entreprise en question, du groupe Sequens, dépend financièrement d’un fonds de pension américain, ce qui illustre s’il en était besoin, la difficulté de sortir des logiques financières. Logiques qui de surcroît sont susceptibles d’entraîner des fusions-acquisitions fragilisant grandement ces entreprises. En dix ans, dix-mille emplois en France ont été supprimés dans l’industrie pharmaceutique.

C’est pourquoi d’une manière ou d’une autre, en France comme à l’étranger, les Etats seraient inspirés de reprendre la main pour créer un rapport de force qui leur soit plus favorable afin de combattre une financiarisation mortifère parce que sans foi ni loi. 

Les relocalisations pour l’heure demeurent extrêmement limitées. Cet hiver la pénurie d’amoxicilline a marqué les esprits car elle concernait plus particulièrement la pédiatrie. Quatorze producteurs se disputent ce marché dont six seulement dans l’union européenne. 

Les principes actifs de cet antibiotique sont produits, comme l’ont documenté récemment certains reportages télévisés, en Chine ou en Inde, soit 80% de la production (contre 20% il y a trente ans). Outre les effets désastreux pour l’environnement, ces sites de production ne bénéficient pas d’un contrôle approprié comme ils peuvent heureusement l’être en France ou en Europe.

On mesure mal combien les industries pharmaceutiques, malgré le discours libéral ambiant auxquelles elles tiennent,  fonctionnent et vivent grâce à de l’argent public. En France le principal pourvoyeur reste la sécurité sociale. 

Mais les aides aux entreprises sont également mis à contribution pour engraisser indirectement des actionnaires qui trouvent là un formidable filon d’enrichissement. Le monde financier considère la santé comme une mine potentielle qu’il convient d’arracher aux pouvoirs publics.

Un rapport du Sénat relève que le secteur pharmaceutique est l’un des plus grands bénéficiaires en volume du CIR (crédit impôt recherche), soit plus de 700 millions d’euros en 2020. Ne perdons pas de vue par ailleurs que les risques financiers liés au vaccin ARN contre le Covid 19 ont été assumés principalement par la puissance publique.

C’est dire que l’Etat est en droit d’avoir des exigences en direction d’entreprises privés largement épaulées par des aides étatiques diverses, en contradiction le plus souvent avec l’intérêt général. Ces entreprises revendiquent des prix suffisamment élevés pour prétendument financer la recherche et le développement de nouveaux remèdes innovants. Ce sont ces médicaments aux prix artificiellement prohibitifs qui entraînent les profits les plus élevés. 

Tout cela aux dépens d’une sécurité sociale dont on se plait à dénoncer par ailleurs le déséquilibre chronique. Si on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage. 

Les gouvernements se refusent à demander des comptes aux industries pharmaceutiques au nom d’un libéralisme sensé être plus efficace qu’une régulation et des stratégies étatiques. Ainsi les accords de libre-échange infligent-ils aux Etats des situations de compétition qui participent à l’opacité générale du secteur. Le voudraient-ils que les Etats ne sont même plus capables de réguler un marché qui aujourd’hui met en péril notre système de santé. Ne voit-on pas la menace ? Que fait-on pour l’éviter ?

Pour un pôle public du médicament

Le libre-échange débridé met en péril des entreprises pourtant jusqu’ici réputée robustes comme Sanofi par exemple. Cette entreprise va jusqu’à tailler dans ses effectifs et erre, comme d’autres, de plan de restructuration en plan de restructuration. Ainsi l’entreprise décidait de supprimer la recherche et développement dans les domaines du diabète et des maladies cardio-vasculaires. Course folle et criminelle à la rentabilité ! 

On a vu que les industries pharmaceutiques prenaient prétexte de prix bas imposé par les Etats pour gonfler les prix des médicaments les plus innovants, notamment ceux soignant  les maladies rares. D’où les bénéfices exorbitants des entreprises de médicament dont l’essentiel ne va pas forcément à des investissements productifs mais plutôt dans les poches d’actionnaires sans conscience. 

Ce chantage en rajoute sur la nécessité de créer un pôle public du médicament qui permette enfin une gouvernance excluant la mainmise d’intérêts financiers privés.

Un pôle public du médicament permettrait de relancer la recherche qui au bout du compte ne doit pas servir seulement à trouver des sources de profit destinées à des intérêts particuliers. Le monde du travail, par le biais de gouvernements qui le défende, doit garder la main sur une Sécurité Sociale véritablement solidaire et démocratique. 

Cela passe donc aussi par une ré-industrialisation de la production des médicaments à l’intérieur des frontières nationales, ou européennes pour le moins. 

L’enjeu au fond est de sortir le médicament du secteur marchand. 

Il est urgent, vital et nécessaire de reprendre le contrôle de l’industrie pharmaceutique. Il en va de l’indépendance thérapeutique de notre pays. La nationalisation n’est pas un vilain mot. On peut même envisager d’autres formules, par exemple la création d’un établissement  public industriel et commercial. Cet Epic serait chargé, en échappant ainsi à toute spéculation boursière, de miser sur une industrie pharmaceutique dirigée uniquement dans l’intérêt des populations.

JMG








samedi 30 mars 2024

Pour se sauver de la culture de la haine

Si la finance est le nerf de la guerre l’information est le nerf de la politique. Le 13 février dernier le Conseil d’Etat a sommé l’Arcom (Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle et numérique), l’ancêtre du CSA, de renforcer son contrôle sur la chaîne CNews. 

Cette décision est cruciale et historique. Le Conseil d’Etat juge que le contrôle de l’Arcom n’est ni suffisant ni à la hauteur de son rôle de régulation. Précisons que le Conseil d’Etat avait été saisi par RSF (reporters sans frontière, organisation non gouvernementale).

Cette ONG a obtenu gain de cause  sur le motif que l’ARCOM n’examinait pas le comportement de la chaîne dans sa globalité, et limitait son devoir de contrôle vis-à-vis de CNews au regard  de la neutralité et du pluralisme de l’information qui doivent être exercées par la chaîne. 

Cette décision, parce qu’elle parait à ses détracteurs difficile à appliquer, semble hésiter entre le jugement et l’avis. Mais il s’agit bien d’un jugement qui aura des conséquences juridiques (et politiques) majeures. 

La position du Conseil d’Etat n’aura pas manqué d’attirer le flot haineux des critiques, venant de CNews ou des droites sans complexe. La commission d’enquête parlementaire sur les fréquences de la TNT (télévision numérique terrestre) en mars est de nature également, on l’espère, à déceler des anomalies insupportables, en matière notamment d’indépendance de l’information dans une démocratie digne de ce nom. 

Gageons que cela mettra un terme à un laisser-aller « journalistique » sans entrave dont les éditorialistes de CNews, sous prétexte de liberté d’expression, usent et abusent. Il n’est qu’à voir la composition des plateaux de CNews pour se rendre compte que l’information est bafouée au profit d’opinions à sens unique. Selon une enquête de RSF seulement 13%  du temps d’antenne sur CNews sont consacrés à l’information.

Parfois les débats qui se déroulent sur les plateaux télévisés, pour prendre les apparences d’une plus grande crédibilité, s’embarrassent de cautions empruntées à la « gauche » comme la participation de Julien Dray par exemple, ou celle encore d’Olivier Dartigolles (dont on se demande s’il appartient toujours au PC). 

Il n’empêche  que les opinions proférées prennent souvent pour base les thèmes de l’immigration et de la sécurité qui constituent depuis des lustres les chevaux de bataille de la droite, « extrême » ou pas.  On passe sur les considérations peu amènes, ou les attaques directes en direction des représentants de la gauche avec une mention particulière contre la France Insoumise parée sans nuance aucune de toutes les abjections.

Pluralisme externe et pluralisme interne

La loi du 30 septembre 1986 veille au principe de pluralisme et d’indépendance des media. Cnews, comme C8, comme Europe 1 appartiennent majoritairement à ce néo-conservateur à la française qu’est Vincent Bolloré. 

Cette concentration singulière de media audio-visuels fait obstacle au pluralisme et à l’indépendance journalistiques dont l’Arcom doit être le garant. 

Christophe Deloire secrétaire général de Reporters sans Frontières tient à la distinction d’un pluralisme externe attaché à la presse écrite à l’opposé d’un pluralisme interne lié à la presse audio-visuelle. Le pluralisme dans la presse écrite tient à la multiplicité des supports autorisant dès lors la diversité des opinions ; à la différence de la presse audio-visuelle qui, de par la limitation naturelle des canaux hertziens, se voit contrainte, y compris en Droit désormais avec la décision du Conseil d’Etat, de respecter le pluralisme équitable des opinions, sans prendre en compte de manière exclusive les temps de parole partisane. 

En d’autres termes, on ne saurait apprécier le pluralisme en comptant seulement le temps de parole des personnalités parlant au nom d’un parti politique. Ainsi le temps de parole de Philippe de Villiers par exemple n’est pas comptabilisé comme « politique ». Il s’agit là d’une aberration à laquelle il faut mettre un terme.

On évalue à 80% les invités des plateaux de CNews pouvant être classés à droite et à l’extrême-droite de l’échiquier politique contre seulement 16% à gauche

. Loin d’être des journalistes, les intervenants sont des polémistes à l’instar d’un Pascal Praud qui sévit également sur Europe 1.

iTélé est devenue CNews en février 2017 après une grève historique qui aura conduit au départ de nombreux journalistes. Aujourd’hui CNews emploie de 200 à 300  journalistes, avec de nombreux intervenants réguliers ou occasionnels qui échappent à une véritable modération de la part des rédactions en chefs. 

Ainsi a-t-on pu subir les affirmations d’Ivan Rioufol, journaliste au Figaro et intervenant régulier sur CNews, selon lequel le ghetto de Varsovie était « un lieu de contaminés, un lieu hygiéniste » ; ou la sortie d’Emeric Pourbaix, dans l’ émission intitulée « En quête d’esprit » qui considérait les IVG comme cause de 73 millions de décès en travers du monde ;  ou enfin, à tout seigneur tout honneur, les dérapages contrôlés de l’animateur Eric Zemmour qui qualifiait indistinctement les mineurs accompagnés « d’assassins et de voleurs ».

Cette démagogie délictuelle s’accompagne malheureusement d’un certain succès d’audience, celle-ci atteignant aujourd’hui 2,8% après être parti de 0,6% pour iTélé…

Tremplin politique et idéologique

C’est dire la force d’un media qui utilise le mensonge, l’agressivité, la mauvaise foi, les fausses-nouvelles, les sondages approximatifs ou falsifiés, les débats qui s’apparentent le plus souvent à des lynchages verbaux contre tout ce qui est rouge, ou contre les syndicalistes, les immigrés, les musulmans...

Dans ce contexte la décision du Conseil d’Etat, suite au recours de RSF, se justifient pleinement. Les canaux hertziens, limités au nombre de 30, ne doivent pas être donnés sans garantie pour le bien et l’intérêt publics. Le droit d’expression ne doit pas se réduire à un droit à la propagande et au mensonge, le journalisme ne doit perdre ses lettres de noblesse mais se fonder pour le moins sur des faits et des événements dont on doit rappeler le contexte. 

On se souvient de ces éditorialistes de CNews, qui sans ambages un jour sur un plateau, se félicitaient d’avoir pu hisser les idées de Zemmour au centre de la vie politique. « C’est grâce à nous » annonçaient-ils en substance, ayant perdu tous sens de la mesure et en proie à une autosatisfaction infantile qui en disait long sur l’intentionnalité de leur projet.

De la même manière que Fox news aux Etats-Unis, Cnews aura déjà eu des effets désastreux sur la démocratie en France. Il est temps que cela s’arrête et qu’on rende au peuple, fût-ce par des moyens de droit, la liberté et la possibilité honnête de s’informer.

JMG

article paru dans "Démocratie et Socialisme" n°314, le Magazine de GDS, Gauche Démocratique et Sociale

samedi 17 février 2024

Guerre, et autres affaires intérieures

 Tolstoï pensait que les gouvernants d’un pays, a fortiori s’agissant de gouvernements autocratiques, entretenaient leur armée non pas pour se protéger des ennemis de l’extérieur, ou pour protéger leurs frontières, mais bien  pour se garder de leur propre peuple, potentiellement  coupable et susceptible à leur yeux de déstabiliser leur pouvoir.

Comparaison n’est pas raison mais on pourrait appliquer cette réflexion à la Russie de Poutine, à la Corée du Nord de Kim-Jong Un ou bien à l’Etat d’Israël de Netanyahu. Le but de chacun de ces chefs d’Etat est prioritairement de rester au pouvoir, le reste vient après, comme être au service de leur peuple, tant il est vrai que cette dernière exigence est à géométrie variable, à la merci d’une analyse politique autocentrée sur l’exercice d’un pouvoir sans partage.

Montrer ses forces à l’extérieur est une façon de les montrer aussi, et surtout, à l’intérieur. Et faire donner la guerre, la donner comme unique horizon au travers d’une course à l’armement inéluctablement mortifère, est une bonne manière de se détourner des problèmes domestiques. Ce n’est peut-être pas vieux comme le monde mais au moins aussi ancien que les nations qui le composent.

Le cas d’Israël reste cependant le plus singulier en cela qu’il se fait passer, du moins dans l’esprit occidental,  pour « démocratique ». L’Etat d’Israël figure, aux yeux des principaux media adepte de la pensée binaire, dans le camp des « bons » plutôt que celui des « méchants ». Ce n’est donc pas un Etat que l’on a coutume de qualifier de terroriste. On peut dire malgré tout, qu’en matière de terreur ou de mort, il excelle si l’on en croit les bilans des offensives terrestres et aériennes de l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

La violence n’est pas d’un seul camp, loin s’en faut, elle est même  disproportionnée : sans vouloir verser dans les juxtapositions funestes, le rapport aura été d’un mort israélien  pour plus de 20 palestiniens.

Les événements du 7 octobre, parce qu’ils furent abominables, auront donc donné le signal d’autres exactions, tout aussi impardonnables, sous le couvert de l’autorisation donnée à Israël de « se défendre » ; ce qui dans les faits signifiait la permission de frapper, à l’aveugle et à profusion, les populations palestiniennes.

Vous avez dit «démocratique » ?

Ce type de démocratie est en tout cas est bien malade. Démocratique, vraiment, un Etat qui réprime  les manifestations demandant des négociations pour la libération des otages, et ainsi les vouer fatalement à l’échec ? Netanyahu sur ce plan reste intransigeant, ne rien vouloir négocier alimente la spirale terroriste, celle qui est susceptible de le servir. La guerre contre le Hamas pour être légitime ne l’est pas lorsqu’il s’agit de contenir ou de nier les aspirations ou l’existence même des populations civiles quelles qu’elles soient.

Pourtant, et c’est sur quoi compte le leader israélien, cette guerre est dans le même temps, de nature à calmer les ardeurs de ses opposants. Le premier ministre Netanyahu, chef de l’extrême- droite, est accusé de corruption. Tant que la guerre fait rage la mise en cause de l’actuel premier ministre est en quelque sorte refroidie même si, malgré le cours de la guerre, son procès a pu reprendre formellement en novembre dernier mais au travers, guerre oblige, d’une réduction de l’activité judiciaire.

Plus grave encore, car il s’agirait là de la mise à mort de l’Etat de droit, le premier ministre israélien persiste dans sa volonté de mettre un terme à la séparation des pouvoirs. Cette réforme impopulaire, mais appuyée par l’extrême droite et par les religieux suprématistes, doit permettre l’introduction d’une clause dérogatoire permettant au Parlement d’annuler à la majorité simple  les décisions de la Cour Suprême. Cela constitue une remise en cause sans précédent d’un principe fondateur, s’il en est, de nos démocraties.

La guerre comme entrave naturelle à la démocratie

Le 7 octobre constitue-t-il vraiment le début de cette « guerre » ? N’est-elle pas qu’une étape, décisive certes mais parmi d’autres crimes de guerre insupportables instrumentalisés pour relancer vengeance et folies meurtrières. Les massacres du 7 octobre ne peuvent être considérés seulement en eux-mêmes mais comme la conséquence d’une guerre chronique dont les violences extrêmes réduisent d’année en année les espoirs de paix. Le 7 octobre vient après des centaines d’assassinats perpétrés à l’intérieur même de la bande de Gaza, y compris commis par les services secrets israéliens ou l’armée. En Cisjordanie les colons israéliens se livrent eux aussi à des crimes contre les Palestiniens dont on veut s’accaparer les terres.

Les colons bénéficient du soutien  des partis d’extrême droite qui sont aujourd’hui au pouvoir en Israël. En Israël même on s’étonne que le Hamas ait pu militairement prendre le dessus le 7 octobre. Ainsi l’opposition à Netanyahu avance-t-elle que cette attaque a été facilitée par le transfert de troupes israéliennes en Cisjordanie, dégarnissant ainsi la frontière avec Gaza. Tout cela pour épauler les colons dans leur œuvre d’appropriation de terres et permettre la construction de milliers de nouveaux logements actant d’une colonisation que condamne pourtant le droit international.

Pour certains opposants toute la stratégie du Likoud et de l’alliance avec les suprématistes ou les ultranationalistes religieux auront été de favoriser l’existence du Hamas au détriment de l’Autorité Palestinienne. Cela afin de justifier une guerre permettant la persistance d’une théocratie extrémiste. En tout état de cause les services de renseignements israéliens se seront bien montrés incapables de prévenir une attaque qui aura, par multiplication de violences, instauré dans les esprits le caractère inéluctable d’une guerre séculaire et sans merci.

Reste à savoir maintenant comment réagira la démocratie israélienne ? Sera-t-elle capable de relever le défi d’une guerre qui par nature l’empêche de prospérer ? Le discours guerrier et la guerre elle-même profitent à l’actuel pouvoir israélien qui s’est adjoint le soutien des ultranationalistes tels que Besalel Smotrich, tenant d’un intégrisme religieux qui n’a rien à envier à celui du Hamas ; pouvoir encore soutenu par une extrême droite radicale personnalisée notamment par Itamar Ben Gvir poursuivi à ses heures lui aussi par la justice.

La seule solution du conflit réside dans une réappropriation du pouvoir par le peuple. Facile à dire certes, mais réappropriation rendue de plus en plus nécessaire pour échapper aux ultimes catastrophes dont nous-mêmes ne sortirions indemnes. Il faudrait pour cela respecter et imposer le droit international, rendre la démocratie à ceux qui la respectent. Refuser aux autocrates, quel que soit le camp auquel ils appartiennent, la possibilité de sévir à l’intérieur de leur pays, rendre le pouvoir aux parlements, et en définitive refuser la guerre comme unique solution aux conflits devenus ancestraux.

JMarc Gardère

article paru dans le numéro 312, février 2014 de Démocratie et Socialisme